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Appel à contribution

"Sigles et acronymes en politique (SAcroPol)", Dossier de la revue Mots. Les langages du politique (2011)

La revue Mots. Les langages du politique entend publier en 2011 un dossier rassemblant des travaux portant sur les sigles en politique.

Problématique générale :

Le sigle en discours / Le sigle comme discours On s’intéresse au sémantisme politisant de la siglaison, des sigles et des acronymes, en partant d’un certain nombre d’acquis en la matière :

  • le processus de siglaison fait sens par lui-même, et peut être contesté ou valorisé : que fait-on, que veut-on dire quand on crée un sigle ou un acronyme en politique ? 
  • le sigle ou l’acronyme peut avoir un sens spécifique par rapport à la dénomination siglée dont il n’est généralement pas une simple variante, jusqu’à la perte de toute transparence motivationnelle : en politique, que dit le sigle ou l’acronyme de différent de ce que dit le syntagme siglé ?
  • selon l’usage qu’on en fait, le sigle ou l’acronyme prend un sens particulier en contexte : que veut-on dire et que comprend-on lors de chaque usage d’un sigle ou d’un acronyme en politique ?

La perspective sémantique doit être mise en relation avec les dimensions phonique, prosodique, graphique, morphologique et syntaxique de la siglaison. La création et l’usage des sigles doivent être appréhendés en discours, dans une perspective pragmatique et interactive. Les articles soumis pourront s’appuyer notamment sur des études de corpus, ou sur des enquêtes socio-linguistiques. La référence au politique s’entend ici de façon large : vie politique (concurrence des acteurs et des organisations), politiques publiques (de la mise sur agenda à l’évaluation), politisation/dépolitisation (représentations et mises en scène de la conflictualité sociale). Plutôt qu’un repérage systématique des spécificités de la siglaison dans le domaine politique, ce qui supposerait un improbable travail comparatif avec d’autres domaines, on attend principalement des études de cas portant sur la genèse, les formes et les usages de la siglaison en politique.

Rappels sur la siglaison

La siglaison revient à créer un néologisme : elle contribue à la créativité lexicale. La siglaison est une modalité de formation des mots par abrègement (réduction graphique et phonétique), concurremment à la dérivation et à la composition. La siglaison est une forme d’abrègement d’une unité syntagmatique ou phraséologique, concurremment à l’ellipse, à la troncation, à la juxtaposition sans mot de liaison, et à l’abréviation (l’abréviation ne se lit pas telle quelle mais on lit ce qui a été abrégé, alors que le produit de la siglaison se lit tel quel : procédé graphique v. phénomène lexical). Ainsi, un symbole sous forme de lettres, même sous la forme de lettres initiales de plusieurs mots, n’est pas un sigle, mais constitue un usage particulier de l’abréviation. Sigler un syntagme consiste à retenir la ou les lettres initiales de certains ou de tous les éléments le composant, et à les rassembler dans un mot unique nouveau. La siglaison fonctionne tant dans la langue courante que dans les langues de spécialité, et tant à l’écrit qu’à l’oral. Le mot nouveau produit par la siglaison peut être de deux sortes : s’il est lu en l’épelant, en dénommant chaque lettre séparément (prononciation disjointe), c’est un sigle stricto sensu ; s’il se lit comme un mot (prononciation intégrée), c’est un acronyme, oralisé comme un mot. On notera que le mot-valise ne relève pas de la siglaison : il est constitué de syllabes de mots différents, et non pas des lettres initiales de mots différents. La siglaison est déjà présente dans l’Antiquité, mais devient de plus en plus fréquente au cours du 20ème siècle, notamment dans certains domaines dont ceux de la vie politique et des politiques publiques ; elle est particulièrement utilisée en français et en anglais, mais elle l’est aussi notamment dans les langues germaniques, romanes et slaves ; son usage se démultiplie avec la mondialisation.

Pistes de recherche et questionnements

Socio-genèse : la création d’un sigle ou d’un acronyme

  • Que sigle-t-on en politique ? On sigle des dénominations propriales ou communes de référents divers (sigles monoréférentiels ou catégorisants) : noms propres d’organisations (syndicales, politiques, associatives), d’institutions (tribunaux, assemblées, organisations internationales), de collectivités (pays, régions, syndicats territoriaux), de textes juridiques (lois, traités), de politiques publiques, de personnes (« initiales ») ; noms communs : catégories d’actes, de dispositifs, d’organisations, d’institutions, de personnes…Mais on sigle aussi des expressions, des formules… produisant des sigles à valeur d’adjectifs.
  • Dans quels cas sigle-t-on en politique ? On peut repérer des contraintes et des probabilités de la siglaison, sous forme de sigle ou d’acronyme : formes de la dénomination siglée (nombre, taille, structure et prononciation des mots) ; propriétés du référent (politiques, juridiques, biologiques) ; conditions de lieu et de temps (cultures, périodes, normes, modes – siglomanie).
  • Pourquoi et pour quoi sigle-t-on (crée-t-on un sigle ou un acronyme) en politique ? Finalités linguistiques et pragmatiques de la siglaison : économie (le sigle entre expansion syntaxique et condensation lexicale) ; efficacité dénominative, facilité, rendement, humour, emphase, préciosité, jargon, argot, cryptage, mobilisation, moquerie, cocasserie, légitimation, délégitimation, euphémisation, occultation, abstraction, précision, concision, sublimation, connotation, mémorisation, modernité, jeu ; rapidité d’émission, de transmission et de réception… Siglaison et langue de bois.

