Editorial
Patrick Eveno et Nathalie Sonnac
Les
médias, une histoire d’argent ?
En
2004, deux ans après une première ouverture
du capital du Figaro au fonds d’investissement Carlyle,
le groupe de Serge Dassault acquiert la Socpresse, fleuron
du groupe Hersant. Dans le même temps, Libération
est recapitalisé par Rotschild, le groupe Le Monde
achète les Publications de la Vie Catholique, Emap
s’empare du groupe Excelsior, tandis que la presse
gratuite fait une déferlante sur la presse quotidienne.
Dans l’audiovisuel, acquisitions et fusions, comme
la dernière en date, celle des bouquets satellite
TPS et CanalSat, bousculent les opérateurs traditionnels,
alors que les fournisseurs d’accès Internet
(FAI) deviennent les principaux concurrents de la télévision
payante. La recomposition du paysage médiatique semble
s’accélérer.
Pourtant, ces mouvements récents ne sont pas les
premiers dans l’histoire économique des médias.
Ceux-ci, en effet, ont toujours attiré des convoitises,
du côté des politiques comme de la part des
entrepreneurs soucieux de vendre leurs produits et services.
Pour autant, quelles que soient les périodes, les
mouvements de fusion, d’acquisition ou l’entrée
des fonds d’investissement dans le capital des entreprises
médiatiques génèrent toujours les mêmes
inquiétudes : concentration du capital entre les
mains de quelques-uns, moindre diversité des titres,
diminution du pluralisme et in fine remise en cause des
principes de base de la démocratie et menace de l’installation
d’une pensée unique.
Le Temps des Médias, ne pouvait rester indifférent
aux évolutions récentes de l’économie
du secteur médiatique. Revue d’histoire elle
s’efforce, dans ce numéro comme dans les précédents,
d’analyser les racines des phénomènes
actuels en remontant jusqu’aux époques anciennes.
Fidèle à sa vocation, dans ce dossier sur
« l’argent des médias » la revue
cherche également à susciter la confrontation
entre les professionnels et les chercheurs. En effet, il
arrive bien souvent que les deux mondes ne parlent pas le
même langage. C’est particulièrement
le cas en économie : entre les acteurs du «
business » médiatique et les observateurs universitaires,
deux cultures s’affrontent, dont témoignent
les grilles d’analyse différentes, aussi bien
dans les articles que dans les entretiens réunis
dans ce dossier.
Dès l’époque de Girardin, Louis Blanc
avait posé le problème : « ainsi l’on
venait transposer en un trafic vulgaire ce qui est une magistrature
et presque un sacerdoce ». « La presse est une
industrie avant d’être un sacerdoce »,
répondait Albert Thibaudet dans les années
1930. Pourtant, s’agit-il seulement de « vendre
du temps de cerveau disponible » aux annonceurs comme
le suggérait naguère le président de
TF1 ? Le Temps des Médias se penche sur la question
en donnant aux analyses actuelles la profondeur du champ
historique.
Les médias ne sont pas des produits comme les autres.
Les journaux ont longtemps été les supports
essentiels du débat politique en démocratie
; ils le restent encore, même s’ils sont concurrencés
par l’audiovisuel et les nouveaux médias. Car,
en plus de deux siècles, la « sphère
médiatique » s’est considérablement
développée. En devenant plus nombreux et plus
divers, en élargissant l’offre, les supports
ont agi sur la demande, tandis que la culture de masse,
que les médias contribuaient à développer,
a fait naître de nouvelles attentes. L’information,
notamment, restée longtemps l’apanage de la
presse, a connu une inflation quantitative - pas forcément
qualitative, cela reste l’objet de débats –
alors même que les médias audiovisuels accroissaient
l’offre de divertissements.
