Editorial
Christian
Delporte
Qui,
de nos jours, peut prétendre échapper à
l'influence des médias ? A moins de vivre sur une île
déserte, coupé du monde, l'homme contemporain
est assailli par un flot continu d'informations, portées
par l'imprimé ou l'image, les signaux électriques
ou les supports sonores. Le monde médiatisé
qui est le nôtre est le fruit d'une accumulation complexe
de manières de s'exprimer, de transmettre, de se comprendre.
Le domaine des médias est aujourd'hui si touffu qu'on
a peine à en délimiter les frontières.
Il intrigue, fascine, effraie, nourrissant parfois des jugements
définitifs. On ne peut s'en passer et pourtant, bien
souvent, on s'en défie. " Peut-on faire confiance
aux médias ? " Réducteurs, les termes de
ce débat contemporain fort classique indiquent tout
à la fois l'importance d'un phénomène,
la confusion des esprits et la fragilité des repères.
Qu'il cherche à s'extraire de ce qu'il considère
comme la " tyrannie médiatique " ou qu'il
veuille tout simplement mieux appréhender le monde
de l'information et de la communication dans lequel il vit,
le citoyen a tout intérêt à interroger
l'histoire. La nouveauté n'est souvent qu'apparence
: les médias ne dérogent pas à la règle.
L'historien le sait qui s'applique à analyser les origines
et la construction des sociétés contemporaines.
Ici, comme ailleurs, l'histoire est un outil de critique et
un précieux instrument pour comprendre et se repérer.
Le Temps des médias s'inscrit pleinement dans cette
démarche.
Les médias sont, pour l'historien, un objet d'étude
relativement récent, en France comme ailleurs. Il a
fallu attendre le seuil des années 1980 pour que l'histoire
de la presse, développée notamment grâce
à Pierre Renouvin, Jacques Godechot ou Pierre Albert,
s'élargisse à l'audiovisuel, sous l'impulsion
décisive de Jean-Noël Jeanneney. Un champ de recherche
nouveau s'est ainsi défini, l'histoire des médias,
qui, depuis dix ou quinze ans, s'enrichit d'études
nombreuses et stimulantes, touchant à la radio et à
la télévision, aux journaux et aux journalistes,
au cinéma et à toutes les formes d'images. Pourtant,
trop longtemps, les recherches en histoire des médias
ont vécu dans l'ombre des sciences de l'information
et de la communication ou de la sociologie.
Il y a trois ans, des chercheurs jusqu'ici dispersés
ont décidé de se regrouper pour bâtir
un projet collectif. Ainsi est née la Société
pour l'histoire des médias. Indifférente aux
écoles ou aux chapelles, la SPHM est devenue une aire
de rencontre et d'échange accueillant des chercheurs
- jeunes ou confirmés --, de différentes disciplines,
des journalistes, des professionnels des archives et de la
documentation, avec une commune ambition : participer à
la construction de l'histoire des médias. Elle s'est
appliquée à faire circuler l'information scientifique
et connaître les études récentes, à
initier des recherches et susciter la discussion collective.
Conjointement, à Sciences po, s'est constitué
un groupe de travail autour de Jean-Noël Jeanneney :
" Temps, médias, société "
(TMS). Les deux initiatives se complétaient. C'est
pourquoi la SPHM et TMS ont choisi d'unir leurs efforts pour
franchir ensemble une nouvelle étape. Le Temps des
médias, fruit de leur collaboration, contribuera à
promouvoir le champ neuf de l'histoire des médias et
à élargir son public.
Deux fois par an, Le Temps des médias témoignera
de la vitalité de la recherche historique et éclairera
les grands débats contemporains sur les médias.
Ses colonnes seront ouvertes à tous ceux qui, historiens
ou non, contribuent à une mise en perspective. Outil
de diffusion des connaissances, notre revue sera aussi un
espace de réflexion méthodologique et épistémologique
sur la pratique de l'histoire, et un lieu d'échange
entre les disciplines.
