| Lorsqu'un
historien se propose d'axer ses recherches sur un matériau
comme le dessin de presse, il doit faire face des obstacles
qui sont de deux ordres. Le premier concerne la nature de
l'objet étudié _ nombreux sont ceux qui rechignent
à considérer ces images comme des sources
autonomes et pour qui, hors du texte, point de salut, enfin,
le second obstacle concerne davantage l'imprécision
du statut professionnel dans lequel évolue le dessinateur
de presse à l'heure actuelle. Enfin, en ce qui concerne
les thèmes abordés par mon sujet, l'opprobre
qui frappe certaines questions comme, par exemple la sexualité
et la pornographie, décourage les études.
Il existe cependant des différences d'un pays à
l'autre quant à la place de ces questions en tant
que thème digne d'attention, d'où l'intérêt
d'une étude qui ne se cantonne pas à un contexte
franco-français.
Ainsi, d'une manière générale, dans
les pays anglo-saxons, le thème de la pornographie,
pour rester sur notre exemple, reste l'objet de toute réflexion
sur la différence sexuelle par les intellectuelles
féministes, voire des philosophes, comme Bernard
Williams ou Ronald Dworkin, n'hésitant pas à
s'engager sur cette question. (Le premier a présidé
une commission gouvernementale chargée de faire la
lumière sur l'état de la législation
relative à l'obscénité et la censure
cinématographique au Royaume Uni. Le second a défendu
publiquement un point de vue plutôt tolérant
à l'égard de la pornographie)
Pourtant la pornographie s'est récemment vue octroyer
en France l'honneur de devenir un véritable "
problème de société ", au même
titre que la sécurité routière, les
handicapés ou le chômage. A l'instar de ce
qui s'est produit il y a 20 ans outre-Manche avec Bernard
Williams, c'est à un membre de la communauté
des philosophes, Blandine Kriegel, qu'a été
confiée la présidence d'une commission gouvernementale
censée évaluer les effets des programmes télévisés
" à caractère violent ou pornographique
" .
Si des débats comme celui-ci nous permettent de rendre
bien compte du climat moral d'une société,
ils fournissent surtout de bons motifs pour les dessinateurs
de presse. Notre but sera d'évaluer, d'un point de
vue quantitatif, la place et la part de ces thèmes
dans la production globale.
Ces
limites thématiques et géographiques étant
posées, il parait possible de dégager une
problématique susceptible d'intéresser aussi
bien l'historien des médias que celui des mentalités.
Comment les dessins de presse peuvent-ils nous conduire
à des constats relativement fins et précis
concernant l'évolution des normes de représentations
et comment enregistrent-ils l'évolution de normes
sociales et morales, indiquer des peurs, des obsessions
cachées, des seuils de sensibilité et des
interdits propres à une époque ?
Par delà ce que l'image peut avoir d'anecdotique,
d'illustratif, que nous apprend-elle en " plus "
que nous ne sachions déjà, quels phénomènes
nouveaux apparaissent représentables, montrable,
et, a contrario, qu'est ce qui ne l'est pas ?
La
période étudiée concerne nos quarante
dernières années, période au cours
de laquelle on a effectivement vu évoluer les "
bonnes mœurs ", les interdits et les fantasmes.
A mesure que les modes de vie et les valeurs se sont transformés,
un " seuil de tolérance " concernant certaines
questions s'est en apparence élargi, dilaté
: l'émergence de la jeunesse comme catégorie
sociale autonome, l'explosion de ses revendications en mai
1968, la libération des mœurs, ont aidé
à ce franchissement par étapes.
Au contraire, nous assistons aujourd'hui au déploiement
d'un discours normatif qui en appel à un retour à
l'ordre moral. Pour preuve, la multiplication de rapports,
d'essai, d'articles qui sont autant d'instruments de rationalisation,
de mise en conformité. Dans les débats les
plus contemporains, il a beaucoup été question
des valeurs de l'Ecole, du respect dû aux enseignants
; dans le débat sur la laïcité et les
signes religieux, certaines des jeunes filles qui se voilent
en appellent à la pudeur. Autre exemple : la culpabilisation
des familles responsables, au moins moralement, d'un défaut
de solidarité envers les anciens pendant l'épisode
de la canicule. Voilà quelques exemples qui renvoient
au ciel des valeurs, qui montrent que le débat public
et politique est encore largement sous-tendu par des règles
morales, des systèmes de valeurs, implicites ou explicites
(on songe ici à la protection de la jeunesse, argument
le plus souvent mis en avant en France et qui réalise
parfaitement un consensus gauche - droite).
Questions
de méthodes :
La première étape de mon travail a d'abord
été d'établir la chronologie des événements
qui ont soulevé des questions de fond touchant aux
sujets " tabous " et qui ont été
producteurs de dessins.
Cette chronologie établie, mes interrogations ont
ensuite concerné le choix des périodiques
puis des dessins. M'intéressant aux grandes tendances,
je suis d'abord partie d'un échantillon assez large
comprenant la plupart des grands quotidiens nationaux, des
hebdomadaires à fort tirage ; puis cette sélection
s'est affinée dans le but de ne retenir que les plus
pertinents par rapport à mon sujet.
