L'Humanité
de Jaurès à nos jours
Colloque
Bibliothèque
nationale de France, 1er - 2 avril 2004
Le
18 avril 1904 apparaissait le premier numéro de L’Humanité,
lancé sous l’égide de Jean Jaurès.
Un siècle après sa naissance, le présent
colloque se propose d’analyser les caractères
originaux et les grandes évolutions d’un quotidien
qui, compte tenu de ses fortes singularités (organe
de parti et acteur de la vie politique) occupa une place
à part dans l’histoire de la presse du XXè
siècle.
Rassemblant des spécialistes de l’histoire
politique, sociale, culturelle et de l’histoire de
la presse, français et étrangers, la rencontre
privilégiera quatre axes de réflexion.
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Programme
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Présentation
du colloque : Christian Delporte
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De
g. à dr. : Madeleine Rebérioux, Christian
Delporte (président de séance), Anne-Claude
Ambroise-Rendu, Pierre Albert |
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Le
Journal de Jaurès
-
Jaurès
à L'Humanité (Madeleine Rebérioux)
- Les
sociétés de l'Humanité, de 1904 à
1921 (Pierre Albert)
- L'"autre
information" dans l'Humanité : le crime, la
catastrophe, le sensationnel, 1904-1914 (Anne-Claude
Ambroise-Rendu) |
| -
L'Humanité, du socialisme au communisme (Alexandre
Courban)
- La figure de Cachin (Serge Wolikow) |
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| De
g. à dr : Alexandre Courban, Christian Delporte
(président de séance), Serge Wolikow |
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De
g. à dr. : Yves Lavoinne, Serge Wolikow (président
de séance), Annie Burger-Roussenac, Jean-Yves
Mollier |
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L'Humanité,
de 1920 à la guerre
Un journalisme militant
-
Paul Vaillant-Couturier, rédacteur en chef de l'Humanité
(Annie Burger-Roussenac)
- Le
fait-divers : ironie et point de vue de classe. l'entrée
d'Aragon à l'Humanité (Yves Lavoinne)
- Tardieu
et la tentative d'interdiction de l'Humanité
(Jean-Yves Mollier)
L'Humanité,
outil de propagande et "organisateur de masses"
-
L'Humanité et le film militant (Tanguy Perron)
- Les almanachs
de l'Humanité (Yolène Dilas)
- L'Humanité
et l'édition française. Enjeux autour d'une
lecture militante, 1920-1939 (Marie-Cécile Bouju)
Regards
croisés
-
L'Humanité et La Vie ouvrière, 1920-1929 (Sylvain
Boulouque)
- L'Humanité
et Le Canard enchainé (Laurent Martin)
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| L'Humanité,
organe du Parti communiste (depuis 1939)
Qui
dirige l'Humanité ?
-
L'Humanité
clandestine (Yves Santamaria)
- L'Humanité,
une entreprise de presse ? (Patrick Eveno)
- La direction du PCF et l'Humanité (Philippe Buton)
- André
Stil, rédacteur en chef de l'Humanité, 1950-1958
(Gérard Bonet)
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De
g. à dr. : Pierre Albert (lecteur de Gérard
Bonet), Philippe Buton, Claude Pennetier (président
de séance), Yves Santamaria, Patrick Eveno |
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| De
g. à dr. : Jean Vigreux, Béatrice Fleury-Vilatte,
Jacques Walter, Claude Pennetier (président
de séance), Paul Boulland, Eugénie Saitta |
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| L'Humanité
et la stratégie communiste (depuis 1945)
Affaires
françaises
-
L'Humanité face à la répression, 1949-1962
(Frédérick Genevée)
- Appelés
et rappelés en Algérie vues par l'Humanité
(Ludivine Bantigny)
- L'Humanité
face aux "affaires", IV-Vème Républiques
(Jean Garrigues)
Le
communisme et le monde
-
Les dessins
anti-américains dans l'Humanité des années
1950 (Christian Beauvain)
- L'Humanité et la "détente" (Laurent
Rucker)
- L'Unita
et l'Humanité : étude comparée
(Marc Lazar) |
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| De
g. à dr. : Jean Garrigues, Jean-François
Sirinelli (président de séance), Frédérick
Genevée, Ludivine Bantigny |
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| Conclusion
du colloque : Serge Wolikow |
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Comité
d’organisation
:
- Centre d’histoire culturelle
des sociétés contemporaine, Université
de Versailles-St Quentin-en-Yvelines (Christian Delporte,
Laurent Martin)
- Centre d’histoire de l’Europe du Vingtième
siècle
- Fondation nationale des Sciences politiques (Jean-François
Sirinelli, Pascal Cauchy)
- Centre d’histoire sociale du XXè siècle,
Université Paris I (Claude Pennetier, Danièle
Tartakowsky)
- Institut d’histoire contemporaine, Université
de Dijon (Serge Wolikow, Alexandre Courban) |
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Les
actes du colloques paraitront en septembre 2004 (Editions
Nouveau Monde) |
L'Humanité
Article paru dans l'édition du 1er avril 2004
Entretien. Histoire d'un journal
pas comme les autres
L'Humanité de Jaurès à nos jours
: aujourd'hui et demain, des historiens vont confronter l'état
de leurs recherches.Christian Delporte, historien du journalisme,
professeur à l'université de Versailles, a coorganisé
le colloque sur l'Humanité qui se tient à la Bibliothèque
nationale de France.
Vous
ouvrez à la BNF un colloque sur l'histoire
du journal l'Humanité. Cela représente cent ans
d'un journal qui, par sa position singulière dans le paysage
médiatique français, touche à des disciplines
diverses : histoire sociale, histoire de la presse, science politique.
Comment vous êtes-vous organisés et quelles sont
les lignes directrices de ce colloque ?
