Deux numéros par an
240 pages

Prix au numéro : 25 euros
Editeur : Editions Nouveau Monde.

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Le Temps des médias
, n° 1
"Interdits. Tabous, transgressions, censures"



Sommaire du n°1 - Automne 2003

Editorial par Christian Delporte

Dossier : Interdits. Tabous, transgressions, censures
Jalons pour une histoire culturelle de la pornographie en Occident, Laurent Martin
Un siècle de pédophilie dans la presse (1880-2000) : accusation, plaidoirie, condamnation, Anne-Claude Ambroise-Rendu
Caricatures homophobes et stéréotypes de genre en France et en Allemagne : la presse satirique, de 1900 au milieu des années 1930, Florence Tamagne
La presse et la loi de 1949, entre censure et autocensure, Thierry Crépin, Anne Crétois
Carré blanc et signalétique télévisée à la télévision,1961-1998, Hélène Duccini
Droit au plaisir et devoir d'orgasme dans l'émission de Menie Grégoire, Dominique Cardon
"Montrez ce sexe qu'on ne saurait voir" : le cinéma français à l'épreuve du sexe, 1992-2002, Frédéric Bas, Antoine Germa
Dits et non-dits des nécrologies de la presse, Arina Makarova
Cadavre à la " une ". La télévision et la mort de Jacques Mesrine, ennemi public n°1 (1979), Bruno Bertherat
"Shocking-you can't publish that". de quelques mots sensibles vus/lus/entendus en traversant la Manche, Michael Palmer
Nouvelles modalités de la censure : le cas d'Internet en France, Myriam Marzouki
Les médias sont-ils sexués ? Eléments pour une gender history des médias, Patrick Eveno

Territoires d'études : Ethique et journalisme, de Renaudot à nos jours.
Aux origines de l'éthique des journalistes : Théophraste Renaudot et ses premiers discours éditoriaux, 1631-1633, Gilles Feyel
L'éthique des journalistes au XIXè siècle, Thomas Ferenczi
L'éthique des journalistes au XXè siècle. De la responsabilité devant les pairs aux devoirs devant le public, Jean-Marie Charon

Entretien
Censure, autocensure : maladies des médias ? Entretien avec Michel Polac. Propos recueillis par Isabelle Veyrat-Masson.

Recherche - Actualités

Parutions

Medianet

Le point sur...
Films documentaires et actualités cinématographiques : nouvelles perspectives pour l'historien (Caroline Moine)
Revues d'histoire des médias : coup d'œil sur le monde germanique (Ursula E. Koch)


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Editorial
Christian Delporte

Qui, de nos jours, peut prétendre échapper à l'influence des médias ? A moins de vivre sur une île déserte, coupé du monde, l'homme contemporain est assailli par un flot continu d'informations, portées par l'imprimé ou l'image, les signaux électriques ou les supports sonores. Le monde médiatisé qui est le nôtre est le fruit d'une accumulation complexe de manières de s'exprimer, de transmettre, de se comprendre. Le domaine des médias est aujourd'hui si touffu qu'on a peine à en délimiter les frontières. Il intrigue, fascine, effraie, nourrissant parfois des jugements définitifs. On ne peut s'en passer et pourtant, bien souvent, on s'en défie. " Peut-on faire confiance aux médias ? " Réducteurs, les termes de ce débat contemporain fort classique indiquent tout à la fois l'importance d'un phénomène, la confusion des esprits et la fragilité des repères.


Qu'il cherche à s'extraire de ce qu'il considère comme la " tyrannie médiatique " ou qu'il veuille tout simplement mieux appréhender le monde de l'information et de la communication dans lequel il vit, le citoyen a tout intérêt à interroger l'histoire. La nouveauté n'est souvent qu'apparence : les médias ne dérogent pas à la règle. L'historien le sait qui s'applique à analyser les origines et la construction des sociétés contemporaines. Ici, comme ailleurs, l'histoire est un outil de critique et un précieux instrument pour comprendre et se repérer. Le Temps des médias s'inscrit pleinement dans cette démarche.