J'ai aussi choisi de ne pas écarter des revues plus
mineures car, d'une part, les dessinateurs des grands périodiques
y dessinent également, mais surtout, autrement. D'autre
part, les dessinateurs de presse doivent être considérés
comme les premiers récepteurs de cette production
: de même que les journalistes se lisent entre eux,
les dessinateurs aussi se regardent. Aussi, on peut supposer
qu'ils tendent plus ou moins à reproduire un idiome
commun fait de codes, de poncifs, de normes.
Il s'agit ensuite d'analyser comment chaque journal aborde
une question délicate, à quel moment, et de
voir comment une rédaction et un dessinateur brisent
un " tabou ", rompent le silence. On tiendra bien
évidemment compte des genres et des périodicités
différents ; le dessinateur d'un quotidien qui réagit
" à chaud ", par exemple au lendemain d'une
catastrophe, n'a pas le même travail que le dessinateur
d'un mensuel abordant un sujet de société.
Il est enfin nécessaire d'opérer une sélection
dans ce corpus de dessins afin d'éviter un survol
superficiel de la production auquel aboutirait inévitablement
une exhaustivité chimérique.
Concernant
l'analyse les dessins eux-mêmes, plusieurs paramètres
doivent entrer en ligne de compte, et en premier lieu leur
insertion au sein même du journal qui doit être
observée comme un tout. Quels sont les rapports du
dessin au texte ? Comment les dessins viennent -ils définir
l'identité visuelle d'un périodique ?
Est- ce que la liberté progressivement conquise de
l'expression graphique permet d'unifier, de distinguer,
une catégorie de dessinateurs qui participeraient
tous d'une même génération ?
On remarque en effet, au début des années
soixante l'émergence d'une jeune génération
de dessinateurs qui publie dans des périodiques dont
l'éventail des lecteurs s'est élargi en même
temps qu'il s'est rajeuni.
En effet, c'est l'époque où les baby-boomers
de l'après-guerre arrivent à l'adolescence
et qu'une " presse jeunesse " fédère
autour d'elle toute une génération. La profession
de dessinateur de presse s'engage à ce moment précis
dans de profondes mutations. Les jeunes dessinateurs qui
font alors leurs premières armes dans des journaux
qui accordent une large place à l'image, adoptent
les codes de leur lectorat.
Je pense que vous avez tous aperçu au détour
d'une page, Duduche, lycéen dégingandé
et lymphatique, dont les aventures dessinées par
Cabu, sont parues dans Hara Kiri et dans Pilote. La figure
de l'adolescent en rébellion sert au dessinateur
à parodier un système tout entier incarné
dans l'Armée, l'Ecole et leur encadrement répressif.
Pour amener le lecteur à entrer dans son jeu, à
s'identifier à Duduche, Cabu utilise un procédé
graphique simple mais efficace : notre héros tient
son journal intime (ses dessins sont contenus dans un cadre
défini par une feuille de calepin déchirée
et griffonnée d'une plume malhabile). Le lecteur
devient le complice d'un adolescent dont il partage toute
la révolte et les tracas quotidiens.
Au cours de la décennie suivante, ces jeunes dessinateurs
qui avaient fait leurs armes dans cette presse " adolescente
" proposent leurs dessins à une presse "
adulte " : le Nouvel Observateur (Reiser et Claire
Brétecher), L'Humanité (Coureuil). Formellement
les dessins de presse évoluent : le trait est plus
assuré, moins hésitant, ces dessinateurs ne
cherchent plus frénétiquement leur identité
graphique. Bien entendu, les thèmes changent et il
sera intéressant de voir comment s'effectue ce passage
d'une époque à l'autre, d'une presse à
l'autre.
Par ailleurs, si ces dessinateurs affirmèrent et
revendiquèrent une parole pamphlétaire et
contestataire, il est aussi important de voir comment leur
production peut à la fois trahir, révéler
et répondre à un code rigoureux de normes
sociales, voire professionnelles comme je le développerai
dans quelques instants.
En outre, la transgression dont ils font preuve ne relève
pas uniquement de déviations flagrantes de la morale
mais également d'une pratique originale d'engagement
dont la dynamique tient dans le dépassement des limites
d'un modèle normatif.
Si
ce modèle peut amener le dessinateur à être
censuré, rarement, ou à s'autocensurer, bien
plus fréquemment, il est une autre forme de censure,
de contraintes, celles que lui impose tout travail au sein
d'une rédaction.
Le dessinateur de presse est à la fois un journaliste,
il dispose de la carte, et un créateur qui doit composer
avec des impératifs définis par un rédacteur
en chef, un directeur artistique et tout l'ensemble d'une
rédaction. Chaque dessin de presse résulte
d'une série de choix et de contraintes : les filtres
de la rédaction, le poids supposé du lectorat,
de l'opinion publique. Il est donc important de croiser
des pratiques professionnelles réelles, des dessins,
une analyse du contexte social aussi même si le respect
de la charte graphique d'un journal semble souvent au-dessus
de toute considération de conjoncture.
Tout l'enjeu de mon travail sera ici de rendre compte de
la complexité des réseaux et montrer comment,
subtilement, le projet initial d'un dessinateur est souvent
infléchi par les débats entre différents
protagonistes. Ces quelques remarques restent du domaine
de l'hypothèse. Notre propos est de contribuer à
en éprouver la validité.
