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Atelier doctoral de la SPHM, 18 janvier 2003 |
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Thème
"Journalistes et journalismes" |
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Programme |
Les
journalistes : pratiques, mission, engagement
Les journalistes lyonnais, 1870-1914 (Marc Jampy)
Ecrire pour l’ennemi : La Gazette des Ardennes, 1914-1918
(Andreas Laska)
Le fonction du journaliste à L'Humanité, 1904-1939
(Alexandre Courban)
Grandes plumes, chroniqueurs et courriéristes du Figaro
littéraire de 1946 à 1971 (Claire Blandin)
Journalisme et journalistes à France Inter (Béatrice
Donzelle)
Identité
professionnelle et spécialisation
Les journalistes sportifs pendant la guerre froide, 1946-1956
(Jeff Millié)
La chronique judiciaire à la télévision,
de Frédéric Pottecher à Clément
Weill-Raynal (Claire Sécail)
Les prix Albert Londres : une élite professionnelle
? (Pierre Lacassagne)
Les journalistes de l’information européenne
à Bruxelles depuis les années 1960 (Gilles Bastin)
Le style agencier : les journalistes de l’AFP (Eric
Laigneau)
Les journalistes critiques de cédéroms, nouvelle
catégorie de journalistes spécialisés
? (Annick Batard) |
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Compte-rendu
par Claire Blandin |
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Marc
Jampy, Les journalistes lyonnais (1870-1914) |
| Alors
que les bases de l’histoire économique de la
presse sont posées, il semble important de développer
son histoire sociale. Avant la création de la carte
de presse, se pose pour cette étude le problème
de l’indigence des sources. Il est possible de travailler
sur l’activité des syndicats, mais ceux-ci
s’occupent peu des journalistes occasionnels. L’étude
présentée ici se fonde sur le dépouillement
du contrôle de la presse et des déclarations
de création des journaux
L’autorisation
préalable disparaît en 1870. Entre 1870 et
1914, 947 déclarations de journaux sont déposées
dans le département du Rhône. Le suivi réalisé
par le Ministère de l’Intérieur est
moins strict mais la préfecture maintient ses contrôles.
Ces déclarations elles-mêmes donnent déjà
quelques renseignements ; surtout elles sont accompagnées
par trois rapports de commissaires. On observe que ses rapports
sont de plus en plus précis, dans la Troisième
République naissante, et après 1881.
Des
questions de définition se posent : qu’est-ce
qu’un journaliste et qu’est-ce qu’un journal
? Les publications observées à Lyon sont avant
tout des hebdomadaires et des journaux non politiques (81
journaux littéraires repérés). La recherche
porte également sur les motivations des journalistes
(un métier fantasmé).
Une
base de données sous Access a permis de recenser
1130 individus participant à la presse lyonnaise
de l’époque. Dans la base sont précisés
leur lieu d’habitation, leur âge, leur lieu
de naissance, leur casier judiciaire éventuel, leurs
revenus... Ces individus sont tous des hommes, plutôt
jeunes. Ils habitent le centre de Lyon mais ont une certaine
mobilité géographique (régionale voire
nationale), perceptible par l’étude des recensements.
Par les déclarations de naissance, il est possible
d’obtenir des renseignements sur leur famille. Pour
la très grande majorité, le journalisme n’est
pas leur seule activité. Les rapports des commissaires
sont précis quant aux motivations politiques de ces
créateurs de journaux. Ils s’attardent aussi
sur le niveau d’instruction.
En
conclusion il est possible de tenter un portait de ces créateurs
de journaux : ce sont souvent les fils cadets de commerçants
lyonnais, ou des commerçants âgés voulant
asseoir par un journal leur notoriété.
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Andreas
Laska, Ecrire pour l’ennemi, La Gazette des Ardennes |
| La
thèse d’Andreas Laska porte sur une période
plus large que celle évoquée ici, et ne s’intéresse
pas seulement à La Gazette des Ardennes.
Pendant
l’été 1914, personne ne prévoit
que le conflit sera long. La propagande est mal coordonnée.
Le quartier général allemand de Charleville-Mézières
coordonne cette propagande, mais l’administration
civile française reste officiellement en place. Pour
ce qui est de la politique de la presse, on note que les
parutions sont suspendues lors de l’invasion ; il
n’y a donc pas de presse en France lorsque les Allemands
arrivent. Par la suite, par manque de coordination, les
Allemands tentent parfois (c’est le cas à Saint-Quentin)
de convaincre les Français de faire reparaître
les journaux.
