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Ouvrages : Thomas Maissen, 225 Jahre Neue Zürcher Zeitung. Die Geschichte der NZZ 1780-2005 (Neue Zürcher Zeitung Verlag, 2005) ; Conrad Meyer, 225 Jahre Neue Zürcher Zeitung. Das Unternehmen NZZ 1780-2005 (Neue Zürcher Zeitung Verlag, 2005). Recension par Alain Clavien.

La Neue Zürcher Zeitung est un journal de référence de réputation internationale. A l’occasion du 225e anniversaire de sa naissance, un coffret de deux livres propose une histoire de ce monument de la presse helvétique. Cette histoire est en partie connue, grâce aux travaux de Leo Weisz portant sur le premier siècle du journal, et aux souvenirs, très hagiographiques, de quelques rédacteurs en chef à la retraite. Dans ce contexte, l’apport de ce coffret est double : d’une part, le premier volume aborde la période très contemporaine, les années 1960 à 2000 ; d’autre part, et surtout, le deuxième volume, consacré à l’entreprise, apporte de nombreux chiffres et renseignements commerciaux ou financiers inédits, qui permettent de mieux comprendre la success story de ce journal.

Lancée à la fin du 18e siècle par une importante maison d’édition zurichoise, la Zürcher Zeitung, qui ne devient « neue » qu’en 1821, avec l’arrivée à sa tête de l’un des meneurs du mouvement libéral suisse, Paul Usteri, est à la fin du 19e siècle, un journal suisse important, proche du pouvoir radical et des milieux bancaires zurichois. Mais c’est dans les années 1880 que se mettent en place les éléments qui vont lui permettre une ambition internationale : professionnalisation de la rédaction, développement de la rubrique culturelle, acquisition d’un immeuble pour y loger la rédaction et les services commerciaux, création de sa propre imprimerie, enfin, un peu plus tard, en 1912, création de sa propre agence d’annonces. Au lendemain de la Grande Guerre durant laquelle la NZZ a fait de bonnes affaires, comme plusieurs autres quotidiens suisses du reste, le Conseil d’administration prend l’option stratégique d’en faire un grand journal international, à un moment qui semble favorable étant donné l’état de l’Allemagne et de l’Autriche diminuées par la défaite. Cela se traduit par une augmentation du capital, le développement du réseau de correspondants étrangers et le renforcement de la rubrique économique, mais surtout par un désengagement de la politique politicienne zurichoise : les radicaux zurichois lancent la Volkszeitung, qui s’occupera de la polémique locale pour en délivrer la NZZ promise à d’autres avenirs. La dictature nazie débarrasse le journal zurichois de ses grands concurrents allemands et lui confère une auréole résistante. Au lendemain de la guerre, dans un paysage médiatique allemand désolé, la NZZ s’impose. Les dernières années du xxe siècle seront celles d’une diversification intelligemment menée : développement du secteur imprimerie, création d’une maison d’édition, prise de participation dans quelques grands quotidiens régionaux, lancement d’un supplément dominical, NZZ am Sonntag, puis d’un magazine NZZ Folio, lancement de l’émission de télévision « NZZ Format »…

Malgré ses apports, cette nouvelle histoire de la NZZ reste décevante. Décevant, l’a priori méthodologique qui consiste à séparer l’histoire idéologique du journal de son histoire économique, comme s’il n’y avait aucun lien entre ces deux domaines. Décevant aussi, le fait de ne jamais replacer le quotidien dans son environnement médiatique concurrentiel, comme si la NZZ était incomparable… Décevante encore, la volonté de privilégier la rubrique internationale, où le journal se montre plutôt ouvert, et de ne pas évoquer la rubrique nationale, pourtant si importante dans la vie politique suisse – mais il est vrai qu’ici, l’image qui s’imposerait serait celle d’un journalisme de connivence voire d’un commerce incestueux avec les hautes sphères du pouvoir politique et économique helvétique… Décevante enfin, mais plus prévisible de la part d’insiders – les deux auteurs sont très proches du journal –, l’occultation des dérapages du journal, par exemple ses délations dans les années 1950, lorsque, emporté par sa fougue anticommuniste, il n’hésitait pas à publier des noms de fonctionnaires membres du parti communiste en appelant à leur révocation…

Au fond, ces deux volumes sont une pièce de plus à la légende dorée que la NZZ s’est bâtie depuis la Seconde Guerre mondiale. Les archives de l’entreprise lui étant interdites, l’historien fera toutefois son miel des nombreux renseignements inédits apportés par cette publication nouvelle.

Alain Clavien

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 7, hiver 2006-2007, p. 272-273.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrages-Thomas-Maissen-225-Jahre.html

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