Une enquête sur le terrain, auprès des dessinateurs
comme de leurs collègues me parait nécessaire
afin de recueillir les impressions de chacun : les uns,
les dessinateurs, ont-ils le sentiment d'avoir autant de
marge de manœuvre qu'ils le souhaiteraient ? Les autres,
les journalistes écrits, considèrent -ils
les dessins de presse comme quelque chose d'autre qu'au
mieux un supplément illustratif, au pire, un bouche-trou.
Peut -on remarquer, dans les pratiques, la relégation
à un plan hiérarchiquement inférieur
du dessinateur, traduction professionnelle de la primauté
de l'écrit sur l'image ? (On sait par ailleurs que
bien souvent le dessinateur propose ses thèmes et
ses dessins mais c'est le directeur de rédaction
qui, finalement, tranche.) Ne peut-on pas trouver d'exemple
de périodiques où le dessin est considéré
par tous les journalistes comme un objet autonome et d'un
réel apport ? N'y a-t-il pas des " journaux
de dessinateurs " ?
Enfin, remarque-t-on un malaise éprouvé par
les dessinateurs en raison de leur appartenance à
un monde différent de celui des journalistes papier
? Comment les dessinateurs entretiennent -ils des liens
professionnels et d'amitiés entre eux ? Il s'agit
de déployer l'espace dans lequel évoluent
les dessinateurs - journalistes de voir ce qui fait la spécificité
de la profession de dessinateur de presse.
Pour répondre à ces interrogations, il faut
décrire l'ensemble des postures prises par les dessinateurs
- journalistes et en expliciter, si possible, la cohérence
interne : qu'est-ce qui permet d'accueillir, derrière
cette multiplicité de personnalités et de
parcours, un même statut. Qu'est - ce qui confère
une unité à la profession?
En
dernier lieu je tiendrais à poser certaines limites
:
D'une part, si les dessins de presse peuvent effectivement
offrir un matériau intéressant d'analyse,
leur production peut-elle, au même titre qu'une série
d'archives, qu'un tableau statistique ou un graphique, constituer
un élément d'explication ou de démonstration
historique ? Ne faut-il pas prendre en compte le parti pris
et l'engagement revendiqué du dessinateur ?
Les évolutions stylistiques que l'on pourra remarquer
rendent -elles compte d'une capacité nouvelle à
penser, à formuler des questions sensibles ou au
contraire, les dessinateurs, imprégnés de
représentations antérieures, ne reproduisent-ils
pas une vision traditionnelle au détriment des mutations
sociales. Peut -on des hiatus entre ce qui est montré
et la réalité des faits ? Quels sont les liens
qui unissent des imaginaires, des représentations
au monde concret des faits et des pratiques ?
D'autre part, il importe de recontextualiser les dessins
: isolée, valorisée, l'image change de nature
et n'a pas la même valeur qu'un croquis réduit
et confondu dans les pages d'un journal.
Si plusieurs types possibles d'appréhension sont
possibles, celle qui me semble pour l'instant la meilleure
est celle qui permet de rendre pleinement compte des mécanismes
concrets et des multiples déterminants de choix de
tel ou tel dessin. Il faut, tout en considérant le
dessin de presse de façon autonome, dégager
le système qui préside à l'ensemble
de sa production, de la main du dessinateur au regard du
lecteur.
Enfin, la question de la réception reste entière
: comment rendre petit à petit représentable
un tabou qui, par définition appartient au domaine
du sacré donc de l'intraduisible ? Comment le public
réagit-il à la violation des interdits, même
lorsqu'elle se fait sur le ton de l'humour comme bien souvent
dans le dessin de presse ? Si l'ironie parait comme une
forme collective de la contestation, cette hypothèse
peut aussi être battue en brèche dans bien
des cas.
J'ai
souligné au début la nécessité
d'élargir mon analyse au plan géographique,
et je considère aussi qu'il faudra réfléchir
sur les effets que les autres médias, radio et télévision,
ont produit dans le dessin de presse et sur nos systèmes
de représentation, voir comment la circulation s'opère
entre supports différents, successifs ou contemporains.
De même, il s'avérera riche d'établir
le degré de porosité entre certaines productions
artistiques, littéraires ou cinématographiques
et dont les thèmes ont soulevé des polémiques
qui ont laissé des échos dans les dessins
de presse. Ces exemples attesteraient alors de la circulation
de ces débats dans l'ensemble de la sphère
sociale.
|
| Il
s'agit d'étudier la forme des journaux parlés
de France Inter au temps de l'ORTF (1964-1974), c'est à
dire d'observer le ton employé par les journalistes,
le vocabulaire, leur mode d'expression, ainsi que le décor
sonore du journal. La forme du discours journalistique a
bien sûr une incidence sur le sens, sur la signification
des informations fournies, elle complète, confirme,
atténue ou accentue le contenu du discours. Dès
sa création en 1963, France Inter a pour vocation
entre autres de concurrencer les stations périphériques,
afin de récupérer les auditeurs perdus depuis
le milieu des années 1950, en particulier du fait
de la création d'Europe n°1 en 55. Pour ce faire
France Inter imite d'abord le style de ses concurrentes,
au niveau des programmes et de l'information, puis tente
d'innover pour se distinguer, dans les années 1970.
