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Ouvrages de référence

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SORLIN Pierre, Sociologie du cinéma, Paris, Aubier-Montaigne, 1977.

La sociologie du cinéma, en France, oscille entre le journalisme qui en reste à la description de l’écume des choses, la critique qui croit que, parler d’un film, le raconter et le juger c’est en faire l’étude et, enfin, les recherches sémiologiques dont on ne niera pas l’intérêt et le sérieux, encore que, parfois, ce sérieux se résume au seul sérieux de l’effort qui est demandé pour déchiffrer un texte, hermétique plus qu’il n’est permis. Avec l’ouvrage de Pierre Sorlin nous sommes, enfin, devant un des très rares livres de sociologie du cinéma, à côté des travaux de Claude Degand — où dominent les considérations économiques — et ceux de Marc Ferro — où domine l’analyse filmique. A partir de l’investigation très fine de la production du cinéma italien, Sorlin entreprend une démarche qu’il qualifie de démarche d’un historien qui trouve dans le cinéma un objet privilégié puisque celui-ci « offre l’exemple d’une pratique culturelle » de masse assez proche de nous pour » qu’on puisse interroger acteurs et témoins, » assez ancienne pour que nous en prenions » déjà une vue à distance ». Il serait très regrettable de croire qu’on est devant un travail d’historiographie alors qu’il s’agit de quelque chose qui se situe à l’opposé. L’auteur étudie le fonctionnement économique de l’industrie du cinéma, la relation qu’il y a entre le cinéma et le système social global (la société capitaliste), enfin l’effet idéologique et l’effet imaginaire du cinéma sur l’âme collective. Une notion, dont l’usage paraît permettre de lever bien des difficultés, est introduite : la notion de « mentalité », qui ne se confond pas avec celle d’idéologie. Et l’auteur s’explique ainsi : « La mentalité est la façon dont un groupe » socialement délimité, en l’occurrence le groupe des cinéastes, perçoit sa position » dans la société, évalue les obstacles et » les défis auxquels il se heurte, apprécie » ses chances de succès, organise sa propre » action en fonction des limites qui lui sont » imposées. » Prendre au sérieux la notion de « mentalité » impliquera... « qu’on dépasse l’explication par les seules conditions économiques et qu’on renonce à se rabattre sur les "intentions" ou la biographie des "auteurs" pour s’attacher au groupe producteur envisagé dans l’ensemble des rapports qu’il noue avec sa » clientèle et avec le reste de la société » où il trouve place ». Une nouvelle voie est ainsi offerte pour comprendre comment le cinéma fabrique des significations sociales et par quels relais la société, en quelque sorte, « lui passe commande ».

Recension d’André Akoun
Communication et langages, 1978, vol. 37, n° 1, p. 123.
URL : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/colan_0336-1500_1978_num_37_1_1188

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Sociologie-du-cinema.html

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