Christian
Delporte :
Peut-être puis-je commencer par dire ce que nous ne désirions
pas faire. Nous ne voulions pas d'un énième colloque
sur l'histoire du Parti communiste, avec cette seule particularité
qu'elle aurait été considérée du point
de vue de l'Humanité. Des colloques sur l'histoire du PCF,
ce n'est pas ce qui manque. En revanche, rien n'avait été
fait encore, en termes de colloque, sur l'histoire de ce journal
dans sa qualité de journal. D'abord parce que l'histoire
d'un journal appelle une consultation d'archives, qui étaient
encore récemment indisponibles. Ensuite parce que beaucoup
ont considéré jusqu'alors que l'Humanité
était la voix de son maître et qu'en conséquence
il n'y avait pas d'intérêt à l'étudier
singulièrement. Cela dit, le champ de connaissances à
couvrir afin d'évoquer scientifiquement l'histoire de ce
journal est si vaste qu'à quatre laboratoires nous n'étions
pas trop pour coorganiser le colloque. Nous avons défini
ensemble les perspectives générales que nous souhaitions
voir développer. Elles touchent tout à la fois l'histoire
générale de la presse, la place qui a pris l'Humanité,
l'histoire des interactions entre le Parti communiste et le journal
qui lui était lié, enfin celle des relations de
ce média particulier avec ses lecteurs. Ensuite, nous avons
lancé un appel à contributions. Le colloque, en
lui-même, s'est bâti à partir des retours que
nous avons reçus. Ils ont été nombreux. Je
ne dis pas que nous avons pu couvrir toutes les questions qui
se posent historiquement à propos de l'Humanité
: nous manquions de temps et, sur certains questionnements, il
n'y a pas eu encore de recherche. Mais nous avons essayé
d'en embrasser le maximum d'aspects.
Les
réponses reçues à votre appel à communications
proviennent-elles uniquement d'historiens ?
Christian
Delporte : À ma grande satisfaction, non.
Les participants sont issus d'horizons différents et leurs
préoccupations sont diverses. Certains sont des historiens
de la presse, comme Alexandre Courban, qui s'est attaché
au passage effectué par l'Humanité entre le socialisme
de ses origines et le communisme ; Sylvain Bouloque et Laurent
Martin, qui vont nous expliquer les rapports que l'Humanité
a entretenus avec le Canard enchaîné et la presse
syndicale. D'autres, comme Yolène Dilas, de l'université
Paris-X, qui a étudié les almanachs de l'Humanité,
sont sociologues. Il y a encore des spécialistes des médias
de la période contemporaine : Béatrice Fleury-Vilatte
et Jacques Walter nous ont proposé de dire quelque chose
de la transmission de la mémoire de l'Humanité par
le biais des familles. Enfin, l'économie est, elle aussi,
présente grâce à Patrick Eveno, spécialiste
d'histoire économique de la presse, qui a choisi d'exposer
l'entreprise Humanité.
Tant
de points de vue, pas de fil d'Ariane qui traverserait cette diversité
de contributions ?
Christian
Delporte : Il y a une grande question derrière
tout cela : est-ce que l'Humanité est un journal comme
les autres ? A priori, ce n'est pas exactement un journal comme
les autres. L'Humanité est le seul journal à avoir
traversé le siècle avec tant de persévérance
rédactionnelle et éditoriale. Le Figaro, en comparaison,
seul à arborer à peu près le même âge,
n'offre pas la même constance. Plus impliqué dans
l'économie de marché, il a été racheté
de nombreuses fois et le journal du début de siècle
n'a rien à voir avec celui des années trente, qui
lui-même est sans rapport avec le Figaro des années
cinquante. Idem entre celui-ci et le journal que nous connaissons
sous ce nom aujourd'hui. L'Humanité est donc un incomparable
journal d'opinion. Et pourtant il y est, comme partout ailleurs,
question de fabrique d'information, de lecteurs, de journalistes.
Qu'attendez-vous
au final de ce colloque ?
Christian
Delporte : De trois choses l'une : si vous faites
l'inventaire, vous constaterez l'indigence quantitative de ce
qui a déjà été fait sur le sujet,
j'attends donc d'abord un apport d'information scientifique non
négligeable û nous publierons les actes de ce colloque
assez rapidement, dans l'année. Au-delà du cas d'espèce,
j'espère aussi que nous pourrons approfondir deux thèmes
qui sont aujourd'hui d'importance : comment fonctionne un outil
organisateur de masses û du coup, quelles ont été
les marges, les négociations possibles entre la rédaction
de l'Humanité et la Parti communiste ? Et ce qu'a pu être,
ce que peut être aujourd'hui un journalisme militant ? Enfin,
nous n'avons pas négligé le temps du dialogue avec
la salle. Il était hors de question que ce colloque soit
ressenti comme un long tunnel de communications. Nous attendons
tous beaucoup du débat.
Entretien
réalisé par Jérôme-Alexandre Nielsberg
Page imprimée sur http://www.humanite.fr
© Journal l'Humanité
L'Humanité
Article paru dans l'édition du 1er avril
2004
Entretien. Dialectique du quotidien
et de l'organisation politique
Responsable du laboratoire d'histoire
contemporaine de l'université de Bourgogne, Serge Wolikow
s'est particulièrement intéressé à
la figure de Marcel Cachin.
Votre
laboratoire d'histoire contemporaine, à l'université
de Bourgogne, coorganise le colloque sur l'histoire de l'Humanité.
Dans quelles perspectives ?