Face au danger que représente la télévision,
au contraire, c'est tout de suite sur sa spécificité
que joue la radio, sur ce qui la distingue de la télévision
: mobilité, rapidité, légèreté.
A l'époque de l'ORTF (1964-1974), la grille de l'information
à France Inter est assez constante, le cadre général
reste le même : des bulletins horaires et des journaux
plus développés dont le nombre et la durée
varient peu. Chaque Journal Parlé tient compte du
public à l'écoute : le matin, les auditeurs
sont pressés, le journal va donc à l'essentiel.
Le midi, il y a plus de reportages, le journal est d'une
façon générale plus convivial, plus
décontracté. Le soir, c'est le point de la
journée qui est proposé, pour faire face à
la concurrence de la télévision. Mais au-delà
de ces constantes, la forme de ces journaux parlés
change, par leur mise en page, leur mode de présentation,
leur mode d'insertion dans les programmes. L'utilisation
des divers genres journalistiques et la répartition
des sujets entre les divers domaines de l'actualité
évoluent aussi.
Pour illustrer cette évolution, j'ai pris 4 journées
en référence, qui correspondent chacune à
une période assez homogène du point de vue
de la forme et du contenu du journal parlé. L'étude
est basée sur les journaux parlés de 7, 8,
13, 19 et 20h. Les exemples donnés sont tirés
des journaux de 7 et 8h.
I/
63-68 : France Inter calque sa politique de l'information
sur celle de ses concurrentes, adapte ses programmes face
à la télévision :
En effet, à la fin des années 1950, l'écoute
de la RTF chute dangereusement ; la création de France
Inter fait partie du processus mis en place par le directeur
général de la RTF et le gouvernement pour
reconquérir le public.
A/ de
1963 à 1965, les principales rivales de France Inter
sont les stations périphériques.
A sa création en 1963, France Inter est définie
par le ministre de l'information Alain Peyrefitte comme
" la chaîne de l'information, de la gaieté
et des conseils pratiques ". Sa vocation est de divertir
et d'informer. Son programme est alors conçu comme
un flux de divertissement continu, duquel se détachent
des émissions littéraires ou musicales plus
classiques, et les informations.
En novembre 1964, un an après la création
de France Inter, les directions de chaînes de radio
sont supprimées : il n'y a plus de directeur de France
Inter, mais un directeur de la radiodiffusion (Pierre de
Boisdeffre), un directeur adjoint (Roland Dhordain), et
un sous-directeur de l'actualité parlée (Pierre
Fromentin), responsable du contenu et de la mise en forme
des émissions d'information : la rédaction
est alors commune aux 3 chaînes nationales (France
Inter, France Culture, France Musique).
Pour
évoquer la forme que prend l'information à
France Inter pendant cette période, j'ai pris en
exemple :
Inter Actualités Magazine matin 7h - 7h15 du 5/05/65
et Inter Actualités 8h - 8h20 du 4/05/65 :
Chaque titre est lu par le journaliste ayant rédigé
le papier sur le problème évoqué. Un
journaliste meneur de jeu est responsable de l'émission.
Le découpage du journal se fait de la façon
suivante :
Actualité internationale ou étrangère
Relations extérieures de la France
Actualité française
Infos générales (faits divers judiciaires).
Le Journal
Parlé de France Inter fournit des informations chiffrées,
pratiques, descriptives, mais aussi des éléments
d'explication des faits et des propos, à divers degré.
D'abord les journalistes tentent en général
d'expliquer les incidences concrètes d'un fait pour
les auditeurs. Par exemple, à propos d'une réunion
des ministres des finances du Marché européen
sur la " revalorisation de la taxation ", le journaliste
donne l'intitulé du sujet de la rencontre, et précise
qu'il s'agit concrètement des taxes que l'on paie
sur la tabac ou les boissons par exemple. Le discours des
journalistes contient des éléments de commentaire,
d'analyse, d'appréciation, de raisonnement, de réflexion
: les journalistes donnent le résultat de leur propre
réflexion, fournissent leur propre raisonnement,
leur interprétation, mais avec des précautions,
en utilisant le conditionnel : ils n'ont donc pas une posture
neutre vis à vis des évènements, mais
se montrent concernés, impliqués. Le questionnement,
le doute, font partie intégrante de la transmission
des informations.
A propos de l'intervention armée des Etats-Unis à
Saint-Domingue, le journaliste dit : " Il est difficile
de dire où en sont les pourparlers " ou encore
" L'Assemblée aurait élu un chef de gouvernement,
il s'agirait de … ".
