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3ème Atelier doctoral de la SPHM, 17 septembre 2005

 

 

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Alexandre Borrell (univ. d’Orléans), "A la recherche du « problème des banlieues » dans les bases documentaires de l’Inathèque de France"

Thèse en cours sous la direction du Professeur Jean Garrigues (université d’Orléans) : le journal télévisé de 20 heures et la construction d’une question de société : le « problème des banlieues », des années soixante à 2002.

Chacun possède une vision personnelle de la « question des banlieues », nourrie de son expérience propre et de représentations médiatiques (images, événements, lieux…). Pour autant, il est difficile d’en donner une définition précise, à tel point que les vocables pour la désigner se bousculent : « « quartiers/banlieues sensibles », « quartiers difficiles », « cités », « grands ensembles »… et qu’on peine à trouver les critères urbains ou sociaux qui permettraient de dessiner les contours précis du « problème des banlieues ». Travaillant à une histoire des représentations, on entend étudier ce qu’en dit et en montre le média étudié, en l’occurrence le journal de 20h des deux premières chaînes hertziennes de télévision.

Afin de mieux analyser les évolutions des représentations à l’œuvre on a évité le travail par sondage pour privilégier l’étude intégrale sur un temps long. Cependant, il est matériellement impossible de visionner l’ensemble des journaux télévisés. L’Inathèque de France met à disposition des chercheurs l’interface hyperbase pour interroger les deux bases documentaires d’archives de la télévision qu’elle offre à la consultation. Il a donc fallu mettre au point une méthode permettant de trouver dans ces deux bases les reportages relevant de notre objet de recherche et ainsi réunir un corpus cohérent et fidèle à la production d’information. C’est cette recherche qu’on présente ici.

La recherche dans ces bases est étroitement liée aux objectifs qu’on leur assigne et à leurs modes de production. Il a donc d’abord fallu, par apprentissage progressif, discussion avec les documentalistes et lecture de la littérature grise disponible, comprendre les modes d’élaboration de cet outil de recherche. La base « archives », d’abord à visée professionnelle, rassemble plusieurs fonds constitués à la RTF-ORTF puis à l’INA pour permettre de retrouver des images d’archives en vue de leur réutilisation. Pour cette raison, les notices comportent avant tout des notations d’ordre visuel (description de plans, d’objets et de lieux visibles) qui portent d’abord sur des émissions d’actualité. On passe de fiches manuelles à un système semi-informatisé à partir de 1975, et à une base de données en tant que telle à partir de 1985, avec une indexation par mots clés beaucoup plus développée. L’INA reçoit en 1992 la mission d’assurer la création, la conservation et la consultation des programmes relevant du dépôt légal de la radio-télévision. Pour ces raisons, une nouvelle base, dite « base dépôt légal », est mise en œuvre à partir du 1er janvier 1995. Les documentalistes de l’INA renseignent donc une nouvelle base, qui s’attache plus au contenu même des reportages et propose l’indexation de plus en plus détaillée d’une édition par chaîne et par jour (le JT de 20h pour TF1 et France 2).

Une première étape a consisté à utiliser les descripteurs, mots clés mis en œuvre par les documentalistes pour indexer les documents. Les premières recherches, intuitives, ont permis d’établir une liste de descripteurs (« banlieue(s) », « grand(s) ensemble(s) »…). Mais les résultats étaient lacunaires, notamment parce que tous les reportages de la base « archive » ne s’étaient pas vu attribuer de descripteurs et que la nature floue et évolutive de notre objet de recherche empêchait l’usage systématique des mêmes mots clés. On a donc élargi la recherche à d’autres champs renseignés dans les deux bases, à savoir les titres donnés aux reportages par les rédactions et les résumés de la main des documentalistes, en privilégiant les mots décrivant les éléments visuels (« HLM », « tour »…). Un premier tri de pertinence, pour évacuer le bruit lié à la polysémie de certains termes utilisés, a retenu environ 2800 reportages des 9000 obtenus par cette recherche.

