29 janvier 2006
La connaissance historique est une exigence démocratique
Refusant d'entrer dans des
polémiques stériles, les signataires de l’Appel
"Liberté pour l'histoire", tiennent cependant
à affirmer que, contrairement à des allégations
récentes, aucun d'entre eux n'a jamais prétendu
que l'histoire était la propriété exclusive
des historiens. Bien au contraire. René Rémond,
Président de l’association « Liberté
pour l’histoire », vient de souligner, dans le
dernier numéro de L'Histoire, que cet Appel «
demande la liberté pour l'histoire : pas pour les historiens
». L'histoire ne leur appartient pas : pas plus qu'aux
politiques. Les mémoires sont plurielles, fragmentées,
le plus souvent passionnelles et partisanes. L'histoire, elle,
est critique et laïque : elle est le bien de tous. C'est
précisément pour préserver la liberté
d'expression et garantir le droit pour tous d'accéder
à la connaissance des acquis historiques résultant
d’un travail scientifique libéré du poids
des circonstances, que les signataires s’élèvent
contre la proclamation de vérités officielles,
indignes d'un régime démocratique. Qu'ils soient
chercheurs, enseignants, les historiens exercent une fonction
dont ils savent qu’elle leur crée plus de responsabilités
que de droits. Aussi les motivations des signataires ne sont-elles
nullement corporatistes. S'ils ont rappelé que ce n'était
pas aux parlementaires d'établir la vérité
en histoire, c'est par référence à une
règle juridique imposée par la constitution,
à un impératif scientifique de recherche critique
et à une exigence civique.
Pour l'heure, les signataires de l’Appel "Liberté
pour l'histoire" (qui a reçu à ce jour
l'assentiment de près de 600 enseignants-chercheurs
et chercheurs, français et étrangers) prennent
note de la décision du Président de la République
de saisir le Conseil constitutionnel en vue du déclassement
d’un alinéa de l'article 4 de la loi du 23 février
2005 (et non de l’article entier comme il est écrit
un peu partout). Cette abrogation vraisemblable les incite
à poursuivre leur action en vue de :
1) Proposer, dans les jours qui viennent, des modifications
dans la rédaction d’autres articles des lois
du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du
23 février 2005 ;
2) Organiser de manière concrète, notamment
par la création de l’association « Liberté
pour l’histoire », la défense des enseignants
d'histoire qui pourraient être les victimes d'incriminations
sur la base des dites lois ou qui le sont comme aujourd'hui
Olivier Pétré-Grenouilleau, universitaire, auteur
rigoureux des Traites négrières, assigné
pour « révisionnisme », puis pour «
diffamation raciale et apologie de crime contre l’humanité
», au titre de la loi du 21 mai 2001 ;
3) Rappeler que s’il
appartient traditionnellement au Parlement et au Gouvernement
de décider des commémorations, célébrations
ou indemnisations, il n’est pas de la compétence
du Parlement de voter des lois qui voudraient dire une quelconque
vérité historique officielle, et d'établir
de fait, à travers l'appareil judiciaire, un contrôle
sur l'écriture, voire sur l’enseignement, à
tous les niveaux, de l'histoire.