Les médias ne sont pas des produits comme les autres,
mais ils sont également des produits et des services
marchands. Les contenus médiatiques sont des prototypes
qui coûtent très cher à fabriquer et
qui, par conséquent, nécessitent un large
volume de production pour bénéficier d’économies
d’échelle. Pour que les produits médiatiques
soient accessibles au plus grand nombre - l’information
devant être accessible à tous - les prix de
vente ne doivent pas constituer une barrière pour
les consommateurs. Dès lors, les médias se
sont tournés vers une seconde source de recettes,
la publicité, qui vient compléter ou remplacer
les recettes issues de la vente au numéro, de l’abonnement
ou du paiement d’une redevance. Ainsi, en 2005, les
annonceurs ont dépensé près de 20 milliards
d’euros (investissements publicitaires bruts, TNS
Média Intelligence) afin de faire la promotion de
leurs produits sur les divers supports médiatiques
: télévision, radio, presse écrite,
Internet, cinéma et affichage. Cette intrusion de
la publicité dans les médias, même si
elle est fort ancienne, a beaucoup évolué
et n’est pas sans poser problème. De façon
générale, l’interaction entre les médias
et la publicité a des incidences sur le pluralisme
et sur la diversité des contenus. Le financement
par la publicité induit en outre une extension de
la culture de la gratuité. Nombre de médias
peuvent être accessibles gratuitement par les consommateurs
parce que les contenus sont financés entièrement
par la publicité : télévision hertzienne
analogique puis numérique, sites Internet, journaux
gratuits, radios… Ainsi apparaissent de nouveaux modèles
économiques qui modifient le paysage médiatique
et ses équilibres toujours fragiles.
Depuis qu’Emile de Girardin a inventé la presse
à bon marché dans les années 1830,
les médias vivent de l’argent de leurs acheteurs,
de celui de la publicité et de celui de « mécènes
» publics ou privés. Selon les époques
et selon les médias, ces trois sources de revenus
prennent plus ou moins d’importance. Gilles Feyel,
à partir des calculs de Girardin confrontés
aux sources d’archives, se penche sur les coûts
de la presse à bon marché. Si les entreprises
médiatiques prospèrent souvent grâce
à la satisfaction de leur public, il arrive que la
corruption et la vénalité biaise l’économie
des médias. Cette réalité fait débat,
aussi bien dans le monde anglo-saxon qu’en France,
notamment de la Belle Epoque à la Libération.
Marc Martin revisite ce qu’il est convenu d’appeler
« l’abominable vénalité de la
presse française ». A la même époque,
Lord Northcliffe, un magnat de la presse britannique étudié
par Michael Palmer, tente de gérer au mieux les conflits
entre publicité et information. Ce double marché
est étudié par Nathalie Sonnac dans une perspective
plus contemporaine.
La fragilité de l’économie des médias
conduit parfois les entreprises à demander des aides
de l’Etat et à s’organiser en lobbies
pour obtenir ces aides : Patrick Le Floch explique cette
régulation dans la presse française. Cependant,
le marché de la presse en Europe demeure d’une
grande diversité, phénomène observé
par Henri Pigeat et Jean-Charles Paracuellos. Dans ces évolutions,
les journalistes demeurent avant tout des salariés
dont Valérie Devillard étudie les rémunérations.
Les interventions récentes de la presse gratuite
d’information et des fonds d’investissements
dans la presse quotidienne sont éclairées
par des entretiens avec Pierre-Jean Bozo, président
de 20 Minutes, et avec Jean-Clément Texier, conseil
financier.
Depuis un quart de siècle, l’essor de la télévision,
étudié par Patrick Eveno, a bouleversé
le paysage médiatique, d’abord en devenant
un secteur publicitaire majeur, puis en s’emparant
du cinéma pour en faire un produit d’appel.
Laurent Creton fait le point sur les convergences entre
cinéma et télévision en France, tandis
que Yannick Dehée mesure le rôle des «
blockbusters » dans le financement d’Hollywood.