Mais certains documents, trouvés par d’autres voix, n’apparaissaient pas dans ces résultats. On a donc convenu d’exploiter ceux-ci pour établir la liste des communes qui y étaient évoquées au moins à deux reprises, la localisation communale étant l’un des éléments les mieux renseignés dans les deux bases. 207 des 335 communes évoquées étaient concernées, pour lesquelles on a cherché tous les reportages les évoquant. La comparaison des résultats obtenus pour chaque commune, de sa taille et de sa situation spatiale (ville centre/périphérique/de la banlieue parisienne) a permis d’établir une typologie sur laquelle on s’est basé pour finalement retenir tous les reportages pour les villes de banlieue – qu’il s’agisse de villes de banlieue “typiques” (Sartrouville) ou qu’on les évoque aussi sous d’autres angles (Montreuil) – et seulement les reportages pertinents pour les grandes villes, soit au total 7800 occurrences.

Le déplacement de la borne chronologique ultime de notre étude d’une date arbitraire (31 décembre 1999), liée au moment où le sujet avait été délimité, à une date plus pertinente (fin de l’été 2002, pour inclure les mois précédant la campagne présidentielle de 2002 et ceux qui ont suivi l’élection), a gonflé encore de 800 reportages notre base de données, la portant à 8600 documents.

Il est évidemment impossible de raisonner en volumes généraux et de faire des statistiques globales sur un corpus qui rassemble des reportages de types divers (de la brève sans image au long reportage), sur des thèmes et des modes narratifs variés (du compte-rendu de fait divers à l’enquête à visée sociologique sur tel élément de la question). D’autant que les bases interrogeables à l’Inathèque ont leurs propres limites : validité relative de l’indexation et des résumés proposés, augmentation de la quantité d’éléments du JT indexés, lacunes dans les bases de données (qu’il s’agisse de l’absence de résumé et/ou de descripteurs ou de l’absence pure et simple de fiches, notamment pour le 20h de la 2e chaîne pendant ses trois premières années d’existence). De fait, le corpus rassemblé n’est pas le reflet exact des discours produits dans les JT sur les « banlieues ».

Pour autant, les fiches documentaires des bases « archive » et « dépôt légal » nous semblent être de précieuses sources secondaires, en particulier devant l’impossibilité matérielle de visionner certains reportages. Il est certes impossible de dater ces documents (la base est complétée régulièrement, et donc en réécriture permanente) et d’en connaître les auteurs. Mais une bonne connaissance de leurs modes de productions et de leurs rôles et la conscience de leurs lacunes doivent permettre de les considérer pour eux-mêmes, comme des documents de seconde main précieux à l’étude des contenus de la télévision.

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Elvina Fesneau (univ. Paris 1), "Le marché du poste récepteur radio à transistors en France de 1948 à la fin des années soixante"

Département d’Histoire Economique, Université de la Sorbonne, Paris 1 sous la direction de Jacques Marseille

Les recherches et les études portant sur la radiodiffusion sont nombreuses. Néanmoins, aucune étude ne s’est penchée sur l’objet en tant que tel : le poste à transistors. J’entends par poste à transistors, tout poste de radio équipé uniquement du composant transistor. Celui-ci révolutionne l’électronique du vingtième siècle et par-là même bouleverse le mode d’écoute de la radio. Grâce à sa miniaturisation, le poste à transistors présente un avantage comparatif considérable: il fonctionne très longtemps avec le même jeu de piles, sans avoir besoin d’électricité, tandis que les récepteurs à lampe, lourds et volumineux, consomment beaucoup d’énergie.