Serge
Wolikow : Le laboratoire d'histoire contemporaine
que je dirige travaille sur le mouvement ouvrier en France. Aussi,
des études y sont-elles développées sur le
lien entre la presse et les courants politiques, comme sur la
structuration de ce que l'on pourrait appeler le débat
d'idées ou le débat politique dans ce pays. Or,
l'Humanité tient dans ce champ de travail un rôle
tout à fait central. C'est donc par ce biais que nous avons
été amenés à réfléchir
notre participation au colloque. Nous apportons à la discussion
plusieurs contributions, chacune se référant à
un aspect de cette double problématique. Le journal fondé
par Jaurès, pour rester fidèle à ses objectifs
premiers, à savoir être un journal d'opinion accessible
au plus grand nombre, a été obligé de s'adosser
à une organisation politique solide. Alexandre Courban
va expliquer comment et pourquoi l'Humanité est ainsi passée
du socialisme au communisme. Mais cet adossement, cet appui ont
créé une tension, devenue par suite constitutive
de la dynamique de l'Huma. Le journal s'est en effet appuyé
sur une organisation dont il est très vite devenu l'organe
de représentation : dans l'entre-deux-guerres, le Parti
communiste compte quatre à cinq fois moins d'adhérents
que l'Humanité de lecteurs. C'est le premier moment. Mais,
après la Seconde Guerre mondiale s'effectue un renversement,
l'organisation des communistes devient puissante et le journal
passe à un rôle de prolongement de son activité
politique. Cette dialectique du rapport entre l'Humanité
et le Parti, tout à fait intéressante, aide à
comprendre le fonctionnement même du journal. Elle est envisagée
par deux contributions. À la lumière du travail
de dessin caricatural antiaméricain mené par l'Humanité
dans les années cinquante, c'est l'apport de Christian
Beuvain ; par la communication de Frédéric Genevée,
dont la thèse porte sur l'attitude des communistes face
à la répression. Il y a enfin deux autres problématiques
qui nous intéressaient, auxquelles le journal a été
tout de suite confronté, que l'on peut lier : la question
du rapport du journal, et des publications qui l'accompagnent,
avec le lectorat ; celle de la difficile conjugaison d'une volonté
rédactionnelle critique et l'attente des lecteurs en ce
qui concerne l'information en général, mais aussi
l'information sportive, des faits divers, etc. Ces deux problématiques
font l'objet de deux autres tribunes. Anne-Claude Ambroise-Rendu
va intervenir sur les faits divers et Jean Vigreux parlera de
la manière, grâce à la Terre, dont les communistes
se sont adressés à la paysannerie.
Vous
avez donc opté pour une approche de l'Humanité que
l'on pourrait qualifier d'extérieure au processus même
du journalisme.
Serge
Wolikow :
Si l'on essaie de faire l'histoire ancienne de ce journal, on
se trouve immédiatement face à la difficulté
des archives. Au-delà de l'Humanité, c'est la conservation
des archives de la presse qui fait d'ailleurs problème.
Pour la période récente, c'est plus facile. On peut
associer à la recherche ceux qui fabriquent un journal,
à différents niveaux. Mais cette démarche
est encore balbutiante. Raison pour laquelle si le colloque enregistre
un regain d'activité autour de l'histoire de l'Humanité,
celle-ci reste surtout axée sur son rapport à la
population, au Parti et sur le contenu éditorial, ce que
produisent les journalistes, ce que les lecteurs peuvent lire.
Je peux illustrer ce problème d'archive à partir
de ma propre contribution sur Marcel Cachin. Dirigeant politique,
militant, et directeur de l'Humanité. Or nous avons très
peu de documents sur cette longue et importante période
de son existence.
À
propos de Marcel Cachin, justement. Une figure dans laquelle nous
retrouvons beaucoup des tensions, sinon des contradictions, inhérentes
à la direction d'un tel journal : action politique et journalisme,
obligation d'un contenu rédactionnel critique vis-à-vis
du système capitaliste et nécessité d'informer
sur le sport, les jeux...
Serge
Wolikow : Ici encore la fonction, en quelque sorte,
forme l'homme. La plupart des directeurs de l'Humanité
n'étaient pas hommes de presse avant leur prise de responsabilité.
Arrivant au journal ils en découvrent les multiples contraintes
: financières, économiques, de parution, de diffusion.
Et ces hommes s'identifient très vite au journal. Au point
que leur forme principale d'identité politique au sein
même de l'organisation finit par se confondre au journal.
Cachin est l'exemple même de cela. Dans ses carnets, on
remarque ainsi que, non seulement, il note presque chaque jour
le tirage du journal, mais qu'il prépare toutes ses interventions
publiques en croisant les préoccupations du Parti et celles
du journal. Marcel Cachin est particulièrement intéressant
en cela que c'est lui qui assure la transition entre l'Humanité
du socialisme et l'Humanité du communisme. En l'étudiant,
on s'aperçoit qu'il y a des éléments de continuité
très forts entre ces deux étapes de la vie du journal,
permis certainement par la longévité politique,
et tout simplement existentielle de Cachin.
Entretien
réalisé par J.-A. N.
Page imprimée sur http://www.humanite.fr
© Journal l'Humanité
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de page
Résumés
des communications
Madeleine
Rebérioux,
Jaurès à L'Humanité
L'Humanité
n'est pas née en 1904, mais entre 1904 et 1914. Jaurès,
pourtant peu présent au journal, en garda toujours la direction,
y compris lors de ses élargissements rédactionnels,
en 1906, notamment, et en 1912.
Madeleine
Rebérioux, historienne, a succédé
à Ernest Labrousse, à la présidence de la
Société d'études jaurésiennes. Son
premier livre sur Jaurès date de 1959 ; son dernier, de
1994. Elle est responsable, avec Gilles Candar, de l'édition
des Œuvres de Jaurès, chez Fayard.
Pierre
Albert, Les sociétés de L'Humanité,
de 1904 à 1921
Les
avatars entre 1904 et 1921 des deux sociétés anonymes
qui furent propriétaires du journal L'Humanité,
celle de 1904 et celle de 1907, sont aujourd'hui biens connus,
dans les grandes lignes du moins, car des détails de leur
histoire nourrissent encore des polémiques. Certains des
actionnaires fondateurs figurant dans les statuts originaux furent-ils
de simples prête-noms de commanditaires occultes ? Comment,
en 1907, la Société nouvelle du journal L'Humanité
se substitua-t-elle à celle de 1904 ? Comment furent transférées
à d'autres actionnaires les parts de certains souscripteurs
? Qui souscrivit aux augmentations successives de capital ? Comment
fut assurée en 1920 la transmission de la société
de la SFIO au Parti communiste ? C'est à ces questions
déjà posées par les chercheurs précédents
que l'exposé espère entend répondre.
Pierre
Albert, professeur d'histoire contemporaine (émérite
en 1998) a dirigé l'Institut français de Presse
(Université Paris II Panthéon-Assas). Il a notamment
publié : Histoire de la presse nationale, 1871-1879 (sa
thèse), tome 3 de l'Histoire générale de
la presse française (PUF, 1972), Histoire de la presse
(PUF, QS ?, 10è édition 2003), La Presse (PUF, QS
?, 12è édition 2002), La presse française
(Documentation française, 5è édition 2004).
