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1er Atelier doctoral de la SPHM, 18 janvier 2003

 

 

Thème "Journalistes et journalismes"
Programme
 Les journalistes : pratiques, mission, engagement
Les journalistes lyonnais, 1870-1914 (Marc Jampy)
Ecrire pour l’ennemi : La Gazette des Ardennes, 1914-1918 (Andreas Laska)
Le fonction du journaliste à L'Humanité, 1904-1939 (Alexandre Courban)
Grandes plumes, chroniqueurs et courriéristes du Figaro littéraire de 1946 à 1971 (Claire Blandin)
Journalisme et journalistes à France Inter (Béatrice Donzelle)


Identité professionnelle et spécialisation
Les journalistes sportifs pendant la guerre froide, 1946-1956 (Jeff Millié)
La chronique judiciaire à la télévision, de Frédéric Pottecher à Clément Weill-Raynal (Claire Sécail)
Les prix Albert Londres : une élite professionnelle ? (Pierre Lacassagne)
Les journalistes de l’information européenne à Bruxelles depuis les années 1960 (Gilles Bastin)
Le style agencier : les journalistes de l’AFP (Eric Laigneau)
Les journalistes critiques de cédéroms, nouvelle catégorie de journalistes spécialisés ? (Annick Batard) 
   
Compte-rendu par Claire Blandin
  
Marc Jampy, Les journalistes lyonnais (1870-1914)

Alors que les bases de l’histoire économique de la presse sont posées, il semble important de développer son histoire sociale. Avant la création de la carte de presse, se pose pour cette étude le problème de l’indigence des sources. Il est possible de travailler sur l’activité des syndicats, mais ceux-ci s’occupent peu des journalistes occasionnels. L’étude présentée ici se fonde sur le dépouillement du contrôle de la presse et des déclarations de création des journaux
L’autorisation préalable disparaît en 1870. Entre 1870 et 1914, 947 déclarations de journaux sont déposées dans le département du Rhône. Le suivi réalisé par le Ministère de l’Intérieur est moins strict mais la préfecture maintient ses contrôles. Ces déclarations elles-mêmes donnent déjà quelques renseignements ; surtout elles sont accompagnées par trois rapports de commissaires. On observe que ses rapports sont de plus en plus précis, dans la Troisième République naissante, et après 1881.
Des questions de définition se posent : qu’est-ce qu’un journaliste et qu’est-ce qu’un journal ? Les publications observées à Lyon sont avant tout des hebdomadaires et des journaux non politiques (81 journaux littéraires repérés). La recherche porte également sur les motivations des journalistes (un métier fantasmé).
Une base de données sous Access a permis de recenser 1130 individus participant à la presse lyonnaise de l’époque. Dans la base sont précisés leur lieu d’habitation, leur âge, leur lieu de naissance, leur casier judiciaire éventuel, leurs revenus... Ces individus sont tous des hommes, plutôt jeunes. Ils habitent le centre de Lyon mais ont une certaine mobilité géographique (régionale voire nationale), perceptible par l’étude des recensements. Par les déclarations de naissance, il est possible d’obtenir des renseignements sur leur famille. Pour la très grande majorité, le journalisme n’est pas leur seule activité. Les rapports des commissaires sont précis quant aux motivations politiques de ces créateurs de journaux. Ils s’attardent aussi sur le niveau d’instruction.
En conclusion il est possible de tenter un portait de ces créateurs de journaux : ce sont souvent les fils cadets de commerçants lyonnais, ou des commerçants âgés voulant asseoir par un journal leur notoriété.