A
partir du mois d’octobre 1914, le service des renseignements
de l’armée allemande cherche à coordonner
toutes les initiatives en matière de propagande,
et crée La Gazette des Ardennes. Pour faire fonctionner
le journal, un journaliste français est nécessaire.
C’est René Prévôt, un Alsacien,
qui devient ce propagandiste pour les Allemands. La Gazette
est généralement hebdomadaire. Elle publie
de nombreuses photographies. Une des difficultés
est de faire lire par la population le journal de l’ennemi.
Les Allemands souhaitent que La Gazette soit en situation
de monopole, et interdisent donc les autres publications.
Ils choisissent aussi d’annoncer que le journal est
le journal officiel de l’armée allemande.
Au
niveau du contenu, il s’agit de faire un journal le
plus complet possible. La rubrique régionale est
très importante. Surtout, La Gazette publie la liste
des prisonniers français détenus en Allemagne
(elle a un monopole sur ces listes car la Croix rouge allemande
ne les publie plus).
La
propagande est perceptible dans les événements
choisis, l’idéologie de la publication et dans
le regard porté par La Gazette sur la France et les
Français. Au niveau des événements,
l’étude se concentre sur les grandes batailles
de la guerre, l’entrée des Etats-Unis dans
le conflit ou le regard porté sur l’URSS (on
trouve un surprenant éloge de Lénine). Sur
le plan de l’idéologie, c’est la lutte
contre l’image d’une Allemagne peuplée
de Barbares qui frappe. On trouve en effet beaucoup d’articles
sur les relations aimables entre les militaires allemands
et la population française (offices religieux, concerts...)
Le
succès de La Gazette est important. On peut le mesurer
avec les chiffres de tirage (175 000 exemplaires en 1918).
Dans certaines communes, le taux de pénétration
est alors d’un journal pour huit personnes, ce qui
est énorme. De nombreuses traces de l’influence
de la publication sont par ailleurs perceptibles dans les
journaux intimes, les textes de l’époque. Enfin,
La Gazette des Ardennes semble avoir été une
réussite économique.
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Alexandre
Courban, La fonction de journaliste à L’Humanité
(1904-1939) |
| La
presse occupe une place centrale dans l’activité
du parti. Les différentes formes éditoriales
peuvent donner la parole plutôt aux militants ou plutôt
aux rédacteurs.
Avant
1905, les débats sont ouverts sur le rôle de
la presse. Différents projets de règlements
apparaissent et des types de journaux se dessinent. Comme
les autres professions, on estime alors que les journalistes
relèvent de leur fédération pour l’encadrement.
Les propositions d’encadrement de la presse socialiste
existent mais restent minoritaires. Il existe cependant
une volonté de contraindre les élus nationaux
à ne collaborer qu’à la presse du parti.
Entre 1905 et 1920, il n’y a donc pas d’encadrement
ferme. Le journal est un lieu de débat. Pourtant,
progressivement, le terme de « journaliste »
tend à être supprimé et la vie des «
rédacteurs » est de plus en plus encadrée.
Il s’agit de plus en plus de créer une arme,
un journal d’un type nouveau. La rédaction
devrait, pour certains, être homogène et anonyme.
Les rédacteurs doivent être des militants,
ce sont des « délégués à
la propagande ».
Entre
1920 et 1939, on observe des mouvements entre les délégués
à la presse et les journalistes. Les débats
sont incessants sur le statut des journalistes à
L’Humanité. Toute rétribution apparaît
comme suspecte. On cherche donc à développer
le modèle du correspondant ouvrier et paysan : il
s’agit de former un militant et de lui permettre de
rentrer à L’Humanité.
La
presse occupe une place centrale dans l’activité
du parti. Les débats oscillent entre la responsabilité
du rédacteur et la liberté du journaliste.
Sur la période se met en place un journal bolchévique
à la française.
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Débat
: Les sources en histoire de la presse
Andréas Laska travaille sur les journaux publiés
mais aussi sur un corpus de journaux intimes et de mémoires.
Il dispose également de documents d’archives
sur la vie du journal et sa diffusion. Les sources de Marc
Jampy font débat : elle ne permettent pas de travailler
sur les réseaux et la sociabilité de ces journalistes.
