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Ouvrage : Timothy E. Cook, Governing with the news (University of Chicago press, 1998, 2005). Recension par Michael Palmer.

Le postulat : aux États-Unis, les médias d’information sont bel et bien une institution politique et les journalistes des acteurs politiques, fortement impliqués dans la gestion au jour le jour de l’agenda, non seulement celui des composantes de l’actualité, mais surtout celui du modus operandi de ceux qui gouvernent. Le rappel historique : les médias d’information (news-media) aux États-Unis sont à penser à la fois dans le sillage de la séparation des pouvoirs, chère à la fois à Montesquieu, qui la tenait pour le fondement de la liberté en Angleterre, et aux « pères fondateurs » de la Constitution des États-Unis – après l’importance accordée à cette séparation des pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire qui se substitue, pourrait-on dire, à la distinction si longtemps pratiquée, en Europe notamment, entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel – il conviendrait de concevoir « la presse » non comme un « pouvoir autonome » mais comme une institution intermédiaire, semblable en quelque sorte au système des partis politiques ou des groupes d’intérêt (p.211, n. I).

Professeur de la communication de masse et de sciences politiques, Cook assure des enseignements sur « presse et gouvernement » depuis 1990 ; sa thèse de doctorat, elle, portait sur les stratégies médias des « députés » de la Chambre des Représentants ; né sous l’administration Eisenhower (années 1950), il poursuit depuis longtemps ses propres analyses de l’action et la place politique des journalistes-news et intègre la production des chercheurs et des journalistes consacrée à la question. La réédition de son ouvrage en 2004 l’amena à revisiter son argument de départ, fort des avancées bibliographiques depuis la parution de la première édition (1998), et face aux interrogations aiguisées par l’impact depuis lors de médias tenus pour plus interactifs et plus individualisés, face à l’atomisation des médias dits « de masse » et face aussi aux perceptions qui voudraient que les Etats-Uniens accordent une confiance décroissante aux médias, et un intérêt moindre aux nouvelles.

L’argument principal de Cook : les moyens d’information – qu’on les appréhende comme organisations ou selon leur copie, leurs produits – ne sont nullement indépendants de la politique. Au contraire : la politique publique ainsi que les décisions et les pratiques des politiques façonnent le fonctionnement, l’environnement et les rapports de force entre les médias (dits « traditionnels » ou « nouveaux ») ; et ce, depuis la création même des États-Unis. Il convoque à cette fin l’apport des travaux comme celui de Paul Starr, The creation of the media The political origins of modern communications, 2004 (cf. Le temps des media, n° 5) et des travaux états-uniens de science politique (qui ne seraient que de « l’histoire analytique » p.198) – sous-discipline aussi en vue aux États-Unis que l’est l’économie politique de la communication. Pour Cook, les médias d’information (ceux qui couvrent l’actualité politique nationale, tout au moins) sont à concevoir comme un ensemble ; ils donnent surtout la parole aux voix institutionnelles des puissants ; ils font écho à l’agenda des objectifs du politique mais contestent, au jour le jour, la performance du politique dans la réalisation des buts recherchés ; quel que soit le nombre croissant des vecteurs média de l’information et la segmentation voire individuation des pratiques des « publics », la grande majorité des journalistes souscrivent encore à une vision plutôt consensuelle de leur action (fournir de l’information exacte et utile, dévoiler l’injustice, ne pas « idéologiser » le débat public…). Le développement le plus intéressant de son argument est centré sur la distinction opérée entre « l’attention », variable, du public et celle, constante, des élites ; la publicisation de telle ou telle « info » – au moment que celles-ci préfèrent choisir, certes – leur est nécessaire, même si « l’opinion publique » elle, lui serait indifferente : d’où la stratégie des élites de « going public without the public », de publiciser même si le public s’en désintéresse…

L’ouvrage est organisé en trois parties : « le développement politique des médias d’information aux États-Unis » ; les médias comme institution politique ; le « gouvernement par la publicité ». Une fois de plus – on pourrait évoquer, en contrepoint, le travail de l’historien du journalisme Thomas C. Leonard, News for all (O.U.P., 1995) – le ‘média-politiste’revisite ici l’histoire des médias aux États-Unis pour pouvoir renforcer son argument à propos du passé récent et des temps à venir. On est d’autant plus convaincu par la pertinence de sa thèse à propos du dernier demi-siècle (le tournant des années 1960-70) qu’on reste songeur devant une certaine instrumentalisation de l’histoire des médias de la période antérieure. Toujours est-il que quel que soit la discipline d’origine - l’histoire, les sciences politiques ou « le journalisme/communication » -, force est de reconnaître que la production d’ouvrages de qualité sur l’histoire des rapports entre société, politique, et médias outre-Atlantique est maintenant chose ancienne. Boutade qui en dit long – si ce n’est que parce que totalement dépassée : dans les années 1970, on affirmait que le système politique traditionnel centré sur deux partis majeurs s’effaçait devant le rôle dominant des trois réseaux (ABC, CBS, NBC) ; société, économie et politique aux États-Unis se donnent à voir depuis longtemps par médias interposés, comme le démontrent des chercheurs soulignant tour à tour l’importance du facteur politique ou technique dans ce processus. A nous-mêmes de rêver à notre tour… et si les lecteurs-abonnés des journaux, au 19è siècle, qui tiraient profit du tarif postal réduit pour écrire leurs commentaires sur l’exemplaire du journal qu’ils recevaient avant de le réexpédier à autrui, cacheté de la même bande postale… annonçaient les « post-it » sur les échanges e-mail de nos jours ?

Michael Palmer

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 7, hiver 2006-2007, p. 267-268.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Timothy-E-Cook-Governing.html

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