 
Andreas Laska, Ecrire pour l’ennemi, La Gazette des Ardennes

La thèse d’Andreas Laska porte sur une période plus large que celle évoquée ici, et ne s’intéresse pas seulement à La Gazette des Ardennes.
Pendant l’été 1914, personne ne prévoit que le conflit sera long. La propagande est mal coordonnée. Le quartier général allemand de Charleville-Mézières coordonne cette propagande, mais l’administration civile française reste officiellement en place. Pour ce qui est de la politique de la presse, on note que les parutions sont suspendues lors de l’invasion ; il n’y a donc pas de presse en France lorsque les Allemands arrivent. Par la suite, par manque de coordination, les Allemands tentent parfois (c’est le cas à Saint-Quentin) de convaincre les Français de faire reparaître les journaux.
A partir du mois d’octobre 1914, le service des renseignements de l’armée allemande cherche à coordonner toutes les initiatives en matière de propagande, et crée La Gazette des Ardennes. Pour faire fonctionner le journal, un journaliste français est nécessaire. C’est René Prévôt, un Alsacien, qui devient ce propagandiste pour les Allemands. La Gazette est généralement hebdomadaire. Elle publie de nombreuses photographies. Une des difficultés est de faire lire par la population le journal de l’ennemi. Les Allemands souhaitent que La Gazette soit en situation de monopole, et interdisent donc les autres publications. Ils choisissent aussi d’annoncer que le journal est le journal officiel de l’armée allemande.
Au niveau du contenu, il s’agit de faire un journal le plus complet possible. La rubrique régionale est très importante. Surtout, La Gazette publie la liste des prisonniers français détenus en Allemagne (elle a un monopole sur ces listes car la Croix rouge allemande ne les publie plus).
La propagande est perceptible dans les événements choisis, l’idéologie de la publication et dans le regard porté par La Gazette sur la France et les Français. Au niveau des événements, l’étude se concentre sur les grandes batailles de la guerre, l’entrée des Etats-Unis dans le conflit ou le regard porté sur l’URSS (on trouve un surprenant éloge de Lénine). Sur le plan de l’idéologie, c’est la lutte contre l’image d’une Allemagne peuplée de Barbares qui frappe. On trouve en effet beaucoup d’articles sur les relations aimables entre les militaires allemands et la population française (offices religieux, concerts...)
Le succès de La Gazette est important. On peut le mesurer avec les chiffres de tirage (175 000 exemplaires en 1918). Dans certaines communes, le taux de pénétration est alors d’un journal pour huit personnes, ce qui est énorme. De nombreuses traces de l’influence de la publication sont par ailleurs perceptibles dans les journaux intimes, les textes de l’époque. Enfin, La Gazette des Ardennes semble avoir été une réussite économique.

 
Alexandre Courban, La fonction de journaliste à L’Humanité (1904-1939)

La presse occupe une place centrale dans l’activité du parti. Les différentes formes éditoriales peuvent donner la parole plutôt aux militants ou plutôt aux rédacteurs.
Avant 1905, les débats sont ouverts sur le rôle de la presse. Différents projets de règlements apparaissent et des types de journaux se dessinent. Comme les autres professions, on estime alors que les journalistes relèvent de leur fédération pour l’encadrement. Les propositions d’encadrement de la presse socialiste existent mais restent minoritaires. Il existe cependant une volonté de contraindre les élus nationaux à ne collaborer qu’à la presse du parti. Entre 1905 et 1920, il n’y a donc pas d’encadrement ferme. Le journal est un lieu de débat. Pourtant, progressivement, le terme de « journaliste » tend à être supprimé et la vie des « rédacteurs » est de plus en plus encadrée. Il s’agit de plus en plus de créer une arme, un journal d’un type nouveau. La rédaction devrait, pour certains, être homogène et anonyme. Les rédacteurs doivent être des militants, ce sont des « délégués à la propagande ».
Entre 1920 et 1939, on observe des mouvements entre les délégués à la presse et les journalistes. Les débats sont incessants sur le statut des journalistes à L’Humanité. Toute rétribution apparaît comme suspecte. On cherche donc à développer le modèle du correspondant ouvrier et paysan : il s’agit de former un militant et de lui permettre de rentrer à L’Humanité.
La presse occupe une place centrale dans l’activité du parti. Les débats oscillent entre la responsabilité du rédacteur et la liberté du journaliste. Sur la période se met en place un journal bolchévique à la française.

 
Débat : Les sources en histoire de la presse Andréas Laska travaille sur les journaux publiés mais aussi sur un corpus de journaux intimes et de mémoires. Il dispose également de documents d’archives sur la vie du journal et sa diffusion. Les sources de Marc Jampy font débat : elle ne permettent pas de travailler sur les réseaux et la sociabilité de ces journalistes.