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Claire
Blandin, Grandes plumes, chroniqueurs et courriéristes
du Figaro littéraire de 1946 à 1971 |
| Pour
le Figaro Littéraire, l'exercice de la critique littéraire
est fondamental puisqu'il permet au journal de trouver une
légitimation. Du grand écrivain au courriériste
("celui qui court" selon Bernard Pivot) en passant
par le chroniqueur : tous ont contribué à
construire l'identité d'un hebdomadaire politique
et littéraire.
La
Une, d'abord, est le privilège des grandes plumes
: le leader, qui leur est entièrement réservé
est dès l'origine du journal, le moyen idéal,
pour le Figaro Littéraire, de soigner son image de
marque. L'étude de ces leaders permettent de distinguer
trois grandes périodes, chacune étant marquée
par la prédominance de certaines signatures :
-de
1946 à 1950 : c'est le règne de Gide, Guehenno,
Claudel et Mauriac (qui trouve là l'occasion de s'opposer
à Sartre)
-De
1950 à 1961 : si Mauriac reste très présent
(27% des leaders de la période), d'autres prennent
la relève, tel l'historien Gaxotte
-De
1961 à 1967 : les nouvelles figures ont remplacé
les auteurs d'origine (Brisson, Rousset, Lapouge). Même
Michel Droit, nouveau rédacteur en chef du Figaro
Littéraire ne résiste pas, dans le registre
de la morale, à apposer sa signature au bas de plusieurs
leaders.
Le
journal évoluant vers le "News magazine",
la figure de la "grande plume" s'est peu à
peu effacée devant celle du journaliste.
Du
côté des courriéristes, leur rôle
est très important pour nourrir les pages. Si leur
recul reste relatif (par rapport à l'évolution
des autres catégories) leur nombre n'a cessé
d'augmenter, passant de 3 à 12 permanents entre 1950
et 1967. Dans le même temps, les chroniqueurs ont
vu s'institutionnaliser leurs rubriques : lisible pour le
lecteur, ils bénéficiaient ainsi d'un espace
de liberté réservé.
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Béatrice
Donzelle, Journalisme et journalistes à France-Inter |
| France-inter
doit faire face à des contraintes propres qui relèvent
principalement de ces liens avec le pouvoir politique. L’étude
s’intéresse aux journalistes de France-Inter
entre 1963 et 1982 et à leur contexte de travail.
Ces journalistes sont touchés par les réformes
de 1963 et 1974, où les statuts des personnels sont
revus. Au cours de la période les programmes sont
en lutte constante avec l’information, l’un
prenant successivement le pas sur l’autre. Trois constantes
se dégagent :
-l’exigence
d’informer, de cultiver et de distraire le public
-le
principe des trois éditions quotidiennes
-la
concurrence avec les trois autres stations généralistes
Dans
le même temps, les journalistes doivent chercher à
se démarquer du style écrit. Leur but est
toujours de se rapprocher des auditeurs, de chercher à
aller à l’extérieur. Les journalistes
recherchent toujours plus d’autonomie. Ils veulent
à la fois s’adapter au public et se spécialiser.
Jusqu’en
1968, la politique de l’information est copiée
sur les concurrents (on trouve un grand nombre de formules
journalistiques, l’information a un aspect vivant).
Mai 68 représente une crise grave pour ce média.
Toute sles catégories de personnel se mettent en
grève.
Par
la suite, le journaliste remplace l’animateur, et,
en 1969, le statut des journalistes est réformé.
Dans les années 1970, France-Inter cherche à
se différencier de ses concurrentes : faits et commentaires
sont traités de manière complémentaire.
Les reporters se distinguent des éditorialistes :
deux pratiques et deux styles se dégagent. Le reportage
est alors ressenti comme subversif.
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Jeff
Millié, Les journalistes sportifs pendant la guerre
froide |
| On
observe sur la période une tendance à la faits-diversification
du sport. On peut se demander quelle perception de la guerre
froide ont les journalistes sportifs, dans quel cadre de
références ce conflit est abordé...
Il
s’agit donc ici de faire une analyse sociologique
dans un sous-champ des journalistes spécialisés.