Anne
Claude Ambroise-Rendu, L' " autre information " dans L'Humanité
: le crime, la catastrophe, le sensationnel, 1904-1914
Les
faits divers de l'Humanité - entendons la manière
dont sont racontés accidents, crimes et suicides qui émaillent
la vie de la collectivité - contredisent assez nettement
tout ceux qui, avec Pierre Bourdieu, tiennent ce genre journalistique
pour un pur divertissement faisant " le vide politique "
et réduisant " la vie du monde à l'anecdote
et au ragot " .
L'anecdote certes règne dans les colonnes du quotidien
de Jaurès consacrées au crime et à la catastrophe
faisant de lui le proche parent du reste de la presse grande et
petite. Mais L'Humanité marque aussi sa différence
en faisant de ses chroniques de faits divers de véritables
tribunes politiques et sociales. Le fait divers y apparaît
ainsi comme un moyen parmi d'autres - et peut être un moyen
particulièrement efficace - d'incarner et de personnifier
la doctrine via des événements qui ont toutes les
apparences de l'insignifiant. En donnant un corps aux conflits
qui traversent la société, les faits divers de l'Humanité
font jour après jour pour leurs lecteurs la démonstration
que la justice est une justice de classe, la police une police
de classe, les rapports sociaux des rapports de classe.
Ambroise-Rendu Anne-Claude,
est maître de Conférences à l'Université
de Paris X-Nanterre. Elle a notamment publié Peurs privées
angoisses publiques, un siècle de violences en France (Paris,
Larousse, coll. 20-21 d'un siècle à l'autre, 2000)
et fera prochainement paraître : Petits récits des
désordres ordinaires. Les faits divers dans la presse française
de la fin du XIXème siècle, Ed Seli Arslan, octobre
2004
Yves
Lavoinne, Le fait divers : ironie et point de vue de classe. L'entrée
d'Aragon à L'Humanité (1933)
Entré
à L'Humanité fin mai ou début juin 1933,
Aragon se vit confier les " chiens écrasés
", rubrique où il fut confiné dans l'anonymat.
Cependant, en croisant ses souvenirs et des articles de L'Humanité,
on peut lui attribuer une série de faits divers caractérisés
par une ironie qui tranche avec le style habituel de ce type d'articles
dans ce quotidien. Cette exception stylistique marque la contribution
originale de l'ancien surréaliste à la défense
et illustration d'une morale de classe. L'usage de l'arme du rire
ne fut d'ailleurs pas sans entraîner des protestations de
telle ou telle catégorie. Une autre composante de l'attitude
d'Aragon est l'anticléricalisme, ce qui lui valut une critique
de la part de Thorez, sans doute à la fin de 1933.
En revanche, lors de l'affaire Violette Nozières, dans
L'Humanité comme dans Regards, Aragon adopta un traitement
plus conventionnel qui scelle sa rupture avec ses anciens amis
surréalistes. Le récit du fait divers vise alors
exclusivement à construire et renforcer un " point
de vue de classe ", à la fois analytique et affectif.
Toutefois, pour apprécier la situation d'Aragon, il faut
noter qu'en juillet, il signe exceptionnellement 4 articles, qui
plus est politiques. Au cours de ce semestre d'apprentissage du
métier de journaliste " partisan ", Aragon fut
donc conduit à se dépouiller peu à peu de
son style brillant et provocant.
Professeur
en Sciences de l'information et de la communication, ancien directeur
du Centre Universitaire d'Enseignement du Journalisme de Strasbourg
(Université Robert Schuman), Yves
Lavoinne est l'auteur d'ouvrages sur les médias
(Le Langage des médias, PUG, 1997 ; L'Humanitaire et les
médias, PUL, 2003). Ses travaux portent aussi sur l'évolution
des figures du journaliste depuis la Restauration.
Jean-Yves
Mollier, Tardieu et la tentative d'interdiction de L'Humanité
Tout
ou presque semble avoir été dit de la tentative
faite, au cours des mois de juillet et août 1929, pour liquider,
sinon interdire L'Humanité. Présentée dans
le journal lui-même à la mi-août comme la preuve
d'un complot gouvernemental destiné à faire taire
le porte-parole de la classe ouvrière, cette thèse
fut, par la suite, écartée par ceux qui ne voulurent
voir, dans les manifestations du 1er août 1929, que l'application
des directives de l'Internationale communiste. Si les manœuvres
souvent tortueuses du préfet Jean Chiappe et du ministre
André Tardieu ressortent clairement des archives aujourd'hui
disponibles, on verra que ce n'est pas le seul aspect susceptible
d'intéresser l'historien. Au croisement d'intérêts
multiples, parfois divergents, souvent contradictoires, cette
affaire mêle en effet plusieurs niveaux d'interprétation.
S'il n'est pas niable que la volonté de l'IC ait joué
un rôle important dans ces circonstances, on note aussi
des rivalités internes au Parti communiste français
qui aboutissent à des changements importants dans la direction
de L'Humanité. Mais, au-delà de ces aspects liés
à l'histoire du communisme, on observe aussi l'intervention
d'autres acteurs, appartenant au monde de la politique, des médias
et même de l'avant-garde littéraire. A travers l'instrumentalisation
de l'éditeur des Œuvres complètes d'Emile Zola
en 1927-1929, François Bernouard, , les agissements de
son fondé de pouvoir, Maurice Diament-Berger - le futur
producteur de radio André-Gillois - et celles de l'avocat
de la Banque Ouvrière et Paysanne, Robert Lazurick, le
futur patron anticommuniste de L'Aurore après 1945, on
voit s'agiter un microcosme très révélateur
des mutations de l'entre-deux-guerres.
Jean-Yves Mollier,
professeur d'histoire contemporaine et directeur du Centre d'histoire
culturelle des sociétés contemporaines à
l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, a
publié de nombreux travaux en matière d'histoire
du livre, de l'édition et de la censure. Son dernier ouvrage,
Le Camelot et la rue. Politique et démocratie au tournant
des XIXe et XXe siècles vient d'être publié
chez Fayard en mars 2004.