Les médias sont, pour l'historien, un objet d'étude relativement récent, en France comme ailleurs. Il a fallu attendre le seuil des années 1980 pour que l'histoire de la presse, développée notamment grâce à Pierre Renouvin, Jacques Godechot ou Pierre Albert, s'élargisse à l'audiovisuel, sous l'impulsion décisive de Jean-Noël Jeanneney. Un champ de recherche nouveau s'est ainsi défini, l'histoire des médias, qui, depuis dix ou quinze ans, s'enrichit d'études nombreuses et stimulantes, touchant à la radio et à la télévision, aux journaux et aux journalistes, au cinéma et à toutes les formes d'images. Pourtant, trop longtemps, les recherches en histoire des médias ont vécu dans l'ombre des sciences de l'information et de la communication ou de la sociologie.


Il y a trois ans, des chercheurs jusqu'ici dispersés ont décidé de se regrouper pour bâtir un projet collectif. Ainsi est née la Société pour l'histoire des médias. Indifférente aux écoles ou aux chapelles, la SPHM est devenue une aire de rencontre et d'échange accueillant des chercheurs - jeunes ou confirmés --, de différentes disciplines, des journalistes, des professionnels des archives et de la documentation, avec une commune ambition : participer à la construction de l'histoire des médias. Elle s'est appliquée à faire circuler l'information scientifique et connaître les études récentes, à initier des recherches et susciter la discussion collective. Conjointement, à Sciences po, s'est constitué un groupe de travail autour de Jean-Noël Jeanneney : " Temps, médias, société " (TMS). Les deux initiatives se complétaient. C'est pourquoi la SPHM et TMS ont choisi d'unir leurs efforts pour franchir ensemble une nouvelle étape. Le Temps des médias, fruit de leur collaboration, contribuera à promouvoir le champ neuf de l'histoire des médias et à élargir son public.


Deux fois par an, Le Temps des médias témoignera de la vitalité de la recherche historique et éclairera les grands débats contemporains sur les médias. Ses colonnes seront ouvertes à tous ceux qui, historiens ou non, contribuent à une mise en perspective. Outil de diffusion des connaissances, notre revue sera aussi un espace de réflexion méthodologique et épistémologique sur la pratique de l'histoire, et un lieu d'échange entre les disciplines.


Chaque numéro sera organisé autour d'un dossier, fondé sur une thématique, un objet, une grande question générale. Le premier d'entre eux, " Interdits. Tabous, transgressions, censure ", indique une des démarches possibles. Les controverses actuelles, nourries par le rapport Kriegel et le supposé " retour à l'ordre moral ", méritent, croyons-nous, la définition de quelques jalons historiques. Au dossier succédera Territoires d'études, rubrique des recherches en cours qui, parfois, fera le point, en quelques articles, sur une question importante : c'est le cas ici, avec le thème " Ethique et journalisme ". Nous donnerons aussi la parole aux acteurs, aux témoins, aux chercheurs, aux professionnels des médias qui, lors d'Entretiens, nous enrichiront par leur expérience. Qui, mieux que Michel Polac, familier des émissions suspendues, pouvait évoquer la censure à la télévision ? Enfin, Le Temps des médias s'appliquera à fournir au lecteur la plus dense information sur les parutions récentes, les recherches universitaires, l'actualité scientifique internationale, mais aussi d'utiles instruments d'étude (ressources en ligne, avec Medianet ; exposé bibliographique et historiographique, avec Le point sur…).


Telle est l'ambition du Temps des médias. Les signes d'encouragement sont nombreux, et nous tenons, notamment, à remercier chaleureusement les membres du comité scientifique et les correspondants étrangers qui ont immédiatement répondu à notre appel. N'hésitez pas à nous faire part de vos remarques. L'aventure commence. Elle dépend maintenant de vous.

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Résumés / Abstracts


LaurentMartin, Jalons pour une histoire culturelle de la pornographie en Occident
RÉSUMÉ

La pornographie,malgré le caractère massif qu’elle a pris de nos jours, n’est pas un phénomène nouveau en Occident. Le mot, la pratique, les représentations sont apparus dans l’antiquité gréco-latine et réapparus à l’époque moderne, par-delà la parenthèse médiévale. Selon les époques et les statuts de ceux qui l’emploient, « pornographie » a désigné aussi bien le simple nu académique que la représentation explicite
de l’acte sexuel.« Pornographie » est un mot pour une zone de combat que décrit une approche culturaliste de l’histoire.
ABSTRACT
Pornography is by no means a new phenomenon in the West.The word itself, and wide range of practices and representations have marked Greek and Roman civilizations and Modern Europe after the medieval interlude.Depending on the period under
review and the status of its practitioners, « pornography » highlights both the artistic nude as well as the explicit representation of a sexual act. « Pornography » is a war zone, examined here from a cultural approach to history.

