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Ouvrage : Rudolf Stöber, Mediengeschichte. Die Évolution « neuer Medien » von Gutenberg bis Gates. Eine Einführung (Westdeutscher Verlag, 2005). Recension par Ursula E. Koch.

L’Histoire des médias de Rudolf Stöber s’intègre bien dans la tendance de la recherche actuelle et tiendra sans doute son rang parmi les publications spécialisées. Dans une introduction très détaillée (pp. 9-42), au début du 1er volume, l’auteur explique qu’il se laisse guider par le « canon » des Sciences de la communication. Ce faisant, il traitera la presse écrite et audiovisuelle (radio, TV, cinéma) ainsi que les technologies nouvelles ou plus anciennes (le téléphone, le télégramme, l’ordinateur, Internet). En revanche, à l’opposé d’auteurs aussi connus que Friedrich Kitteler, Niklas Luhman et Marshall MacLuhan, Stöber n’étudie ni le discours, ni le livre ni le disque. Voici encore un ouvrage qui ne manque pas d’originalité. Stöber réfute en quelque sorte la fameuse « théorie des systèmes » au profit de la théorie de l’évolution, empruntée aux biologistes, et de la théorie de la diffusion, subdivisée en trois phases (1. invention, 2. innovation, 3. diffusion) par l’économiste autrichien Josef Alois Schumpeter (p. 30-42).

Disons sans tarder que les deux volumes se distinguent par leur allure didactique, agréable pour les lecteurs. Chacun des chapitres commence par une introduction qui résume son contenu. Le texte lui-même contient des sous-titres, des encadrés et des « thèses ». En plus, des illustrations nombreuses (37 au total) et 48 tableaux aèrent les pages. En revanche, les deux bibliographies (à la fin de chaque volume) nous paraissent bien minces. L’auteur ne retient que quelques ouvrages « de première nécessité » et renvoie le lecteur plus curieux à ses innombrables notes en bas de page. On ignore quel « canon scientifique » a servi à établir ces mini-bibliographies, classées selon leurs thèmes.

L’introduction est suivie par le premier chapitre qui, lui aussi, débute par l’évocation de Gutenberg (p. 43-155). Il va de soi que l’auteur se sert de son Histoire de la presse, en recourant notamment à sa fameuse « systématique ». Louons son souci de dépasser l’histoire nationale en complétant chaque chapitre par des passages consacrés à la presse étrangère, quitte à commettre par-ci par-là une erreur. Ainsi, en France, la liberté de la presse n’a nullement été instituée « de façon durable » en 1871.

Le chapitre suivant (p. 151-215) traite de l’évolution technique et des conséquences économiques de la télécommunication ; on peut le considérer comme une charnière entre le 1er et le second volume.

Dans le second volume, Stöber parle, en trois chapitres, successivement du cinéma (« la magie des images »), de la radio (« la fenêtre ouverte sur le monde ») ainsi que des technologies récentes (ordinateurs, Internet) qui, toutes, remontent à des paternités diverses. Ces trois chapitres sont structurés de façon semblable : Au début, figure une définition de chaque concept ; ensuite, l’évolution technique et les facteurs économiques sont décrits de manière très détaillée. Dans le chapitre sur le cinéma (p. 9-71), où il est aussi fait allusion aux « Actualités » (Wochenschau), le lecteur est confronté à une foule d’indications relatives aux chiffres, faits, noms propres (metteurs en scène, acteurs) et titres. Cependant, rarement, l’auteur va jusqu’à interpréter un film ou jusqu’à approfondir une question.

Le chapitre consacré à la radio (p. 72-150) apporte des indications fort instructives. L’auteur a d’ailleurs bien fait de souligner que ni la Grande guerre ni la Seconde Guerre mondiale n’ont accéléré l’évolution technique de la radio et de la télévision. Bien au contraire. Elles l’ont plutôt ralentie. L’analyse de la diversification des programmes est susceptible d’intéresser maints connaisseur de la question. En ce qui concerne la France, il y a pourtant lieu d’apporter quelques rectifications. Voici un exemple parmi d’autres. L’Office de Radiodiffusion Télévision Française (ORTF) n’a pas été fondé « vers la fin des années cinquante » (p. 110), mais en 1964.

Des pages 207 à 262, destinées à résumer ce qui vient d’être dit, Stöber interprète sa description de l’évolution des médias (à l’aide de cinq illustrations) en disant qu’il s’agit d’un « processus circulaire », définition que l’on peut aussi bien réfuter qu’admettre. Une fois de plus, il s’appuie sur l’historiographie économique et technique pour expliquer les trois phases de la différenciation des médias : invention, innovation et diffusion. En se référant à la rivalité entre les médias « anciens » (jadis : médias nouveaux) et les médias « récents », il aboutit à la conclusion que voici : un média peut se maintenir en vie à condition d’offrir au public ce qu’aucun autre média ne peut produire (p. 248).

Rudolf Stöber a dédié son Histoire des médias à son « maître », le professeur Bernd Sösemann (Université libre, Berlin). Il a publié cet ouvrage dans la célèbre collection « Livres d’études : Sciences de la communication et des médias », collection dirigée par les collègues Günter Bentele, Hans-Bernd Brosius et Otfried Jarren. Cette collection est destinée à apporter à ses lecteurs une vue « globale, solide, dense et actuelle sur les théories, les nouvelles approches, les méthodes et les résultats de la recherche ». Une telle vue « globale » est présentée par cet ouvrage, en dépit des quelques objections énoncées ci-dessus. Si l’on veut en savoir davantage, il faut se plonger dans des publications thématiques menant encore plus loin.

Ursula E. Koch

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 5, automne 2005, p. 242-244.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Rudolf-Stober-Mediengeschichte-Die.html

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