Compte-rendu
de la journée "Pour une histoire comparatiste des
médias", 14 Juin 2002
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A
quoi peut-on comparer la presse d’ancien régime
?
Jeremy D. Popkin, professor of history, University of Kentucky |
Vers
le début de ma carrière, j’avais commencé
une étude comparée de la presse française
et de la presse allemande du dix-huitième siècle.
Je ne suis jamais avancé très loin avec ce
projet, essentiellement pour des raisons pratiques, mais
je me suis aperçu très vite qu’il y
avait aussi une difficulté plus fondamentale. C’est
qu’on ne peut pas parler, ni d’une presse française
à cette époque, ni d’une presse allemande,
si l’on entend par “presse française”
ou “presse allemande” des réseaux de
périodiques publiées sur le sol d’un
seul pays, plus tournés vers les affaires de leur
propre pays que les publications imprimées ailleurs,
et adressés en premier lieu à des lecteurs
dans ce pays. En d’autres termes, la notion de presse
nationale, qui constitute le plus souvent le cadre pour
les études comparatives, ne correspond aux réalités
des deux premières siècles de l’histoire
de la presse. Une étude comparée de la presse
d’avant 1800 doit être mênée avec
pleine conscience des différences entre ce monde
et celui des temps plus récents. Mais cela ne veut
pas dire que les études comparées englobant
la presse de l’ancien régime sont sans intérêt
ou impossible à imaginer. En effet, il y a des comparaisons
frappantes qu’on peut faire entre le système
de presse du dix-huitième siècle et les médias
d’aujourd’hui, et on peut se demander si l’ère
des systèmes de presse nationaux, caractéristique
du dix-neuvième et du vingtième siècle,
ne doit pas être vue comme une parenthèse entre
deux époques où les systèmes médiatiques
n’ont pas coïncidé avec les frontières
politiques.
Pourquoi
ne peut-on parler des systèmes de presse nationaux
au dix-huitième siècle ? Dans le cas allemand,
c’est évident: il n’y avait pas d’état
national allemand à cette époque. Il y avait
certes une presse rédigée et publiée
en langue allemand, et en effet il y avait probablement
deux fois plus de titres publiés dans le monde allemanophone
au cours du dix-huitième siècle qu’il
n’y avait en langue française, et un lectorat
plus grand parce que l’alphabétisation était
plus avancée dans ce monde qu’en France. Les
journaux de langue allemand circulaient dans une espace
qui débordaient largement les frontières de
la Sainte Empire—dans les pays scandinaves, par exemple,
dans la Russie et dans l’Europe du sud-est. En même
temps, cependant, ils n’avaient pas un monopole de
l’information dans les états germaniques, où
une bonne partie des lecteurs étaient aussi capables
de lire des journaux en français, et parfois aussi
en anglais, en néerlandais, en italien et en latin.
A cause de la censure, les gens qui voulaient avoir les
meilleurs renseignements sur ce qui se passait dans leur
coin, surtout en matière de politique, avaient intérêt
à lire des journaux publiés souvent très
loin de chez eux. La grande gazette d’Hambourg, le
Hamburgische Unparteyische Correspondent, était beaucoup
plus intéressant à cet égard que les
périodiques publiées dans les villes capitaux
comme Berlin ou Vienne.
La
situation en France était différente, puisqu’il
y avait un gouvernement central et un état dont les
frontières correspondaient plus ou moins à
celles de l’état-nation du dix-neuvième
et du vingtième siècle. Mais là aussi
le système médiatique n’était
pas vraiment ‘nationalisé.’ Le français
étant à l’époque une langue internationale,
il y avait un très fort réseau de publications
périodiques imprimées en dehors du royaume
de France, et une audience importante dispersée un
peu partout dans l’Europe. Au cause de la censure
en France, la presse extraterritoriale, qui avait pris naissance
avant la presse proprement française—la première
gazette de langue française connue a paru à
Amsterdam en 1620, onze années avant la création
de la Gazette de France—jouait un rôle essentiel,
à la fois en dehors de la France mais aussi à
l’intérieur du pays. J’ai montré
dans la monographie que j’ai consacré il y
a quinze ans au journal politique le plus important des
dernières décennies de l’ancien régime,
la Gazette de Leyde de Jean Luzac, comment une gazette publiée
en Hollande est devenu l’équivalent du Monde
ou du Figaro d’aujourd’hui, c’est-à-dire
la lecture quotidienne essentielle pour toute personne qui
s’intéressait à la vie politique du
pays. Mais on ne peut pas simplement traiter la Gazette
de Leyde comme un élément de la presse française,
publiée à l’étranger à
cause de la censure: ce journal était en même
temps une référence essentielle dans la vie
politique de plusieurs autres pays, dont la Pologne, la
Suède, et même, pendant la guerre d’indépendance,
pour les insurgents américains. La plaque commémorative
qui orne la maison de son rédacteur à Leyde
aujourd’hui a été donnée par
une association américaine. En plus, les concurrents
de cette gazette ont été publiés non
seulement en Hollande, où il y avait une demi-douzaine
de périodiques semblables, et en France, mais aussi
en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, et en Italie.
La
presse de langue française à la fin du dix-huitième
siècle était donc tout sauf une presse ‘nationale’
dans le sens qu’on comprend ce terme aujourd’hui.
On doit comparer la Gazette de Leyde du dix-huitième
siècle à l’International Herald Tribune
d’aujourd’hui, ou peut-être à CNN.
Comme ces entreprises contemporaines, la Gazette de Leyde
circulait dans une espace globale—j’ai repéré
dans ses archives les traces d’un abonné à
Calcutta, et d’autres à Boston et dans les
Caraïbes—et le journal devait garder l’oeil
sur des concurrents en plusieurs langues. On peut certes
comparer son contenu avec celui d’autres journaux
de son temps, une comparaison que j’ai esquissé
dans mon livre: plus libre que les journaux allemands, mieux
informé que les gazettes anglaises qui ne s’intéressaient
pas autant à l’actualité internationale.
Mais une telle comparaison n’est nullement une comparaison
entre une presse française, une presse allemand et
une presse anglaise. D’une certaine façon,
la Gazette de Leyde faisait partie de la presse allemande—les
états allemands étaient l’une de ses
marchés principales--et même de la presse anglaise
puisqu’elle était prisée par les lecteurs
d’outre-Manche qui cherchaient l’information
la plus compréhensive sur les événements
du monde.
Une
connaissance de la presse d’ancien régime peut
nous aider, donc, à ne pas limiter notre vision de
l’étude comparatiste de la presse à
des comparaisons définies en termes nationales, et
à comprendre l’importance d’une bonne
connaissance du contexte historique dans lequel les textes
que nous entreprenons de comparer ont été
publiés. Nous devons tenir compte du fait que les
média émanant de l’intérieur
d’un pays ne sont pas forcément les plus importants
éléments de son réseau médiatique—un
fait frappant de nos jours, si on pense à l’influence
de chaînes de télévision diffusées
par satellite, Al-Jazeera ou CNN, et à des phénomènes
comme la circulation de Time and Newsweek ici et de l’Economist
aux Etats-Unis. Nous devons aussi comprendre l’intérêt
des études comparatives qui prennent en compte non
seulement l’espace mais aussi le temps, comme l’étude
sur l’évolution des nouvelles dans la presse
allemande au cours de trois siècles publiée
par Jürgen Wilke il y a vingt ans. Et, point final,
il faut aussi comprendre que les études comparatives
de la presse exigent un approche pluridisciplinaire, et
que ma discipline, l’histoire, a beaucoup à
apporter, même dans le cadre de recherches entreprises
par les spécialistes de la communication.