Chaque numéro sera organisé autour d'un dossier,
fondé sur une thématique, un objet, une grande
question générale. Le premier d'entre eux, "
Interdits. Tabous, transgressions, censure ", indique
une des démarches possibles. Les controverses actuelles,
nourries par le rapport Kriegel et le supposé "
retour à l'ordre moral ", méritent, croyons-nous,
la définition de quelques jalons historiques. Au dossier
succédera Territoires d'études, rubrique des
recherches en cours qui, parfois, fera le point, en quelques
articles, sur une question importante : c'est le cas ici,
avec le thème " Ethique et journalisme ".
Nous donnerons aussi la parole aux acteurs, aux témoins,
aux chercheurs, aux professionnels des médias qui,
lors d'Entretiens, nous enrichiront par leur expérience.
Qui, mieux que Michel Polac, familier des émissions
suspendues, pouvait évoquer la censure à la
télévision ? Enfin, Le Temps des médias
s'appliquera à fournir au lecteur la plus dense information
sur les parutions récentes, les recherches universitaires,
l'actualité scientifique internationale, mais aussi
d'utiles instruments d'étude (ressources en ligne,
avec Medianet ; exposé bibliographique et historiographique,
avec Le point sur…).
Telle est l'ambition du Temps des médias. Les signes
d'encouragement sont nombreux, et nous tenons, notamment,
à remercier chaleureusement les membres du comité
scientifique et les correspondants étrangers qui ont
immédiatement répondu à notre appel.
N'hésitez pas à nous faire part de vos remarques.
L'aventure commence. Elle dépend maintenant de vous.
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LaurentMartin, Jalons pour une histoire
culturelle de la pornographie en Occident
RÉSUMÉ
La pornographie,malgré le caractère massif qu’elle
a pris de nos jours, n’est pas un phénomène
nouveau en Occident. Le mot, la pratique, les représentations
sont apparus dans l’antiquité gréco-latine
et réapparus à l’époque moderne,
par-delà la parenthèse médiévale.
Selon les époques et les statuts de ceux qui l’emploient,
« pornographie » a désigné aussi
bien le simple nu académique que la représentation
explicite
de l’acte sexuel.« Pornographie » est un
mot pour une zone de combat que décrit une approche
culturaliste de l’histoire.
ABSTRACT
Pornography is by no means a new phenomenon in the West.The
word itself, and wide range of practices and representations
have marked Greek and Roman civilizations and Modern Europe
after the medieval interlude.Depending on the period under
review and the status of its practitioners, « pornography
» highlights both the artistic nude as well as the explicit
representation of a sexual act. « Pornography »
is a war zone, examined here from a cultural approach to history.
Anne-Claude Ambroise-Rendu, Un siècle
de pédophilie dans la presse (1880-2000):accusation,
plaidoirie,condamnation
RÉSUMÉ
La médiatisation des abus sexuels dont sont victimes
les enfants commence à la fin du XIXe siècle.
Elle ne sera pourtant ni dénuée d’ambiguïté,ni
continue au cours du siècle qui suit. Néanmoins,
on assiste à une mutation fondamentale dans l’histoire
des moeurs : la pédophilie, hier encore taboue, a été
mise au jour. La découverte des années 1880
correspond au temps de l’accusation ;après
un net reflux éditorial du sujet, la révolution
sexuelle des années 1970 voit se déployer une
plaidoirie en faveur de la pédophilie ; enfin, les
années 1990 sont le temps de la condamnation, accompagnée
d’une réflexion qui place désormais l’enfant
abusé au coeur de ses interrogations.
ABSTRACT
Paedophilia used to be “unmentionable”—
in society, both “polite” and in general. This
has changed radically in the last thirtyto forty years.The
media have been agents in this process, and, in however disorderly
a manner,have contributed to placing the issue on the public
agenda arena of public debate. Caricatures homophobes et stéréotypes
de genre en France et en Allemagne: la presse satirique,de
1900 au milieu des années 1930
Florence
Tamagne, Caricatures homophobes et stéréotypes
de genre en France et en Allemagne : la presse satirique,
de 1900 au milieu des années 1930
RÉSUMÉ
Les années 1900-1930 voient l’apogée des
thématiques homosexuelles dans la caricature. «
L’inverti » et la « garçonne »
sont les cibles favorites des dessinateurs qui réduisent
souvent l’homosexualité à des stéréotypes
de genre.A la satire sociale se mêle également
la critique politique et le soupçon d’homosexualité
est un moyen parmi d’autres de discréditer une
personnalité, voire une nation entière, comme
lors de l’affaire Eulenburg qui éclate en Allemagne
en 1907.