Anne-Claude Ambroise-Rendu, Un siècle de pédophilie dans la presse (1880-2000):accusation, plaidoirie,condamnation
RÉSUMÉ

La médiatisation des abus sexuels dont sont victimes les enfants commence à la fin du XIXe siècle. Elle ne sera pourtant ni dénuée d’ambiguïté,ni continue au cours du siècle qui suit. Néanmoins, on assiste à une mutation fondamentale dans l’histoire des moeurs : la pédophilie, hier encore taboue, a été mise au jour. La découverte des années 1880 correspond au temps de l’accusation ;après
un net reflux éditorial du sujet, la révolution sexuelle des années 1970 voit se déployer une plaidoirie en faveur de la pédophilie ; enfin, les années 1990 sont le temps de la condamnation, accompagnée d’une réflexion qui place désormais l’enfant abusé au coeur de ses interrogations.
ABSTRACT
Paedophilia used to be “unmentionable”— in society, both “polite” and in general. This has changed radically in the last thirtyto forty years.The media have been agents in this process, and, in however disorderly a manner,have contributed to placing the issue on the public agenda arena of public debate. Caricatures homophobes et stéréotypes de genre en France et en Allemagne: la presse satirique,de 1900 au milieu des années 1930

Florence Tamagne, Caricatures homophobes et stéréotypes de genre en France et en Allemagne : la presse satirique, de 1900 au milieu des années 1930
RÉSUMÉ

Les années 1900-1930 voient l’apogée des thématiques homosexuelles dans la caricature. « L’inverti » et la « garçonne » sont les cibles favorites des dessinateurs qui réduisent souvent l’homosexualité à des stéréotypes de genre.A la satire sociale se mêle également la critique politique et le soupçon d’homosexualité est un moyen parmi d’autres de discréditer une personnalité, voire une nation entière, comme lors de l’affaire Eulenburg qui éclate en Allemagne en 1907.
ABSTRACT
Years 1900-1930 see the climax of homosexual themes in the caricature.The “invert” and the “flapper”are the favourite targets of the cartoonists, who often reduce homosexuality to gender stereotypes.With the social satire also mingles political criticism and the suspicion of homosexuality is a means among others of discrediting a personality, even a whole nation,as during the Eulenburg affair,which bursts in Germany in 1907.

Thierry Crépin,Anne Crétois, La presse et la loi de 1949, entre censure et autocensure
RÉSUMÉ

La loi de 1949 introduit dans le droit français de la presse de nouvelles dispositions contraignantes dont l’application est confiée à une Commission de surveillance et de contrôle.Elle examine non seulement les publications destinées à la jeunesse mais aussi les publications
pour adultes. Elle a restreint la liberté d’expression de ces publications en les maintenant entre autocensure et censure tout particulièrement de 1950 à 1974.
ABSTRACT
The July 16, 1949 legislation on publications for youngsters introduced into French law restrictive provisions to be enforced by a newly created board of surveillance and control.The board reviewed all publications for youngsters but also for adults.It proceeded to restrain their freedom of speech by holding sway over them by means of self-censorship and censorship especially from 1950 to 1974.

Hélène Duccini, Carré blanc et signalétique télévisée à la télévision,1961-1988
RÉSUMÉ