Il convient maintenant de définir précisément la notion de « marché ». Celui-ci caractérise le lieu de rencontre entre l’offre et la demande pour un produit particulier, sur une zone géographique bien déterminée. J’étudie l’implication du développement du poste à transistors, entendu comme une photographie reflétant la demande des consommateurs et l’offre des entreprises. Pour étudier sa configuration, j’analyse l’implantation du poste à transistors à travers les liens qui unissent les différents protagonistes, à savoir les consommateurs (qui achètent les transistors, qui sont ils ? les catégories sociaux professionnels ?), les entreprises productrices (qui produit ces postes ?) et ceux qui pèsent d’une façon ou d’une autre dans cette relation, les publicitaires, les émetteurs (responsable des programmes et des stations), les récepteurs (le public, les « chers auditeurs »). Au delà de la dimension économique, ma recherche s’intéresse également à la dimension sociologique d’une telle révolution technologique. Il s’agit d’étudier l’influence de l’outil de réception sur l’évolution du contenu des émissions de radio, mais aussi les conséquences sur l’audience, sur les conditions d’écoute des émissions, ou lors de la guerre d’Algérie ou de Mai 68. C’est une dimension non négligeable même si elle ne constitue pas le coeur de mon sujet.

Une question centrale semble devoir être privilégiée par rapport à cet objet. Il s’agit en fait d’essayer de comprendre comment le poste à transistors a su créer un marché et surtout de s’interroger sur la façon dont s’est passée un tel développement.

On peut se poser la question : quelles sont les connaissances qu’une étude sur le transistor peut nous apporter au-delà de son thème monographique ? L’histoire du poste à transistors est un bon témoin des transformations dans ses fondements matériels et ses formes culturelles. Elle permet d’actualiser l’interrogation sur les modes de vie, le monde des objets et la façon de construire un dialogue entre le monde de la production et celui de la consommation. De quelle manière le poste à transistors a constitué un marché en France ? D’une façon plus générale, comment le transistor est devenu un objet de consommation, et de façon corollaire quelle offre s’est constituée sur le marché ?

Le champ de cette étude s’applique, dans un plan chronologique, à rendre compte de l’évolution rapide du poste à transistors à travers les trente glorieuses. Année de la conception du composant transistor, 1948 m’est apparue comme un moment favorable pour situer mon sujet. De plus, cette année permet de donner un certain regard sur le marché des récepteurs radio depuis la Libération à l’heure de la réorganisation de la RTF. Cela permet de prendre une première mesure de l’offre et de la demande ; en bref, du marché sur lequel le transistor va chercher à s’installer. A la fin des années 60, la production est industrielle ; «le parc des récepteurs radio est évalué à environ 20 500 000 appareils, dont 66% à transistors, 23% de postes secteur et 11% d’auto-radios » alors que les ménages se suréquipent.

Les sources écrites ont constitué le cœur de l’ensemble documentaire sur lequel je me suis appuyée pour mener à bien cette étude. J’ai exploré plusieurs sources et fonds d’archives afin de cerner l’étendue de la demande. En premier lieu, l’Institut National des Statistiques et des Etudes Economiques m’a apporté des indications sur l’équipement des ménages. Trois types de sources sont venus renforcer les informations liées à l’équipement. L’UNESCO m’a renseigné sur l’équipement radiophonique mondial, les archives de Radio France possèdent un fond remarquable avec des coupures de presse concernant l’économie de la radio et enfin les archives Nationales de Fontainebleau m’ont donné des indications utiles en dépouillant le fond ORTF et les archives du premier ministre comprenant des informations relatives au commissariat général au plan.

En dehors de ces quatre sources d’archives qui m’ont permis de cerner les grandes lignes de l’évolution de la consommation des ménages, j’ai eu accès à d’autres fonds qui m’ont permis d’appréhender la dimension de l’offre. Les études du Crédit Lyonnais donnent un regard sur la santé économique des entreprises sur le marché et sur l’évolution de l’électronique. Les archives économiques et financières permettent d’obtenir une vue d’ensemble sur l’industrie radioélectrique et électronique.

Enfin, j’exploite actuellement le fonds d’archives d’André Danzin. Celui-ci est chargé de la question des semi-conducteurs en 1951 à la Compagnie Général Sans Fils.
Jusqu’en 1956, cette période correspond à l’aboutissement d’une tentative industrielle de grande ampleur autour des transistors et des postes de radiodiffusion à transistors. Sur le cas de la CSF, il est possible de déployer une analyse sur l’industrialisation d’un composant à son produit fini : du transistor au poste portatif radio à transistors : le Solistor.