La percée fulgurante d’Internet accentue les
mouvements économiques dans la sphère médiatique,
parce que ce nouveau média demeure pour certaines
entreprises un gouffre financier analysé par Danièle
Attias, et que, dans le même temps, il favorise l’émergence
de nouvelles pratiques et de nouveaux acteurs. Les médias
sont ainsi devenus un pôle d’activité
où, selon Bernard Miège, Philippe Bouquillion
et Claire Morizet, la concurrence cède graduellement
la place à la concentration. Enfin, Robert G. Picard
examine les conséquences sur les contenus du recours
aux formes les plus sophistiquées du management et
du marketing. Ce riche dossier, quoique forcément
incomplet, laisse augurer de nouvelles transformations dans
l’économie des médias. Un combat de
titans entre les différents médias et entre
les groupes se profile donc en ce début de XXIe siècle
; il plonge ses racines dans une histoire pluriséculaire,
que nous cherchons à éclairer.
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Dossier
« l’argent des médias »
Gilles Feyel, Le coût de la presse
quotidienne en France (1800-1844)
Il était nécessaire de réexaminer les
calculs trop simples de Girardin dans son prospectus du quotidien
La Presse, en 1836, en réinterprétant les sources
disponibles (frais du Journal de Paris en 1811 et du Journal
des débats en 1814, calculs du comte Roederer en 1817-1818,
frais du Constitutionnel en 1826, bilans financiers du Siècle
en 1839 et 1841). Ce que l’on connaît désormais
et de l’énorme travail de bureau provoqué
par la gestion des abonnés, et de l’imprimerie
de presse, en un temps où le tirage se mécanise,
alors que la composition reste manuelle, sans le secours de
la stéréotypie, tout cela conduit à proposer
une modélisation nouvelle des frais annuels de rédaction,
d’administration et de fabrication des quotidiens parisiens
entre 1800 et 1844.
Gilles Feyel, The cost of the French
daily press (1800-1844)
The calculations made by Girardin in the prospectus for his
daily, La Presse in 1836 merit further study in the light
of other available sources - the accounts of Le Journal du
Paris in 1811, of Le Journal des débats in 1814, the
calculations made by count Roederer in 1817-18, the balance-sheets
of Le Siècle in 1839 and 1841. Given the findings now
available, and the results of the work of clerks that managed
the accounts of the subscription department, and data about
press-runs, during a period when the mechanisation of printing
came on-stream, whereas typesetting was still done by hand,
it is possible to propose a new model of the annual news/editorial,
administrative and manufacturing costs of Parisian daily newspapers
between 1880 and 1844.
Marc Martin, Retour sur « l’abominable vénalité
de la presse française »
Depuis le scandale de Panama et les emprunts russes, «
l’abominable vénalité de la presse française
» sous la IIIe République est communément
admise, tant par les journalistes que par de nombreux historiens.
Or, la vénalité est une vision réductrice
des rapports entre la presse et le monde des affaires. De
nombreux journaux ne perçoivent pas de subsides cachés,
tandis que la promotion des emprunts russes correspond également
à une volonté politique et à une stratégie
internationale. Il vaut mieux finalement traiter les relations
entre la presse et la finance en termes de degrés de
dépendances ou de solidarités.
Marc Martin, "The despicable venality
of the French press": a re-assessment
Following the Panama scandal and the "Russian loans"
affair, the "despicable venality of he French press during
the III Republic, is generally taken as read by journalists
and many historians? Many newspapers, however, were not the
beneficiaries of disguise subsidies, and the promotion on
investment in Russia was a policy decision and an international
strategy. It is preferable to consider the relations between
the press and finance in terms of degrees of dependence and
solidarity.
Michael Palmer, Publicité et
information avec Lord Northcliffe
Contrôle de qualité, directives et surveillance
de "la copie" par les directeurs de grands journaux,
Royaume-Uni/ Etats-Unis vers 1900: Harmsworth/Northcliffe
et "la promotion" d'un "groupe de presse",
aux ambitions nationales et internationales. Cet article centre
sur les réactions et instructions, au jour le jour,
signalées par le dirigeant d'un groupe de presse, lord
Northcliffe, qui commente les pressions commerciales et publicitaires
qui s'exercent sur la copie rédactionnelle des titres
de son groupe (dont le Daily Mail et le Times)
Michael Palmer, Advertising and news,
with Lord Northcliffe
Quality control, Memos from 'the Chief': advertising and news/editorial
copy, U.K./USA, circa 1900: Harmsworth/Northcliffe on newspapers
as 'big business'...