ABSTRACT
Years 1900-1930 see the climax of homosexual themes in the
caricature.The “invert” and the “flapper”are
the favourite targets of the cartoonists, who often reduce
homosexuality to gender stereotypes.With the social satire
also mingles political criticism and the suspicion of homosexuality
is a means among others of discrediting a personality, even
a whole nation,as during the Eulenburg affair,which bursts
in Germany in 1907.
Thierry
Crépin,Anne Crétois, La presse et la loi de
1949, entre censure et autocensure
RÉSUMÉ
La loi de 1949 introduit dans le droit français de
la presse de nouvelles dispositions contraignantes dont l’application
est confiée à une Commission de surveillance
et de contrôle.Elle examine non seulement les publications
destinées à la jeunesse mais aussi les publications
pour adultes. Elle a restreint la liberté d’expression
de ces publications en les maintenant entre autocensure et
censure tout particulièrement de 1950 à 1974.
ABSTRACT
The July 16, 1949 legislation on publications for youngsters
introduced into French law restrictive provisions to be enforced
by a newly created board of surveillance and control.The board
reviewed all publications for youngsters but also for adults.It
proceeded to restrain their freedom of speech by holding sway
over them by means of self-censorship and censorship especially
from 1950 to 1974.
Hélène
Duccini, Carré blanc et signalétique télévisée
à la télévision,1961-1988
RÉSUMÉ
Entre 1961 et 1998, la société française
a connu des changements rapides. Dans le domaine des moeurs,
la liberté et l’individualisme ont conquis de
nouveaux espaces.Ce qui paraissait impossible à montrer
semble aujourd’hui anodin. Toutefois, la volonté
de permettre et d’interdire s’est fait sentir
très tôt.À partir du moment où
la télévision s’est rapidement répandue,
il a paru normal de protéger la jeunesse contre la
violence des images. Celle-ci revêt deux formes:d’une
part,la violence physique ou psychologique, telle que peuvent
la véhiculer les fictions principalement,la pornographie
d’autre part.Sans vouloir censurer ou interdire, les
responsables des chaînes et des programmes ont jugé
nécessaire de guider les choix des parents soucieux
de protéger leurs jeunes enfants contre des excès.Le
carré blanc en 1961 et la nouvelle signalétique
en 1996 ont été des réponses pour ceux
qui voulaient poser des limites.
ABSTRACT
French society underwent swift changes between 1961 and 1998.In
the moral field, freedom and individualism grew to reach news
areas.What once seemed unthinkable to show for is now considered
without a second thought.However, the will to allow or forbid
arose very early on. Since television spread out, it seemed
normal to protect youths against visual violence.This violence
comes in two distinct forms:first,there’s physical violence,or
psychological,as can be seen in fiction, mostly, and secondly,
there’s pornography. While they didn’t censor
nor forbid, networks and programs managers deemed it necessary
to guide parental choice, with a care to protect young children
against excesses. 1961’s « carré blanc
», followed by 1996’s and 1998’s new rating
symbols, were the answers given to those who wanted to draw
lines.
Dominique
Cardon, Droit au plaisir et devoir d’orgasme dans l’émission
de Menie Grégoire
RÉSUMÉ
Comment en est-on venu à évoquer des questions
relatives à l’intimité sexuelle des personnes
sur les ondes radiophoniques dans les années 1970 ?