Claire Blandin, Grandes plumes, chroniqueurs et courriéristes du Figaro littéraire de 1946 à 1971

Pour le Figaro Littéraire, l'exercice de la critique littéraire est fondamental puisqu'il permet au journal de trouver une légitimation. Du grand écrivain au courriériste ("celui qui court" selon Bernard Pivot) en passant par le chroniqueur : tous ont contribué à construire l'identité d'un hebdomadaire politique et littéraire.
La Une, d'abord, est le privilège des grandes plumes : le leader, qui leur est entièrement réservé est dès l'origine du journal, le moyen idéal, pour le Figaro Littéraire, de soigner son image de marque. L'étude de ces leaders permettent de distinguer trois grandes périodes, chacune étant marquée par la prédominance de certaines signatures :
-de 1946 à 1950 : c'est le règne de Gide, Guehenno, Claudel et Mauriac (qui trouve là l'occasion de s'opposer à Sartre)
-De 1950 à 1961 : si Mauriac reste très présent (27% des leaders de la période), d'autres prennent la relève, tel l'historien Gaxotte
-De 1961 à 1967 : les nouvelles figures ont remplacé les auteurs d'origine (Brisson, Rousset, Lapouge). Même Michel Droit, nouveau rédacteur en chef du Figaro Littéraire ne résiste pas, dans le registre de la morale, à apposer sa signature au bas de plusieurs leaders.
Le journal évoluant vers le "News magazine", la figure de la "grande plume" s'est peu à peu effacée devant celle du journaliste.
Du côté des courriéristes, leur rôle est très important pour nourrir les pages. Si leur recul reste relatif (par rapport à l'évolution des autres catégories) leur nombre n'a cessé d'augmenter, passant de 3 à 12 permanents entre 1950 et 1967. Dans le même temps, les chroniqueurs ont vu s'institutionnaliser leurs rubriques : lisible pour le lecteur, ils bénéficiaient ainsi d'un espace de liberté réservé.

 
Béatrice Donzelle, Journalisme et journalistes à France-Inter

France-inter doit faire face à des contraintes propres qui relèvent principalement de ces liens avec le pouvoir politique. L’étude s’intéresse aux journalistes de France-Inter entre 1963 et 1982 et à leur contexte de travail. Ces journalistes sont touchés par les réformes de 1963 et 1974, où les statuts des personnels sont revus. Au cours de la période les programmes sont en lutte constante avec l’information, l’un prenant successivement le pas sur l’autre. Trois constantes se dégagent :
-l’exigence d’informer, de cultiver et de distraire le public
-le principe des trois éditions quotidiennes
-la concurrence avec les trois autres stations généralistes
Dans le même temps, les journalistes doivent chercher à se démarquer du style écrit. Leur but est toujours de se rapprocher des auditeurs, de chercher à aller à l’extérieur. Les journalistes recherchent toujours plus d’autonomie. Ils veulent à la fois s’adapter au public et se spécialiser.
Jusqu’en 1968, la politique de l’information est copiée sur les concurrents (on trouve un grand nombre de formules journalistiques, l’information a un aspect vivant). Mai 68 représente une crise grave pour ce média. Toute sles catégories de personnel se mettent en grève.
Par la suite, le journaliste remplace l’animateur, et, en 1969, le statut des journalistes est réformé. Dans les années 1970, France-Inter cherche à se différencier de ses concurrentes : faits et commentaires sont traités de manière complémentaire. Les reporters se distinguent des éditorialistes : deux pratiques et deux styles se dégagent. Le reportage est alors ressenti comme subversif.