Yolène
Dilas-Rocherieux, Appartenance idéologique et communauté
émotionnelle, le rôle des almanachs de l'Humanité
Nulle
question ici d'une histoire des Almanachs de l'Humanité
depuis 1926, mais d'une approche sociologique dont le but est
de souligner aussi bien une nouveauté en rapport aux Almanachs
populaires socialistes, qu'une spécificité dans
le tissu médiatique communiste français. Situé
en tête des lectures des revues communistes dans les années
1930, l'Almanach se distingue par un objectif clair: travailler
à la création, puis au maintien, d'une communauté
émotionnelle qui souderait dans la même croyance
idéologique et partisane une population diversifiée
et géographiquement dispersée, les ouvriers et les
paysans de France. Est formulée ici l'hypothèse
que cette communauté émotionnelle fut un rempart
identitaire plus efficace et plus solide que l'organisation en
elle-même. Reste à pointer les moyens de son érection,
un mélange de vécus, de mythes et d'utopies articulés
entre la classe, le parti et l'URSS, portés principalement
par le récit, qu'il soit historique, biographique ou utopique.
Yolène
Dilas-Rocherieux
est maître de conférences en Sociologie politique,
Université Paris X Nanterre, Directrice du département
de Sociologie de Nanterre, membre du Comité de rédaction
de la revue Communisme. Elle a notamment publié : L'utopie
ou la mémoire du futur, de Thomas More à Lénine
(Paris, Robert Laffont, 2000).
Marie-Cécile
Bouju, L'Humanité et l'édition française.
Enjeux autour d'une lecture militante, 1920-1939
La
presse et les éditions du PCF jouent un rôle central
dans la formation politique des militants. La direction du PCF
a t-elle favorisé de la même manière la lecture
d'un quotidien et celle du livre ? La propagande par le livre
et la brochure est-elle aux yeux de la direction de moindre importance
par rapport à lecture de l'Humanité ?
Nous nous proposons d'analyser les rapports entre l'Humanité,
ces maisons d'éditions (Librairie de l'Humanité,
BEDP, BE, ESI) et l'édition " classique ". La
manière dont le quotidien rend compte de l'activité
éditoriale du PCF mais aussi du reste de l'édition
française permet de mieux saisir ce qu'est la lecture militante,
perçue par ces trois acteurs, la direction du PCF, les
rédacteurs de l'Humanité et les éditeurs.
Marie-Cécile
Bouju,
archiviste-paléographe et conservateur des bibliothèques,
est détachée sur un poste de chargé de recherche
au Centre de recherche d'histoire quantitative (CRHQ, université
de Caen - CNRS), où elle travaille sur les rapports entre
édition et politique à l'époque contemporaine.
Elle prépare une thèse sur les Maisons d'édition
du PCF (1920-1956), à l'Institut d'études politiques
de Paris, sous la direction de Marc Lazar.
Laurent
Martin, "Le Canard enchaîné et L'Humanité
: regards croisés"
Le
Canard enchaîné et L'Humanité sont deux journaux
très anciennement implantés dans le paysage de la
presse écrite française : fondés à
dix ans d'intervalle, ils ont traversé le XXème
siècle en contribuant à sa culture. Ce fait, et
les traits de ressemblance et de dissemblance rédactionnels,
économiques ou sociologiques suffirait à motiver
une comparaison ; mais celle-ci est d'autant plus pertinente que
des liens personnels ont existé entre les rédactions
et qu'un rapport privilégié a longtemps prévalu
entre le Canard et L'Huma. C'est ce rapport que nous étudierons
d'abord, avant de suivre les voies divergentes suivies par ces
deux titres parmi les plus emblématiques de la presse française.
Laurent
Martin est chercheur au Centre d'histoire culturelle
des sociétés contemporaines de l'université
de Versailles / Saint-Quentin-en-Yvelines et chercheur-associé
à l'IME . Il est notamment l'auteur de " Le Canard
enchaîné " ou les fortunes de la vertu. (Flammarion
2001)
Yves
Santamaria, L'Humanité clandestine
Du
26 octobre 1939 au 18 août 1944, le PCF a fait paraître
clandestinement plus de 300 numéros de l'Humanité.
Conçu, selon les canons léninistes, comme un agitateur,
propagandiste et organisateur collectif, le journal constitue
pour l'historien une source de première grandeur, malheureusement
lacunaire aujourd'hui encore en dépit du dégel archivistique.
Elle demeure en particulier toujours utile si l'on souhaite apprécier
le lien entre ligne du Parti français et évolution
de la politique soviétique. De même garde-t-elle
toute son importance lorsqu'il s'agit de préciser la place
accordée en leur temps à certains événements
ayant depuis lors acquis une stature considérable. Enfin,
érigée en authentique " lieu de mémoire
" tant par le Parti que par ses adversaires, l' " Huma
clandestine " entama au lendemain de la Libération
une deuxième carrière. Leader de la " presse
résistante " alors même qu'il était loin
de satisfaire aux critères officiels en la matière,
répliquant par la liste de ses martyrs à ceux qui
l'accusaient de compromission avec les occupants à l'été
1940, le quotidien communiste participait d'un syndrome de la
Deuxième guerre assez largement répandu dans la
société française.
Yves
Santamaria,
agrégé d'histoire-géographie, est maître
de conférences en Histoire contemporaine à l'IUFM
des Pays de Loire et à l'IEP de Paris. Il a soutenu une
habilitation à diriger des recherches en histoire sur Le
Parti, la guerre, la nation, IIIe-IVe républiques (Institut
d'études politiques de Paris 2003). Il est l'auteur de
L'enfant du malheur. Le PCF dans la " Lutte pour la paix
" (1914-1947), Seli Arslan, 2002.
Patrick
Eveno, L'Humanité, une entreprise de presse ? (1944-1968)
L'Humanité est un quotidien politique, " Organe central
du Parti communiste français ", le principal parti
anticapitaliste français, par une société
anonyme par actions, de type capitaliste classique.A partir des
PV des assemblées générales de la société
pour les années 1944-1968, il est possible de tracer l'histoire
de cette contradiction apparente, comment un quotidien anticapitaliste
est-il géré dans une société capitaliste
?Les chiffres du bilan et du compte d'exploitation montrent que
l'édition du quotidien L'Humanité et de son supplément
hebdomadaire, L'Humanité Dimanche, est déficitaire
dès 1947. Il s'agit alors de comprendre comment la Société
nouvelle du journal L'Humanité survit, au moyen de quelles
pratiques commerciales et entrepreneuriales, comment la vision
politique de la direction pèse sur la gestion. Pour éclairer
cette gestion atypique, on comparera les comptes de L'Humanité
avec ceux d'autres entreprises de presse de la même époque.