La dispersion des sources et leur aspect disparate pose
problème. L’étude se fonde sur la consultation
des anthologies, des souvenirs journalistiques, la réalisation
d’entretiens (lettres ou interviews) grâce à
l’étude de l’annuaire syndical (le chercheur
dispose ainsi de 20 témoignages directs ou indirects).
Il s’agit d’un microcosme étroit, mais
l’importance exacte des effectifs st difficile à
saisir (près de 6000 journalistes après guerre
au total ; pour repérer les journalistes sportifs
on peut par exemple regarder qui sont ceux qui couvrent
le Tour de France, qui rassemble presque toute la profession)
Sur
le plan de la structure de ce champ, on peut souligner que
ces journalistes aimeraient être considérés
comme des journalistes alors que ce sont le plus souvent
des sportifs. Les réseaux ont un poids très
important. Ils sont perceptibles dans le système
de recrutement, qui se fait massivement par le sport et
le militantisme. La discrimination de ces professionnels
est perceptible dans leurs statuts (piges mensualisées
à Miroir sprint, salariat très rare).
Avant
1914, l’information sportive n’apparaît
que très ponctuellement, puis elle prend une importance
commerciale. La Libération marque une amplification
du phénomène, certains journaux faisant un
effort particulier dans ce sens, comme L’Humanité.
L’Equipe impose ensuite ses modes de perception du
sport et l’information stimule la concurrence (entre
L’Equipe et Sport, communiste, par exemple).
Au
niveau des conditions de travail, on observe une tradition
de solidarité entre confrères. La mobilité
externe de ces journalistes est assez faible ; la mobilité
interne n’existe que pour la presse engagée.
Ces journalistes sont traditionnellement très proches
du monde du sport. Il existe un mythe sportif de l’apolitisme
qui se retrouve dans le journalisme sportif. Il arrive pourtant
que les journalistes se réapproprient des problématiques
extérieures (parfois pendant la guerre froide). Une
temporalité mixte se met alors en place : partiellement
sportive et partiellement politique.
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Claire
Sécail, La chronique judiciaire à la télévision,
de Frédéric Pottecher à Clément
Weill-Raynal |
| La
curiosité du public pour la justice et la complexité
de l’appareil judiciaire font du journalisme sur la
justice un domaine très spécifique. On peut
de fait s’interroger sur les pratiques de ce journalisme
spécialisé.
C’est
en 1954 que la loi interdit les images judiciaires. Il s’agit
alors de rétablir l’autorité judiciaire
et de faire jouer un rôle à la presse dans
un projet de moralisation. L’adoption de cette loi
rencontre un large consensus. La chronique judiciaire devient
dès lors un exercice encadré.
Le
dispositif encore plus encadré de la chronique de
télévision ne pose pas de problème
à Frédéric Pottecher. Il a le goût
de la théâtralité. Sa première
expérience à la radio date de 1937. A la télévision,
sa chronique devient une sorte de one-man-show. Il propose
une nouvelle forme de dramatisation des compte-rendus. Au
fur et à mesure de sa carrière, le chroniqueur
est de mieux en mieux accueillis par les tribunaux. Il trouve
aussi un style et un public pour ses chroniques. Ses interventions
sont souvent très longues (de 5 à 10mn) :
il prend le temps de décrire longuement les audiences.
Pendant dix ans, il réalise en moyenne deux chroniques
par mois.
Une
nouvelle génération de chroniqueurs judiciaires
émerge dans les années 1970 ; ils paraissent
à la fois plus jeunes et plus dociles. Paul Lefèvre
appartient à cette génération. Il a
fait des études de droit, puis de journalisme, a
participé à Paris-Normandie puis s’est
tourné vers la radio, car il éprouvait une
réelle méfiance vis-à-vis de l’image.
Progressivement, le compte-rendu est abandonné, c’est
l’éditorial qui le remplace. La subjectivité
du propos est plus assumée par les journalistes.
Il
faut encore une nouvelle génération pour que
l’image soit utilisée dans la chronique judiciaire.
Mais ces chroniques restent globalement pauvres en images.
Clément Weill-Raynal pratique quant à lui
une vraie rédaction avec les images. Les temps de
plateau diminuent au profit des temps de reportages sur
les affaires judiciaires.
L’encadrement
juridique est très important dans ce secteur. Les
chroniques sont globalement homogènes dans les différents
médias. Ce tableau est à replacer dans une
histoire plus générale du journalisme : la
figure du chroniqueur persiste et la spectacularisation
du journal télévisé lui donne même
une nouvelle place.
