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Ouvrage : José Gotovitch, Anne Morelli (dir.), Presse communiste, presse radicale (1919-2000). Passé / Présent / Avenir ? (Les Éditions Aden, 2007). Recension par Scylla Morel.

L’ouvrage présenté rassemble quinze contributions de chercheurs rattachés à la sociologie, à l’histoire contemporaine, au monde de la presse écrite. Plus ou moins chevronnés, ils abordent sous différents angles les spécificités de la presse d’extrême gauche ou « radicale ». Le premier volet (6 articles) retrace l’histoire de la « presse radicale » en Belgique des années 1890 à nos jours. Derrière le constat d’une grande diversité se distinguent deux grands axes de lectures qui posent un certain nombre de questions également valables pour le second volet de l’ouvrage, qui rassemble neuf études de cas de journaux français (Alexandre Courban, Léon Strauss, Françoise Olivier-Utard, Sylvain Boulouque, Georges Ubbiali), britannique (Kevin Morgan), italien (Luciana Castellina) et égyptien (Didier Monciaud). Complétant ces articles théoriques, trois témoignages d’anciens journalistes belges offrent des aperçus sur le parcours de journalistes « engagés ».

Le premier axe de lecture se concentre autour des différentes fonctions de cette presse : d’un rôle strictement pédagogique (Pierre Van den Dungen à propos de Louis de Brouckère au Peuple, Didier Monciaud autour du journal Al Damîr) à un rôle de critique de la presse dominante « bourgeoise » (Mathieu Beys sur la presse belge des années 1968, Luciana Castellina retraçant l’histoire d’Il Manifesto).

Un second axe de réflexion, sans doute le plus instructif, s’interroge sur les rapports qu’entretiennent ces périodiques avec le pouvoir politique, notamment leur subordination à la ligne du Parti communiste, et leurs liens avec les syndicats. À cet égard, les contributions de L. Strauss et F. Olivier-Utard interrogeant les modalités d’existence et la pertinence d’une presse communiste en Alsace-Lorraine dans l’entre-deux guerres sont particulièrement enrichissantes. Comment articuler dépendance à un parti centralisé et expression régionale ? Comment bâtir et assurer la pérennité d’une presse communiste dans une région encore profondément catholique ?

Court mais pertinent, le récit de L. Castellina, ancienne directrice d’Il Manifesto, rend heureusement compte de la véritable spécificité de ce quotidien communiste, qui a su éviter tout sectarisme et anathèmes et maintenir toujours son dialogue avec la gauche. Il semble que ce soit là la recette du succès d’une presse marginale et fragile. Car ce qui parcourt indifféremment ces analyses concerne les écueils et les échecs qui jalonnent l’histoire de cette presse et de ceux qui participent à son aventure. Ici manque une réflexion sur l’économie de la presse en général et de la presse « radicale » en particulier : ses modalités de fabrication et de diffusion. Les pratiques d’écriture et le lien avec les lecteurs ne sont, de plus, que superficiellement commentés.

Si le lecteur espérait lire dans les trois témoignages qui clôturent cet ouvrage des récits explicitant ce qu’est être un journaliste « engagé », il restera sur sa faim et se contentera de quelques données très (trop ?) factuelles.

On retiendra de cette étude le nécessaire et très fort investissement personnel des animateurs de cette presse, qu’ils soient professionnels ou bénévoles. Leur capacité de critique et d’autodérision aussi : éphémères, ces feuilles réinventent sans cesse leur formule, restent indéfiniment perfectibles. Il en ressort une forme d’utopie : le meilleur est toujours à venir…

Scylla Morel

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 12, printemps-été 2009, p. 243-244.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Jose-Gotovitch-Anne.html

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