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Ouvrage : Laurent Mucchielli, Le scandale des tournantes. Dérives médiatiques, contre-enquête sociologique (La Découverte, 2005). Recension par Marie Lhérault.

Le sociologue Laurent Mucchielli, spécialiste des questions liées à l’« insécurité » et à la « violence des jeunes », nous propose ici une réflexion sur la médiatisation d’un phénomène particulièrement sensible : les viols collectifs. L’ouvrage se développe en quatre parties. Dans un premier chapitre, l’auteur évoque l’apparition et le traitement médiatique du vocable « tournantes » dérivé de « faire tourner une meuf » et signifiant avec désinvolture le viol en réunion. À partir de l’analyse de la presse et de dépêches AFP, l’auteur retrace les étapes de la construction médiatique de l’expression « tournantes » dont il situe l’apogée entre 2001 et 2003. Il offre ici graphiques et éléments de réflexion autour d’un thème qu’il qualifie de « politique » et « médiatique ». Le film La squale, sorti en salles fin novembre 2000, est présenté comme l’« élément déclencheur » de l’intérêt médiatique pour les « tournantes ». D’autres facteurs semblent également avoir participé de cet engouement : le livre l’Enfer des tournantes de Samira Bellil et la création du mouvement Ni putes ni soumises. Cependant, l’auteur semble imputer l’ampleur du phénomène médiatique à la campagne électorale de 2002 largement centrée autour du thème de l’« insécurité ». Ainsi, d’après la presse, les « tournantes » seraient un phénomène nouveau et croissant, lié aux jeunes, aux banlieues et à l’immigration, et dont les victimes, principalement maghrébines, connaîtraient leurs agresseurs.

Laurent Mucchielli propose ensuite une contre-enquête sociologique en deux temps. D’abord, son étude vise à démentir la nouveauté et l’augmentation des viols collectifs. À l’aide de travaux antérieurs, de l’étude de dossiers judiciaires et de la presse, il présente une édifiante – bien que parcellaire – histoire des viols en réunion en insistant tout particulièrement sur l’époque des « blousons noirs ». Il démontre également que les viols collectifs n’ont pas augmenté depuis le milieu des années 1980. Ensuite, l’auteur présente une analyse « (psycho)-sociologique » des viols collectifs afin d’appréhender leurs spécificités, mécanismes et significations, en s’appuyant sur des cas réels.

Fort des contradictions mises en évidence par cette contre-enquête, Laurent Mucchielli, dans une quatrième partie, élargit son analyse vers une réflexion sur les rapports qu’entretient la société française avec les jeunes issus de l’immigration. Il dénonce ainsi les amalgames persistants et banalisés, notamment entre viols collectifs et Islam, n’hésitant pas à intituler son quatrième chapitre « les nouveaux habits de la xénophobie ».

Cet ouvrage a le grand mérite de mettre en avant le processus de construction médiatique d’un phénomène, « les tournantes », et de donner une multitude d’informations concernant la violence sexuelle en général, et le viol collectif en particulier. On pourra simplement regretter que les médias audiovisuels n’aient pas été intégrés dans l’analyse.

Marie Lherault

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 5, automne 2005, p. 238-239.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Laurent-Mucchielli-Le.html

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