Deux numéros par an
318 pages

Prix au numéro : 25 euros
Editeur : Editions Nouveau Monde.

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Le Temps des médias
, n° 5
"Shoah et génocides. Médias, mémoire, histoire "



Sommaire du n°5 - Automne 2005

 

Dossier : Shoah et génocides. Médias, mémoire, histoire
La question de la mémoire est devenue centrale pour les historiens, mais aussi pour les spécialistes d’autres sciences humaines, interrogeant les spécificités des génocides du XXè siècle. Si les études sur le rôle des témoignages, sur les initiatives privées ou l’action publique ont fait avancer la connaissance, la place des médias dans la construction de la mémoire n’a guère été valorisée. Elle est, pourtant tout à fait déterminante.
Le présent numéro se propose précisément d’insister sur le poids et l’impact des outils médiatiques, compris au sens le plus large (presse écrite et audiovisuelle, cinéma, musées, multiples formes de l’image), dans le processus d’élaboration de la mémoire collective et les débats qu’elle suscite dans l’espace public.
Incitant le lecteur à la réflexion comparative, le dossier, s’il s’articule sur la question matricielle de la Shoah, s’intéresse de près aux singularités des génocides arménien, tsigane, cambodgien ou rwandais.
Présentation. Les médias, l’indicible et l’in-montrable (Christian Delporte, Ouzi Eyada, Marie-Anne Matard-Bonucci)
Usages de la photographie par les médias dans la construction de la mémoire de la Shoah (Marie-Anne Matard-Bonucci)
Révéler/cacher : images et non-images du génocide cambodgien (Jean-Louis Margolin)
Les médias canadiens et le génocide rwandais. Une incompréhension lourde de sens (Dominique Payette)
Dix ans après le génocide des Tutsi au Rwanda. Un malaise français ? (Jean-Pierre Chrétien)
L’avènement politique des Roms (Tsiganes) et le génocide. La construction mémorielle en Allemagne et en France (Henriette Asséo)
Musées historiques et américanisation de l’Holocauste (Oren Mayers)
Quelles expositions pour les Arméniens ? (Stéphanie Vuillemin)
Les médias et la mémoire de la Shoah dans la Grande-Bretagne d’aujourd’hui (David Cesarani)
Les Allemands, peuple de victimes ? Seconde Guerre mondiale et émissions historiques de la ZDF (Gilat Margalid)


Territoires d'études
L’histoire au Figaro littéraire (Claire Blandin)
La presse française en Turquie, canal de transmission des idées de la Révolution (Joëlle Pierre)
Entre presse nationale parisienne et journaux locaux de province : la presse régionale d’Ile-de-France (Aude Rouger)

Entretien
Entretien avec Pierre Nora : la fièvre médiatique des commémorations (propos recueillis par Christian Delporte et Isabelle Veyrat-Masson)

Pétition
Appel pour le droit à l’utilisation pédagogique et le droit de citation à des fins scientifiques des images et des sons (lancé à l’initiative de la Société pour l’histoire des médias)

Recherche-Actualités

Parutions

Medianet

Le point sur...
Les fonds sonores du département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France (Pascal Cordereix)

Chronique Passé/Présent
La découverte du génocide au prisme de la presse (Anne-Claude Ambroise-Rendu)

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Editorial
Christian Delporte, Marie-Anne Matard-Bonucci, Ouzi Elyada