Entre 1961 et 1998, la société française a connu des changements rapides. Dans le domaine des moeurs, la liberté et l’individualisme ont conquis de nouveaux espaces.Ce qui paraissait impossible à montrer semble aujourd’hui anodin. Toutefois, la volonté de permettre et d’interdire s’est fait sentir très tôt.À partir du moment où la télévision s’est rapidement répandue, il a paru normal de protéger la jeunesse contre la violence des images. Celle-ci revêt deux formes:d’une part,la violence physique ou psychologique, telle que peuvent la véhiculer les fictions principalement,la pornographie d’autre part.Sans vouloir censurer ou interdire, les responsables des chaînes et des programmes ont jugé nécessaire de guider les choix des parents soucieux de protéger leurs jeunes enfants contre des excès.Le carré blanc en 1961 et la nouvelle signalétique en 1996 ont été des réponses pour ceux qui voulaient poser des limites.
ABSTRACT
French society underwent swift changes between 1961 and 1998.In the moral field, freedom and individualism grew to reach news areas.What once seemed unthinkable to show for is now considered without a second thought.However, the will to allow or forbid arose very early on. Since television spread out, it seemed normal to protect youths against visual violence.This violence comes in two distinct forms:first,there’s physical violence,or psychological,as can be seen in fiction, mostly, and secondly, there’s pornography. While they didn’t censor nor forbid, networks and programs managers deemed it necessary to guide parental choice, with a care to protect young children against excesses. 1961’s « carré blanc », followed by 1996’s and 1998’s new rating symbols, were the answers given to those who wanted to draw lines.

Dominique Cardon, Droit au plaisir et devoir d’orgasme dans l’émission de Menie Grégoire
RÉSUMÉ

Comment en est-on venu à évoquer des questions relatives à l’intimité sexuelle des personnes sur les ondes radiophoniques dans les années 1970 ? À partir du programme radiophonique « Responsabilité sexuelle » animée par Menie Grégoire sur les ondes de RTL de 1967 à 1980, cet article analyse la manière dont le public de l’émission s’est approprié les nouvelles normes de comportements sexuels promues par l’animatrice. La formulation publique du droit au plaisir sexuel et les différents savoirs qui ont été constitués pour traiter les dysfonctionnements sexuels participent-ils d’un processus de rationalisation des comportements ou bien,la mise en avant du plaisir sexuel dans l’espace public procède-t-elle de l’affirmation de nouveaux droits, notamment pour les femmes, et est-elle le support d’un processus d’émancipation ? L’étude des courriers adressés à l’animatrice montre que la question de l’épanouissement sexuel est une ressource pour renégocier les rapports de force au sein du couple.
ABSTRACT
How did we come to evoke questions relative to the sexual intimacy of the persons on the radio waves in the seventies ? This article analyses the way the public appropriated the new standards of sexual behaviour promoted by the radio program « Sexual Responsibility » animated by
Menie Grégoire on the waves of RTL from 1967 till 1980.The question raised in this paper is to know whether the public formulation of the right for sexual pleasure and the various knowledge which were established to process the sexual dysfunctions rationalize behaviours or if the claiming for sexual pleasure in the public space encourage the building of new rights, notably for the women. The study of the mails sent to Menie Grégoire shows that the question of the sexual pleasure constitutes a resource to re-negotiate the balance of power within the couple.

Frédéric Bas,Antoine Germa, « Montrez ce sexe qu’on ne saurait voir »:le cinéma français à l’épreuve du sexe,1992-2002
RÉSUMÉ

Depuis les années 1990, le cinéma ose placer sur le terrain de l’esthétique ce qui, jusque-là, appartenait exclusivement à la pornographie, comme le font certains auteurs de romans,dont le plus représentatif est aujourd’hui Michel Houellebecq. La frontière mouvante, qui sépare érotisme et pornographie, est devenue plus ténue et s’est sensiblement déplacée vers le « tout voir, tout montrer, tout oser ».Mais on constate aussi que la démarche artistique du cinéaste est systématiquement supplantée par l’aspect sociétal induit par l’oeuvre. La triple dimension juridique, esthétique et éthique du film est ainsi mise en question dans le cinéma dit « traditionnel »,par des censeurs.Le rapport de Blandine Kriegel, remis au ministre de la culture en novembre 2002, témoigne des interrogations des politiques sur des sujets qui semblent appeler une réglementation.
ABSTRACT
Since the 1990’s,movies dare bring into an esthetical field what had belonged, up until then, exclusively to a pornographic field,as do some fiction authors,the most representative of them today being Michel Houellebecq.The shifting limits between eroticism and pornography became even more flimsy and have noticeably moved toward the “see everything, show everything, dare anything”. But it’s clear that the artistic work of the movie-maker is systematically overran by the societal aspect inducted by the movie.The tree-fold dimension of the movie, juridical, esthetical, and ethical, is thus questioned in so-called “traditional” movies by censorship.Blandine Kriegel’s report, handed to the Ministry of Culture in November 2002,is a clear testimony of political interrogations on subjects that seem to call for regulation.