De plus, ils justifient leur interprétation, leur
raisonnement par une démonstration, en exposant les
éléments pris en compte pour étayer
leur raisonnement. A propos de négociations sur le
Vietnam lors d'une réunion des membres de l'OTASE
à Londres : " l'optimisme n'est pas de rigueur
à Londres. Une négociation au Vietnam n'est
pas en vue. En effet, les américains vont demander
aux membres de l'OTASE de les aider dans la poursuite de
la guerre. (…) Donc, l'espoir de négociation
sur le Sud-Vietnam s'estompe peu à peu (le journaliste
justifie son propos en ajoutant :), pas de conférence
possible sur la neutralité du Cambodge en ce moment,
pessimisme des membres de l'Otase (et il poursuit son raisonnement
en abordant les conséquences de cet état de
fait :), les Américains ont compris qu'une négociation
n'était par pour demain : ainsi, le Président
Johnson est décidé à intensifier la
guerre (puis il illustre son propos en donnant quelques
indications chiffrées sur les renforts militaires
au Vietnam).
Le traitement de l'information est d'une manière
général impartial, la position de chacun est
exposée. Dans l'actualité nationale par exemple,
les déclarations de l'opposition ou des syndicats
sont aussi bien transmises que celles du gouvernement. Le
contenu des interventions des membres de l'opposition lors
des débats à l'Assemblée Nationale
ou au Sénat est signalé : " Les orateurs
qui sont intervenus dans la discussion (à l'Assemblée
Nationale) ont fait part de l'inquiétude que leur
inspire l'avenir de la production de viande en France ".
Quand les déclarations d'un personnage important
dans l'actualité sont évoquées, le
journaliste analyse, commente le discours, le résume,
en fait ressortir ce qui lui a paru important, plutôt
que d'en citer une partie. Et quand il y a citation, elle
est clairement distincte du discours du journaliste grâce
à des formule comme : a répété,
a déclaré, etc. Les types de reportages sont
divers : voix simple (on n'entend que la voix de la personnalité),
correspondance simple (papier du journaliste lu en direct
par téléphone ou enregistré auparavant),
correspondance avec voix, correspondance avec interview,
ou interview seul : dans tous les cas, le journaliste interview
sur place, il ne se contente pas de recueillir une voix,
mais dialogue avec l'interlocuteur. " Notre correspondant
a téléphoné à… pour lui
demander ce qu'il pensait de…. "
Les sons (voix ou d'interviews), font toujours suite à
une question du journaliste, qu'on l'entende ou non. La
façon dont sont annoncés certains reportages
participe à la promotion de la chaîne : par
exemple : " France Inter vous fera vivre cette visite
… tout à l'heure vous pourrez assister, en
direct sur nos antennes, dans un instant, grâce à
notre correspondant à New-York, nous verrons…
"
Le ton, d'une façon générale, est proche
de celui de la conversation, la façon de parler est
naturelle, il n'y a pas un mode d'expression particulier
qui consisterait à marquer par des intonations ou
un rythme artificiel la spécificité du discours
journalistique.
B/ de
66 à 68, c'est surtout la concurrence de la télévision
qui inquiète la radio :
Entre la création de France Inter fin 1963 et fin
1965, la part d'audience de la station est passé
de 11 à 33%. En 1966, France Inter est la radio n°1.
la concurrence avec les périphériques est
toujours vive, elle est un moteur de la politique des programmes
et de l'information des 3 stations. Mais l'ascension de
la télévision représente un danger
plus menaçant, face auquel il faut utiliser les atouts
de la radio, miser sur ses avantages : la rapidité,
la mobilité, le direct, la proximité. Pour
lutter contre le Journal Télévisé de
20h, la radio modifie ses émissions d'information
et augmente la fréquence des bulletins d'information
: elle joue la carte de la permanence.
En
1966, le directeur de la radiodiffusion Pierre de Boisdeffre
définit France Inter comme " la chaîne
du grand public, une grande chaîne d'info, de divertissement
et de conseils pratiques ". France Inter cherche à
se donner un style moderne et ce sont les animateurs qui
donnent à l'antenne sa personnalité. La forme
des informations, en théorie, doit s'adapter à
l'atmosphère de détente, de simplicité
et de spontanéité des programmes.
Mais Jacqueline Baudrier, rédactrice en chef des
journaux parlés de l'ORTF, considère que le
journaliste doit se positionner en témoin qui doit
faire vivre l'évènement aux auditeurs, sur
le ton de la conversation. Il doit intéresser le
plus grand nombre d'auditeurs, donc ne risquer de déplaire
à aucun. Le journaliste de France Inter doit informer,
non commenter. Il en résulte un ton très neutre,
les détails donnés sont techniques, descriptifs,
matériels : mais le résultat est plutôt
l'austérité, et non la proximité recherchée.
Extrait
du 10 mai 68 : Inter matin 7-7h15 et Inter Actualités
8-8h20 : c'est un animateur qui annonce le Journal Parlé.
Découpage du journal :
Titres
Actualité internationale
Actualité nationale
Actualité étrangère
Faits divers
Sport
Rappel titres
Le ton est très neutre, le contenu très factuel.
