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Tabous et censures dans l'histoire de la presse
LE MONDE | 04.12.03 |
Nouvelle
revue, "Le Temps des médias" aborde la question
de la pornographie depuis Ovide jusqu'à la loi de 1975
sur le classement X des films, et se penche sur "éthique
et journalisme".
Ouvrir
le dossier des interdits, évoquer tabous, transgressions
et censures, tel est le thème de la plongée
dans l'histoire de la presse que propose Le Temps des médias.
Cette revue semestrielle publiée par la Société
pour l'histoire des médias et Nouveau Monde Editions
ambitionne de donner au lecteur, par le biais d'éclairages
historiques, des outils d'analyse et de compréhension
du monde des médias dans lequel il vit.
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Comme
en écho au rapport Kriegel sur la violence et la pornographie
à la télévision, la revue ouvre par une
approche de l'histoire culturelle de la pornographie en Occident.
"Le mot "pornographe" est utilisé par
le grammairien Athénée au IIe siècle
après J.-C. pour désigner les artistes qui excellent
dans l'art de représenter les choses de l'amour",
explique Laurent Martin, du Centre d'histoire culturelle des
sociétés contemporaines. En français,
le mot pornographie, dans le sens d'images ou d'écrits
obscènes, n'apparaît qu'en 1830. L'auteur retrace
l'évolution de la perception de ce phénomène
et des réactions qu'il n'a cessé de susciter.
Du bannissement d'Ovide par Auguste au prétexte que
ses écrits mettaient en péril l'institution
du mariage, qualifié d'acte de "censure ou plutôt
de répression littéraire", au tollé
suscité par le Jugement dernier peint par Michel Ange
pour la chapelle Sixtine, avec, dans le choeur des révoltés,
l'Arétin, ! pourtant auteur de textes frappés
d'interdit papal, comme les Sonnets luxurieux. Et à
la loi de 1975 instituant le classement X des films pornographiques.
Bien d'autres sujets, plus directement liés au monde
de la presse, sont abordés dans ce dossier sur les
interdits, comme la façon dont la presse a traité
du thème de la pédophilie. Maître de conférences
en histoire contemporaine à Paris-X - Nanterre, Anne-Claude
Ambroise-Rendu distingue quatre temps : le tournant du XXe
siècle, où l'on assiste à une prise de
conscience doublée d'une dénonciation des abus
sexuels sur enfants, thème passé sous silence
jusque-là ; les années 1920-1970, quand ce thème
subit un reflux et une euphémisation dans la presse,
suivies dans la décennie 70 d'une période de
quasi-plaidoirie pour la pédophilie sur fond de libération
sexuelle, avant le temps de la condamnation dans les années
1990.
Dominique Cardon, du CNRS, évoque aussi l'émission
de Ménie Grégoire sur RTL, qui a recueilli,
de 1967 à 1981, des témoignages sur l'intimité
sexuelle des auditeurs. Ce programme a servi de relais auprès
du public d'un changement de discours sur la sexualité,
avec la revendication d'un droit au plaisir.
LES
MÉDIAS SONT-ILS SEXUÉS ?
L'historien Bruno Bertherat s'arrête sur le traitement
télévisuel d'un des grands faits divers de la
fin du siècle, la mort de Jacques Mesrine, tué
par la police en 1979. Il s'interroge sur l'insistance à
montrer le cadavre de "l'ennemi public numéro
un", brisant ainsi un tabou. Il y voit comme le désir
des policiers de mettre en scène le triomphe de l'ordre.
Le dossier se conclut par une interrogation de Patrick Eveno,
maître de conférences à Paris-I et rédacteur
en chef de la revue : les médias sont-ils sexués
? Il évoque la féminisation progressive du métier
de journaliste, l'appétit des femmes pour les médias,
mais aussi l'image des femmes dans la publicité. Au
dossier succède la rubrique "Territoires d'études",
qui fait le point des recherches sur un thème, dans
ce numéro, "Ethique et journalisme". Gilles
Feyel, professeur d'histoire moderne à Paris-II, évoque
les origines de l'éthique et la figure emblématique
de Théophraste Renaudot. Correspondant du Monde à
Bruxelles, Thomas Ferenczi analyse le phénomène
au XIXe siècle, alors que le sociologue Jean-Marie
Charon expose la responsabilité des journalistes devant
leurs pairs et envers le public au XXe siècle.