Les médias, l’indicible et l’in-montrable


La commémoration du 60è anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, en janvier dernier, a donné lieu à un déploiement médiatique sans précédent : dossiers et numéros spéciaux dans tous les journaux, émissions de radio, livres illustrés, expositions… Mais, pour l’occasion, sans nul doute, c’est la télévision, qui, toutes chaînes confondues, a mobilisé le plus de moyens pour couvrir l’événement : retransmission en direct des cérémonies officielles, reportages tournés à Auschwitz, séquences d’archives au 20 heures, documentaires, fictions, et même docu-drama (Auschwitz, la solution finale, produit par la BBC). Rien de tel, dix ans plus tôt, pour le 50è anniversaire de l’ouverture des camps.
Le propos du présent de dossier n’est pas d’expliquer les raisons, déjà largement avancées par d’autres, de cet apparent changement d’attitude, ni d’instruire le procès des médias, davantage tentés par la mise en spectacle de la mémoire de la Shoah que par sa contextualisation. Il s’agit plutôt de mettre en rapport la puissance d’information des médias et les phénomènes historiques infiniment complexes que constituent les génocides.
Les médias, en effet, ne jouent pas seulement un rôle fondamental dans la divulgation et, partant, dans la prise de conscience générale des génocides. Ils fournissent au grand public les éléments d’explication et d’interprétation mais aussi, avec le temps, contribuent à nourrir la mémoire et les représentations collectives des phénomènes génocidaires. Cette fonction qui, dans le monde contemporain, caractérise les médias, ne s’applique évidemment pas seulement aux génocides. Mais ces derniers représentent un enjeu tel dans l’histoire humaine qu’ils engagent, plus que tout autre, la responsabilité des acteurs médiatiques. Pas de conscience universelle des génocides sans médias. Et c’est au prisme des mots et des images diffusés par la presse écrite ou audiovisuelle, c’est à la lumière du cinéma d’archives ou des films de fiction, c’est, guidés par les documents exposés dans les musées, que les opinions publiques se représentent la nature et l’ampleur de l’extermination des juifs ou des tsiganes, le génocide arménien, ou ceux qui ont marqué l’après-guerre, au Cambodge ou au Rwanda. Qu’on se souvienne du procès Eichmann, en 1961. Plus de 600 journalistes du monde entier se pressent, alors, pour assister au « Nuremberg du peuple juif ». Les séances sont filmées pour la télévision ; pour les télévisions étrangères, car Israël en est alors dépourvu ; pour le monde et pour la mémoire. En Israël même, la radio retransmet le récit bouleversant des témoins. Par le procès Eichmann, et grâce à la formidable résonance de la machine médiatique, la Shoah intègre, et la mémoire des juifs et la mémoire universelle.
Touchant à l’indicible et l’in-montrable, submergeant l’entendement humain, le génocide brouille les repères du journaliste-témoin. Disons-le clairement : pour des raisons liées parfois à l’aveuglement collectif, plus souvent à l’incapacité de maîtriser l’événement, les médias sont « passés à côté » de tous les génocides, comme l’illustre cruellement, expériences obligent, le dernier cas du Rwanda. L’information s’accommode mal de l’assourdissant silence qui entoure les exterminations humaines comme de l’absence de preuves par l’image, devenue, avec la presse moderne, le témoignage de la vérité.
Il est beaucoup question d’image dans le dossier qui suit. Et les auteurs nous en montrent, dans des contextes très différents, les limites voire les dangers. La carence des photographies, de l’extermination elle-même, bien sûr, mais aussi de ses effets, pousse à une surexploitation des rares clichés existants, sans interrogation sur leur « représentativité ». Mises en scène, construites dans un scénario qui joue sur les sentiments et l’émotion, elles peuvent même, transformant le réel, déformer la réalité.
Peut-on, sur un sujet qui touche si spontanément à l’affect que la destruction programmée d’êtres humains, écarter la tentation émotionnelle ? Evidemment, non. Cependant, lorsque la démonstration des médias, cultivant ici une tendance qui s’est considérablement renforcée avec l’ère de l’audiovisuel, repose essentiellement sur l’émotion collective, on court le risque de la confusion, de la schématisation voire de la banalisation. La mémoire des génocides – la dernière commémoration de la libération d’Auschwitz en fournit l’exemple -, se plie aux lois du spectacle médiatique. Oubliant l’histoire, les médias livrent au public, sans les contextualiser, informations, images et témoignages à profusion. A lui de faire le tri. L’émotion, tout autant, préside à l’essor des musées de la Shoah : le cas américain, étudié ici, souligne combien ces médias offrent une vision infiniment simplifiée de l’extermination des juifs, soumise à une redoutable forme de déterminisme.
Mais, bien sûr, le chapitre le plus délicat concerne le film. Nous n’évoquerons pas la controverse qui a opposé Lanzmann et Didi-Huberman sur l’exploitation de l’image d’archive pour « dire » la Shoah, ni la polémique sur l’usage de la fiction pour « raconter » l’extermination des juifs. En revanche, on abordera ici les effets, sur le récit historique, de l’apparition des nouveaux genres télévisuels, et notamment l’irruption des « docu-dramas » qui, à dessein, cultivent l’ambivalence entre le réel et la fiction et bénéficient d’une audience considérable. Leur utilisation partisane risque d’en faire des instruments d’autant plus redoutables que le message est insidieux, comme le montrent certains programmes de la ZDF sur la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le génocide ne peut se dire ni se montrer. Formidable paradoxe pour les médias, source d’erreurs, d’approximations, d’excès en tout genre. Le présent dossier, à travers quelques exemples, nous indique comment journaux, télévision ou musées ont cherché à le surmonter.