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Enjeux
et écueils d’une histoire comparatiste des médias
Michèle Martin |
| Depuis
quelques années, ma recherche porte sur l’histoire
comparée des médias sur le plan international.
Le comparatisme international, dont on parle en tant que
tel au moins depuis Marc Bloch, c’est à dire
depuis 1928, sans trop souvent le pratiquer, m’a révélé
des enjeux nouveaux quant à la compréhension
de l’histoire des médias. Mais cela m’a
aussi obligée à faire face à de nouvelles
difficultés. Ce sont ces deux points qui constituent
une sorte de tension que j’aimerais soulever dans
ce débat, car le peu de recherches comparatistes
qui existe actuellement, particulièrement en France
( et au Canada, surtout au Québec) où la discipline
historique prend parfois des formes auto-centristes, ne
répond pas à tous mes questionnements. Mais
d’abord, laissez-moi vous informer brièvement
de ma recherche actuelle.
Je
rédige en ce moment un livre qui s’appellera
Images at War: Illustrated Periodicals and the Construction
of National Identities, 1870-1871 . Il consiste en une analyse
socio-historique de la couverture de la guerre Franco-Prussienne
à travers dix périodiques illustrés,
quatre anglais (The London Illustrated News, The Graphic,
The Illustrated Times, The Penny illustrated Paper), quatre
français (L’Illustration, le Monde Illustré,
la Presse Illustrée et l’Univers Illustré)
et deux canadiens (l’Opinion publique et the Canadian
Illustrated News ). Mon travail porte sur la comparaison
de la presse illustrée généraliste
aux niveaux national et international. Bien que ces hebdomadaires
aient avant tout constitué des entreprises commerciales,
la presse illustrée du 19e siècle, qui est
devenue petit à petit un média de masse en
élargissant son assiette sociale et en augmentant
parallèlement sa diffusion, représentait cependant
davantage qu’un enjeu financier. En effet, les contenus
de cette presse étaient construits à partir
d’informations sérieuses que les éditeurs
utilisaient également comme un moyen de diffuser
des idées, autant pour construire une opinion publique
que pour éduquer les publics qui les adopteraient.
Dans
un tel processus médiatique, le rôle de l’image
est essentiel à la transmission d’informations
et de connaissances pour des publics impossibles à
atteindre par l’écrit, sinon les analphabètes,
tout au moins les populations mal à l’aise
avec l’écrit, créant ainsi l’opportunité
de les éduquer, un terme qui revient souvent dans
les éditoriaux. Les messages visuels diffusés
sont donc partie prenante de la formation d’une mémoire
collective. Anne Marie Thiesse nous affirme que les identités
nationales sont constituées à partir d’une
liste d’éléments symboliques et matériels
qui établissent un modèle auquel les gens
se réfèrent. La presse illustrée fait
à mon sens partie de ce processus, en publiant et
diffusant des images et des textes qui contribuent à
la construction de l’identité nationale et
en même temps, ce que l’on peu souligné,
à la conception de l’inter-national, de la
conscience de l’autre, participant ainsi à
la formation de formes de solidarité de certains
groupes, au détriment de l’existence d’autres
groupes. Dans cette optique, le thème de l’identité
nationale surgit de façon différente selon
l’espace géo-politique à l’intérieur
duquel le journal est publié, mais aussi selon que
l’illustré promeut l’extension de l’espace
bourgeois dans la tradition de la période des Lumières
ou une position plus favorable à d’autres couches,
jusqu’au prolétariat. En effet, les périodiques
illustrés de chacun des pays où ils ont existé
s’inséraient dans une structure hiérarchique
de classe encouragée par le prix de vente et clairement
exprimée dans les éditoriaux des premiers
numéros de chaque journal
Dans
cette logique, la guerre Franco-Prussienne de 1870 me permet
de montrer que la presse illustrée généraliste
du 19e siècle s’inscrivait dans une logique
d’identité nationale qui obligeait les éditeurs
à développer un agenda politique adapté
à leur lectorat, de même qu’à
l’idéologie soutenant le périodique
pendant cette période de formation et transformation
de nations européennes. Ces deux contraintes influençaient
non seulement les contenus, mais je crois, même si
cela reste à prouver empiriquement, le processus
de travail des dessinateurs, des graveurs, etc. L’analyse
comparée permet en effet non seulement de mettre
les contenus en relief, mais également de dévoiler
compétition et coopération entre éditeurs
et parmi les travailleurs de l’image.
Là
où j’en suis de mon analyse, je pense pouvoir
mettre en lumière des enjeux touchant la problématique
de l’histoire des médias, et soulever divers
écueils, principalement au plan méthodologique.
Sur le plan conceptuel, ma recherche a permis jusqu’à
maintenant de repérer des jeux de pouvoir impossibles
à identifier autrement, de modifier des configurations
reçues (préexistantes ???), ce qui amène
à remettre en question l’origine jusqu’à
maintenant établie de certaines pratiques. Par exemple:
une analyse de plusieurs pays européens (Angleterre,
France, Allemagne, Italie, etc.) fait découvrir que
le fait que l’Angleterre ait été à
l’origine de la gravure sur bois journalistique a
pendant des années placé ses graveurs en position
d’imposer leur connaissance et leur savoir aux autres
pays, et parfois même les contenus des gravures. De
même, Jean-Pierre Bacot en a déjà parlé
dans l’un de ses articles, on se rend compte, en examinant
le développement de la presse illustrée de
masse anglaise et française que, même si les
deux ont débuté à peu près en
même temps, c’est la presse anglaise qui a imposé
son modèle aux autres pays. Jean Chalaby voudra peut
être vous en parler plus longuement pour ce qui touche
la presse écrite non illustrée. Donc, l’analyse
comparatiste permet de remettre en question des notions
qu’on croyait établies et de découvrir
des spécificités là où on croyait
exister des homogénéités et si homogénéité
il y a, d’interroger la diffusion qui l’a construite.
Car, ce que je trouve intéressant en histoire comparée,
ce sont les renversements d’idées reçues
: par exemple, trouver des homogénéités
là où on attendait des différenciations,
et vice versa.
Cela
dit, tout peut-il se comparer? Comment devrait-on concevoir
l’histoire comparatiste? Comment fonder un territoire
pour une histoire comparée des médias? Quelles
en seraient les limites? Certains éléments
d’analyse devraient-ils en être exclus? Il existe
en fait deux approches limites en analyse comparée.
La première, c’est la comparaison au plus proche,
en utilisant des périodes, des phénomènes
semblables. La seconde c’est comparer l’incomparable,
c’est à dire des pays, des périodes
très différents. Cette dernière approche
est souvent rejetée par l’establishment du
domaine historique. Jean-Pierre Bacot et moi-même
avons utilisé cette approche pour écrire un
article à propos de la presse illustré en
France et au Québec analysée à des
périodes différentes, article qui a été
refusé par les quelques revues conventionnelles où
nous l’avions soumis. Il a finalement été
publié dans une collection dirigée par Michael
Palmer.