Bruno Bertherat, Cadavre au 20 heures. La télévision et la mort de Jacques Mesrine,ennemi public n° 1
RÉSUMÉ

À travers le récit détaillé de la mort violente de Jacques Mesrine, déclaré « ennemi public numéro un » et de l’examen des nombreuses réactions face à la monstration du cadavre du malfrat, cet article nous invite à une étude de l’histoire du fait divers à l’ère des médias audiovisuels;il nous propose également une réflexion sur les attitudes devant la mort et sur le traitement du corps à la radio et à la télévision.
ABSTRACT
Through the detailed description of Jacques Mesrine’s violent death (a public enemy n° 1) and the studies of the numerous reactions towards the showing of the killer’s cadavre,the article brings us to a study of the history of « faits divers » (miscellaneous news items) at the time of the audiovisual medias.Also,it invites us to a reflexion over attitudes on the face of death and the analysis of a the treatment of the body over the radio and television.

Arina Makarova, Dits et non-dits des nécrologies de presse
RÉSUMÉ

La rubrique nécrologique nous enseigne ce qu’il convient de dire en public sur la mort d’une personne, en fonction de son statut social,sa profession, son sexe et son âge.Le présent article suit une évolution des stéréotypes de la société à propos de ses morts, et surtout à propos des valeurs de la vie, qui se reflètent dans la rubrique nécrologique tout au long de son existence. Les auteurs de la rubrique nécrologique — les journalistes ou les proches des personnes décédées — font leur autocensure à travers de choix des faits biographiques ou des qualités du défunt, ainsi qu’à travers de choix des morts publiés dans le journal.
ABSTRACT
The obituary column teaches us what we should say publicly about the death of a person, according to his social statute, his profession, sex and age.An evolution of the social stereotypes about the life values “after the death”is always evident in the obituary. The authors of obituary articles — the journalists or the members of the families — accomplish a kind of « self censorship » by making their choice of biography facts, merits of deceased persons, as well as the choice of the deceased persons to write about.The present article try to give an idea how the obituary column was formed as a literary genre of a daily press ; what was the influence of the socially admitted values on the appreciation of the persons mentioned in the newspapers,and conversely,what kind of influence can the obituary column exert on the world vision of the readers ?

Michael Palmer, « Shocking - you can’t publish that! » De quelques mots sensibles vus/lus/entendus en traversant la Manche
RÉSUMÉ

Il arrive qu’un mot acquière une charge telle que l’employer, c’est risquer sa vie.Dans la langue anglaise, les mots censorship, taboos, gags, bans résonnent comme autant de cris de guerre de journalistes, d’écrivains, d’intellectuels. Ici,nous revisitons les enjeux que charrient ces vocables, dans des contextes sociaux divers, et dans des salles de rédaction à des moments différents. Autrefois, ailleurs, écrire le nom « Dieu », c’est s’exposer aux pires interdits.
ABSTRACT
Words sometimes assume a life of their own ; however overworked by journalists and other wordsmiths,“censorship, taboos, gags and bans”,are part of the common currency of impassioned pleas against the dictates of Authority. Here, we review some of the underlying logics that explain how in the media, in literature, and in the theatre four-letter words,and kindred icons,fashion the debate about what can or rather cannot be said, done, published and otherwise shown.There was a time when the word “God” could not be written down, lest “He” be taken in vain…

Myriem Marzouki, Nouvelles modalités de la censure: le cas d’Internet en France
RÉSUMÉ

La communication par Internet faitelle l’objet d’une censure particulière? L’étude de plusieurs cas français montre que si la censure ne déroge pas aux questions ciblées dans d’autres modes de communication, elle s’exerce néanmoins sur Internet suivant des modalités nouvelles, dans l’objectif spécifique d’une instrumentalisation de la censure légale au profit de la recherche d’une transformation du droit.L’article montre comment ce processus est à l’oeuvre,par la légitimation d’une censure administrative et privée, par l’extrapolation subreptice de la loi et par l’expansion et le détournement de droits patrimoniaux.
ABSTRACT
Is there any specific kind of censorship on the Internet ? Various French case-studies suggest that, while issues that are censored
are the same as in other media, new means are devised to practice censorship on the Internet ;there is an attempt to use censorship as the way of introducing a profound change in of legal procedures.We review how this is done, via administrative private law, via new interpretations and distorted reading of patrimonial rights.