La rubrique "Entretiens" donne ensuite la parole
à Michel Polac à travers l'évocation
de son parcours médiatique à rebondissements.
Le Temps des médias se termine par un foisonnement
d'informations sur les parutions récentes, les recherches
universitaires et l'actualité scientifique internationale.
La richesse du contenu de cette nouvelle publication est à
l'image d'un champ de recherche d'une grande vitalité
et porté par l'engagement de chercheurs décidés
à se regrouper pour bâtir un projet collectif.
Laurence Girard
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 05.12.03
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LE
TEMPS DES MÉDIAS
« Interdits. Tabous, transgressions, censures »
Sciences Humaines, compte-rendu paru
dans le Mensuel n° 145 - janvier 2004
Il
faut saluer, autant que le numéro lui-même, le
champ de publication ouvert par cette nouvelle revue : celui
de l'histoire des médias (non seulement l'histoire
des supports, mais aussi du journalisme, des pratiques professionnelles,
des rapports entre médias et pouvoirs, etc.). Le réseau
de chercheurs qui anime Le Temps des médias (autour
du groupe « Temps, médias et société
» de la FNSP et de la Société pour l'histoire
des médias) trouve à travers cette revue un
moyen de faire connaître ses travaux et les chantiers
qu'il estime devoir être explorés. Ce premier
numéro comporte, outre le dossier consacré à
un sujet a priori vendeur mais abordé avec le plus
grand sérieux, de consistantes rubriques informatives
sur l'actualité de la recherche.
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Revue
des revues, n°34, février 2004
Ent'revues (IMEC)
Le mot " média " désigne étymologiquement
" un lieu accessible ou exposé au regard des
autres " Et c'est à cette transparence que nous
convie ce premier numéro de la revue Le Temps des
Médias. Publication à vocation historique
- comme en témoigne non seulement la composition
du comité de rédaction mais aussi un prestigieux
comité scientifique - elle s'émancipe des
seules approches sociologiques pour utiliser tous les outils
forgés par les sciences humaines. Ainsi entend-elle
s'inscrire dans une démarche intellectuelle novatrice.
" Tabous et interdits " constituent le corps principal
de cet opus. Ce faisant, Le Temps des Médias s'engage
sur les traces d'une des polémiques les plus vives
concernant la presse sous toutes ses formes. Qu'en est-il
de la censure aujourd'hui, dans une société
qui se revendique comme ouverte et émancipée
? Les médias constituent en effet un moyen d'expression
mais aussi un intermédiaire de l'information : ils
sont donc leurs propres censeurs. Ou peut-on placer alors
la notion d'objectivité si ces mêmes moyens
de communication constituent un écran entre l'émetteur
de l'information et son récepteur ?
C'est autour d'un thème des plus complexes que la
revue choisit d'articuler la question : la sexualité
et par extension, la pornographie. La revue entame une histoire
culturelle de cette dernière dans un soucis de contextualisation
et de mise en perspective sociale. Frédéric
Bas et Antoine Gerba rappellent ainsi les propos d'Alain
Robbe-Grillet affirmant dans les années 1970 "
qu'en la matière, la pornographie est l'érotisme
des autres ". La conception que l'on peut avoir de
la chose n'est donc que le corollaire de l'évolution
des mentalités.
Les articles suivants, sur l'homophobie et les nouvelles
modalités de la censure, témoignent, non d'un
abandon progressif des présupposés ou valeurs
morales mais de leur transmutation plus ou moins déguisée.
La presse et le cinéma ont-ils en effet vocation
à tout montrer sous prétexte de réalisme
et d'impartialité ? La mort de Jacques Mesrine sous
l'œil des caméras constitue, selon l'historien
Bruno Bertherat, par sa mise en spectacle, un rappel des
valeurs d'ordre. Le discours prodigué n'apparaît
donc pas tant dans la plus ou moins grande exhaustivité
de ce que l'on montre mais surtout dans la manière
dont on présente l'événement.
L'Internet, en dépit de sa structure mondiale ouverte,
ne déroge pas à cette règle, constate
la chercheuse Myriam Marzouki. Par censure, cette dernière
entend " tout acte visant à créer un
consensus non désiré ". Or, même
dans ce cas précis, se mettent en place des procédures
législatives pour restreindre l'accès à
ce qui et autorisé. Fi des illusions donc !