Sur
le plan méthodologique, les écueils sont de
taille. J’aimerais souligner quelques-unes des difficultés
rencontrées sur le plan du comparatisme international
: la localisation des données, l’accès
à ces données, les divergences culturelles,
sans oublier le coût de la recherche multi-nationale.
La localisation des données est souvent difficile.
On connaît le cas de l’Allemagne, par exemple,
dont un nombre incalculable d’archives a été
détruit à la fin de la 2e guerre mondiale.
Ursula Koch voudra peut être nous en parler plus tard.
D’autres pays n’ont rien perdu, mais ont très
peu conservé car il y avait plus urgent que de sauver
des documents, comme survivre par exemple. La question se
pose ainsi de savoir si ce qui a été conservé
peut être utilisé, et si oui comment? Quand
les données sont localisées, il n’est
pas toujours facile et même possible pour un étranger
d’y accéder, pour diverses raisons. Les démarches
sont parfois longues et même onéreuses. Ceci
m’amène à parler des coûts de
la recherche internationale. Les archives sont rarement
transférables pour fins de recherche d’un pays
à un autre. Il faut donc payer les frais de voyage
et d’hébergement pour une période plus
ou moins longue dans un pays étranger. D’autre
part, il faut surmonter les divergences culturelles: Comment
franchir la barrière de la langue? Comment aborder
des archives inconnues? Trouver les sources pertinentes
et nécessaires? Quelles précautions faut-il
prendre pour interpréter les données recueillies?
Jeremy Popkin vous fera peut être part de son expérience
à ce sujet. Engager quelqu’un du pays concerné
pour effectuer la recherche pourrait sembler être
la solution pour enrayer cette difficulté, mais encore
faut-il en avoir les moyens financiers et, dans un cadre
universitaire être capable de se faire comprendre
correctement par l’assistant de recherche. Malgré
tout, ces situations procurent parfois des occasions d’échange
d’outils de recherche.
Pour
toutes ces raisons, l’histoire comparatiste des médias
est peu explorée, soit parce que les chercheurs n’osent
pas remettre en question des ‘vérités
reçues’, soit tout simplement parce que sa
réalisation est parsemée de difficultés
de tous genres. Alors, dans ces conditions, pourquoi s’acharner
à comparer? Pour ma part, je crois que l’identification
et la compréhension d’un événement,
pour utiliser le terme de Philip Abrams, se fait à
partir de ses frontières avec d’autres événements
en recherchant les interactions, les échanges, les
confrontations, etc. Comparer permet aussi d’étudier
la variation des idées, des pratiques, de leurs expressions
dans des groupes divers, des jeux de pouvoirs imbriqués
dans le processus de leur transmission et de leur reproduction.
L’histoire comparatiste des médias est un domaine
passionnant, parce que les enjeux sont importants, évidemment,
mais aussi parce que, une fois qu’on a surmonté
les écueils méthodologiques, cette approche
permet de découvrir des savoirs nouveaux et surtout
critiques qui dérangent les idées reçues
et les catégories déjà établies.
J’espère avoir convaincu quelques-uns d’entre
vous de s’y intéresser et, pourquoi pas, j’espère
aussi que de cette table ronde pourront sortir des projets
de collaboration internationale.
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Économie
des comparaisons
Juan Carlos Miguel de Bustos, Universidad del Pais Vasco
Fac. CC. Sociales y de la Comunicación
*
r évision du texte : Michel Léon Saint-Laurent
(Montréal/Québec)
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| La
perspective dans laquelle je m’inscris est celle d’un
disciple de l’histoire contemporaine des médias
et mes réflexions s’appuient sur l’économie
des industries culturelles et/ou de la communication. Mes
fonctions de professeur et de chercheur reposent sur la
notion de comparaison. Il ne peut en être autrement
car la comparaison – avec la classification, la catégorisation,
la hiérarchisation ainsi que l’élaboration
de concepts – constitue l’une des méthodes
fondamentales de la démarche scientifique au sein
des industries culturelles.
Dans le cadre de l’enseignement, je m’intéresse
à l’économie de la communication et
à la structure du système audiovisuel international;
ce qui m’oblige à analyser différents
systèmes audiovisuels nationaux, et pas seulement
européens. Dans le cadre de la recherche, j’étudie
les groupes de communication européens et nord-américains.
De plus, j’examine leur évolution tout en établissant
une classification qui prend en compte des axes –
diversification, internationalisation – afin de mieux
comprendre leurs activités. Dans ce champ d’étude
(les groupes de communication), je ne pense pas pouvoir
trouver plus de difficultés que mes collègues,
ici présents. En ce qui me concerne, il s’agit
évidemment de la diversité linguistique et
des différentes définitions et méthodes
comptables. Ceci dit, le principal obstacle provient de
la fragmentation des sources et du type de gestion inhérent
à chaque groupe. Autre difficulté majeure
qui doit être surmontée : la grande disparité
dans la définition des groupes de communication et
d’information. Certains classements (en anglais, rankings)
considèrent uniquement les groupes médiatiques
– presse, radio, télévision –
tandis que d’autres incluent aussi les portails d’Internet
– Yahoo, MSN, Terra – alors que plusieurs classements
ignorent les télévisions publiques. C’est
pour cela qu’il faut très souvent, malgré
d’abondantes informations sur ces groupes de communication,
se servir des documents et rapports annuels des groupes
et faire appel aux informations de la presse spécialisée
comme unique moyen d’établir des comparaisons
intergroupes.
Très récemment, en voulant établir
une comparaison entre les groupes nord-américains
et européens, au cours des 30 dernières années,
j’ai été obligé de mener ma propre
collecte de données sur leurs diverses opérations
: acquisitions, fusions, intégrations. En effet,
toutes les recherches existantes proposaient des résultats
parfois contradictoires, conséquence de la multiplication
des sources consultées.
On peut donc affirmer que bon nombre d’analyses sont
les produits des sources employées. De manière
générale, quand on examine la convergence
entre l’audiovisuel et les télécommunications,
on s’aperçoit que les travaux menés
par les économistes dans le domaine des télécommunications
accordent davantage de valeur à ces dernières
par rapport à l’audiovisuel. Le contraire est
également vrai.
Il
y a deux ans, j’ai publié un ouvrage sur ce
que je nomme l’écologie culturelle pour lequel
je me suis inspiré des travaux de certains économistes
hétérodoxes tels que le canadien Robert E.
Babe. Cet ouvrage illustrait une démarche méthodologique
visant à établir des liens entre les diverses
sphères de l’activité humaine : communication,
économie, société, politique et environnement.
Et tout problème dans une sphère donnée
finit par se diffuser dans les autres sphères. De
telle manière que lorsqu’on pense au trou découvert
dans la couche d’ozone, c’est-à-dire
l’environnement, on doit – pour poursuivre la
métaphore – découvrir un trou équivalent
dans le domaine social, économique, etc. Par l’usage
d’une telle image, je veux souligner l’interrelation
profonde qui existe entre l’ensemble des milieux,
et chacun d’eux, qui constituent la pratique sociale.
On peut ainsi analyser et établir les causes du trou
dans l’ozone des médias : instantanéité
des nouvelles, discontinuité, mimétisme (mêmes
nouvelles dans différents journaux), simultanéité
de l’événement (diffusion en direct
– CNN, par exemple), prévisibilité de
la nouvelle, « catastrophisme ».