À partir du programme radiophonique « Responsabilité
sexuelle » animée par Menie Grégoire sur
les ondes de RTL de 1967 à 1980, cet article analyse
la manière dont le public de l’émission
s’est approprié les nouvelles normes de comportements
sexuels promues par l’animatrice. La formulation publique
du droit au plaisir sexuel et les différents savoirs
qui ont été constitués pour traiter les
dysfonctionnements sexuels participent-ils d’un processus
de rationalisation des comportements ou bien,la mise en avant
du plaisir sexuel dans l’espace public procède-t-elle
de l’affirmation de nouveaux droits, notamment pour
les femmes, et est-elle le support d’un processus d’émancipation
? L’étude des courriers adressés à
l’animatrice montre que la question de l’épanouissement
sexuel est une ressource pour renégocier les rapports
de force au sein du couple.
ABSTRACT
How did we come to evoke questions relative to the sexual
intimacy of the persons on the radio waves in the seventies
? This article analyses the way the public appropriated the
new standards of sexual behaviour promoted by the radio program
« Sexual Responsibility » animated by
Menie Grégoire on the waves of RTL from 1967 till 1980.The
question raised in this paper is to know whether the public
formulation of the right for sexual pleasure and the various
knowledge which were established to process the sexual dysfunctions
rationalize behaviours or if the claiming for sexual pleasure
in the public space encourage the building of new rights,
notably for the women. The study of the mails sent to Menie
Grégoire shows that the question of the sexual pleasure
constitutes a resource to re-negotiate the balance of power
within the couple.
Frédéric Bas,Antoine Germa,
« Montrez ce sexe qu’on ne saurait voir »:le
cinéma français à l’épreuve
du sexe,1992-2002
RÉSUMÉ
Depuis les années 1990, le cinéma ose placer
sur le terrain de l’esthétique ce qui, jusque-là,
appartenait exclusivement à la pornographie, comme
le font certains auteurs de romans,dont le plus représentatif
est aujourd’hui Michel Houellebecq. La frontière
mouvante, qui sépare érotisme et pornographie,
est devenue plus ténue et s’est sensiblement
déplacée vers le « tout voir, tout montrer,
tout oser ».Mais on constate aussi que la démarche
artistique du cinéaste est systématiquement
supplantée par l’aspect sociétal induit
par l’oeuvre. La triple dimension juridique, esthétique
et éthique du film est ainsi mise en question dans
le cinéma dit « traditionnel »,par des
censeurs.Le rapport de Blandine Kriegel, remis au ministre
de la culture en novembre 2002, témoigne des interrogations
des politiques sur des sujets qui semblent appeler une réglementation.
ABSTRACT
Since the 1990’s,movies dare bring into an esthetical
field what had belonged, up until then, exclusively to a pornographic
field,as do some fiction authors,the most representative of
them today being Michel Houellebecq.The shifting limits between
eroticism and pornography became even more flimsy and have
noticeably moved toward the “see everything, show everything,
dare anything”. But it’s clear that the artistic
work of the movie-maker is systematically overran by the societal
aspect inducted by the movie.The tree-fold dimension of the
movie, juridical, esthetical, and ethical, is thus questioned
in so-called “traditional” movies by censorship.Blandine
Kriegel’s report, handed to the Ministry of Culture
in November 2002,is a clear testimony of political interrogations
on subjects that seem to call for regulation.
Bruno
Bertherat, Cadavre au 20 heures. La télévision
et la mort de Jacques Mesrine,ennemi public n° 1
RÉSUMÉ
À travers le récit détaillé de
la mort violente de Jacques Mesrine, déclaré
« ennemi public numéro un » et de l’examen
des nombreuses réactions face à la monstration
du cadavre du malfrat, cet article nous invite à une
étude de l’histoire du fait divers à l’ère
des médias audiovisuels;il nous propose également
une réflexion sur les attitudes devant la mort et sur
le traitement du corps à la radio et à la télévision.
ABSTRACT
Through the detailed description of Jacques Mesrine’s
violent death (a public enemy n° 1) and the studies of
the numerous reactions towards the showing of the killer’s
cadavre,the article brings us to a study of the history of
« faits divers » (miscellaneous news items) at
the time of the audiovisual medias.Also,it invites us to a
reflexion over attitudes on the face of death and the analysis
of a the treatment of the body over the radio and television.