At the turn of the 19th/20th century, big newspapers in various
major media-capitals in Britain and the USA, were run by news-men
who were, in varying degrees business-men. This article centres
on the daily communiqués issued by Alfred Hamsworth,
lord Northcliffe, who, during his travels between London,
New York and Paris sought to oversee the competing pressures
from news-editorial, advertising and sales departments in
the running of newspapers as "big business" (from
The Daily Mail to The Times...)
Nathalie Sonnac, Médias et publicité
ou les conséquences d’une interaction entre deux
marchés
Les médias ont fait appel à la publicité,
dès 1836 dans le cas des journaux, dans le but de couvrir
des coûts de production extrêmement élevés
et de permettre aux lecteurs de s'informer à un prix
rendu accessible au plus grand nombre. Cependant, le rôle
de la publicité ne s'arrête pas là. Il
peut conférer à la fois, un certain pouvoir
aux annonceurs sur le contenu intrinsèque des journaux
et créer aussi, une interaction entre les deux industries.
Les externalités positives et négatives générées
par cette structure de marché (marché biface)
conduit à des spécificités particulières
d'un point de vue économique au niveau de la formation
des prix, de la structure de prix et du ratio publicité
/ contenu. De plus, cette structure typique de marché
a des implications majeures sur la nature de la concurrence
que les entreprise médiatiques se livrent entre elles,
en termes de diversité des titres et de pluralisme
d'opinions.
Nathalie Sonnac, Media and advertising:
on the interconnexion of two markets
The media developed advertising as a revenue source - as of
1836 insofar as newspapers are concerned - so as to help cover
ever-increasing production costs and so as to inform readers
for a cost-price and a subscription-fee accessible to the
greatest possible number of readers/buyers. The role of advertising
extends further: it provides advertisers with an influence
over newspaper content and creates and interaction between
the two industries. The positive and negative externalities
generated by this market structure has specific economic consequences
in relation to price structure, level and the advertising/content
ratio. Furthermore, this market structure has distinctive
consequences for the competition between media companies,
and in terms of the diversity of newspaper titles and pluralism.
Patrick Le Floch, La régulation
de la presse entre les corporations et l’Etat
Le secteur de la presse connaît aujourd’hui des
mutations profondes qui tiennent principalement à l’apparition
de nouveaux concurrents et au changement de comportement des
consommateurs. C’est la raison pour laquelle il convient
de se demander si les régulations qui avaient été
mises en œuvre en 1945 s’avèrent aujourd’hui
toujours adaptées. La régulation de la presse
a été profondément marquée par
l’intervention de l’Etat et des corporations.
L’objectif de cet article est d’apporter des éléments
permettant de comprendre l’origine de la régulation
et ses conséquences sur le secteur de la presse et
de donner des pistes de réflexion pour faire évoluer
le système.
Patrick
Le Floch, The press regulatory system in France
The press industry is undergoing major change, largely due
to the emergence of new competitors and the change of reader
consumption habits. This is why it is advisable to examine
whether the regulatory arrangements of 1945 are still relevant.
These owed much to State intervention and to that of various
industry players. This paper re-examines how the press regulatory
system was set up and how it might be improved.
Henri
Pigeat et Jean-Charles Paracuellos, Les marchés de
la presse écrite en Europe
Dans l’histoire déjà longue de la presse
écrite, les trente dernières années ont
vu s’installer une régression structurelle profonde
du quotidien. Alors que les magazines et la presse spécialisée
ont su trouver de nouvelles formules et renouveler leurs marchés,
la presse quotidienne d’information générale
a subi de plein fouet les concurrences nouvelles nées
de la multiplication des moyens techniques de communication.