La première partie s’interrogera sur l’équipement radiophonique avant l’émergence des postes à transistors. Elle s’emploiera à comprendre le lancement du « poste à transistors », à analyser la constitution sociale de l’objet avant qu’il ne construise son marché. Le poste de radio est un équipement déjà ancien dans les foyers : en 1954, 7 ménages sur 10 sont équipés d’un appareil de radio tandis qu’un ménage sur 100 seulement possède un téléviseur. On constate à cet égard que l’industrie de la radio est un marché de renouvellement : la plupart des ménages qui ont un poste radio, près de 9 ménages sur 10, en sont encore à leur premier appareil. Il faut attendre 1956 pour que le « Solistor » de Clarville, premier récepteur français à transistor, soit présenté au Salon de la radio et de la télévision mais sa pénétration sur le marché est très laborieuse.

Dans un deuxième temps, le poste à transistors se démocratise. Jusqu’au début des années 60, l’écoute à domicile avait limité la pratique radiophonique au cercle familial, la vulgarisation des postes à transistors l’affranchit de ces contraintes et l’individualise. On assiste à partir de 1960, à une forte croissance du multi-équipement : en dix ans, on passe de deux à quatre poste de radio, chacun vaque à ses occupations ou s’isole en écoutant sa propre radio. En 1962, les transistors ont représenté 92% de la production totale des postes de radio.

Enfin, au début des années soixante dix, l’équipement multiple a triplé en France: « en 1971, 37,6% des foyers équipés en radio possèdent au moins deux appareils pour un parc global constitué à 66% de transistors ». La radio est le principal appareil électro-domestique des ménages. Le transistor est à ce point entré dans les mœurs modernes que beaucoup de foyers ne se contentent plus d’un seul récepteur.

Ce développement renvoie au contexte même de la radiophonie d’après guerre, nourrit l’analyse et promet, je l’espère, des réflexions abondantes et nouvelles sur un volet assez méconnu de l’histoire économique.

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Camille Picard (univ. Paris 1), "L'analyse d'objets visuels, sonores et audiovisuels : les campagnes sociales en faveur de la sécurité routière, 1952-2000"

Thèse sous la direction de Myriam Tsikounas à l’Université Paris I, ISOR-CREDHESS