 
Jeff Millié, Les journalistes sportifs pendant la guerre froide

On observe sur la période une tendance à la faits-diversification du sport. On peut se demander quelle perception de la guerre froide ont les journalistes sportifs, dans quel cadre de références ce conflit est abordé...
Il s’agit donc ici de faire une analyse sociologique dans un sous-champ des journalistes spécialisés. La dispersion des sources et leur aspect disparate pose problème. L’étude se fonde sur la consultation des anthologies, des souvenirs journalistiques, la réalisation d’entretiens (lettres ou interviews) grâce à l’étude de l’annuaire syndical (le chercheur dispose ainsi de 20 témoignages directs ou indirects). Il s’agit d’un microcosme étroit, mais l’importance exacte des effectifs st difficile à saisir (près de 6000 journalistes après guerre au total ; pour repérer les journalistes sportifs on peut par exemple regarder qui sont ceux qui couvrent le Tour de France, qui rassemble presque toute la profession)
Sur le plan de la structure de ce champ, on peut souligner que ces journalistes aimeraient être considérés comme des journalistes alors que ce sont le plus souvent des sportifs. Les réseaux ont un poids très important. Ils sont perceptibles dans le système de recrutement, qui se fait massivement par le sport et le militantisme. La discrimination de ces professionnels est perceptible dans leurs statuts (piges mensualisées à Miroir sprint, salariat très rare).
Avant 1914, l’information sportive n’apparaît que très ponctuellement, puis elle prend une importance commerciale. La Libération marque une amplification du phénomène, certains journaux faisant un effort particulier dans ce sens, comme L’Humanité. L’Equipe impose ensuite ses modes de perception du sport et l’information stimule la concurrence (entre L’Equipe et Sport, communiste, par exemple).
Au niveau des conditions de travail, on observe une tradition de solidarité entre confrères. La mobilité externe de ces journalistes est assez faible ; la mobilité interne n’existe que pour la presse engagée. Ces journalistes sont traditionnellement très proches du monde du sport. Il existe un mythe sportif de l’apolitisme qui se retrouve dans le journalisme sportif. Il arrive pourtant que les journalistes se réapproprient des problématiques extérieures (parfois pendant la guerre froide). Une temporalité mixte se met alors en place : partiellement sportive et partiellement politique.

 
Claire Sécail, La chronique judiciaire à la télévision, de Frédéric Pottecher à Clément Weill-Raynal
La curiosité du public pour la justice et la complexité de l’appareil judiciaire font du journalisme sur la justice un domaine très spécifique. On peut de fait s’interroger sur les pratiques de ce journalisme spécialisé.
C’est en 1954 que la loi interdit les images judiciaires. Il s’agit alors de rétablir l’autorité judiciaire et de faire jouer un rôle à la presse dans un projet de moralisation. L’adoption de cette loi rencontre un large consensus. La chronique judiciaire devient dès lors un exercice encadré.
Le dispositif encore plus encadré de la chronique de télévision ne pose pas de problème à Frédéric Pottecher. Il a le goût de la théâtralité. Sa première expérience à la radio date de 1937. A la télévision, sa chronique devient une sorte de one-man-show. Il propose une nouvelle forme de dramatisation des compte-rendus. Au fur et à mesure de sa carrière, le chroniqueur est de mieux en mieux accueillis par les tribunaux. Il trouve aussi un style et un public pour ses chroniques. Ses interventions sont souvent très longues (de 5 à 10mn) : il prend le temps de décrire longuement les audiences. Pendant dix ans, il réalise en moyenne deux chroniques par mois.
Une nouvelle génération de chroniqueurs judiciaires émerge dans les années 1970 ; ils paraissent à la fois plus jeunes et plus dociles. Paul Lefèvre appartient à cette génération. Il a fait des études de droit, puis de journalisme, a participé à Paris-Normandie puis s’est tourné vers la radio, car il éprouvait une réelle méfiance vis-à-vis de l’image. Progressivement, le compte-rendu est abandonné, c’est l’éditorial qui le remplace. La subjectivité du propos est plus assumée par les journalistes.
Il faut encore une nouvelle génération pour que l’image soit utilisée dans la chronique judiciaire. Mais ces chroniques restent globalement pauvres en images. Clément Weill-Raynal pratique quant à lui une vraie rédaction avec les images. Les temps de plateau diminuent au profit des temps de reportages sur les affaires judiciaires.
L’encadrement juridique est très important dans ce secteur. Les chroniques sont globalement homogènes dans les différents médias. Ce tableau est à replacer dans une histoire plus générale du journalisme : la figure du chroniqueur persiste et la spectacularisation du journal télévisé lui donne même une nouvelle place.