Le journaliste ne propose jamais d'analyse, seulement une
retransmission des faits observés, un exposé
objectif de l'actualité, sans prise de position,
sans parti pris. Il se comporte comme un témoin en
retrait, neutre. Ses seuls commentaires sont descriptifs,
il n'y a jamais de jugement de valeur ou d'expression d'une
opinion du journaliste, jamais de commentaire personnel
d'un journaliste, sauf dans le domaine des faits divers,
si le sujet n'est ni polémique ni politique. Pas
d'analyse, pas d'approfondissement non plus. Le seul type
d'explication est du type chronologique, enchaînement
des faits. A propos du conflit universitaire : " L'union
nationale des étudiants de France et le syndicat
de l'enseignement supérieur maintiennent pour leur
part leur ordre de grève, une nouvelle manifestation
est en principe prévue pour ce soir. Ces deux mouvements
constatent que deux conditions qu'ils avaient mises à
la reprise du dialogue ne sont pas remplies. D'une part,
les forces de police n'ont pas quitté le quartier
latin, d'autre part, les étudiants emprisonnés
ne sont toujours pas libérés ". Ou encore
: " la Sorbonne reste fermée adit Alain Peyrefitte,
tant que les conditions de la reprise des cours ne sont
pas réunies ". L'ensemble du journal est très
sobre : pas de transition entre les sujets, les lancements
sont très sobres aussi. " Le Conseil de l'Université
de Paris ne siégera pas ce matin comme prévu.
Le recteur Jean Roche l'a annoncé cette nuit ".
Suit, sans autre transition, une voix du recteur Roche.
Les journalistes ne dialoguent pas entre eux, ils alternent
leurs interventions sans s'apostropher, sans se répondre.
Il n'y a pas d'échange entre les journalistes, mais
la lecture d'un même exposé à plusieurs
voix. Le ton est monocorde, très neutre, il n'y a
pratiquement pas d'intonation. Toutes les informations sont
dites sur le même ton, quel que soit le genre journalistique
ou le sujet : aucune émotion, aucun sentiment n'est
trahi par la voix, l'intonation ou le vocabulaire des journalistes.
Aucun élément n'est détaché
du discours par une accentuation ou une intonation.
Les reportages consistent uniquement en des voix (une personnalité
ou un témoin qui parle, sans question du journaliste)
et en des correspondances simples : un journaliste qui enregistre
un papier ou le lit en direct par téléphone.
Dans tous les cas, il n'y a jamais d'ambiance sonore, aucun
bruit de fond. Cela limite évidemment les risques
de perte de contrôle: pas de prise de parole en direct,
aucun son qui laisse entendre une agitation sur les antennes.
La durée des informations concernant le gouvernement
est légèrement supérieure à
celle dédiée à l'opposition : dans
le 7h, les voix et citations de membres du gouvernement
totalisent 1'18 contre 1'03 pour l'opposition. Le nom d'un
membre du gouvernement est prononcé 5 fois, contre
2 noms de membres de l'opposition. Dans le 8h, gouvernement
dispose d'une minute contre 51'' pour l'opposition ; le
nom d'un membre du gouvernement est prononcé 9 fois,
celui d'un membre de l'opposition 7 fois.
Le maître mot durant cette période est "
neutralité " : neutralité du ton, neutralité
des propos.
II/
Après les événements du printemps 1968,
la forme des infos et leur place par rapport aux programmes
sont remises en questions.
Pendant
les manifestations de 1968, les journalistes de France Inter
ont été confrontés à des manifestants
hostiles au sigle ORTF. On l'a vu, il y avait à ce
moment là un grand décalage entre l'image
que voulait se donner la chaîne, et celle qu'en recevait
le public.
A/ de
1968 à 1971, le directeur de la radiodiffusion, Roland
Dhordain, décide de mettre l'information au premier
plan.
Dès la rentrée 1968, il annonce l'introduction
de l'information permanente à France Inter, en osmose
avec les programmes, le tout étant modernisé,
avec une utilisation accrue du direct. Il
définit France Inter comme " une chaîne
d'information, de radio-service, de variétés
modernes et d'accompagnement. L'animateur
n'est plus seulement au service des programmes, mais aussi
de l'information. En revanche, le présentateur du
journal n'est plus un animateur, mais un journaliste. La
tranche d'information permanente de 6 à 9h est animée
par un journaliste. La journée est découpée
en 3 tranches, puis 7 en septembre 1969, afin de personnaliser
l'information avec un petit nombre de présentateurs
occupant chaque tranche.
A partir de 1970, l'information de France Inter, considérée
comme une activité essentielle de la chaîne,
se singularise un peu plus : à cette époque,
les périphériques privilégient le commentaire.
Mais la rédaction de France Inter mise sur l'équilibre
entre fait et commentaire, avec des reportages, des débats,
des commentaires. De plus, les 3 chaînes ORTF, qui
avaient jusqu'alors une rédaction commune, deviennent
autonomes avec chacune une rédaction, ce qui accentue
la différenciation entre les 3 chaînes : celle-ci
ne se fait plus seulement au niveau des programme mais aussi
au niveau de l'information. Le
principal danger pendant cette période est toujours
la télévision, qui grignote peu à peu
l'auditoire des radios, mais France Inter est toujours en
tête des radios.
Extrait
du 7 novembre 70 : Inter matin 7h - 7h15 et Inter Actualités
8h - 8h20 :
C'est un animateur qui annonce le journal, c'est l'animateur
qui dit bonjour. Un journaliste mène le journal et
lance les différents sujets. Chaque journaliste intervient
dans tous les sujets, il n'y a pas de découpage du
journal entre journaliste, que ce soit de façon chronologique
ou thématique.