Arina Makarova,
Dits et
non-dits des nécrologies de presse
RÉSUMÉ
La rubrique nécrologique nous enseigne ce qu’il
convient de dire en public sur la mort d’une personne,
en fonction de son statut social,sa profession, son sexe et
son âge.Le présent article suit une évolution
des stéréotypes de la société
à propos de ses morts, et surtout à propos des
valeurs de la vie, qui se reflètent dans la rubrique
nécrologique tout au long de son existence. Les auteurs
de la rubrique nécrologique — les journalistes
ou les proches des personnes décédées
— font leur autocensure à travers de choix des
faits biographiques ou des qualités du défunt,
ainsi qu’à travers de choix des morts publiés
dans le journal.
ABSTRACT
The obituary column teaches us what we should say publicly
about the death of a person, according to his social statute,
his profession, sex and age.An evolution of the social stereotypes
about the life values “after the death”is always
evident in the obituary. The authors of obituary articles
— the journalists or the members of the families —
accomplish a kind of « self censorship » by making
their choice of biography facts, merits of deceased persons,
as well as the choice of the deceased persons to write about.The
present article try to give an idea how the obituary column
was formed as a literary genre of a daily press ; what was
the influence of the socially admitted values on the appreciation
of the persons mentioned in the newspapers,and conversely,what
kind of influence can the obituary column exert on the world
vision of the readers ?
Michael Palmer,
« Shocking - you can’t publish
that! » De quelques mots sensibles vus/lus/entendus
en traversant la Manche
RÉSUMÉ
Il arrive qu’un mot acquière une charge telle
que l’employer, c’est risquer sa vie.Dans la langue
anglaise, les mots censorship, taboos, gags, bans résonnent
comme autant de cris de guerre de journalistes, d’écrivains,
d’intellectuels. Ici,nous revisitons les enjeux que
charrient ces vocables, dans des contextes sociaux divers,
et dans des salles de rédaction à des moments
différents. Autrefois, ailleurs, écrire le nom
« Dieu », c’est s’exposer aux pires
interdits.
ABSTRACT
Words sometimes assume a life of their own ; however overworked
by journalists and other wordsmiths,“censorship, taboos,
gags and bans”,are part of the common currency of impassioned
pleas against the dictates of Authority. Here, we review some
of the underlying logics that explain how in the media, in
literature, and in the theatre four-letter words,and kindred
icons,fashion the debate about what can or rather cannot be
said, done, published and otherwise shown.There was a time
when the word “God” could not be written down,
lest “He” be taken in vain…
Myriem Marzouki,
Nouvelles modalités de la censure: le
cas d’Internet en France
RÉSUMÉ
La communication par Internet faitelle l’objet d’une
censure particulière? L’étude de plusieurs
cas français montre que si la censure ne déroge
pas aux questions ciblées dans d’autres modes
de communication, elle s’exerce néanmoins sur
Internet suivant des modalités nouvelles, dans l’objectif
spécifique d’une instrumentalisation de la censure
légale au profit de la recherche d’une transformation
du droit.L’article montre comment ce processus est à
l’oeuvre,par la légitimation d’une censure
administrative et privée, par l’extrapolation
subreptice de la loi et par l’expansion et le détournement
de droits patrimoniaux.
ABSTRACT
Is there any specific kind of censorship on the Internet ?
Various French case-studies suggest that, while issues that
are censored
are the same as in other media, new means are devised to practice
censorship on the Internet ;there is an attempt to use censorship
as the way of introducing a profound change in of legal procedures.We
review how this is done, via administrative private law, via
new interpretations and distorted reading of patrimonial rights.
Patrick Eveno,
Les médias sont-ils sexués? Éléments
pour une gender history des médias
RÉSUMÉ
L’analyse des médias doit être confrontée
aux apports de la gender history américaine.Il apparaît
certain que les hommes dominent la production
de l’information et la fabrication des médias.
