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Ouvrage : Paul Starr, The creation of the media. Political origins of modern communication (Basic Books, 2004). Recension par Michael Palmer.

Paul Starr, professeur de sociologie à Princeton, propose (2004) un ouvrage d’importance, The creation of the media. Political origins of modern communications. Sociologue croisant une approche d’économie politique et d’histoire des techniques, il cerne la spécificité des « temps de choix » constitutifs dans l’émergence du paysage communicationnel aux États-Unis entre la fin du xviie et le milieu du xxe siècle. L’auteur met en parallèle les logiques à l’œuvre en Amérique du nord (le Canada britannique lui servant de contre-point « en retard », à bien des égards), et en Europe du nord (la France et le Royaume-Uni surtout). Partisan de l’économie libérale du marché faiblement réglementé – « les marchés enrichissent la sphère publique bien plus qu’ils ne l’appauvrissent » – Starr soutient pourtant que le dosage des dispositifs réglementaires et de soutiens du gouvernement fédéral (à la Poste, notamment) permit une éclosion des médias aux États-Unis bien plus en phase avec l’évolution de la société que ce qui se passait en Europe ; les acteurs de la scène communicationnelle, marqués par le dispositif des checks and balances, d’équilibre des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire), profitèrent d’un cadre réglementaire léger mais parfois déterminant ; ainsi, l’État fédéral favorisa-t-il au xviiie et au xixe siècle, le renforcement d’un système postal qui diffusa, subventionna même (indirectement), une presse perçue comme adjuvant d’une jeune démocratie libérale, et, au xxe siècle, l’émergence de groupes dominants, dans tel ou tel secteur, mais empêchait que ces mêmes groupes trônent dans d’autres médias – un grand groupe de presse ne pouvait s’étendre dans la radio, par exemple.

The creation of the media a suscité enthousiasme et critique aux États-Unis ; une vision plutôt mainstream, et hostile aux pratiques séculaires européennes – dirigistes, interventionnistes – s’en dégage. Retenons ici trois points : d’abord, une conception idéalisée de la presse, médium d’espace critique et des Lumières, ressource de la sphère publique en émergence (xviiie-xxe), mise sur un piédestal presque parce que la revendication d’indépendance face au Royaume-Uni se forgeait lors du rejet des impôts sur les journaux (stamp duty) voulus par le gouvernement britannique (années 1760) ; par la suite, l’hostilité à tout impôt sur le savoir, et la réaffirmation de la liberté de la presse, protégée par le premier amendement à la Constitution (1791), n’étaient plus de mise lorsque se développaient le cinéma, la radio et ensuite la télévision, perçues d’emblée comme des vecteurs promouvant le divertissement et marqués par les logiques commerciales et publicitaires. Le raisonnement souvent entendu à la fin du xixe siècle : « l’augmentation de la diffusion amène de la publicité, la publicité apporte des sous, et les sous signifient l’indépendance », tournait court avec l’émergence de grands groupes, de plus en plus concentrés et qui rétrécissaient, dès les années 1930, la gamme des choix idéologiques. D’où en somme, le troisième point relevé par Starr ; ce « pouvoir des médias », comme entité en soi, a peu à voir avec la conception de la liberté de la presse qu’avaient les « pères fondateurs » de la constitution des États-Unis.

Michael Palmer

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 5, automne 2005, p. 226-227.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Paul-Starr-The-creation-of.html

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