On
peut aussi faire l’inventaire des trous d’ozone
propres à l’approche comparative. Selon moi,
c’est, entre autres choses, l’importance accrue
de la recherche dite administrative (commandée par
des organismes tels que l’OCDE et l’Union européenne
ainsi que les gouvernements) par rapport à la recherche
pure. Il y a également un autre problème :
l’usage abusif de données reliées à
des indicateurs économiques et technologiques.
Principes
fondamentaux. Diversité et coexistence
J’avais
pensé, dans un premier temps, intitulé mon
exposé : Écologie des comparaisons. Car je
considère comme fondamentales les interrelations
entre toutes les sphères d’activités
humaines – incluant la recherche – et comme
une véritable source d’inspiration l’écologie
vue notamment en termes d’organisme et d’évolution.
Parlant d’écologie, et avant d’aborder
la question du comparatisme en sciences sociales, en histoire,
en économie, et plus particulièrement, en
matière de médias, d’industries culturelles
ou même d’INTERNET, il m’apparaît
nécessaire de souligner deux principes fondamentaux
dont nous devons tenir compte. Ces deux principes sont la
DIVERSITÉ et la COEXISTENCE.
Diversité
d’abord, car à l’intérieur même
d’activités ayant une longue histoire, comme
la presse, on peut retrouver différents pourcentages
de publicité dans le financement des entreprises
de presse (41 % en France et 87 % aux USA). Cette diversité
touche également des activités plus récentes
telles l’essor de l’INTERNET et le développement
du commerce électronique. Si l’on examine les
diverses situations nationales, on y trouve des programmations
différentes, des usages distincts et maintes façons
de répartir les dépenses publicitaires entre
les médias. Ce que je veux souligner ici, c’est
que cette diversité n’est pas conjoncturelle,
mais bien structurelle et propre aux industries de la culture.
Avant toute comparaison, il est important de reconnaître
et d’interpréter cette diversité.
Coexistence
ensuite, comme principe fondamental s’opposant à
la rupture ou substitution.
Quand
surgit une nouvelle activité, nous avons tendance
à croire que l’usage récent s’impose
en éliminant l’usage ancien. Toutefois, du
moins pendant une assez longue période, les activités
– et les usages qui en découlent – anciennes
et nouvelles coexistent et entretiennent même des
relations symbiotiques. De cette manière, la radio
a utilisé et incorporé des activités
préexistantes comme la musique et le théâtre;
la télévision, quant à elle, utilise
et incorpore la fiction et l’INTERNET va encore plus
loin en intégrant de nombreuses facettes culturelles
(livre, presse, fiction, musique, etc.)
Évaluation
comparative –Benchmark- et prospective. L’histoire
a contrario.
Je voudrais attirer l’attention sur deux aspects qui
caractérisent notre système écolo-comparatiste.
Il s’agit de la généralisation du concept
d’évaluation comparative (en anglais, benchmark).
Ce concept, basé sur la comparaison, peut être
traduit comme une forme d’évaluation permettant
la prise de décisions dans un but d’amélioration.
Jadis utilisé par les entreprises dans le seul domaine
du marketing, le terme est aujourd’hui employé
un peu partout. Ainsi, The European Institute for the Media,
publie ce mois-ci une étude comparative sur la réglementation
dans 7 pays et qui a été titrée Studio
Benchmark. De plus, le récent programme de l’Union
européenne, e-Europe, aborde la question du benchmarking.
Nous attendons de ce concept d’évaluation comparative
visant l’amélioration qu’il s’applique
non seulement à la sphère économique,
mais également à la sphère sociale,
et plus particulièrement à la sphère
médiatique.
L’autre aspect dont il faut discuter est celui la
prospective. Au fur et à mesure que nos sociétés
deviennent plus complexes, nous avons davantage besoin d’élaborer
des prévisions sur l’avenir. Nous sommes conscients
qu’il est vraiment impossible de décrire le
futur, notamment sur les plans économique et social;
cependant, nous demeurons convaincus qu’il vaut mieux
se livrer à des prévisions, parfois fausses,
que de ne pas en faire. Jusqu’à tout récemment,
la prospective était l’œuvre seule des
spécialistes, ou consultants; aujourd’hui,
elle est devenue une véritable obsession pour les
pouvoirs publics qui trouvent dans l’amoncellement
de chiffres la justification de leurs actions et de la répartition
des budgets. Il en découle à coup sûr
un grave problème : si les pouvoirs publics, et même
les entreprises, répartissent les budgets en fonction
de prévisions, il devient alors facile de perdre
de vue le véritable objectif qui doit être,
pour tout programme étatique, l’amélioration
de l’ensemble des activités, et non seulement
de l’économie.
Tout en critiquant les excès de nombreuses études
prospectivistes, il est vraiment possible de s’inspirer
de cette approche. À titre d’exemple, citons
les études* de l’Institute for Prospective
Technological Studies (IPTS) auquel participent de prestigieuses
organisations telles qu’Infonomics et qui est établi
à Séville. Concrètement, dans l’étude
intitulée The Future of News Media Industries. Validated
Scenarios for 2005 and Beyond, et publiée à
la fin de 2001, on peut découvrir les axes sur lesquels
s’esquissent les divers scénarios. Ils constituent
alors des aspects dont nous pouvons tenir compte au moment
d’examiner la dynamique comparative; c’est-à-dire
qu’elle nous fournit l’information sur les éléments
à partir desquels nous pouvons analyser le changement.
Dans le cas des industries culturelles et de l’INTERNET,
les axes essentiels sont, entre autres, la gratuité/paiement
et la technologie du pousser/tirer (en anglais, push/pull).
De manière plus évidente, l’histoire
très récente d’INTERNET peut être
vue comme la recherche de moyens de financement. Pour les
sites qui proposent des contenus ainsi que pour les portails,
on peut s’interroger sur la prédominance d’un
modèle de financement : celui de la presse quotidienne,
publicité + paiement? Ou encore celui de la radiodiffusion
(en anglais, broadcasting), pratiquement gratuit? Assisterons-nous
à l’émergence d’un modèle
inédit, autrement plus complexe que ne le démontrent
les portails actuels? Un autre élément capital
pour bien comprendre le changement à moyen terme
est, dans mon esprit, celui des micropaiements. Une fois
résolus les problèmes particuliers à
ce mode de paiement, le développement d’un
nouveau type de financement et la conception de nouveaux
contenus seront alors possibles.
*
Les études sont disponibles sur le site MUDIA (Multimedia
in the Digital Age]
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Styles
et modèles nationaux de communication. Histoires de
médias, histoire des médias.