Face aux nouvelles conditions de marché nées
de l’apparition de nouveaux médias et de la transformation
profonde et toujours en cours des modes de consommation de
l’information, l’offre de la presse écrite
peine à s’adapter à la demande. Dans cette
indéniable régression, la presse écrite
a néanmoins présenté de vraies résistances,
preuve qu’elle répond encore à certaines
attentes. Le défi principal du journal est aujourd’hui
de trouver un nouveau modèle économique et d’une
certaine façon, un nouveau modèle éditorial
qui lui assurent les moyens de ses missions et garantissent
sa place dans le nouveau paysage médiatique.
Henri Pigeat et Jean-Charles Paracuellos,
The newspapers market in Europe
In the long history of the newspaper and periodical press,
the last thirty years have witnessed a fundamental structural
decline of the daily. While magazines and specialized titles
have discovered new formulae and renewed their markets, the
daily general-interest newspaper press has suffered from the
brutal competition engendered by new and diverse communication
techniques. Given these new market conditions, the appearance
of new media and the deep ongoing transformation of news-consumption
practices, the daily press is struggling to adapt to the new
context. Nevertheless, the daily newspaper press has shown
considerable vigour, demonstrating that it is still meeting
some market-expectations. The main challenge facing it now
is how is to find a new business model and a new editorial
model so that it can fulfil its mission and secure its place
in the new media landscape.
Valérie Devillard, L'évolution des salaires
des journalistes professionnels (1975-2000)
Il est d'usage de présenter les journalistes stratifiés
en trois grands groupes : l'élite, le grand bataillon
des salariés de l'information, et enfin les pigistes-précaires.
Ils sont liés certes par des représentations
identitaires communes mais séparés par les statuts
(permanent ou précaire) la position hiérarchique
occupée et les perspectives de carrière en résultant.
Afin de montrer le fossé grandissant entre "l'oligarchie"
et les pigistes précaires, l'analyse de l'écart
entre les revenus de ces deux groupes, à partir des
enquêtes statistiques commanditées par la CCIJP,
a été privilégiée. L'écart
de niveau de revenus des journalistes entre le sommet et la
base de la profession tend à croître de manière
significative dans les années 80/90. L'avènement
d'un journalisme de "marché" caractérisé
par la recherche d'une rentabilité maximale des entreprises
médiatiques vient affecter entre autres, les conditions
de travail des journalistes.
Outre, les facteurs essentiels tels ceux de la différenciation
entre les femmes et les hommes et du média d'exercice,
le clivage générationnel pèserait vraisemblablement
davantage dans la trajectoire professionnelle. Entrer sur
le marché de l'emploi en 1993 impliquerait un début
de "carrière" en pleine récession
économique dont on peut porter les stigmates longtemps
après. A l'autre extrême, être né
durant la décade des années 40 favoriserait
l'accession à des positions hautes, à une élite
"économique" en fin de carrière journalistique.
Valérie Devillard, Journalists
and salary differences
Usually, journalists are presented as falling into one of
three groups: the elite, the bulk of the salaried work-force,
and stringers or part-timers. All share perceptions as to
their professional identity but three factors separate them:
their status as employees (permanent or short-term contract),
their position in the staff hierarchy, and career prospects.
Based on statistical surveys conducted to the CCIJP, we show
the growing disparity between the earnings of the "oligarchy"
and part-time stringers. This gap increased significantly
in the 1980/90s. "Market-oriented" journalism, driven
by media company strategies to maximise profits affected,
inter alia, the working conditions of journalists. Salary
differences reflected the gender divide, the type of media
employer, and, above all, a generational factor. Those who
entered the profession in 1993 began their career at a time
of economic crisis; this had lasting career consequences.
By contrast, those who were born in eh 1940s had a better
chance to reach top positions, and be part of a '"journalistic
elite" as their career neared its end.
