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Ouvrage : Osmar Gonzáles Alvarado, Prensa escrita e intelectuales periodistas, 1895-1930 (Lima, Fondo Editorial de la Universidad San Martín de Porres, 2010). Recension par Rhoda Desbordes.

Grâce au soutien de la Faculté de Sciences de la Communication de l’Université de San Martín de Porres de Lima, qui depuis le debut du XXIème siècle a entamé la publication d’une collection dédiée à l´histoire du journalisme et des journalistes péruviens à partir du XIXème siècle, le sociologue Osmar González Alvarado vient de signer son premier ouvrage dans ce domaine très novateur. Ayant comme point de départ l’analyse sociologique du monde intellectuel péruvien, l’auteur décrypte en profondeur les directions de la pensée de l’intelligentsia du Pérou chez les principaux hommes de presse de l’époque et suit les parcours et les activités de quelques figures importantes des associations littéraires et culturelles du debut du XXème siècle.

Semblable tâche est abordée et analysée à partir de plusieurs dichotomies ou dualités qui peuvent, le cas échéant se recouper, s’intégrer ou se compléter, à savoir : les groupes de journalistes et/ou les noyaux de la pensée intellectuelle comme un axe de recherche à double visage. En ce sens, les débats d’idées qu’ils provoquent chez les gens éclairés de l’époque ne proviennent pas autant de la diffusion des nouvelles (information), qui doit être leur activité principale, que de l’échange des idées (refléxion) que leurs liens d’amitié, leur communauté d’esprit et leur environnement commun propicient. Le journaliste/intellectuel est ainsi à l’origine d’une publication périodique (le journal) qui se déplie d’abord comme un produit d’entreprise adressé à une opinión publique en pleine puberté et, ensuite, comme un moyen académique capable de sensibiliser les cofradies ou les rassemblements de penseurs.

Pour ce faire, l’auteur s’inspire de plusieurs courants théoriques, spécialement européens, qui d’une façon ou d’une autre, ont suivi l’historie des idées ou l’histoire intellectuelle du monde occidental. Ainsi, nous trouvons des scientifiques français tels que Pierre Bourdieu, Michel Foucault ou Roger Chartier et l’allemand Fritz K. Ringer. Ce dernier lui permet d’ailleurs d’ébaucher un paradigme d’intellectuels péruviens et de séparer les deux principales génerations de ces intellectuels-journalistes : les novecententistas, les plus érudits dont le champ d’action se réduit pourtant au contexte universitaire et qui, sont condamnés à cause de leurs idées, à partir à l’exil où leur activité intellectuelle ne cesse pas pour autant. Nous avons également les centenaristas, ceux qui envisagent de célèbrer le premiers cents ans de l’état péruvien engagés dans la construction de ce qui sera connu plus tard comme le discours sur la peruanidad. Cette position se dédouble également chez les deux plus grands penseurs du debut du siècle, José Carlos Mariátegui (1894-1930) et Luis Alberto Sánchez (1900-1994). Le premier en introduisant l’indigénisme comme seul axe d’intégration et de compréhension de la réalité du Pérou ; le deuxième, en prenant le métissage comme pierre angulaire de toute refléxion concernant la nationalité péruvienne. L’espace temporel, celui de la jeune République du Pérou, consigné par cette étude presente également un double aspect. S’il est vrai que la fin du XIXème siècle péruvien resemble plutôt à la phase terminale d’une expérience encore vice-royale en dépit d’une Indépendance acquise 80 années auparavant, la période choisie par Gonzáles Alvarado révèle un dédoublement propre aux orientations politiques du pays. En premier lieu, la “República de Notables (1895-1919)” et le gouvernement le plus long de l´histoire du Pérou, le dit “Oncenio”, du président Augusto B. Leguía (1919-1930). L’auteur souscrit cependant à l’idée d’une période dominée par une seule force civile-oligarchique qui aurait assuré au pays une paix relative au niveau des institutions et un grand développement de l’économie et du commerce et générant, simultanément, une très importante productivité créative. A titre d’exemple, la diversité des titres tels que El Comercio, La Prensa et La Crónica font état des diverses préoccupations représentatives de l’époque.

Sans jamais atteindre le niveau de ce qui est connu chez les professionnels des débats d’idées comme l’académie car, au Pérou, le spectre des institutions d’intellectuels tels les collèges invisibles et les réseaux de specialistes reste encore très fragile, il existe cependant, tout au long de ces trente-cinq années, une sorte d’apogée culturelle et intellectuelle jamais égalée dans la presse écrite et qui presente son meilleur jour sous la forme du journalisme. Les nouvelles techniques et la floraison de publications de même que le renouvellement des formats et des contenus sont au coeur d’un essor de la presse péruvienne manifesté dans la diversification et l’influence des écrits. En même temps, l’auteur souligne le lien esentiel qui existe alors entre journalisme et politique dont la force fut très enrichissante et parfois determinante parmi ces groupes d’intellectuels qui ont littéralement façonné la feuille de route du journalisme péruvien. Leurs liens d’amitié et leur participation active chez les différents mouvements politiques sont traités avec parsimonie pour dévoiler l’aspect prometteur et les futures lettres de noblesse de la presse péruvienne. L’importance du rôle des journalistes/écrivains dans le parcours intellectuel du pays est ainsi mise en exergue, de même que le debut du processus en vue d’une professionnalisation du métier de journaliste. De ce fait, l’orientation prosopographique de cette publication s’inscrit parfaitement dans la direction qu’a prise dernièrement l´historiographie des médias au Pérou. L’attention prêtée aux mileux de la presse et aux apports du journalisme et des journalistes du debut du XXème siècle sert de cette façon de jalon à la recherche d’une presse dont les écrits n’avaient jamais auparavant montré autant de qualité et de rigueur.

Rhoda Desbordes

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Osmar-Gonzales-Alvarado.html

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