Propriétés morphosyntaxiques du sigle ou de l’acronyme politique : A quoi ressemblent sigles et acronymes en politique ? Quelles sont les contraintes de leur construction ?

  • La forme du sigle : le choix des mots, lexicaux ou non lexicaux, pris en compte dans la siglaison (siglaison intégrale ou partielle) ; le choix des lettres (initiales / non initiales, facilité de prononciation, esthétique et symbolique du sigle) ; l’écriture des lettres (tout majuscules / tout minuscules / partie en majuscules et partie en minuscules / majuscule initiale seule, i.e. écriture comme un nom propre, ce qu’il est souvent de fait, tailles égales / inégales) ; présence ou absence de points abréviatifs (devenus rares mais a priori logiques dans les sigles, du moins tant que l’origine du sigle reste présent à l’esprit ; généralement et logiquement exclus dans le cas de l’acronyme) ; présence éventuelle d’un tiret ou d’une barre transversale ; éventualité de l’insertion d’un chiffre pour représenter la répétition d’une lettre (géminée graphique), courante en marketing ; citations, reprises et réminiscences (les connotations du sigle) ; emprunts et traductions, sigles communs à plusieurs langues pour des syntagmes sources différents.
  • La prononciation : analytique, par épellation (sigle) ou synthétique (acronyme) ; prononciation mixte (en partie sigle, en partie acronyme) ; prononciation de chaque lettre (notamment du e) ; élision ou non élision du déterminant éventuel ; diversité de prononciations ; réécriture phonétique du sigle ; opacification, démotivation du sigle.
  • Les propriétés syntaxiques et grammaticales : présence ou absence de déterminant ; combinaison de sigles ou d’acronymes ; invariabilité ou accord en genre (généralement celui du premier constituant) et/ou en nombre (si le sigle fonctionne comme nom commun) ; valeur de noms propres (l’étude de la siglaison politique est alors une contribution à l’onomastique politique : c’est certainement l’essentiel du siglaire politique) ou de noms communs.

Productivité linguistique du sigle ou de l’acronyme

  • Dérivation : dérivés adjectivaux, nominaux, verbaux (et déverbaux) ; concurrence de dérivations ; absence de dérivation ; forme de la dérivation (affixation par préfixe ou suffixe) ; existence de dérivation parasynthétique ? de dérivation inverse ? de dérivation dite « impropre » (par transfert de classe lexicale : le sigle a presque toujours au départ valeur de nom, mais peut prendre valeur d’adjectif) ?
  • Composition : formation de mots composés, dont des mots-valises composés d’au moins un élément obtenu par troncation d’un mot.

Usages du sigle ou de l’acronyme : Comment et pour quoi utilise-t-on les sigles ou les acronymes en politique ?

  • Contentieux et concurrences des sigles : sigles revendiqués, imposés, contestés ; synonymie (sigle unique et sigles concurrents) ; homonymies et détournements de sigles (paronomase, défigement, rephonétisation graphique) ; homonymie (volontaire ou non) d’un sigle avec un mot existant dans le lexique courant ou avec un nom propre (métaphore, métonymie).
  • Changements, abandons et disparitions : conservation ou perte plus ou moins générale de la motivation (de l’énoncé complet initial, voire du sens de la source), d’où ambiguïté ; instrumentalisation et détournement ; glissement de sens ; usage des sigles ou acronymes et niveaux de langues ; portée argumentative des sigles : prononciations inattendues (acronyme épelé, sigle lu).
  • Lieux d’usages des sigles en politique : usages écrits (monuments, médailles, tracts, presse, badges, banderoles) ; usages oraux (radio, télévision, interview, discours de différents types).
  • Usages dans des figures tropiques : antonomase du sigle nom propre (perte de tout lien avec un syntagme source, écriture en minuscules, accords) ou du sigle nom commun ; métaphore ; métonymie.
  • Mise en image (graphisme, logotype) et en slogan.
  • Jeux de mots : anagramme, calembour, contrepèterie…

Modalités de soumission

Les contributions pourront prendre la forme d’articles (maximum 40 000 signes tout compris) ou de notes de recherche (maximum 15 000 signes tout compris). Les auteurs pourront soumettre aux trois coordonnateurs, avant le 1er novembre 2009, un avant-projet (3 000 signes maximum tout compris), dont l’acceptation vaudra encouragement mais non pas engagement de publication. Les contributions devront être proposées aux trois coordinateurs avant le 1er mars 2010. Conformément aux règles habituelles de la revue, elles seront préalablement examinées par les coordinateurs du dossier, puis soumises à l’évaluation doublement anonyme de trois lecteurs français ou étrangers de différentes disciplines. Les réponses aux propositions de contributions seront données à leurs auteurs au plus tard en juillet 2010, après délibération du Comité éditorial. Les références bibliographiques devront figurer en fin d’article et être mentionnées dans le corps du texte sous la forme : (Machin, 1983). L’usage des caractères italiques sera réservé aux mots et expressions cités en tant que tels, et les guillemets aux énoncés dûment attribués à un auteur, ou à la glose d’un syntagme. Un résumé de cinq lignes et cinq mots-clés seront joints à l’article.

Coordination du dossier
Paul Bacot, paul.bacot@univ-lyon2.fr
Dominique Desmarchelier, dominique.desmarchelier@parisdescartes.fr
Jean-Paul Honoré, jp.honore@wanadoo.fr

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Sigles-et-acronymes-en-politique.html

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