Patrick Eveno,
est maître de conférences à l'université
de Paris I Panthéon Sorbonne, secrétaire général
de la Société pour l'histoire des médias,
rédacteur en chef de la revue Le Temps des Médias.
Spécialiste de l'histoire économique de la presse,
il a notamment publié : L'argent de la presse française
des années 1820 à nos jours, Editions du CTHS, 2003.
; " Le Monde ", Histoire d'une entreprise de presse,
1944-1995, Le Monde Editions, 1996, 540 p.
Gérard
Bonet, André Stil, rédacteur en chef de L'Humanité
de 1950 à 1958
Né
dans le Nord, repéré par Louis Aragon qui deviendra
son ami et son mentor, André Stil n'a que 29 ans lorsqu'il
est appelé à la rédaction en chef de L'Humanité.
Venu au journalisme par la Résistance, il occupera ce poste
de 1950 à 1958. Sa fonction le place immédiatement
aux avant-postes des luttes dans la France de la guerre froide.
Pourtant, dans son for intérieur, ce responsable communiste
se voudrait avant tout un écrivain. En 1952, le Prix Staline
vient consacrer son engagement et cette ambition. Figure exemplaire
à l'intérieur du PCF qui le porte aux nues, il représente
pour le pouvoir un symbole à atteindre. Il est emprisonné
à deux reprises, en 1952 et en 1953. L'intervention des
troupes soviétiques à Budapest, en novembre 1956,
n'entame en rien son engagement communiste. Cependant, ennuis
de santé et création littéraire conjugués
font que ses éditoriaux s'espacent tandis que son animation
de la rédaction devient erratique. En avril 1959, alors
que, dira t-il plus tard, " j'ai tenu mon poste politique
autant et aussi bien que je l'ai pu ", L'Humanité
annonce par un entrefilet sibyllin qu'il renonce à sa fonction
de rédacteur en chef. André Stil s'éloigne
dès lors de la politique active et des contraintes journalistiques
inhérentes à un quotidien auquel ne le rattache
plus qu'une chronique littéraire pour se consacrer, désormais,
à son œuvre d'écrivain.
Diplômé
de journalisme et docteur en histoire, Gérard
Bonet est journaliste au quotidien L'Indépendant
de Perpignan. Il a publié notamment : L'Indépendant
des Pyrénées-Orientales. L'histoire d'un journal,
un journal dans l'histoire, 1846-1848 (1987), Les Pyrénées-Orientales
autrefois. 1870-1914 (Horvath, 1989), Les Pyrénées-Orientales
dans la guerre, 1939-1944 (Horvath, 1992). Contributions : La
presse départementale en Révolution, 1789-1799 (L'Espace
européen, 1992), L'encyclopédie des Pyrénées-Orientales
(Privat, 2003).
Paul
Boulland, Les militants et la presse communiste : fabriquer, diffuser,
lire l'Humanité et les journaux du PCF de la Libération
aux années 1970
Acheter,
lire ou diffuser l'Humanité sont des gestes quotidiens
de la pratique militante et autour d'eux se structurent différents
niveaux d'appartenance et d'intégration à la communauté
communiste. L'analyse des chiffres de la diffusion des journaux
communistes montre les variations locales de la concordance entre
électeurs, adhérents et lecteurs communistes. De
fait, entre le lecteur idéal défini par l'institution
et les pratiques réelles, des décalages perdurent.
La lecture alimente notamment la fracture entre les cadres et
les militants de base. Le contexte de crise de l'année
1956 offre sur ces différents terrains un observatoire
où se révèlent les rapports profonds des
lecteurs au journal communiste. Acte militant par excellence,
la diffusion de l'Humanité est un geste essentiel dans
la pratique communiste ; il est souvent représenté
et valorisé. Critère de l'activité des individus
et du collectif, il est de plus l'objet d'une gestion spécifique.
Qu'en est-il des acteurs de ce travail militant ? L'analyse proposopographique
et biographique nous permet d'étudier les responsables
de la presse dans le parti, les journalistes, les administrateurs
ou même les employés des journaux. Or la place de
ces tâches spécifiques dans la construction des trajectoires
et des identités militantes paraît variable. En dehors
des responsables du contenu des journaux et de certaines formes
de repli militant, il est difficile de distinguer la trajectoire
de véritables " militants de l'Humanité ".
Au contraire, la presse s'intègre très directement
à la construction des identités communistes dans
la période.
Paul
Boulland est doctorant en histoire contemporaine
au Centre d'Histoire sociale du XXème siècle (CNRS/Université
Paris 1). Collaborateur du Dictionnaire biographique du mouvement
ouvrier français et coordinateur du Guide des archives
d'André Marty en France (CHS XXème siècle
- CODHOS), il a notamment publié : " Politique des
cadres et itinéraires militants : l'enjeu des écoles
centrales du PCF de la Libération aux années 70
", communication lors de la journée d'étude
Ecoles, formation et itinéraires militants dans le monde
communiste, Centre d'histoire et de sociologie des gauches (Université
Libre de Bruxelles).
Jean
Vigreux, La
Terre, un complément à l'Humanité
?
 |
La
Terre, c'est le journal communiste édité sous
la direction de Waldeck Rochet au début de l'année
1937. En quoi cet organe de presse est-il différent
de L'Humanité ? Peut-on parler d'un " communisme
des champs " face à un " communisme des villes
" ? Après avoir rappelé les origines de
ce journal à destination du monde rural, il sera utile
de présenter sa diffusion. La géographie de
la diffusion de La Terre et son audience dépassent
largement le militantisme communiste et le vote communiste
dans le monde rural. D'autre part, une analyse du discours
communiste destiné à ce monde rural permettra
d'évoquer les emprunts à L'Humanité ;
en particulier pour les fêtes, la sociabilité.