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Gilles
Bastin, Les journalistes de l’information européenne
à Bruxelles depuis les années 1960 |
| L’auteur
prépare une thèse de sociologie sur le monde
de l’information institutionnelle à Bruxelles.
Il a réalisé une enquête entre 1998
et 2001 et tente d’analyser les carrières des
rédacteurs. L’évolution des structures
apparaît également à travers ce travail.
Ces
agences emploient majoritairement des professionnels qui
ont déjà un passé à Bruxelles.
Les circuits ne recoupent que partiellement ceux des correspondants
des médias dans la capitale belge. Il est possible
de proposer une sociologie quantitative des flux de main
d’œuvre à partir de l’accréditation
délivrée aux journalistes. Trois entreprises
d’informations ont été successivement
créées. L’étude de ces entreprises
visait à montrer l’évolution de ce monde
de l’information. L’auteur de la recherche a
travaillé dans une des agences et bénéficié
de l’ouverture d’un dépôt d’archives
pour l’autre (Europe). Il s’agit pour lui de
faire une histoire de l’entreprise permettant d’approcher
les mondes sociaux.
Ces
entreprises sont au cœur de la production de l’information.
Il s’agit donc de voir comment l’information
se produit localement, l’économie locale de
l’information à Bruxelles. L’étude
de petites agences locales permet de déconstruire
la firme productrice, en partant des structures économiques.
L’étude s’intéresse à la
fois aux réseaux mis en place, à la nature
de produits élaborés et au rapport à
l’emploi et à la main d’œuvre dans
ce secteur. Trois agences sont étudiées :
- l’agence
Europe (fondée en 1953), elle emploie aujourd’hui
12 rédacteurs (modèle salarial stable) et
publie un bulletin quotidien. C’est une SA luxembourgeoise
et familiale (famille Ricardi) qui bénéficie
des réseaux de soutien dans les institutions européennes.
Elle a aujourd’hui conclut des accords avec la Commission
européenne, qui diffuse le bulletin de l’agence
en intranet.
- IES
(fondée en 1972), elle emploie 16 rédacteurs
(pigistes le plus souvent) et publie un bulletin bi-hebdomadaire.
Elle a été fondée par un groupe de
jeunes Grenoblois dont plusieurs étaient d’anciens
rapatriés d’Algérie. Il s’agissait
de concurrencer l’agence Europe, jugée trop
fédéraliste. L’agence s’adresse
essentiellement aux milieux économiques et publie
une multitude bulletins spécialisées.
- Euractive.com
(fondée en 2000), diffuse ses informations sur internet
(elle n’emploie qu’un seul journaliste). Fondée
par un haut fonctionnaire et un député européen
vert, cette agence veut fédérer les mouvements
de lobbying européens.
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Eric
Lagneau, Le style agencier : les journalistes de l’AFP |
| L’auteur
travaille à l’AFP depuis 1995 (secteur sport),
ce qui lui permet d’effectuer des observations, de
réaliser des entretiens (une quarantaine) et de suivre
des journalistes sur le terrain. L’importance des
agences est reconnue, mais les travaux les étudiant
sont peu nombreux.
Ces
journalistes sont peu nombreux (environ 6000 journalistes
pour les trois agences mondiales, dont 1250 pour la seule
AFP). Ce journalisme qui se veut une référence
dans le domaine de la chasse aux nouvelles est pris dans
les logiques professionnelles et politiques complexes puisque
dès le départ, les agences (à commencer
par Havas) ont aussi dû négocier avec le pouvoir
politique (ce qui fonde à la fois la légende
dorée et la face sombre des agences). Le modèle
du journalisme d’agence a lontemps été
relativement atypique en France (plus marquée par
le journalisme littéraire ou politique). Le fait
de parler de « chasseur de nouvelles » est aujourd’hui
un peu biaisé : il y a en fait une coopération
avec les sources (on peut parler de « rabatteurs »,
voire d’un « gibier tout cuit » tombant
dans l’assiette).
Par
son statut de 1957, l’AFP est un organisme juridique
unique, une « coopérative de journaux financée
par l’Etat ». L’objectivité est
une obligation légale de l’AFP. Un conseil
supérieur surveille son travail. Un process de qualité
est d’ailleurs mis en place : il apparaît dans
le mode d’organisation de l’agence, la production
est séparée du desk. Ce process apparaît
également dans l’écriture des agenciers
(le premier paragraphe, le « lead », doit donner
l’essentiel ; sur l’ensemble du texte, on trouve
un ordre d’intérêt décroissant).