Pourtant les femmes sont d’importantes consommatrices
de médias, aussi bien écrits qu’audiovisuels.
C’est pour comprendre cette apparente contradiction
qu’il faut faire un retour sur l’histoire de la
presse et sur la place des femmes dans la publicité.
ABSTRACT
Media studies have to take into account the contributions
of USA gender history research. It has been established that
men dominate the production of news and information and the
medias industries.However women are large-scale consumers
of the media.To explore this apparent contradiction it is
necessary to re-examine the history of press and the place
of women as target-markets for advertisers.
Gilles Feyel,
Aux origines de l’éthique des
journalistes:Théophraste Renaudot et ses premiers discours
éditoriaux,1631-1633
RÉSUMÉ
Dès l’origine,le journalisme français
a énoncé des règles pour dire sa fonction
sociale, codifier sa pratique. Les exigences de cette éthique
sont énoncées par Renaudot,dans les préfaces
de sa Gazette, pour affirmer une certaine distance et par
rapport au pouvoir d’État, et face à son
public. Que cette distance ait existé ou non n’était
pas l’important. L’essentiel était d’afficher
une posture de liberté en proclamant chercher la vérité.Malgré
ses très fines observations sur la vérification
des sources, sur les erreurs toujours possibles que peut commettre
un journaliste
« noyé » dans l’événement,
Renaudot dut affronter la « censure » de nombre
de ses lecteurs qui l’accusaient de partialité
en un temps de divergence politique autour des grands choix
du roi Louis XIII et de Richelieu.
ABSTRACT
From the outset, journalism in France was marked by attempts
to define its role in society and to prescribe some professional
guidelines.Renaudot, in the prefaces to his Gazette,stipulated
how these might help to keep both the State, and the reading
public, at a distance.Whether such attempts proved realistic
in the circumstances of the time is of secondary importance.The
key issue was to adopt the stance of independence,by striving
after the truth. However astute Renaudot’s insights
about the need to check sources, of the danger the journalist
runs of being blinded by his proximity to events,he had to
face up to the disapproval of readers who accused him of bias
and taking sides at a time of political discord as Louis XIII
and Richelieu sought to implement their policies.
Thomas Ferenczi,
L’éthique des journalistes au
XIXe siècle
RÉSUMÉ
L’objectivité n’est pas une idée
neuve, elle aussi a une histoire. Cet article montre comment,
au milieu du XIXe siècle, s’élabore dans
le milieu
journalistique une véritable éthique de l’objectivité.
Combattant la tradition littéraire et politique qui
a marqué durablement le journalisme français,cette
éthique se fonde sur le positivisme scientiste,sur
des nouvelles techniques de recherche de la vérité
et surtout elle trouve ses fondements dans les épisodes
dramatiques de l’affaire Dreyfus.
ABSTRACT
Objectivity is not a new notion, it has a past.This article
shows us how,on the middle of XIXth century, a true objectivity’s
ethics is elaborated in the journalism world.Fighting against
the political and litterary traditions that have considerably
marked french journalism, this ethics is based on scientist
positivism, on new research technics of the truth and, more
important, it finds its origins in the dramatics episodes
of the Dreyfus affair.
Jean-Marie Charon,
L’éthique des journalistes au
XXe siècle.De la responsabilité devant les pairs
aux devoirs devant le public
RÉSUMÉ
Le XXe siècle aura été marqué
par une forte accélération des débats
et de la réflexion sur l’éthique professionnelle
des journalistes. Conçus initialement comme devant
se dérouler strictement entre pairs, ils débordent
progressivement ce cadre, pour donner lieu à un véritable
débat public. Pour autant les journalistes ont bien
souvent du mal à se situer dans les termes d’un
tel débat,comme ils hésitent sur la nature des
réponses à donner.
ABSTRACT
The twentieth century was marked by intense discussion of
journalists’codes of conduct and ethical considerations.
Initially thought of as a forum limited to professional circles,
the exchanges became susumed in a fullyfledged debate in the
public arena.Journalists however,are hesitant about where
they should stand in such a debate, just as they hesitate
over the nature of their response.
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