Découpage du journal :
Titres
Actualité nationale
Actualité étrangère
Faits divers
Sport
Rappel des titres.
Le
ton des journaliste est beaucoup moins neutre, moins austère,
plus ponctué, plus rythmé. Mais leur discours
est orienté. Le journaliste commente l'évènement,
emploie des adjectifs, explique, analyse. Le ton paraît
plus indépendant, plus libre qu'en 1968, car les
journalistes ont une posture plus critique, mais dans le
contenu, les actions et paroles du gouvernement sont systématiquement
mises en avant et approuvées. Le ton employé
laisse entendre que ces actions et interventions sont l'évidence,
le discours ne laisse donc pas paraître que ces actions
puissent être critiquées - critiquables - ou
remises en cause. Il n'y a pas de place pour le doute. A
propos d'un incendie dans un dancing qui a fait plusieurs
victimes : le journaliste indique d'abord qu'il existe une
réglementation de sécurité, mais qu'il
faut la faire appliquer : " Pour cela, il faut bien
évidemment du personnel. Et là, M. Marcellin
a trouvé une solution nouvelle ". Puis est diffusée
une voix du ministre Marcellin qui annonce que les gendarmes
vérifieront les autorisations nécessaires
au fonctionnement d'un établissement. Le journaliste
enchaîne : " les gendarmes sont évidemment
les plus à même d'opérer toutes ces
vérifications ".
Mais le phénomène va plus loin, puisque en
réalité, les propos des membres du gouvernement
sont complètement intégrés au discours
des journalistes de France Inter. Quand un journaliste cite
un ministre, le propos du ministre n'est pas clairement
distingué de celui du journaliste. On ne sait plus
si l'avis exprimé est celui du ministre ou celui
du journaliste. Les deux discours ne font qu'un. Il n'y
a aucune prise de distance des journalistes par rapport
aux prises de positon des membres du gouvernement, la posture
n'est pas du tout critique. Toujours à propos du
dancing : " Le ministre de l'Intérieur a refait
l'historique de cette affaire pour cerner les responsabilités
et éviter de nouveaux drames, il est inadmissible
par exemple, etc ". Il est très difficile de
savoir si le développement proposé par le
journaliste est tiré des propos du ministre ou de
la réflexion du journaliste. A propos de la politique
agricole du gouvernement, le journaliste cite d'abord le
ministre Duhamel : " l'évolution ne doit pas
se faire au détriment de l'Homme. on pourrait ajouter
qu'elle ne doit pas se faire au détriment des jeunes
".
A propos du dancing à nouveau : " ce qu'il faut
donc, c'est renforcer les contrôles, et M. Marcellin
a déclaré que des mesures allaient êtres
prises ".
De plus, le nombre de fois où le nom d'un membre
du gouvernement est prononcé a doublé en moyenne
par rapport à 1968 (10 citation, 1'40 à 7h,
19 citation, 2'18 à 8h), alors qu'aucun membre ou
parti de l'opposition n'est jamais cité. Les interventions
des députés à l'Assemblée Nationale,
par exemple, ne sont pas retransmises, on ne sait rien de
leur contenu, ni même du nom et du parti des intervenants.
On signale qu'une discussion a eu lieu à l'Assemblée,
mais on n'évoque pas son contenu ; on évoque
une journée d'action des agriculteurs, et on décrit
son déroulement, mais on n'aborde pas la question
des revendications, et on ne précise pas l'organisation
à l'origine du mouvement).
A propos des discussions à l'Assemblée Nationale
justement : " les députés ont engagé
la discussion du budget de l'agriculture et ils ont d'abord
écouté M. Duhamel, le ministre de l'agriculture
". Suit une citation du ministre Duhamel puis : "
La discussion s'est engagée aussitôt après
l'exposé du ministre, elle a duré jusqu'à
1 heure du matin, 91 orateurs se sont inscrits au débat
".
Le ton paraît donc plus libre, parce que plus décontracté,
il est moins monocorde, les journalistes se permettent des
commentaires, une appréciation des faits, mais l'information
est nettement orientée en faveur du gouvernement.
Les propos des ministres sont cités en longueur,
ils constituent même le fil conducteur, la trame du
journal. Le vocabulaire employé est aussi plus tendancieux,
les adjectifs plus qualificatifs que descriptifs, les verbes
employés moins neutres. Par exemple à propos
d'une manifestation d'étudiants : " un groupe
d'étudiants gauchistes est allé pour la 2ème
fois perturber les cours au campus de Nanterre, décidément
le plus turbulent. "
Par contre, quand il s'agit d'une actualité étrangère,
extérieure à la France, les faits sont relatés
de façon plus neutre, plus objective, la position
des différentes parties concernées est exposée.
Sauf quand il s'agit du bloc communiste, où le penchant
des journalistes se fait nettement sentir en sa défaveur.
L'introduction du doute est même permise, quand il
s'agit de faits divers étrangers à la France
: il semble, rien ne prouve, paraît-il.
En 1970, par rapport à 1968, il y a donc beaucoup
moins d'informations d'ordre matériel, quantitatif
et factuel, mais une appréciation plus qualitative,
critique et orientée des faits.