Peppino Ortoleva, Mediasfera, Florence - Université
de Turin
|
| Dans
mes recherches sur l'histoire des médias, je me suis
intéressé soit à quelques formes de
communication prises singulièrement (la radio, la
télévision, les télécommunications),
soit à l'évolution du cadre général
du système des médias. Il s'agit de deux perspectives
à mon avis complémentaires; mais ma thèse
est que, à l'inverse de ce qu'on pourrait penser,
c'est l'analyse de la dynamique de chaque média qui
est mieux comprise si l'on la situe dans un cadre systémique,
tandis que l'histoire des médias en tant que système
n'est pas réductible à la somme des histoires
des différents médias, mais elle comprend
aussi leurs interrelations. Dans l'histoire de chaque média,
en fait, il y a des moments de passage, souvent brusques,
qui se peuvent comprendre seulement si l'on tient en compte
les interdépendances (techniques, économiques,
culturelles) avec des autres médias: interdépendances
qui sont plus évidentes dans certaines phases historiques,
moins visibles en des autres. En termes d'histoire systémique
on peut voire les fondements d'une dynamique de cycle, avec
des moments de transformation généralisée
et d’interdépendance forte entre des médias
différents, comme à la fin du siècle
Dix-neuvième, ou du Vingtième; et des moments
de relative stabilité et d’interdépendance
plus faible, qui sont les phases de l'adoption, voire de
l'accueil social des médias tels qu'ils sont nés
ou il sont changés dans les phases de bouleversement.
La vision systémique est à mon avis particulièrement
importante pour l'histoire comparatiste, pour plusieurs
raisons.
1.
Système des médias et horizon national
Dans
les recherches d'histoire comparatiste de la contemporanéité,
les objets qu'on compare sont, en général,
les réalités nationales. Ce qui est une source
d'ambiguïté, ou peut-être de double ambiguïté:
parce que on tend souvent à supposer une correspondance
donnée entre une réalité politique-institutionnelle
(l'état dit national) et une réalité
culturelle (l'ainsi-dite identité nationale); et
parce que on a tendance à considérer la réalité
nationale comme un horizon donné, non comme un fait
historiquement relatif et changeant. Le problème
est que la nation n'est pas seulement le cadre où
les médias agissent, en nous faisant parler d'une
presse anglaise ou allemande, d'une télévision
italienne ou française. Comme l'ont démontré
les recherches des années Soixante-Dix et Quatre-Vingt
sur la "nationalisation culturelle" des pays d'Europe,
elle est aussi (et peut être encore plus) le produit
de ces médias, qui ont eu, pendant tout le cours
de l'histoire contemporaine, une fonction de relais essentiel
entre les structures institutionnelles et les identités
sociales. L'analyse de la dynamique historique des médias
nous aide à comprendre les différentes réalités
nationales, et nous aide à les expliquer; elle est
non seulement l'un des nombreux champs de l'histoire comparée,
mais l'un des moments fondateurs d'une histoire comparée
moderne. En fait, je pense que dans les deux derniers siècles
nous avons vu la formation, dans les pays de l'Europe occidentale,
de styles nationaux de communication qui sont les produits
conjoints de choix et processus politiques, de différentes
structures économiques, et aussi de choix techniques.
La formation de ces styles est d'un côté un
objet privilégié de l'histoire comparatiste
des médias, de l'autre un cadre essentiel à
toutes les autres recherches dans ce domaine.
2.
Styles nationaux et géographie de la communication
L'étude,
qui est très récent, de la géographie
des médias peut nous aider à mieux préciser
cette idée d'un style national. De l'autre côté,
une analyse de la "spatialité" des médias
peut être essentielle à développer la
vision comparatiste en dehors de l'horizon national. Si
nous regardons à l'Italie du point de vue de la presse
(en particulier de la presse périodique et du livre)
nous devrions parler d'une centralité de Milan pour
la quasi-totalité de l'histoire nationale récente.
Pour l'histoire du cinéma (à partir des années
Vingt) et de la télévision (jusqu'aux années
Quatre-Vingt) c'est Rome qui a eu une fonction de centre
propulseur. Mais pour une bonne partie de l'histoire de
l'Italie moderne, une troisième ville - Naples -
a eu une importance encore majeure pour tout ce qui concerne
le théâtre populaire et la chanson, les aspects
essentiaux de la "culture de masse" italienne
avant l'industrialisation. Si l'on considère l'importance
pour l'industrie du livre de plusieurs autres centres, de
Turin à Bologne, de Bari à Palerme, nous pouvons
parler d'un système polycentrique, ou si l'on veut
d'une division nationale du travail. La formation de ce
modèle est liée au processus de formation
de l'Etat, mais aussi à la particularité de
la structure urbaine, où il y a une grande quantité
de villes moyennes douées d'une certaine autonomie
culturelle, où la capitale était jusqu'à
l'unité une ville relativement petite, tandis que
Naples était comparable à Londres et à
Paris en termes de population. Mais ce modèle a été
fondamental pour créer une identité culturelle
des italiens au delà des différences énormes
(économiques et culturelles) entre le nord et le
sud. La fonction nationale d'un journal milanais, ou d'une
chanson napolitaine (qui pourrait être considérée
dans une réalité différente, une expression
locale) peut être comprise seulement dans ce cadre.
Cadre qui est plus semblable (en termes de structure de
système, bien sûr) à la réalité
américaine, elle-même polycentrique et basée
sur une identité nationale par aggrégation,
qu'à la réalité française où
Paris a concentré progressivement tous les médias
dans un centre unique, et où la fonction nationale
d'un journal parisien peut être considérée
"naturelle".
3.
Perspectives de recherche
Les
différentes géographies de la communication
ne sont qu'un des aspects de ce que j'ai appelé les
styles nationaux. Les chercheurs français, en particulier,
nous ont aidés à comprendre la centralité,
pour l'économie mais aussi pour la culture, des macro
systèmes techniques chers à Alain Gras. Leurs
développements, des chemins de fer à la téléphonie,
ont étés différents entre les différents
pays européens, en conséquence de choix militaires,
politiques, technologiques, des états; de l'autre
côté, la path dependency qui leur est propre
a été un facteur de continuité historique,
et a construit pour chaque pays des squelettes -de l'organisation
politique comme de la distribution des médias- qui
ont maintenant la même stabilité des barrières
naturelles; ils ont fait des différents styles nationaux
des structures physiques. Peut-on vraiment comparer l'évolution
de la radio ou du téléphone, de l'Internet
ou même de la presse (qui doit être distribuée,
pas seulement produite) sans analyser ces aspects? Dans
un essai, je crois avoir démontré, par exemple,
que l'une des raisons de la faiblesse économique
- qui est aussi une faiblesse politique - de la presse italienne
(si l'on la compare avec celle française ou allemande)
est due à l'inefficacité de la distribution
postale en Italie, qui a obligé tous les journaux
à se baser sur les recettes de vente directe et non
sur les abonnements, et a réduit fortement leur autonomie
économique. C'est seulement un facteur, un facteur
mineur peut-être (le bas niveau d'alphabétisation
est certainement plus important) mais il nous invite à
considérer les interdépendances entre les
médias, et entre médias et réseaux
de transport, comme un élément essentiel de
toute comparaison. Il est intéressant de considérer,
aussi, que les styles nationaux influencent probablement
plus l'accueil des innovations en matière de médias,
la façon dans laquelle les nouveaux médias
(ou les nouvelles utilisations) sont adoptées et
adaptées, que leur introduction initiale. La dimension
économique et normative, en fait, conditionne plus
les processus de pénétration profonde dans
la société que le premier rencontre. Une histoire
comparée du type que je propose, enfin, peut être
considérée comme un possible résultat
d'un effort conjoint de perspectives différentes
de l'étude comparatiste des médias, et en
même temps comme une ressource pour tous ceux qui
s'occupent de ce nouveau, et très séduisant,
champs de recherches.