Patrick Eveno, La télévision
entre politique et marché
Longtemps considérée comme un instrument de
propagande gouvernementale, la télévision française
a connu une déréglementation accélérée
au milieu des années 1980. La création de nouvelles
chaînes, la privatisation de TF1, puis l’émergence
des chaînes thématiques et de la diffusion par
câble et satellites a bouleversé le paysage audiovisuel.
D’outil politique, la télévision est devenue
un marché, gouverné par l’audimat, la
publicité et le business. Les programmes ont été
modifiés pour satisfaire le marché, tandis que
les entreprises recherchent la rentabilité. En moins
de vingt ans, la télévision française
est passée du tout politique à la domination
des affaires.
Patrick Eveno, Television - between
politics and the market.
French television was long held to be a tool of government
propaganda; following the deregulation that gained pace in
the 1980s, new channels appeared, TFI was privatised and the
emergence of new thematic channels and cable and satellite
TV transformed the audiovisual landscape. Television moved
from being the tool of politicians to that a market, governed
by audience ratings, advertising and business. Programmes
are determined by market considerations, and channel operators
are geared to profits. In less than twenty years, the masters
of French TV are no longer politicians but businessmen.
Laurent Creton, Cinéma et télévision
en France : idiosyncrasies, convergences et recompositions
industrielles
Depuis le milieu des années quatre-vingt, les chaînes
de télévision sont devenues les principaux acteurs
de l’économie du cinéma, en devenant prépondérantes
par les revenus comme pour les financements, ce qui explique
l‘ambivalence structurelle de la relation entre ces
deux pôles. Les films de cinéma ont constitué
un programme de choix, largement offert par la plupart des
chaînes de télévision qui en tiraient
une audience satisfaisante et un transfert de valeur symbolique.
Mais progressivement cette audience s’est effritée
et les chaînes de télévision ont été
amenées à modifier leur politique de programmation
et de financement des films de cinéma. Cet article
analyse les transformations qui en résultent pour le
système cinéma-télévisuel et cherche
à évaluer les principales implications pour
ses deux composantes.
Laurent Creton, Cinema and Television
in France: Specificities, Convergences and Industrial Reorganizations
Since the mid eighties, television channels have become the
main actors of the movie economy, both as a source of funding
and of revenue; this helps explain the ambivalent relationship
between the two poles. Cinema movies provide attractive programming,
offered extensively by most television channels and thus obtain
satisfactory audience ratings and symbolic value appeal. But
these audience figures are gradually declining and the television
channels have had to modify their programming policies as
well as the funding of cinema movies. This article analyses
the consequences for the French cinema-television system.
Yannick Dehée, L’argent
d’Hollywood
Qui finance le cinéma hollywoodien et avec quel retour
sur investissement ? Alors que dans ses débuts le cinéma
américain est l’œuvre de pionniers, il est
rattrapé par la finance après la Grande Guerre.
Des années 1930 aux années 1950 se met en place
le « système hollywoodien », des studios
qui contrôlent également les circuits de distribution.
Dans les années 1950-1960, sous le coup de poursuite
anti-trust, ils doivent se séparer des circuits, ce
qui conduit au déclin du système puis à
l’entrée de grandes compagnies multinationales.
Ces dernières mènent leurs opérations
dans le but de rentabiliser leurs investissements, en faisant
du marketing la clé du cinéma.
Yannick Dehée, Hollywood finances
Who funds Hollywood movies? What is the rate of return on
investment? In the beginning, pioneers blazed the trail of
the US cinema. After the Great War, Finance took over. From
the 1930s to the 1950s, a "Hollywood system", in
which studios controlled the distribution circuit, took shape.
1n the 1950s and '60s, anti-trust legislation forced the studios
to cede control of the circuits; the "system" declined
accordingly and major multinational companies, concerned with
maximising rate of return on investment,, with marketing as
the key strategy, took over the industry.
Danièle Attias, Quel modèle
économique pour la presse sur Internet ?
La presse traditionnelle se repose essentiellement sur deux
types de ressources : la vente au numéro et la publicité.