La distanciation est primordiale dans ce mode d’écriture
(voir J.G. Padioleau, La Rhétorique de l’objectivité).
Une partie de ce travail peut aussi ressembler à
du journalisme d’enregistrement. Ce travail a une
forte dimension collective, de plus fortement codifié
et normé.
Sur
le plan sociologique, on note que les agenciers de l'AFP
à statu siège sont majoritairement des hommes,
de nationalité française (83%), plus âgés
que la moyenne de la profession. Le turn-over est faible.
Ces journalistes ont, dans une proportion plus importante
que dans le reste de la population (26% contre 12%), été
formés dans les écoles de journalisme ; ils
ont des rémunérations supérieures à
la moyenne. Ces caractéristiques pourraient en faire
une sorte d’élite de la profession, mais ces
journalistes se démarque de l’élite
par leur déficit de visibilité sociale.
Le
paysage médiatique a beaucoup évolué
au cours des 20 dernières années ; les sujets
et les supports se sont diversifiés. D’importants
problèmes de sélection sont apparus. Progressivement,
l’AFP a davantage recours à la rhétorique
de l’expertise critique.
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Marie-Annick
Batard, Les journalistes critiques de cédéroms,
nouvelle catégorie de journalistes spécialisés
? |
L’étude
porte sur la critique de cédérom depuis l’apparition
massive de ce genre journalistique en 1994 (le cédérom
lui-même apparaissant en 1985). Le corpus est constitué
de 7 quotidiens nationaux, 6 hebdomadaires et 4 quotidiens
régionaux. Bernard Miège souligne la filiation
entre les jeux vidéo, les nouvelles technologies
et les « produits culturels ». Dans ce secteur,
la critique a un sens proche du discernement désigné
par Starobinski, c’est un exercice de jugement de
repérage. On l’étudie dans ce qu’elle
peut être proche de la critique littéraire
ou de théâtre.
A
la fin des années 1980, apparaît le «
disque optique musical ». Il s’agit d’un
support pour le son, mais son nom indique bien qu’il
pourrait supporter autre chose. En 1993, un nouveau discours
émerge sur les nouvelles technologies et les jeux
vidéo (alors que la presse spécialisée,
comme Tilt en parle depuis les années 1980). Lors
d’un colloque organisé au mois de décembre
2000 au centre Georges Pompidou, intitulé «
Presse, TV et internet, des journalistes différents
», une réflexion sur les enjeux du secteur
a été entamée.
Au
moment où cette critique débute, les rédactions
mettent en place leurs sites internet (il s’agit de
différencier les groupes de journalistes faisant
l’un ou l’autre, voir Denis Ruellan sur la polyvalence
et la spécialisation). Le Monde interactif est un
cas particulier puisque l’équipe produit un
supplément papier et gère le site du journal
(la filiale est possédée à 66% par
Le Monde et à 33% par Hachette). Le Monde met ensuite
en place un partenariat avec Canal Plus (en 1999) qui lui
permet de s’assurer des contenus sur la longue durée.
Est-ce
qu’une nouvelle catégorie de journalistes hyper
spécialisés apparaît ? Ce ne sont pas
des techniciens formés au journalisme mais des journalistes
confirmés qui s’intéressent aux nouveaux
supports. Certains journaux (L’Express) font toutefois
appel à des ressources extérieures. Le statut
journalistique pose le plus souvent problème.
On
assiste à une légitimation progressive du
cédérom et de sa critique. La hiérarchie
de ce sous-secteur respecte les usages en cours dans les
différents organes de presse. Dans certains cas,
on observe une hyper spécialisation des journalistes
(A. Rivoire travaille sur les contenus multimédias)
Ce sont parfois les critiques culturels ou littéraires
qui se chargent des cédéroms encyclopédiques.
A l’origine, les secteurs des rédactions concernés
par les cédéroms sont l’économie,
la culture, la consommation et la documentation. Un sous-corps
particulier se constitue progressivement dans le champ.
Cette critique spécifique disparaît progressivement
au profit de pages ponctuelles sur certains cédéroms.
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