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Espaces
médiatiques et acteurs sociaux : transversalité
et synchronicité
Michel Sénécal |
L’interdisciplinarité
qui est à l’origine même du domaine d’études
des sciences de l’information et de la communication,
oblige tôt ou tard les chercheurs à s’intéresser
de plus près à la perspective historique,
celle-ci étant en quelque sorte devenue une dimension
essentielle voire incontournable à la compréhension
approfondie des phénomènes médiatiques
et communicationnels qui unissent ou opposent les peuples,
les nations, les cultures, tantôt sur une durée
étendue, tantôt sur des segments temporels
plus circonscrits.
La
longue durée (temps long) implique d’emblée
l’articulation en nœuds, ruptures ou continuités,
de multiples segments de durée plus courte (temps
court), traversée qu’il sont par un ensemble
de valeurs, d’intérêts, de pratiques
que les acteurs sociaux en interaction mettent de l’avant
dans le développement de l’espace médiatique.
Ces tensions dynamiques entre les grands acteurs sociaux
que sont les États, les entreprises et les organisations
constitutives de la société civile, s’inscrivent
elles-mêmes dans un contexte socio-historique et géopolitique
donné, aussi bien local (micro) qu’international
(macro). Cette insertion spatio-temporelle peut être
évaluée selon l'enracinement géographique,
l’envergure ainsi que la portée des interventions
et des influences des acteurs.
Longtemps,
ces interventions et ces influences pouvaient être
circonscrites presque uniquement à l’échelle
du territoire local, puis national puisque celui-ci allait
constitué la référence géopolitique
propice à la définition des concepts d’identité
et de souveraineté chers aux États-nations.
Et il est donc compréhensible que l’histoire
comparée des médias se soit ainsi particulièrement
consacrée à des périodes relativement
courtes mais en scrutant de manière concourante et
immédiate des contextes nationaux distincts et des
objets relativement pointus, tous facilement comparables.
En ce sens, la synchronicité (temps court) de certains
phénomènes comparés pouvait être
davantage analysée que leur transversalité
(temps long). Sans compter que certains temps courts ou
longs qui font l’objet d’études sont
plus ou moins éloignés ou reliés au
présent. Cela a toutefois permis d’accumuler
un patrimoine d’études et de recherches sur
des contextes et des problématiques historiquement
très délimités et localisés,
fort utiles aux chercheurs qui voudraient se pencher cette
fois sur la transversalité de ces phénomènes
appliquée à de plus longues périodes
et à des horizons géopolitiques plus vastes.
Si
la perspective historique permet, d’une part, de suivre
la progression des mouvements d’acteurs et de leurs
actions, sur le temps court ou long, elle permet également
de saisir comment les différentes dimensions économique,
juridico-politique, technologique, éthique, culturelle,
etc., conditionnent, à des degrés divers et
selon les périodes données, les pratiques
des acteurs dans l’espace médiatique et la
société en général. Par ailleurs,
il faut certainement souligner que lorsqu’il est question
d’économie, de réglementation, de technologie,
de culture, il est en fait question de résultats
historiques, aboutissements des alliances et des confrontations
entre les acteurs sociaux dans la manière de concevoir
la démocratisation de l’espace médiatique
qu’il soit local, national ou international.
Jusqu’à
maintenant l’histoire des relations internationales
étaient particulièrement développée
dans les domaines de la géopolitique, des sciences
politiques, et quelle discipline encore, mais peut-être
à cause de l’impact actuel que la rhétorique
de la globalisation a sur la manière de voir et d’analyser
le monde, s’impose de plus en plus l’analyse
de phénomènes qui non seulement ont des résonances
dans divers contextes nationaux mais qui, de fait, les traversent
tous. Il suffit à cet égard de parler de quelques
réalités propres au mouvement de globalisation
comme la libéralisation des marchés, la déréglementation
des politiques ou la transformation de normes nationales,
la marginalisation de certaines valeurs démocratiques,
pour comprendre que, d’une côté, ce sont
les territoires historiquement constitués et, de
l’autre, les résultats historiques que sont,
entre autres, les politiques et les normes nationales, qui
sont carrément remis en question par la logique commerciale
et financière et sa prétention à réguler
le monde selon les « lois naturelles » du marché.
La
déconstruction des modèles nationaux soumis
aux diktats économiques et financiers internationaux
(OMC, GATS, OCDE, etc.) incite en quelque sorte à
scruter le passé pour comprendre la généalogie
des configurations hétérogènes et distinctives
de l’espace médiatique ainsi que la portée
des contributions paradigmatiques des acteurs sociaux à
leur constitution. Et peut-être y trouvera-t-on des
arguments critiques de cette tendance globalitaire trop
souvent présentée de manière fataliste
?
Il
est par conséquent souhaitable de développer
une compréhension globale et intégrative de
la complexité des phénomènes médiatiques,
basée à la fois sur une approche transversale,
multidimensionnelle et trans-médiatique. D’abord,
l’approche transversale tient compte de l'interaction
entre les différents niveaux de réalités
impliqués, tant sur le plan vertical, c’est-à-dire
l’imbrication des divers théâtres d’opération
(le local, le régional, le national et l'international),
que sur le plan horizontal, c’est-à-dire l’interrelation
entre les acteurs sociaux et entre leur champ spécifique
d'activités. D’autre part, l’approche
multidimensionnelle, permet de jeter un regard croisé
sur les phénomènes étudiés,
par la conjugaison des différentes dimensions qui
les composent : économique, juridico-politique, culturel,
technologique, éthique, etc.. Enfin, l’approche
trans-médiatique permet de transcender les pratiques
liées à des technologies médiatiques
spécifiques pour en dégager les logiques (ou
rationalités) respectives des acteurs dans l’appropriation
des technologies médiatiques dans leur ensemble.
Une
proposition épistémologique qui est certes
exigeante et laborieuse mais qui, dans le contexte de la
mondialisation, s’impose pour traduire la complexité
des mutations profondes des réalités historiques,
passées, présentes et futures.
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La
Posture comparatiste
Marie Thonon, Maître de Conférences, Département
Infocom. Université Paris 8 |
Comparer
(Dictionnaire historique de la langue française.
Direction Alain Rey ) est issu du latin comparare, apparier,
d’où assimiler et confronter. Il signifie
rapprocher des objets de nature différente pour
en dégager un rapport d’égalité
et examiner les rapports de ressemblance et de dissemblance
entre des personnes et des choses. De ce sens, procèdent
quelques emplois spéciaux en droit (1718), en sciences
de la nature (Cuvier 1805 Anatomie comparée) et
en littérature (comparée 1900). C’est
ainsi qu’apparait le comparatisme et ce, de manière
relativement récente dans l’histoire intellectuelle.Cette
histoire elle-même serait à interroger, alors
que, dans le contexte de la mondialisation, survient la
nécessité de comparer l’histoire des
pays, nations, souverainetés, états, systèmes,
cultures à travers des objets spécifiques,
ici, en l’occurence, les médias. Il
s’agirait donc, pour le comparatiste, d’être
l’entremetteur (au sens d’apparier, à
savoir de faire rencontrer pour assortir et marier) impossible
entre les territoires, les époques, les cultures,
d’être en situation de comparer horizontalement,
verticalement et transversalement soit dans une posture
d’équilibre épistémologique
acrobatique sans cesse au bord de la rupture.