Gilles Bastin, Les journalistes de l’information européenne à Bruxelles depuis les années 1960
L’auteur prépare une thèse de sociologie sur le monde de l’information institutionnelle à Bruxelles. Il a réalisé une enquête entre 1998 et 2001 et tente d’analyser les carrières des rédacteurs. L’évolution des structures apparaît également à travers ce travail.
Ces agences emploient majoritairement des professionnels qui ont déjà un passé à Bruxelles. Les circuits ne recoupent que partiellement ceux des correspondants des médias dans la capitale belge. Il est possible de proposer une sociologie quantitative des flux de main d’œuvre à partir de l’accréditation délivrée aux journalistes. Trois entreprises d’informations ont été successivement créées. L’étude de ces entreprises visait à montrer l’évolution de ce monde de l’information. L’auteur de la recherche a travaillé dans une des agences et bénéficié de l’ouverture d’un dépôt d’archives pour l’autre (Europe). Il s’agit pour lui de faire une histoire de l’entreprise permettant d’approcher les mondes sociaux.
Ces entreprises sont au cœur de la production de l’information. Il s’agit donc de voir comment l’information se produit localement, l’économie locale de l’information à Bruxelles. L’étude de petites agences locales permet de déconstruire la firme productrice, en partant des structures économiques. L’étude s’intéresse à la fois aux réseaux mis en place, à la nature de produits élaborés et au rapport à l’emploi et à la main d’œuvre dans ce secteur. Trois agences sont étudiées :
-
l’agence Europe (fondée en 1953), elle emploie aujourd’hui 12 rédacteurs (modèle salarial stable) et publie un bulletin quotidien. C’est une SA luxembourgeoise et familiale (famille Ricardi) qui bénéficie des réseaux de soutien dans les institutions européennes. Elle a aujourd’hui conclut des accords avec la Commission européenne, qui diffuse le bulletin de l’agence en intranet.
-
IES (fondée en 1972), elle emploie 16 rédacteurs (pigistes le plus souvent) et publie un bulletin bi-hebdomadaire. Elle a été fondée par un groupe de jeunes Grenoblois dont plusieurs étaient d’anciens rapatriés d’Algérie. Il s’agissait de concurrencer l’agence Europe, jugée trop fédéraliste. L’agence s’adresse essentiellement aux milieux économiques et publie une multitude bulletins spécialisées.
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Euractive.com (fondée en 2000), diffuse ses informations sur internet (elle n’emploie qu’un seul journaliste). Fondée par un haut fonctionnaire et un député européen vert, cette agence veut fédérer les mouvements de lobbying européens.

Eric Lagneau, Le style agencier : les journalistes de l’AFP
L’auteur travaille à l’AFP depuis 1995 (secteur sport), ce qui lui permet d’effectuer des observations, de réaliser des entretiens (une quarantaine) et de suivre des journalistes sur le terrain. L’importance des agences est reconnue, mais les travaux les étudiant sont peu nombreux.
Ces journalistes sont peu nombreux (environ 6000 journalistes pour les trois agences mondiales, dont 1250 pour la seule AFP). Ce journalisme qui se veut une référence dans le domaine de la chasse aux nouvelles est pris dans les logiques professionnelles et politiques complexes puisque dès le départ, les agences (à commencer par Havas) ont aussi dû négocier avec le pouvoir politique (ce qui fonde à la fois la légende dorée et la face sombre des agences). Le modèle du journalisme d’agence a lontemps été relativement atypique en France (plus marquée par le journalisme littéraire ou politique). Le fait de parler de « chasseur de nouvelles » est aujourd’hui un peu biaisé : il y a en fait une coopération avec les sources (on peut parler de « rabatteurs », voire d’un « gibier tout cuit » tombant dans l’assiette).
Par son statut de 1957, l’AFP est un organisme juridique unique, une « coopérative de journaux financée par l’Etat ». L’objectivité est une obligation légale de l’AFP. Un conseil supérieur surveille son travail. Un process de qualité est d’ailleurs mis en place : il apparaît dans le mode d’organisation de l’agence, la production est séparée du desk. Ce process apparaît également dans l’écriture des agenciers (le premier paragraphe, le « lead », doit donner l’essentiel ; sur l’ensemble du texte, on trouve un ordre d’intérêt décroissant). La distanciation est primordiale dans ce mode d’écriture (voir J.G. Padioleau, La Rhétorique de l’objectivité). Une partie de ce travail peut aussi ressembler à du journalisme d’enregistrement. Ce travail a une forte dimension collective, de plus fortement codifié et normé.
Sur le plan sociologique, on note que les agenciers de l'AFP à statu siège sont majoritairement des hommes, de nationalité française (83%), plus âgés que la moyenne de la profession. Le turn-over est faible. Ces journalistes ont, dans une proportion plus importante que dans le reste de la population (26% contre 12%), été formés dans les écoles de journalisme ; ils ont des rémunérations supérieures à la moyenne. Ces caractéristiques pourraient en faire une sorte d’élite de la profession, mais ces journalistes se démarque de l’élite par leur déficit de visibilité sociale.
Le paysage médiatique a beaucoup évolué au cours des 20 dernières années ; les sujets et les supports se sont diversifiés. D’importants problèmes de sélection sont apparus. Progressivement, l’AFP a davantage recours à la rhétorique de l’expertise critique.