 

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Résumés / Abstracts

Claire Blandin, L’histoire au Figaro littéraire
Cet article cherche à expliquer dans quelles rubriques et de quelle manière Le Figaro littéraire, hebdomadaire indépendant de la Libération aux années 1970, parle de l’histoire. Le rapport à la science historique est, en effet, un bon indicateur de l’évolution des cultures politiques du journal. De l’obsession de la Seconde Guerre mondiale à une histoire « paillettes » préparant le tourisme culturel, c’est aussi l’évolution de la publication, de l’hebdomadaire littéraire au news-magazine, qui transparaît.

History at Figaro littéraire Claire Blandin
This essay investigates where and how Le Figaro littéraire wrote about history. From 1945 to 1970, the newspaper became a newsmagazine and focused on history for tourism. But, talking for example about the Second World War, Le Figaro littéraire also shows its political meanings.

Entre presse nationale parisienne et journaux locaux de province : l’émergence d’une presse régionale en Ile-de-France Aude Rouger
La presse régionale et locale d’Ile-de-France constitue, dans les recherches sur les médias, un objet délaissé. C’est son apparition et son ancrage progressif dans la région de la capitale que nous nous proposons d’étudier dans cet article. D’abord dotée uniquement de petits hebdomadaires locaux implantés dans les départements, la région parisienne ne possédera pas de quotidien régional avant les années 1960, avec la régionalisation du Parisien Libéré. La montée en puissance des groupes de presse dans tout le pays n’épargnera pas les journaux régionaux et locaux franciliens, qui connaissent par ailleurs, à l’heure actuelle, des difficultés particulières.
Between the national press and provincial local newspapers : the emergence of a regional press in the Paris Ile-de-France region Aude Rouger
The regional and local press of the Paris Ile-de-France region constitutes, in media studies, a neglected object. It is its apparition and its progressive anchorage in the region of the French capital that we aim to study in this paper. First merely possessing small local weeklies established in its departments, the parisian region did not get a regional daily paper before the 1960’s, with the regionalisation of Le Parisien Libéré. The rise of media groups in the whole country did not spare the regional and local newspapers in Ile-de-France, which experience specific difficulties today.

La presse française de Turquie, canal de tranmission des idées de la Révolution, Joëlle Pierre
En Turquie, les premiers journaux furent d’abord écrits en français, avant d’être bilingues et qu’enfin apparaisse une presse turque proprement dite. Conséquence : on compte en Turquie depuis deux siècles plus de 700 journaux écrits en langue française. Au début, la presse française de l’Empire ottoman a surtout eu le rôle de répandre les idées de la Révolution française. Et l’on peut affirmer que ce phénomène n’est certainement pas étranger à la création de la République de Turquie en 1923.
French newspapers in Turkey: a medium for the Revolution's ideas, Joëlle Pierre
In Turkey, the first newspapers to be published were written in French. Later on, they would become bilingual and, eventually, newspapers in Turkish would appear. As a consequence, in the course of the past two centuries, Turkey has had more than seven hundred newspapers written in French. In the beginning, the French press of the Ottoman Empire mostly served the purpose of spreading the ideas of the French Revolution and it seems legitimate to affirm that the phenomenon is closely linked to the creation of the Turkish republic in 1923.

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