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Ouvrages de référence

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SARTORIUS Francis, Tirs croises. La petite presse bruxelloise des annees 1860, Tusson, Du Lerot Editeur, 2004.

Gabriel Thoveron le rappelle dans la préface de ce considérable travail, la « petite presse » est née avant la « grande » ou la « grosse », pour parler comme Veuillot : vendues à la criée, colportées, ces feuilles occasionnelles furent, dès l’origine, le reflet d’une mobilité, d’une invention, d’un primesaut que l’on retrouve au xixe siècle dans les multiples aventures éditoriales que nous conte Francis Sartorius. La petite presse bruxelloise des années 1860 voit pulluler les « irréguliers », les « réfractaires ». À Bruxelles se retrouve alors tout un peuple de proscrits du coup d’Etat, de maîtres-chanteurs, de roussins de tout poil, de déserteurs, d’utopistes fumeux, de folliculaires à la traîne, mais aussi d’authentiques hommes de plume vraiment capables d’engager le combat contre l’ordre établi et de tailler des croupières au régime de Napoléon III. Ce volume bourré d’informations n’est pas seulement un modèle d’érudition qui reflète un long défrichage des Archives de la Ville de Bruxelles : c’est une mine de récits, de biographies où un scénariste pourrait puiser à pleines mains. On se plaît ainsi, par exemple, à suivre à la trace un certain Charnal : amant d’une actrice lyonnaise, il change d’identité pour échapper aux poursuites de sa famille bien décidée à rompre cette liaison. Il crée à Lyon Le Guignol et Le Gnafron et, croulant sous les poursuites judiciaires, juge prudent de prendre le large. Il gagne d’abord la Suisse et lance à Genève une feuille sans lendemain baptisée… L’Avenir, avant de rebondir à Bruxelles dans l’équipe de La Cigale, journal satirique, où il se fait l’interprète de la pensée de Cœurderoy. La rédaction de ce vaillant journal compte aussi dans ses rangs Pierre Vésinier, qui crée sans relâche des sections de l’Internationale, suscitant l’adhésion de trente mille houilleurs ! On le retrouvera, comme bien d’autres, dans la Commune (c’est lui qui remplacera Longuet à la direction du Journal officiel quelques jours avant la Semaine sanglante). La vie d’Alphonse Vanden Camp, alias Camille Soubise, l’auteur de La Chanson des blés d’or (cf. le n° 1 d’Histoires littéraires), tient carrément du roman : « À l’instar de Frégoli, il passa son existence à masquer son identité véritable », écrit Francis Sartorius qui a reconstitué son itinéraire rocambolesque, semé d’épisodes plutôt louches. Comment expliquer, par exemple, que, condamné par contumace le 23 avril 1873 « à la déportation dans une enceinte fortifiée » par les tribunaux versaillais, il soit arrêté et promptement acquitté un mois plus tard ? Quelques années plus tôt, il avait été soupçonné d’être un mouchard de la police impériale : ceci explique peut-être cela. Bref, cet épais volume n’est pas seulement une somme d’« histoires littéraires », c’est une plongée captivante dans un monde foisonnant. Qui nous donnera maintenant un volume équivalent sur la petite presse parisienne ?
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Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Tirs-croises-La-petite-presse.html

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