Marie-Annick Batard, Les journalistes critiques de cédéroms, nouvelle catégorie de journalistes spécialisés ?
L’étude porte sur la critique de cédérom depuis l’apparition massive de ce genre journalistique en 1994 (le cédérom lui-même apparaissant en 1985). Le corpus est constitué de 7 quotidiens nationaux, 6 hebdomadaires et 4 quotidiens régionaux. Bernard Miège souligne la filiation entre les jeux vidéo, les nouvelles technologies et les « produits culturels ». Dans ce secteur, la critique a un sens proche du discernement désigné par Starobinski, c’est un exercice de jugement de repérage. On l’étudie dans ce qu’elle peut être proche de la critique littéraire ou de théâtre.
A la fin des années 1980, apparaît le « disque optique musical ». Il s’agit d’un support pour le son, mais son nom indique bien qu’il pourrait supporter autre chose. En 1993, un nouveau discours émerge sur les nouvelles technologies et les jeux vidéo (alors que la presse spécialisée, comme Tilt en parle depuis les années 1980). Lors d’un colloque organisé au mois de décembre 2000 au centre Georges Pompidou, intitulé « Presse, TV et internet, des journalistes différents », une réflexion sur les enjeux du secteur a été entamée.
Au moment où cette critique débute, les rédactions mettent en place leurs sites internet (il s’agit de différencier les groupes de journalistes faisant l’un ou l’autre, voir Denis Ruellan sur la polyvalence et la spécialisation). Le Monde interactif est un cas particulier puisque l’équipe produit un supplément papier et gère le site du journal (la filiale est possédée à 66% par Le Monde et à 33% par Hachette). Le Monde met ensuite en place un partenariat avec Canal Plus (en 1999) qui lui permet de s’assurer des contenus sur la longue durée.
Est-ce qu’une nouvelle catégorie de journalistes hyper spécialisés apparaît ? Ce ne sont pas des techniciens formés au journalisme mais des journalistes confirmés qui s’intéressent aux nouveaux supports. Certains journaux (L’Express) font toutefois appel à des ressources extérieures. Le statut journalistique pose le plus souvent problème.
On assiste à une légitimation progressive du cédérom et de sa critique. La hiérarchie de ce sous-secteur respecte les usages en cours dans les différents organes de presse. Dans certains cas, on observe une hyper spécialisation des journalistes (A. Rivoire travaille sur les contenus multimédias) Ce sont parfois les critiques culturels ou littéraires qui se chargent des cédéroms encyclopédiques. A l’origine, les secteurs des rédactions concernés par les cédéroms sont l’économie, la culture, la consommation et la documentation. Un sous-corps particulier se constitue progressivement dans le champ. Cette critique spécifique disparaît progressivement au profit de pages ponctuelles sur certains cédéroms.

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