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Ouvrage : Jean-Marie Charon, La presse magazine (Edition La Découverte, 2008). Recension par Virginie Sassoon.

Quels sont les rouages et les spécificités de la presse magazine en France ? Quelles sont ses tendances et ses évolutions les plus significatives ? Jean-Marie Charon répond avec clarté et précision à ces questions dans cette nouvelle édition de La presse magazine, ouvrage aussi dense que synthétique. Forte d’un chiffre d’affaires qui constitue près de la moitié de celui de la presse française, la presse magazine occupe aujourd’hui un journaliste sur trois. L’histoire de cette presse, sur laquelle revient l’auteur, est faite de restructurations et de jeux d’influences dans un marché toujours en expansion. A côté des géants de la communication, tels que Bertelsmann, Mondadori, ou Lagardère, dont la logique industrielle domine le secteur, coexistent des groupes de taille moyenne, comme Bayard Presse, Express-Roularta ou Bauer, sans compter les nombreux entrepreneurs indépendants qui se lancent chaque année. Il apparaît néanmoins que la viabilité économique d’un magazine est meilleure au sein des grands groupes, qui valorisent une palette plus ou moins variée de titres. Ces groupes travaillent prioritairement sur le concept éditorial et la stratégie commerciale, et sous-traitent le reste auprès d’un ensemble d’opérateurs, des imprimeurs aux pigistes.

La presse magazine évolue dans un environnement mondialisé et très concurrentiel. Le concept d’un magazine, avec un « contrat de lecture » établi auprès d’un certain type de lectorat, peut être exporté dans plusieurs pays. Si ces déclinaisons nationales nécessitent certains ajustements aux contextes socioculturels nationaux, elles constituent une manne financière décisive. La majorité des groupes ont ainsi entamé dès les années 1970 des stratégies d’internationalisation. En France, la presse magazine s’est progressivement affirmée comme un secteur économique majeur, s’émancipant du cadre institutionnel et juridique qui la liait aux quotidiens.

Bien que moins connectée à l’actualité quotidienne, la presse magazine se caractérise par une grande réactivité. En effet, les magazines doivent être dans « l’air du temps » et en prise directe avec les attentes des lecteurs avec lesquels ils nouent une « relation intime ». Car, contrairement aux autres médias, en matière d’information le magazine « part » de ses lecteurs, de leurs caractéristiques, de leurs goûts, de leurs vécus, de leurs valeurs, pour leur proposer un contenu. Là où le quotidien veut rassembler, le magazine segmente. Cette particularité explique la place prépondérante du marketing, dont la sophistication des études ne suffit néanmoins pas à expliquer le mystérieux dosage qui suscite plaisir, adhésion et enthousiasme. Dans ce contexte, comme le souligne Jean-Marie Charon, la sensibilité, l’imagination, la créativité, la capacité à anticiper les tendances, de la part de l’éditeur mais aussi du rédacteur en chef, du directeur artistique et des journalistes revêtent une importance cruciale.

Dans la presse magazine, la mise en scène de l’information se distingue par la force du visuel (photos, graphiques, illustrations, etc.), intimement lié au texte. « Le magazine moderne est la combinaison intime de deux récits qui s’épaulent mutuellement, celui du visuel et celui du texte. Ceux-ci concourent à créer une « ambiance » propre à chaque titre. (…) Par sa maîtrise de l’image sous toutes ses formes, son écriture du récit, son organisation générale (le « chemin de fer »), sa maquette, le magazine se trouve en phase avec le récit télévisuel », écrit Jean-Marie Charon (p. 4). L’esthétique des magazines facilite, de manière générale, une lecture de type « zapping ». Au niveau des pratiques de consommation, il apparaît que les lecteurs composent un éventail de titres qui varie au cours de l’année, en fonction de leurs préoccupations, de leur situation personnelle et professionnelle, de la saison…

Des « news », en passant par la presse féminine, « people », économique, musicale, santé, aux magazines junior, le secteur ne cesse de se diversifier, avec une grande vitalité, puisque des dizaines de nouveaux titres sont créés tous les ans. Toutefois, les années 2000 marquent un ralentissement : les revenus publicitaires ne progressent plus, voire reculent, et certains groupes sont durement touchés. Cette mutation s’explique aussi par la concurrence des médias numériques. Dans sa conclusion, Jean-Marie Charon propose deux scénarios d’évolution possibles. Le premier serait le transfert de l’imprimé sur l’Internet, pour certains titres dont le contenu repose avant tout sur des données factuelles ou pour les magazines de télévision. Le second scénario, plus prometteur, consiste dans le développement de la complémentarité et une articulation accrue entre les titres imprimés et leurs sites web. Et l’auteur de conclure : « Ici s’exprimera de nouveau avec force l’atout maître de la presse magazine, sa diversité dans la flexibilité » (p. 116).

Virginie Sassoon

Recension publiée dans Le Temps des médias n° 13, Hiver 2009-2010, p. 227-228.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Jean-Marie-Charon-La.html

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