Il existe véritablement au cours des années
1960 et 1980 une culture particulière de La Terre qui
diffuse des objets des supports variés pour ses lecteurs
; cela permettra d'évoquer une anthropologie partisane.
|
Jean
Vigreux, est maître de conférences à l'Université
de Bourgogne et à SC PO Paris antenne de Dijon, IHC UMR
CNRS 5605. Il a notamment publié : Waldeck Rochet, du militant
paysan au dirigeant ouvrier Paris, La Dispute, 2000 ; et, avec
Serge Wolikow : Les cultures communistes du XXe siècle.
Entre guerre et modernité, Paris, La Dispute, 2003.
Eugénie
Saitta, L'Humanité, de l'organe de parti au journal
communiste
Basée
sur des recherches menées en DEA et qui se poursuivent
en thèse sur la thématique plus générale
des transformations du journalisme politique, ma communication
s'appuie sur l'analyse de la couverture des élections européennes
de 1999 par L'Humanité. Il s'agit de mettre en lumière
les éléments d'évolution du journal au moment
où l'image que ce dernier donne à voir, à
travers le lancement de sa nouvelle formule, est celle du changement,
alors que le champ journalistique prône la professionnalisation,
stigmatisant a contrario la presse de parti-pris et d'opinion.
Les transformations des positionnements du journal et de son degré
d'autonomie par rapport au PCF apparaissent notamment à
travers trois éléments : tout d'abord, la nouvelle
maquette et les transformations de la ligne rédactionnelle
du journal ; ensuite, le degré de pénétration
du PCF au sein de L'Humanité (facteurs structurels, financiers
et relationnels) ; enfin, les évolutions concernant les
critères de recrutement des journalistes (mise en évidence
de trois idéaux types de journalistes, porteurs, de part
leur profil et leur parcours, de conceptions différentes
du journal et de son rôle, et dont le rapport de forces
au sein du service politique produit des effets sur le mode de
couverture de l'événement " élections
européennes " et le contenu des articles).
Eugénie
Saitta, Université Rennes 1, Centre de
recherches sur l'action politique en Europe (CRAPE)
Béatrice
Fleury-Vilatte, Jacques Walter, La mémoire de L'Humanité,
une affaire de famille
Cette contribution s'inscrit dans l'axe consacré à
l'étude du lectorat. À l'enseigne d'une option qualitative,
elle a pour objectif d'éclairer les relations qu'une famille,
dont plusieurs membres sont communistes, a entretenues (ou entretient
encore) avec le quotidien depuis les années 50, période
de la première adhésion au Parti communiste français
de l'un d'entre eux. La famille en question se caractérise
notamment par le fait qu'elle est juive, que si tous ses composants
sont à gauche, tous ne sont pas lecteurs de L'Humanité
mais en ont discuté.
À partir d'une série de récits de vie, nous
examinerons et analyserons la mémoire que cette famille
conserve du journal, ainsi que les phénomènes d'oubli,
sous plusieurs angles : l'évolution des modes et choix
de lecture en fonction d'une dynamique familiale, les souvenirs
du journal en tant que révélateur de désaccord,
les modalités d'attachement ou de détachement à
l'égard du quotidien (en intégrant l'engagement
ou le désengagement à l'égard du PCF, le
rapport au judaïsme, au sionisme…), les souvenirs de
moments clés (de l'Histoire ou de l'histoire de cette famille)
Cette approche permet de montrer que la lecture (ou la non-lecture)
de L'Humanité n'est pas seulement déterminée
par une logique politique, mais aussi par des configurations faisant
intervenir d'autres facteurs, " privés " en particulier.
Elle permet aussi de mieux comprendre que si les acteurs du journal
ont peut-être une perception " macro-stratégique
" de leurs rapports au lectorat, ceux-ci ne prennent vraisemblablement
sens que dans une interaction, appréhendable à un
échelon plus " micro-sociologique ".
Béatrice
Fleury-Vilatte, est professeur en sciences de
l'information et de la communication. Elle dirige le Groupe de
recherche en information, communication et propagandes (Equipe
d'accueil) de l'université Nancy 2. Elle est co-directrice
de la revue Questions de communication.
Jacques Walter,
sociologue et professeur en sciences de l'information et de la
communication, dirige le Centre de recherche sur les médias
(Equipe d'accueil 3476) de l'université de Metz. Il est
co-directeur de la revue Questions de communication.
Ludivine
Bantigny, Appelés et rappelés en Algérie vus
par L'Humanité
Dans un contexte de guerre qui ne dit pas son nom, où la
censure menace et où les correspondants sur le terrain
manquent, comment L'Humanité peut-elle rendre compte de
la situation vécue par les soldats du contingent en Algérie
? Comment concilier l'antimilitarisme, de tradition dans le mouvement
ouvrier, et la défense républicaine de l'armée
et de la nation ? L'usage d'une chronologie fine offre de mieux
cerner l'inflexion des positions et des revendications portant
sur les appelés et rappelés et défendues
dans L'Humanité. En étudiant notamment la rubrique
consacrée au contingent, " Le Coin du soldat ",
on peut tenter de saisir la manière dont elle est conçue
et de comprendre pourquoi, d'hebdomadaire et de très régulière
qu'elle était au début du conflit, elle s'étiole
pour disparaître en 1960. Seul le putsch des généraux
factieux en avril 1961 donne encore l'occasion de mettre en valeur
l'action des jeunes appelés. Un triple constat s'impose
dès lors : au temps de la guerre d'Algérie, L'Humanité
est un journal de dénonciation : dénonciation des
brimade, des s conditions de vie des appelés, et bien sûr
de la guerre elle-même (L'Humanité est l'un des tout
premiers journaux à parler de " guerre ", dès
le début de l'année 1955). Le journal est également
organe de vigilance, qui met ses lecteurs en alerte, par exemple
sur le cas des soldats insoumis refusant d'aller combattre en
Algérie. Mais L'Humanité n'est guère, pour
les soldats du contingent, un journal de proposition ; essentiellement
descriptif, il dessine finalement fort peu de perspective politique.
Ludivine Bantigny,
agrégée et docteur en histoire, est l'auteur d'une
thèse soutenue à l'IEP Paris en octobre 2003, sous
la direction de Jean-François Sirinelli, et intitulée
Le plus bel âge ? Jeunes, institutions et pouvoirs en France
des années 1950 au début des années 1960.
Actuellement attachée temporaire d'enseignement et de recherche
à l'École normale supérieure (Ulm), elle
est l'auteur de divers articles portant notamment sur les jeunes
comme enjeu politique.
