12 octobre 2006
La France est engagée
dans un processus accéléré de lois établissant
des vérités d’Etat sur le passé.
Alors même que le Président de la République
a déclaré que « ce n’est pas au
Parlement d’écrire l’histoire »,
le vote, aujourd’hui, d’une nouvelle loi sur le
génocide arménien constitue une véritable
provocation. Si profond que soit le sentiment de solidarité
que nous éprouvons pour les victimes de l’histoire,
nous élevons une protestation solennelle : cette nouvelle
loi s’inscrit dans un mouvement rapide d’appropriation
de l’histoire par des mémoires particulières
et de recul des libertés démocratiques.
En repoussant un amendement qui visait au moins à préserver
de la censure et de la répression « la recherche
universitaire et scientifique », l’Assemblée
nationale vient d’ôter le masque : ce ne sont
pas d’éventuels « troubles à l’ordre
public » qu’elle entend empêcher par ces
lois, c’est bien la recherche universitaire et tous
les enseignants qu’elle veut, sous peine d’amende
ou de prison, soumettre aux vérités officielles
qu’elle édicte. Les historiens se trouvent ici
en première ligne d’un combat qui intéresse
tous les citoyens et met en cause la possibilité pour
chacun d’accéder à la connaissance et
au libre examen. Ce sont bien les liberté de pensée
et d’expression qui sont menacées.
De même que l’article 4 de la loi de février
2005 relatif à la colonisation, récemment abrogé,
la loi relative au génocide arménien est contraire
à notre Constitution et aux principes généraux
du droit. C’est pourquoi, si le Sénat devait
confirmer le vote de l’Assemblée, nous demanderions
au Président de la République de saisir le Conseil
Constitutionnel, gardien de la Constitution et des libertés,
pour qu’il annule la loi du 29 janvier 2001, modifiée
par la loi adoptée le 12 octobre 2006 par l’Assemblée
nationale.
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