Il nous semble que le monde actuel porte ce défi
à l’analyse historique, si tant est qu’on
s’accorde sur sa nécessité pour chercher
le sens du présent. “Pour moi, historien
des pratiques et des œuvres de l’âge
moderne, entre 16è et 18è siècles,
les catégories et méthodes pertinentes sont
celles qui permettent de comprendre la double historicité
des textes: l’historicité qui gouverne leurs
conditions et lieux de production et leur relation avec
l’objet qu’elles visent; et l’historicité,
plus fondamentale peut-être, qui leur vient des
modalités propres de leur “matérialité”,
qu’elles soient écrites, orales ou électroniques”.
(Roger Chartier. Revue MEI N° 10 L’Harmattan
1999) “Au défi de l’interdisciplinarité
se somme celui de l’interculturalité”
(Armand Mattelart MEI N° 10)
Il faudrait ici ajouter, à propos des médias,
celui de l’interhistoricité qui raccorde
les textes ou autres objets observés au contexte
global de leur inscription historique précisément.
Étre “entre”, “parmi”,
“au milieu de” voici donc la difficile position
du comparatiste de l’histoire des médias,
objets et phénomènes par nature cristallisateurs
d’échanges qu’une approche strictement
disciplinaire ou strictement nationale ne pourrait que
réduire.
Dans l’état actuel des recherches qui commencent
à être nombreuses dans ce champ, nous voudrions
proposer de relever quelques principes sur lesquels les
comparatistes pourraient s’accorder et, quelques
problématiques communes sur lesquelles ils pourraient
s’appuyer. Il nous semble que pour l’ensemble,
il faille faire confiance aux chercheurs dans leurs pratiques
et leurs confrontations.
1- Nécessité des historiens, au sens disciplinaire
du terme. Les chercheurs en sciences humaines, politiques
ou en communication ont besoin des historiens, de leurs
savoirs et de leurs méthodes pour l’histoire
des techniques, l’histoire économique, l’histoire
des professions, l’histoire des usages, des administrations,
des entreprises etc..
2- Nécessité d’approfondir l’histoire
des médias sur un plan national pour élaborer
les modèles nationaux d’inscription et de
développement des médias. “Le retour
au “génie du lieu” (local national)
s’avère nécessaire pour donner un
sens à ce processus de “globalisation”
que d’aucuns d’entre -nous présentent
comme une fatalité, devrait favoriser la rencontre
d’un couple impossible. Pour preuve, les recherches
sur la spécificité “ethnique”
des “genres” ou des “modèles”
télévisuels sur un marché dit global“.
(Mattelart MEI N° 10)
3-
Nécessité de l’attention aux échanges,
dispositifs, moyens et équipements de communication
et de commerce des objets, des idées et des personnes
au plan international. Retrouver et rassembler les savoirs
en la matière qui sont abondants mais dispersés
ou oubliés, permettrait de fabriquer un socle de
fondation solide à l’histoire internationale
croisant celle des grands continents de référence.
Les recherches généalogiques que nous avions
menées sur les équipements de communication
en France, procédant là à un croisement
entre les divers équipements (postes, routes, chemins
de fer, télégraphe, téléphone,
phonographe, photographie, cinématographe etc..)
sur une problématique commune nous avaient permis
de retenir plusieurs axes de réflexion.
-L’étude
de la configuration institutionnelle avait mis en évidence
le rôle prépondérant joué par
les Grands Corps Techniques et cerné leurs rapports
avec les forces politiques nationales ou locales -spécificité
franco-française si puissante et si peu perceptible-
(Routes et chemin de fer).
-
L’étude de la configuration spatiale des
équipements avait permis d’expliciter certains
choix de développement en matière d’infrastructures
de communication (Télégraphe, téléphone).
-
L’étude de la configuration socio-culturelle
qui a servi de filtre à l’émergence
de techniques à large diffusion s’est avérée
utile pour appréhender certains thèmes moteurs
de la diffusion. (Phonographe, photographie, cinéma).
-
L’étude des divers objets et supports de
la communication a permis de mettre en relief la progressive
dématérialisation du corps à leur
profit et ainsi, permis de poser les lourdes questions
de leur humanisation et de la virtualisation des relations
et des identités. Ceci
est un exemple de recherche au plan national (la France)
où le comparatisme s’effectuait entre les
équipements eux-mêmes et les approches disciplinaires
convoquées.La recherche a permis ainsi de rencontrer
l’international à partir d’autres bases
que celles, par exemple, du progrès et donc du
retard technologique qui en est le pendant. Elle a permis
encore de comprendre les effets des dispositifs et interventions
strictement internationaux sur le territoire national,
que ce soit sur le plan du politique, du droit, de l’économie
ou de la communication en comparant plusieurs modèles
nationaux européens.
A
ce point, il nous importe de savoir comment l’hétérogénéité
des territoires et des cultures a pu, depuis déjà
un siècle, composer avec l’homogénéisation
internationale des formes et des contenus. Encore une
fois, l’entremetteur comparatiste peut jouer son
rôle entre l’histoire internationale et l’histoire
nationale.
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Entre
l’Etat et le marché : l’analyse comparée
des médias en France et en Angleterre
Jean Chalaby, City University |
La
recherche comparée présente quatre types
de difficultés. Il y a premièrement les
difficultés d’ordre matériel, notamment
la disponibilité des archives, les coûts
associés au déplacement, les problèmes
de langue et de traduction. Ces difficultés sont
telles qu’elles pèsent souvent un poids déterminant
sur le champ de la comparaison, sur le choix des objets
comparés.
Le
deuxième type de difficulté est d’ordre
méthodologique. Ce type de difficulté est
particulièrement aigu lors de l’analyse quantitative.
Souvent, les statistiques ne recouvrent pas les mêmes
périodes ou les mêmes statistiques ne recouvrent
pas les mêmes objets. Par exemple, la comparaison
des prix, des salaires, etc. est souvent difficile. Les
rapports publiés par les agences internationales
facilitent l’analyse des données au niveau
international, mais ces rapports ne couvrent que les dernières
décennies.
Troisièmement,
la recherche comparée offre des problèmes
d’ordre théorique. La pluspart des concepts
couramment utilisés en sciences sociales ont une
origine et connotation culturelles. Ainsi, en utilisant
ces concepts hors du cadre national dans lequel ils ont
été façonnés, on exporte par
la même occasion une manière de voir propre
à une culture. Les risques d’impérialisme
culturel sont élevés et les difficultés
théoriques de l’analyse comparée sont
un peu les mêmes que ceux de l’ethnologie.
Une
deuxième difficulté, sous-jacente à
ce problème, est le «nationalisme méthodologique»,
selon l’expression d’Anthony D. Smith. Il
entend par là que la pluspart des concepts présupposent
l’état-nation comme forme autonome et séparée
des autres état-nations. Ainsi, les concepts ne
sont pas naturellement adaptés à la recherche
effectuée dans un cadre international et peuvent
nécessiter un travail de désenclavement.
.
Quatrièmement,
l’histoire comparée présente des difficultés
d’ordre culturel. L’histoire comparée
impose des choix au chercheur, qui n’a jamais un
rapport égal à deux cultures. Il y a toujours
une culture dont il ou elle se sent plus proche et une
culture qu’il connaît mieux que l’autre.