Jean
Garrigues, Un combat de la guerre froide : L'Humanité
face aux " affaires " de la IVè République
On
connaît bien les grandes " affaires " de la IIIème
République, l'affaire des décorations, Panama, Rochette,
Oustric, Stavisky. On connaît moins les scandales qui ont
secoué la IVè République, et qui ont pourtant
connu à l'époque un retentissement politique et
médiatique très important. Depuis le scandale des
vins jusqu'à l'affaire des fuites, les partis au pouvoir
sont ébranlés par une série de secousses,
qui contribuent à discréditer le régime et
ses dirigeants. C'est l'occasion pour le parti communiste de pourfendre
les dérives des " partis bourgeois " de la Troisième
Force, dans le cadre du combat de guerre froide engagé
en 1947. En première ligne dans ce combat, L'Humanité
apparaît à cette époque comme un journal engagé,
polémique, mais aussi comme un organe d'investigation journalistique.
Ce rôle n'est pas tout à fait nouveau, le journal
communiste ayant contribué dans l'entre-deux-guerres à
dévoiler et à dénoncer les dérives
de la " république radicale. " Mais l'exploitation
des " affaires " prend désormais un relief beaucoup
plus considérable, compte tenu du poids du parti communiste
et de l'audience nouvelle de L'Humanité. Dès lors,
la révélation, l'exploitation, voire la manipulation
du scandale apparaît comme une arme redoutable pour combattre
la coalition les partis de la Troisième Force ainsi que
le RPF gaulliste. C'est pourquoi le quotidien communiste apparaît
en pointe dans l'enquête et dans la polémique sur
le trafic des vins, dénoncé par le " progressiste
" Yves Farge, puis dans l'exploitation de l'affaire des bons
d'Arras, mettant en cause un député gaulliste, dans
le scandale suscité par la promotion ministérielle
d'André Boutemy, ancien préfet de Vichy et bailleur
de fonds du CNPF, en 1953, ou dans le scandale des piastres, révélé
en 1954 par Jacques Despuech. En position défensive dans
les affaires liées à la politique indochinoise,
c'est-à-dire l'affaire des généraux en 1950
et celle des fuites en 1954, L'Humanité joue là
encore un rôle de premier plan dans la contre-enquête
et dans la polémique. Il y a là, nous semble-t-il,
une dimension nouvelle dans l'histoire du journal communiste,
ainsi qu'un aspect encore peu étudié de son engagement
dans la guerre froide. L'arme médiatique du scandale, confisquée
par l'extrême-droite dans l'entre-deux-guerres, devient
un instrument de l'engagement communiste dans les années
cinquante. Ce sera beaucoup moins marquant sous la Vème
République.
Jean Garrigues est
professeur d'histoire contemporaine à l'Université
d'Orléans. Il vient de publier Les scandales de la République
chez Robert Laffont.
Christian
Beuvain, Les dessins sont des armes de combat ! Les dessins anti-américains
dans L'Humanité des années cinquante
Dans
le moment de l'anti-américanisme communiste des années
cinquante, que l'on peut cerner comme un territoire de pratiques
propagandistes multiples, le dessin de presse (portraits charges,
caricatures …) de L'Humanité ne constitue-t-il pas
un espace d'élaboration d'un imaginaire partisan particulier
? Par delà une ré-appropriation de procédés
puisés dans la culture visuelle des mouvements ouvriers
et révolutionnaires du 19e siècle et de la première
moitié du 20e ainsi que dans un patrimoine national ô
combien exalté, peut-on constater une construction novatrice
de symboles et de référents directement liés
au contexte de la guerre froide ? De toutes les manières,
un discours iconographique fortement passionnel se donne à
voir et à lire entre les années 1947 et 1954, dont
il convient de retracer la naissance, l'apogée et le reflux.
Nous tenterons également d'aborder les itinéraires
de quelques-uns de ces producteurs d'images, la place qu'ils occupent
dans le quotidien qui emploie leur talent particulier, afin de
déterminer leur rôle dans la construction d'un système
de représentation mobilisateur, qui apparaît comme
une part non négligeable de l'identité communiste,
et donc de la culture communiste, de ces années-là.
Christian Beuvain est
doctorant à l'Université de Bourgogne.
Marc
Lazar, L'Humanité et l'Unità : une
étude comparée.
L'Humanité
et l'Unità offrent au premier regard trous les ingrédients
rendant possible la comparaison. Ils sont, en effet, les deux
quotidiens des deux plus importants partis communistes de l'Europe
occidentale, le parti français et le parti italien. Dans
le même temps, de nombreuses différences émergent,
liées en particulier à l'histoire des deux pays
et des deux partis.
La brièveté de la communication interdit de mener
une comparaison systématique. Nous nous concentrerons donc
sur L'Humanité dans les années de guerre froide,
en utilisant l'Unità comme une sorte de contre point comparatif
permettant de mieux mettre en évidence certaines des propriétés
du premier journal.
Nous entendons éclairer trois dimensions du quotidien communiste
français.
D'une part, L'Humanité comme organe politique dans un contexte
bien particulier, celui de la guerre froide et, plus particulièrement
pour cette communication entre 1947 et 1953. Un organe qui exprime
une orientation politique précise et cherche à mobiliser
pour l'action ses lecteurs dont le nombre tend alors à
diminuer. D'autre part, L'Humanité sert en quelque sorte
de symbole identitaire au PCF et plus généralement
à la contre-société qu'il a organisée
autour de lui.
Enfin, L'Humanité sert également de vecteur d'une
culture aux multiples dimensions : politique, populaire et de
masse.
Marc Lazar est professeur
des Universités à l'Institut d'Etudes Politiques
de Paris ; il en dirige l'Ecole doctorale. Ses recherches portent
sur le communisme en France et en Italie et sur la gauche socialiste
en Europe occidentale. Derniers livres parus : en collaboration
avec Stéphane Courtois, Histoire du Parti communiste français,
Paris, PUF, 2000 et Le communisme, une passion française,
Paris, Perrin, 2002 (prix Philippe Habert-Le Figaro 2003, prix
Thiers d'histoire et de sociologie de l'Académie française,
2003).