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Journée d’étude "Un film, comment l’entendre ? Écoute filmique et mémoire culturelle", Université de Poitiers, 18 et 19 novembre 2010.

La théorie du cinéma a beaucoup réfléchi sur le statut et la fonction des sons dans un film : repérage et classification des composantes de la bande son, étude de leur relation par rapport à l’image, analyse de leur dimension narratologique, examen de leur fonction dramatique ou de leur composition musicale. Elle s’est également, depuis quelques années, attachée à décrire les conditions épistémologiques de l’écoute filmique ainsi que les modèles perceptifs et mémoriels que celle-ci convoque. Le « tournant acoustique » observé dans plusieurs disciplines depuis une trentaine d’années (recherches en psychologie cognitive, études de l’environnement sonore menées par Jean-François Augoyard et son équipe au sein du CRESSON, travail sur le « sound design » de Barbara Flückiger), entérine une prise en compte croissante de l’influence des éléments sonores sur le comportement. Mais on n’a pas encore pris totalement la mesure de leur impact sur la réception spectatorielle.
Cette journée d’étude pourrait être l’occasion d’inscrire l’étude de la bande son des films dans une perspective anthropologique. Chacun sait la puissance évocatoire des traces acoustiques, qui colorent la représentation cinématographique de ce que Michel Chion nomme une valeur ajoutée. A travers les images mais aussi les sons qui le constituent, un film nous renseigne sur un moment de l’histoire, sur une réalité géographique, sur des pratiques économiques et sociales, et nous informe sur les représentations culturelles auxquelles ils sont associés. Réciproquement, l’écoute filmique nourrit une mémoire sonore qui s’élabore à partir des sons réinventés par le cinéma. Notre appréhension des lieux, personnages, événements passés ou présents, est informée par les films que nous avons « entendus ».
Pour étudier les relations existant entre la bande son d’un film et la mémoire culturelle, nous souhaitons repartir de l’idée que les sons n’existent pas en soi, mais sont toujours construits par une ou plusieurs écoutes concurrentes. Le tissu sonore d’un film est le produit de la manière singulière dont un cinéaste, un compositeur et/ou un designer sonore perçoivent le monde qui les entoure. Ce tissu est ensuite transformé par l’écoute que chaque spectateur en fait, en fonction de sa compétence à isoler, analyser et identifier des éléments qui le composent. La bande son restitue non des realia mais des représentations stylisées dont il faut tenter de rendre compte.
Dans une perspective résolument transversale, l’enjeu de cette journée d’étude est de croiser réflexion poétique et étude anthropologique pour repenser l’écoute filmique en inscrivant l’analyse de la bande son dans le contexte social, culturel et esthétique contemporain de son élaboration. On s’attachera à élucider et évaluer la part prise par les bruits, paroles et musiques dans la construction d’objets fictifs cinématographiques. On s’interrogera sur les habitudes qui influencent leur conception comme leur réception. On se demandera de quelles activités, de quels usages, de quel imaginaire ces fictions sonores sont l’empreinte, et dans quelle mesure elles « font époque ».
Des spécialistes du cinéma, des anthropologues, des architectes, urbanistes, des créateurs, seront invités à confronter leurs approches respectives autour d’un certain nombre de questions :
Quelles sont, dans un film, les formes sonores de restitution d’un lieu, d’un moment, d’un événement ?
Quel traitement modèle leur rendu (distorsions acoustiques, musicalisation, mise en perspective spatiale et temporelle, etc.) ?
Sur quels impératifs technologiques et quelles conceptions idéologiques ces choix esthétiques sont-ils fondés ?
Quelle place occupe l’écoute des films dans la construction des représentations culturelles et de leur mémoire ?
Quels outils et quelles méthodes la théorie du cinéma peut-elle emprunter aux anthropologues, aux urbanistes, aux architectes ou aux musicologues, pour décrire et analyser les composantes d’une bande son, les constellations sensibles que dessine le profil sonore d’un lieu, d’un moment, d’un personnage, ou d’un événement ?
Le cinéma, en tant qu’activité artistique, en tant qu’expérience esthétique et en tant que dispositif technique, offre-t-il un lieu d’expérimentation privilégié tant aux designers sonores qu’aux chercheurs en sciences humaines qui s’intéressent à la dimension sonore de la vie quotidienne et de la création ?

Cette rencontre prolongera les recherches sur les représentations culturelles et la mémoire sonore entreprises depuis trois ans par le MIMMOC, et sera organisée en collaboration avec certains chercheurs en esthétique des équipes B1 et B3 du FoReLL.
Elle aura lieu les 18 et 19 novembre 2010.
La participation de chercheurs étrangers est souhaitée ; les communications pourront être présentées en français et en anglais. Elles seront strictement limitées à une durée de 30 minutes, et devront comprendre au moins un exemple audio-visuel.
Les propositions de communication sont à adresser par courriel aux membres du comité d’organisation avant le 1er juin 2010.

Comité d’organisation :
Dieter MERLIN (Université de Poitiers / DAAD)
Véronique CAMPAN (Université de Poitiers)
Andrew McKeown (Université de Poitiers)
Martin RASS (Université de Poitiers)
Jeremy PRICE (Université de Poitiers)

Contacts :
dieter.merlin@univ-poitiers.fr
veronique.campan@univ-poitiers.fr
andrew.mckeown@univ-poitiers.fr

Citer cet article : https://www.histoiredesmedias.com/Journee-d-etude-Un-film-comment-l.html

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