On peut même parfois parler d’une «
culture de départ », ou la culture d’origine
du chercheur, et la « culture d’arrivée
», la culture étrangère à laquelle
il ou elle s’intéresse. Ainsi, non seulement
le rapport aux deux cultures n’est jamais identique,
mais ce rapport peut facilement influencer les termes
de la comparaison. Par exemple, le rapport à la
culture d’arrivée est particulièrement
manifest parmi les chercheurs anglo-saxons qui publient
sur la société contemporaine française.
Beaucoup d’entre eux sont francophiles, ce qui teinte
quelque peu leurs travaux.
Ce
type de difficulté apparaît également
dans la recherche comparée entre la France et l’Angleterre.
Le couple France-Angleterre est un couple privilégié
de la recherche comparative. Ces deux pays ont été
longuement comparés par Marc Bloch et François
Crouzet. Mes propres recherches sur l’histoire comparée
des médias se sont concentrées sur ces deux
pays. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles la comparaison
historique de ces deux pays est fascinante. Premièrement,
pour des raisons de géographie, de taille et d’histoire,
ces deux pays sont comparables.
Deuxièmement,
ces deux pays représentent deux chemins différents
à travers la modernité. L’économie
de marché, la concurrence, le commerce international,
bref, toutes choses associées au capitalisme, se
sont manifestés avec force en Angleterre depuis
bientôt quatre siècles. En France, depuis
Richelieu et Louis XIII, on assite plutôt à
l’émergence de l’Etat comme principe
organisateur de l’économie et dela société.
Ainsi, comparer ces deux pays, c’est comparer les
effets sur la société, l’économie
et la culture des deux grands piliers de la modernité.
C’est une vision quelque peu essentialiste de l’histoire,
(bien ententu l’économie de marché
n’est pas abstente de la France, et l’Etat
n’est pas absent de l’Angleterre), mais elle
explique bien des différences dans les développements
politiques et économiques de ces deux pays, comme
l’a montré François Crouzet. Quoiqu’il
en soit, l’influence réciproque de l’Etat
et l’économie de marché resort d’une
manière très clair à travers l’histoire
des médias et de la presse et du journalisme dans
ces deux pays. (Je vous renvoie ici à mes publications,
notamment « Journalism as an Anglo-American Invention
», publié en 1996 dans le European Journal
of Communication. Il existe une version française
récemment publiée dans le Journal suisse
de sociologie, 2001, vol. 27(2). J’ai également
publié un article sur le rôle des patrons
de presse en France, en Angleterre et aux Etats-Unis dans
Media, Culture & Society, en 1997, intitulé
« Press barons as a Weberian ideal-type ».)
Les exemples de l’influence contrastée de
l’Etat et de l’économie de marché
sur la presse et les médias sont multiples.
L’Etat
français offre de larges subventions à la
presse; la concurrence est féroce entre journaux
anglais; les revenus publicitaires des journaux anglais
sont plus élevés que ceux des journaux français,
les patrons de presse anglais ont joué un rôle
prépondérant dans le développement
de la presse et du journalisme anglais, un rôle
que n’ont pas voulu, ou pas pu, jouer, les propriétaires
de presse français, à quelques exceptions
près. Marc Bloch a noté que le lord anglais
cultivait lui-même sa terre, alors que le noble
français délèguait ses responsabilités
et passait son temps à la cours du roi. Le même
rapport à la terre se retrouve dans les rapports
aux journaux des propriétaires de presse français
et anglais. Dans la deuxième moitié du 19e
siècle, alors que beaucoup de propriétaires
de presse anglais travaillaient de longues heures dans
les salles de rédaction et s’acharnaient
à améliorer leurs journaux (Northcliffe,
Rothermere), les propriétaires de presse français
avaient tendance à traîter leurs journaux
comme des dépenses d’ordre somptuaire. Ainsi,
un rapport capitaliste d’un côté et
de l’autre un rapport plutôt social et politique.
Pour
résumer mes travaux, les conditions économiques
(et également sociales et politiques) étaient
réunies en Angleterre (et aux Etats-Unis) pour
l’émergence d’une nouvelle formation
discursive, le journalisme. En fait, le journalisme suit
la révolution industrielle.
L’émergence
du champ journalistique (Pierre Bourdieu) en Angleterre
vers la fin du 19e tient beaucoup aux conditions économiques
et politiques qui prévalent en Angleterre durant
cette période et qui sont très différentes
de celles qui prévalent en France
Ainsi, comparer la France et l’Angleterre, en tout
cas au 18e, 19e et 20e siècle, c’est poser
la question du rôle que l’Etat et l’économie
de marché ont joués dans le développement
de ces deux sociétés. Il est impossible
d’esquiver la question. Libre au chercheur de révéler
ses préférences. François Crouzet
a choisi, intitulant le livre qui rassemble ses travaux:
De la supériorité de l’Angleterre
sur la France.
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Presse
allemande et presse française. Coups de projecteurs
sur quatre siècles d’histoire
Ursula E. Koch |
| Ayant
enseigné, en tant que germaniste, l’histoire
de la presse allemande à l’Université
de Paris-X-Nanterre et ensuite, dans ma fonction d’enseignant-chercheur
à l’Université de Munich, l’histoire
des médias en France, c’est l’approche
comparatiste qui m’a de plus en plus passionnée.
J’ai
orienté mes recherches comparatistes dans deux directions:
>
Des études portant sur une période courte
et un sujet bien circonscrit, par ex. la presse parisienne
et la presse berlinoise (tous types de médias réunis)
à l’époque de la révolution de
1848/49.
>
Des études prolongées dans le temps, mais
se limitant à un seul type de média, en l‘occurence
la presse illustrée satirique ou: le dessin politico-satirique
de presse. La dernière étude en date a donné
lieu à une exposition „Interréseaux“
(Institut Goethe/Instituts français), exposition
qui, depuis cinq ans, fait le tour de nos deux pays. Son
titre: Marianne et Germania dans la caricature (1550-1999).
Passons
de ces quelques considérations particulières
aux observations et réflexions générales
:
Depuis
quelques années, en Allemagne comme en France, les
études qui comparent les médias contemporains
sur un plan franco-allemand, européen ou international
(colloques, enquêtes collectives, travaux individuels)
se multiplient. En revanche, l‘ histoire comparatiste
des médias (disons jusqu’en 1944/45) fait toujours
figure de parent pauvre, même dans certains Centres
de recherches sur l’histoire comparée européenne
(par exemple à l’Universite libre de Berlin).
Ceci est d’autant plus regrettable, qu’on ne
saurait comprendre „la culture médiatique“
d’un pays donné sans se référer
à son passé.
Et
voici, quelques minutes, quelques „coups de projecteurs“
sur l’histoire de la presse allemande et française.
En tout premier lieu, j’insisterai sur deux données
de base qui, à mon sens, expliquent le fait que –
jusqu’à nos jours – les différences
prévalent sur les similitudes. Rappelons que le Saint-Empire,
au début du XVIIe siècle le berceau de la
presse périodique, est caractérisé
par un inimaginable morcellement politique et d’un
clivage confessionnel. La France – elle – était
depuis Louis XIV un royaume uni et, depuis 1789, une nation
indivisible. Sa capitale, Paris, definie jadis par Goethe
„capitale du monde“, est en ce début
du XXI | | |