Cette recherche prend pour objet la communication publicitaire en faveur de la sécurité routière. Il s’agit tout d’abord de considérer ces messages à but éducatif et/ou préventifs, émanant des différents acteurs nationaux (État et associations ), sur un temps long : des premières campagnes d’envergure nationales (1952) à la reconnaissance de la sécurité routière comme « Grande Cause nationale » (2000). La période envisagée, couvrant un demi-siècle, permet à la fois de mener une analyse fine des messages et de saisir les évolutions de forme et de contenu. Ces publicités diffusées sur les différents médias (télévision, radio, presse et affichage) seront ainsi la clef de lecture des imaginaires sociaux qu’elles transmettent et/ou cherchent à véhiculer ainsi que des engagements politiques et de leurs modalités.
L’axe central de la recherche vise à débusquer dans les campagnes les représentations de l’insécurité et de la sécurité routières elles-mêmes. Cela suppose donc de travailler sur les horizons d’attentes, les sensibilités, les stéréotypes. Différents thèmes seront observés à la fois de manière diachronique et synchronique. En considérant le corpus comme un tout, on pourra en faire ressortir les stabilités et les clichés. Une analyse en chronologie permettra de saisir les évolutions du discours et des représentations. On cherchera en particulier à décrypter les modèles de conduite mis en avant. Il faudra donc s’attacher aux images et discours sur le danger, l’accident, identifier les causes de l’insécurité et solutions proposées.
L’autre pan de la recherche repose sur la communication sociale. Les publicités sont analysées afin de faire ressortir non seulement ce qui est dit et montré mais la manière dont le message est construit, les différentes techniques mises en œuvre pour resserrer l'attention des destinataires. Les annonces et signatures des publicités permettent d’aborder la façon dont les émetteurs des messages s’envisagent et comment ils se placent les uns par rapports aux autres. Vient ensuite le rapport qu’il entretient avec le public visé : paternel, autoritaire, pédagogique, amical, etc.
Il s’agit également d’observer l’utilisation des médias afin de comprendre les stratégies adoptées, les complémentarités, les similitudes ou discordances des discours selon le support (affichage, presse, radio, télévision et cinéma).
L’étude se propose également d’explorer des questions plus difficiles à saisir, celles de la création, de la diffusion et de la réception. Tout d’abord, les auteurs (agence, réalisateur, dessinateur, photographe…) et des acteurs à l’œuvre doivent être examinés en détail. En effet, dans divers cas tout au long de la période, les auteurs des campagnes en faveur de la sécurité routière travaillent aussi pour le secteur des transports, et les comédiens jouent ou doublent des personnages de fiction « fous du volant ». Il s’agit ensuite de reconstituer et d’étudier la manière dont le message parvient aux spectateurs, en particulier pour les spots télévisés et radiodiffusés. Pour ce faire, il faut s’intéresser à l’insertion des publicités (heure de programmation ou au positionnement du support pour la presse), à place dans l’écran publicitaire, au contexte de diffusion.
À ces éléments concourrant à orienter la réception des spectateurs s’ajoutent les évaluations des campagnes. L’efficacité est mesurée, de la même manière que des publicités commerciales, par des pré-tests, post-tests et bilans. Ces sources permettent, d’une part, de mesurer la visibilité de la campagne de manière quantitative. D’autre part, des sondages qualitatifs rendent compte, plus ou moins brièvement, d’impressions et avis de spectateurs et constituent le seul moyen d’accéder à la voix du public sur toute la période envisagée.
S’il s’agit, en premier lieu, d’analyser les représentations de manière à contribuer à l’histoire de la prise en charge d’un enjeu de santé publique, les campagnes sociales en faveur de la sécurité routière seront nécessairement recadrées au sein d’une perspective politique.
De plus, il faut envisager plus globalement cette communication sociale dans le phénomène publicitaire. Cette communication sur le risque routier doit être mise en relation avec d’autres thèmes de prévention, comme l’alcool ou le SIDA afin de dégager ce qui serait propre à l’écriture publicitaire des questions de santé et sécurité publiques. Plus largement, la question est de savoir si les publicités en faveur de la sécurité routière, et plus généralement les campagnes sociales, se différencient, si oui comment, des publicités commerciales ? De manière formelle ainsi qu’au niveau du contenu par exemple avec publicités des constructeurs automobiles, messages que l’on peut supposer concurrents, ou celles des assurances : il s’agit ainsi d’explorer les interrelations entre les sphères économiques et sociales du discours publicitaire portant sur le risque routier.

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Emilie Roche (Université Lyon 2), "Étude des discours de presse écrite française sur les violences et les tortures pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962."

Thèse sous la direction de Jean-François TETU, Université Lyon 2, Médias-identités.