Patrick Eveno, Les médias sont-ils sexués? Éléments pour une gender history des médias
RÉSUMÉ

L’analyse des médias doit être confrontée aux apports de la gender history américaine.Il apparaît certain que les hommes dominent la production
de l’information et la fabrication des médias. Pourtant les femmes sont d’importantes consommatrices de médias, aussi bien écrits qu’audiovisuels. C’est pour comprendre cette apparente contradiction qu’il faut faire un retour sur l’histoire de la presse et sur la place des femmes dans la publicité.
ABSTRACT
Media studies have to take into account the contributions of USA gender history research. It has been established that men dominate the production of news and information and the medias industries.However women are large-scale consumers of the media.To explore this apparent contradiction it is necessary to re-examine the history of press and the place of women as target-markets for advertisers.

Gilles Feyel, Aux origines de l’éthique des journalistes:Théophraste Renaudot et ses premiers discours éditoriaux,1631-1633
RÉSUMÉ

Dès l’origine,le journalisme français a énoncé des règles pour dire sa fonction sociale, codifier sa pratique. Les exigences de cette éthique sont énoncées par Renaudot,dans les préfaces de sa Gazette, pour affirmer une certaine distance et par rapport au pouvoir d’État, et face à son public. Que cette distance ait existé ou non n’était pas l’important. L’essentiel était d’afficher une posture de liberté en proclamant chercher la vérité.Malgré ses très fines observations sur la vérification des sources, sur les erreurs toujours possibles que peut commettre un journaliste
« noyé » dans l’événement, Renaudot dut affronter la « censure » de nombre de ses lecteurs qui l’accusaient de partialité en un temps de divergence politique autour des grands choix du roi Louis XIII et de Richelieu.
ABSTRACT
From the outset, journalism in France was marked by attempts to define its role in society and to prescribe some professional guidelines.Renaudot, in the prefaces to his Gazette,stipulated how these might help to keep both the State, and the reading public, at a distance.Whether such attempts proved realistic in the circumstances of the time is of secondary importance.The key issue was to adopt the stance of independence,by striving after the truth. However astute Renaudot’s insights about the need to check sources, of the danger the journalist runs of being blinded by his proximity to events,he had to face up to the disapproval of readers who accused him of bias and taking sides at a time of political discord as Louis XIII and Richelieu sought to implement their policies.

Thomas Ferenczi, L’éthique des journalistes au XIXe siècle
RÉSUMÉ

L’objectivité n’est pas une idée neuve, elle aussi a une histoire. Cet article montre comment, au milieu du XIXe siècle, s’élabore dans le milieu
journalistique une véritable éthique de l’objectivité. Combattant la tradition littéraire et politique qui a marqué durablement le journalisme français,cette éthique se fonde sur le positivisme scientiste,sur des nouvelles techniques de recherche de la vérité et surtout elle trouve ses fondements dans les épisodes dramatiques de l’affaire Dreyfus.
ABSTRACT
Objectivity is not a new notion, it has a past.This article shows us how,on the middle of XIXth century, a true objectivity’s ethics is elaborated in the journalism world.Fighting against the political and litterary traditions that have considerably marked french journalism, this ethics is based on scientist positivism, on new research technics of the truth and, more important, it finds its origins in the dramatics episodes of the Dreyfus affair.

Jean-Marie Charon, L’éthique des journalistes au XXe siècle.De la responsabilité devant les pairs aux devoirs devant le public
RÉSUMÉ

Le XXe siècle aura été marqué par une forte accélération des débats et de la réflexion sur l’éthique professionnelle des journalistes. Conçus initialement comme devant se dérouler strictement entre pairs, ils débordent progressivement ce cadre, pour donner lieu à un véritable débat public. Pour autant les journalistes ont bien souvent du mal à se situer dans les termes d’un tel débat,comme ils hésitent sur la nature des réponses à donner.
ABSTRACT
The twentieth century was marked by intense discussion of journalists’codes of conduct and ethical considerations. Initially thought of as a forum limited to professional circles, the exchanges became susumed in a fullyfledged debate in the public arena.Journalists however,are hesitant about where they should stand in such a debate, just as they hesitate over the nature of their response.

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