Les reportages sont toujours soit des correspondances simples,
soit des voix, mais uniquement des voix de ministre.
B/ de
71 à 74, Lucien Renault, directeur adjoint chargé
de l'actualité parlée, cherche à présenter
l'information sous toutes ses formes et dans tous ses genres.
Il veut une information rapide, complète et objective,
en proposant des éléments de réflexion
à partir desquels chaque auditeur peut se faire une
opinion. Toutes les formes radiophoniques doivent concourir
à expliquer l'information : interviews, dialogues,
reportages, grands reportages, confrontations, monologue.
Extrait
du 12 février 1974 : Inter Actualités 7h -
7h15 et Inter Actualités 8h - 8h20 : c'est le journaliste
meneur de jeu qui annonce le journal qu'il va animer.
Découpage :
Titres
Actualité nationale ou Actualité internationale
en premier, selon que l'information principale du journal,
qui est traitée en premier, appartient à l'actualité
nationale ou internationale.
Sport.
L'intonation
est encore accentuée par rapport à 1970, le
rythme est plus alerte, plus vif. Au niveau des reportages,
on a toujours des voix de ministres, mais aussi des voix
de dirigeants d'entreprise, de témoins, de victimes
ou de notables locaux. On retrouve toujours des correspondances
simples, mais aussi, quand il s'agit de faits divers, quelques
correspondances sonores, avec bruits de fond, ambiance sonore
et voix, interviewés par le journaliste sur place.
A propos d'une tempête qui a fait des dégâts
importants sans le pays, le reportage consiste en un papier
du journaliste sur place, puis une voix d'un maire local
qui raconte ce qu'il a vu, puis une question au maire du
reporter sur les dégâts, puis la voix d'un
commerçant qui témoigne aussi, suivie de la
même question du reporter sur l'étendue des
dégâts. On entend des bruits d'ambiance et
de rue en fond sonore pendant le reportage.
Le gouvernement est toujours privilégié par
rapport à l'opposition (5 citations, 36'' à
7h, contre rien pour l'opposition), mais de façon
beaucoup moins flagrante qu'en 1970. Par le vocabulaire,
par le ton employé, les journalistes expriment leur
parti pris pour l'action des membres du gouvernement à
l'intérieur ou à l'extérieur du territoire.
A propos d'une conférence internationale sur l'énergie
à Washington : " Là-dessus, M. Jobert
(ministre des Affaires Etrangères) ne pouvait être
d'accord, et il l'a dit hier d'une manière assez
vive. Il a dit à chacun un certain nombre de vérités
".
Il n'y a pas de questionnement à propos de l'action
du gouvernement, pas de mise en doute. Mais il y a une distinction
nette entre les propos du gouvernement et le discours des
journalistes. Les citations sont clairement définies,
le journaliste s'en détache : " il a dit, il
a critiqué, dit-il, écrit-il, etc. "
Le journal donne des éléments de compréhension,
les journalistes discutent entre eux pour tenter d'expliquer,
d'analyser une situation, un fait ou une déclaration.
Toujours à propos de la conférence sur l'énergie,
le journaliste qui fait son papier donne des éléments
de compréhension du déroulement de la conférence
(les ministres ouest-allemand en britannique se sont rangés
au côté des Etats-Unis, il y a eu des tensions
entre le ministre français et ce camp): il explique
que le ministre allemand est le porte-parole des ministres
européens à la conférence, mais qu'il
n'a pas transmis fidèlement ce qui avait été
décidé. Il explique aussi le contenu du plan
proposé par les Etats-Unis, les points de divergence
entre les parties, et les raisons de ces divergences.
Plus loin, après la diffusion d'une voix du ministre
Jobert, les journaliste en studio discutent entre eux pour
expliquer, analyser ses propos.
Conclusion
:
La forme
des journaux parlés de France Inter, pendant la période
ORTF (1964-1974), a été marquée par
des constantes, encore valables aujourd'hui : la grille
générale de l'information de la chaîne
et l'adaptation de chaque Journal Parlé aux divers
types de public à l'écoute en fonction des
heures de diffusion. Mais la forme du Journal Parlé
a dû aussi s'adapter, continuellement, à l'évolution
des exigences de ce public, tout en tenant face à
la concurrence des radios et de la télévision.
Chaque période a été marquée
par de grandes ambitions affichées des dirigeants
de la chaîne en matière d'information. Mais
de la théorie à la pratique, il y a tout un
monde, et celui des journalistes de France Inter est peuplé
d'exigences souvent contradictoires : celles des publics,
celles des dirigeants de l'ORTF et de la radiodiffusion,
celles du gouvernement qui exerce la tutelle, celles que
s'imposent eux-mêmes les journalistes. Censure et
contrôle sont omniprésents dans l'esprit des
journalistes, et à ceux provenant des divers niveaux
d'autorité qui s'échelonnent au dessus des
journalistes, du rédacteur en chef au Président
de la République en passant par le directeur de l'information,
celui de la radiodiffusion, celui de l'ORTF et le ministre
de tutelle, s'ajoutent ceux auxquels s'obligent eux-mêmes
les journalistes de France Inter : autocensure et auto-contrôle.
Haut
de page
|