L’objectif de cette recherche est de comprendre quelles représentations politiques, sociales et culturelles ont été mobilisées par les médias autour des actes de violence et de torture perpétrés pendant la guerre d’Algérie.
L’élément primordial qui a conduit ce travail est l’immanence de la violence, à la fois physique, politique et symbolique ; aussi bien sur le terrain des affrontements que dans la bataille institutionnelle qui se joue dans les années cinquante et que dans les réactions engendrées par la seule idée de l’accès à l’indépendance de l’Algérie.
Il nous semble qu’il y a en effet des enjeux forts derrière la question des médias et de leur traitement de la violence en temps de guerre. Le discours médiatique est porteur d’enjeux et de symboles très importants dans l’espace public. Pour les journaux, se pose alors la question de comment traiter et rendre compte d’une violence quotidienne sur le terrain des affrontements, comment dénoncer ou ne pas dénoncer la torture, comment traiter la question du fait colonial et quelle posture idéologique adopter face au colonialisme et aux revendications d’indépendance du FLN ? Comment représenter la réalité de la société en Algérie ? Comment enfin rendre compte du discours et de l’action de l’Etat, de l’armée durant ces « événements » ?
La violence de l’Etat en démocratie, telle qu’elle est définie par le droit, est en tension avec les mesures d’exceptions appliquées durant toute la guerre d’Algérie. L’Etat étant responsable des violences physiques, il s’expose, si celles-ci sont révélées, à une contestation forte au sein de la société civile. Ces contestations affaiblissent l’Etat ; qui a donc intérêt à dissimuler la réalité des violences et à faire taire les contestataires. Pour cela, il prend entre autres des mesures de censure par rapport à la presse et aux publications. Dès lors, peut s’installer un silence autour des questions de la violence et des tortures
Les médias, pour leur part, participent à la cohésion du lien social, ils sont “ L’un des lieux essentiels où le pouvoir social concrétise, par la parole, par le symbole, sa propre définition du social, qu’il l’explicite : par leur intermédiaire, la connaissance que la société se donne d’elle-même lui est retournée, la représentation lui revient et devient partie de sa réalité, elle contribue à la transformer. ” Les journaux français des années cinquante hésitent à remettre en cause l’autorité de l’Etat. S’ils le font la gestion de l’opinion publique peut devenir plus délicate pour l’Etat fragilisé. Les médias intègrent donc plus ou moins cette contrainte dans leur discours et il est intéressant d’observer sur quelles bases idéologiques et référentielles ils s’autocensurent ou pas.
L’enjeu de ce sujet se situe donc pleinement dans une triple relation presse écrite, Etat et société civile.

Le corpus est constitué de trois quotidiens nationaux, Le Monde, Le Figaro, L’Humanité et de deux hebdomadaires, L’Express et France Observateur.
Les trois quotidiens permettent de mener une analyse complète sur le déroulement de la guerre d’Algérie. Cette guerre ayant duré huit ans, il semble indispensable de pouvoir saisir dans l’analyse, à la fois un temps court, celui de l’événement au jour le jour, mais aussi un temps long, celui de l’enlisement de ce conflit, des changements politiques qu’il a entraînés, des luttes idéologiques qu’il a suscitées. A travers Le Monde, L’Humanité et Le Figaro, il s’agit d’une presse intellectuelle et d’opinion et d’un spectre représentatif d’une opinion française « éclairée » de ces années cinquante et soixante.
Les deux hebdomadaires ont été choisis car leur temporalité est différente du journal quotidien, on trouve donc des articles plus longs qui tentent de revenir de façon plus distancée sur les événements, c’est une autre mise en récit de l’événement. Il s’agit ici de deux hebdomadaires sélectionnés pour le rôle qu’ils ont joué dans le traitement et la dénonciation de la torture tout au long de la guerre d’Algérie. Ils témoignent d’une opinion engagée contre la guerre d’Algérie, contre la décolonisation, ils incarnent le mouvement tiers-mondiste qui émerge dans ce contexte de décolonisation et de guerre froide propre aux années cinquante.
Les journalistes de L’Express et France Observateur refusent le journalisme de parti mais pas celui des idées, fondé sur la vérité de l’information. L’étude de ces deux hebdomadaires plongés dans la guerre d’Algérie permet d’appréhender la façon dont ils se sont engagés, au nom de quoi, et ce que cela nous apprend sur les mentalités, les représentations les prismes, les paradigmes de pensées de l’époque.
Le choix de ce corpus permet donc de rendre sensible un spectre assez large des représentations françaises intellectuelles mobilisées quant à cette guerre d’Algérie et les actes de violence dont elle est accompagnée.
Enfin, l’objectif de ce travail se situe dans une perspective comparatiste des représentations construites par l’ensemble des journaux.

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