Avec Internet, plusieurs phénomènes ont chahuté
ce modèle économique : la concurrence des portails
généralistes diffusant gratuitement des dépêches
d’agence, la remise en question de la valeur de l’information
pour le consommateur final, la confrontation directe des éditeurs
avec leur audience en ligne et l’émergence des
blogs, de nouveaux supports d’informations produits
à titre individuel et bénévole pour commenter
l’actualité. Les réponses des acteurs
sont très disparates et elles n’ont pas toujours
uniquement été motivées par des raisons
économiques. Si le modèle payant est surtout
le fait de publications semi-professionnelles, le choix du
modèle publicitaire est le plus répandu, notamment
pour les sites grand public d’informations générales
ou thématiques. Toutefois, les difficultés du
marché publicitaire sur Internet ont poussé
certains éditeurs à opter pour un modèle
mixte, où le lecteur est mis à contribution
via un abonnement, pour financer les développements
du site. Enfin, si les portails généralistes
viabilisent leur modèle en attirant une audience de
masse, les médias traditionnels ont tout intérêt
à la différenciation, en faisant vivre leur
marque en ligne et en garantissant une qualité de contenus
toute aussi irréprochable que dans leur métier
d’origine.
Danièle Attias, Internet economic
model
Two main resources finance the traditional press: the sale
of copies to final customers and advertising. With Internet,
this economic model is heavily questioned by several phenomena:
the new competition of general portals diffusing news wire,
the value of information challenged by consumers, the direct
confrontation of editors with their online audience and the
emergence of blogs, new information sites produced on a purely
individual and voluntary basis to comment on news. The editors’
answers are contrasted and cannot be exclusively justified
on economic grounds. If the subscription model is preferred
for semi-professional publications, the advertising model
is the most widespread, in particular for general information
sites or thematic sites. However, the difficulties on the
Internet advertising market motivated some editors to choose
a mixed model, where readers subscribe to exclusive information
services and contribute to the site’s developments.
Finally, if general portals build up their model by attracting
a mass audience, the traditional media might stress on differentiation,
brand and content quality.
Bernard Miège, Philippe Bouquillion
et Claire Morizet, A propos des mouvements récents
(2004- 2005) de concentration capitalistique dans les industries
culturelles et médiatiques
Les auteurs ont choisi d'analyser les "opérations
financières" effectuées en 2004 et 2005
en France, ou dans des groupes considérés comme
français, avec l'objectif d'en tirer des conclusions
sur l'évolution des industries de contenu, les modifications
des stratégies éditoriales ne pouvant se déduire
directement des stratégies financières. Ils
font le constat d'une accélération de la concentration,
surtout dans la filière de l'imprimé, et pas
seulement avec les initiatives prises par Lagardère
et le groupe Dassault. Moins spectaculaires mais tout aussi
décisives sont les actions de diversification multimédias,
ainsi que la réorganisation des bouquets satellitaires
face aux opérateurs de télécommunications.
Ils s'attachent ensuite à préciser les enjeux
industriels des opérations financières. Paradoxalement,
ils montrent qu'il est parfois difficile de les identifier,
notamment lorsqu'on a affaire à des coups financiers.
D'une façon générale, plusieurs orientations
transparaissent, certaines en relation avec des préoccupations
directement politiques: d'abord se positionner face à
la montée des TICs (pour un terme peu décelable);
et surtout prendre rang en vue de la constitution (ou du renforcement)
de puissants groupes de communication, ce qui est aujourd'hui
l'horizon stratégique de plusieurs conglomérats
ou groupes financiers.