Cet ensemble d'articles a le grand mérite de nous
montrer l'adaptation permanente des conceptions idéologiques
et des comportements sociaux aux techniques de communication
sans cesse en évolution.
On appréciera également la seconde partie
intitulée " Territoires d'études ".
Remonter au fondateur du journalisme, Théophraste
Renaudot, semble être une initiative à saluer.
En une trentaine de pages nous est rappelée l'histoire
de la presse et de son éthique des origines jusqu'au
xxe siècle. Renaudot ne concevait-il pas ses publications
comme " épurées de toutes autres passions
que celle de la vérité ? " Mais sa gazette
n'en constituait pas moins une littérature de combat
au service des Bourbons puisqu'il la qualifiait lui-même
de " journal des rois et des puissants de la terre
". Voilà donc de quoi alimenter le débat
sur la pertinence d'une censure consubstantielle à
l'information.
Outre une rubrique " Entretiens " - avec, Michel
Polac dans cette livraison -, les dernières pages
de la revue constituent enfin un véritable guide
à l'usage de celles et ceux qui désirent approfondir
la question puisque sont chroniqués les travaux universitaires
les plus récents, les publications scientifiques
récentes et les références et sites
de consultation en lignes.
Le grande vitalité et originalité de ce périodique
bimensuel incite à lui souhaiter longue vie car,
pour paraphraser Renaudot, nous pourrions affirmer que "
sa publication est en effet nouvelle […] mais cette
nouveauté ne peut lui acquérir que de la grâce
".
Fabrice
Jonckheere
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L'Histoire
(283), janvier 2004
Revue du mois
La presse, l'édition, le cinéma ont désormais
leur revue d'histoire. Qui commence avec un numéro sur
les " Interdits "…
Honneur
aux médias
Les
médias étant enfin devenus un champ d'études
reconnu, il était légitime qu'une revue d'histoire
leur soit consacrée. Christian Delporte, son directeur
scientifique, présente Le Temps des médias comme
le produit naturel d'un lieu d'échanges et de réflexion
récent, la Société pour l'histoire des
médias (SPHM), et d'un groupe de travail constitué
il y a peu à Sciences-Po, Temps, médias et société
(TMS). C'est une nouvelle fenêtre qui s'ouvre sur un
domaine dense et riche.
A la lecture du sommaire du premier numéro (il en est
prévu deux par an), on se dit que, pour un commencement,
Le Temps des médias n'hésite pas à frapper
fort. Le dossier sur les " interdits " qui pèsent
sur la presse, l'édition ou le cinéma ne manque
pas de saveur.
Laurent Martin (Centre d'histoire culturelle des sociétés
contemporaines) s'interroge, par exemple, sur les raisons
de l'absence d'une histoire de la pornographie. Et, du coup,
il pose les " jalons ", les pistes possibles de
ce qui serait une " histoire culturelle " de ce
phénomène -en Occident depuis l'Antiquité
jusqu'à ces dernières décennies. Anne-Claude
Ambroise Rendu (université Paris-X) analyse, quant
à elle, l'évolution sur un siècle du
traitement de la pédophilie par la presse : de la discrétion
au silence, de la compréhension à la réprobation.
Interdit aussi, l'homosexualité, mais ici vue par Florence
Tamagne (Lille III), à travers les caricatures hostiles
diffusées en France et en Allemagne dans le premier
tiers du XXème siècle. Une contribution au contenu
surprenant, celle de Dominique Cardon (CNRS) sur Ménie
Grégoire et son émission sur RTL (1967-1981)
: pour la première fois, on parlait plaisir et orgasme
à l'oreille de millions d'auditeurs.
Critiqué parce qu'il est exposé, le journaliste
doit répondre d'une déontologie souvent mal
perçue. Gilles Feyel (Paris II) remonte aux sources,
à Théophraste renaudot, le fondateur de la Gazette
au XVIIè siècle. Tandis que Thomas Ferenczi,
lui-même journaliste, et le sociologue Jean-Marie Charon
sondent cette éthique de la profession aux XIXè
et XXè siècles.
Enfin, Michel Polac évoque pour Isabelle Veyrat-Masson
la censure dans la presse. Il est vrai qu'en la matière,
il a été servi.
Daniel
Bermond
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