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Ouvrage : Terhi Rantanen, When News Was New (Oxford, 2009). Recension par Michael Palmer.

« Temps », « espace », « nouveauté », « récit », « protagonistes de l’événement », « techniques et marchés » (publics inclus) : voici quelques-uns des mots clés qui pourraient définir cet ouvrage de Terhi Rantanen, finlandaise d’origine, professeure de la London School of Economics et responsable d’un cursus en communication internationale. Cet ouvrage revisite des travaux anciens de l’auteure dans une perspective marquée par les débats en cours sur la redéfinition de la nature des news.

Le concept moderne des news, à l’en croire, est fortement façonné par le rapport entre les publics, auxquels les récits d’actualité sont destinés, les protagonistes de l’événement et les techniques électriques de transmission, agences de presse et d’information comprises – termes qui ne sont pas synonymes en tout point – et qui se forment au cours du xixe siècle. L’apport le plus percutant de T. Rantanen, ici, provient de sa réflexion sur le temps, l’espace, et la nature des news. Alors que bien des journalistes et chercheurs français ou francophones partiraient des logiques qui sous-tendent la fabrique des produits-news, T. Rantanen, elle, préfère remonter au xviie siècle. Deux des moments les plus pertinents au cœur de son approche s’intitulent « The ten most important news cities for German newspapers between 1622 and 1856 » et « The main transmission centers of foreign telegrams in Russian newspapers in 1870 ». Rantanen place ainsi la focale sur les « villes-monde » et les centres de production et de transmission des nouvelles, et ce dans des espaces-temps fort différents, marqués par des rapports complexes entre le commerce et les relations internationales, si ce n’est géopolitiques.

On l’aura compris, T. Rantanen croise l’apport de ses propres recherches, menées dans les archives des transnationales de l’information (notamment à Londres, à Saint-Pétersbourg, aux Etats-Unis…), avec les débats lancés par certains chercheurs et acteurs des médias actuels. Son travail est nourri de ses lectures de Fernand Braudel et de bien d’autres historiens, anthropologues et chercheurs en sciences humaines et sociales, notamment du monde anglophone, dans un ouvrage synthétique de 164 pages. L’épilogue, long d’une vingtaine de pages, « Hier c’est aujourd’hui, aujourd’hui c’est hier », part d’une perspective personnelle où elle explique qu’elle travaille dans divers lieux-phares des médias actuels. Il fait se confronter ensuite le débat présent sur la configuration des rapports entre l’événement, son récit et ses publics, à l’optique du chercheur-historien qui informe aussi bien par le biais de Google, des blogs, que d’autres avatars en ligne et des moteurs de recherche. On sait le rôle d’intellectuel public que joue Robert Darnton – ancien journaliste, historien des ‘médias écrits’, bibliothécaire d’Harvard – face à Google et à la numérisation des livres de jadis… Une lecture des travaux de T. Rantanen, sur la question des news, des acteurs et des agents de l’internationalisation ainsi que sur la vision cosmopolite qu’elles donnent du monde, bien avant l’obsession moderne de la globalisation, est ainsi des plus instructives.

Pour en donner la teneur, voici les titres des différents chapitres : « Temporalization : How News Became New » ; « Cosmopolitanization : An Older Phenomenon Than We Think » ; « Globalization : When News Became Global » ; « Commodification : How To Sell News » ; « Localization : Places in News » ; Nationalization : News and the Nation-states ». On ressort de cette lecture avec la conviction que les transnationales de l’information – les agences en premier lieu – ont perdu de leur superbe et que ce n’est pas la seule recherche par les médias dits « dominants » ou « mainstream » d’un nouveau modèle économique qui se joue actuellement ; le citoyen et consommateur, acteur des flux et des échanges, occupe une position fluctuante ; et cela est d’autant plus vrai pour les « pros de l’info ».

Michael Palmer

Recension publiée dans Le Temps des médias n° 14, printemps 2010, p. 263-264.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Terhi-Rantanen-When-News.html

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