Bernard Miège, Philippe Bouquillion
and Claire Morizet, The concentration of capital in the cultural
and media industries, 2004-5
The authors highlight how "financial transactions"
conducted in 2004-5 in France, or in groups considered to
be French, testify to broader trends concerning the evolution
of content industries and changes in publishing strategies;
the financial strategies of the companies concerned are not
the sole factor involved. The pace of concentration has accelerated,
especially in the print sector, and not only in the companies
managed by Lagardère and the Dassault group. Less attention-grabbing,
but no less significant are the multimedia diversification
strategies and the reorganisation of satellite bouquets undertaken
to counteract telecom operators. The authors then analyse
the industrial stakes that lie behind these financial manoeuvres,
and show that it is often difficult to pinpoint what is involved,
especially in a context of corporate raiders. Policy factors
involved may relate to the reinforcement of major communication
groups or to a preventive policy of occupying a strategic
slot, given the development of the (often unmentioned per
se) new information and communication technologies.
Robert G. Picard, Les médias
au risque du management et du marketing
Les médias européens et ceux de tous les pays
développés sont l’objet de transformations
significatives et d’ajustements de leurs méthodes
traditionnelles de fonctionnement. Les entreprises adoptent
de plus en plus des techniques de marketing afin de répondre
à la concurrence et aux exigences de rentabilité.
Cette domination de la culturelle commerciale a des effets
sur l’information et le divertissement, d’autant
plus que les médias sont toujours plus dépendants
des recettes publicitaires. Ainsi les médias sont de
plus en plus assimilés à n’importe quelle
activité commerciale.
Robert G. Picard, Management and marketing,
the new media masters
The traditional modus operandi of the media in Europe and
the developed world is undergoing major change. Media companies
have increasing recourse to marketing techniques to get a
competitive edge and to maximise profits. This commercial
logic affects news and entertainment programme-content, especially
as media are more and more dependent on advertising revenue.
This increasingly means that the media are considered as a
commercial activity like any other.
Territoires d’études
Floriane Schneider, Carpentras, 10-15 mai 1990, polysémie
d’une profanation
En mai 1990, dans le cimetière juif de Carpentras,
des tombes ont été profanées, un corps
exhumé et son empalement simulé. Dès
son annonce publique, le 10 mai, les médias français
ont proposé une lecture politique de l’événement
et l’ont investi d’une forte charge symbolique.
L’acte antisémite était à la fois
violation des principes républicains et mise en acte
du discours frontiste. Dans un pays baigné par les
ressacs de la mémoire de Vichy et de la Shoah, les
médias et la classe politique ont livré cette
interprétation ultime : la profanation comme perpétuation
du génocide nazi.
Floriane Schneider, A cemetery profaned
- Carpentras, 10-15 May, 1990: the multi-layered media discourse
In May 1990, tombs were desecrated, and a disinterred body
was violated. As soon as the affair became public, the French
media proposed a political interpretation of the event; this
anti-Semitic act was presented as a violation of the very
principles of the republic and the reflection of the discourse
of the National Front party. In a country haunted by the memory
of Vichy and the Holocaust, the media and politicians depicted
this profanation as tantamount to the continuation of the
Nazi genocide.
Claudia
Feld, Quand la télévision argentine convoque
les disparus. Modalités et enjeux de la représentation
médiatique d’une expérience extrême
De 1976 à 1983, l’Argentine a été
gouvernée par une dictature militaire exerçant
une répression féroce à l’égard
des opposants politiques. On estime que plus de 10 000 personnes,
enlevées et torturées sont portées disparues.
Comment, depuis 1984, la télévision argentine
représente-t-elle ces disparus ? La télévision
argentine participe notamment à la construction de
récits visant à rendre visibles les violations
des droits de l’homme. La mise en scène des émotions
est un des moments clés de cette révélation
par le petit écran.
Claudia Feld, Argentina TV and Those
Who Disappeared. Media treatment and the political and media
stakes of inhumane acts
From 1976 to 1983, Argentina was governed by a military dictatorship
that ferociously repressed all political opposition. It is
reckoned that over 10 000 people were kidnapped, tortured
and subsequently disappeared. Since 1984, Argentina TV has
covered this issue in several ways. It helps reconstruct accounts
aimed at depicting the violation of the rights of man. A highlight
of this process is the way in which emotional scenes are portrayed
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