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Ouvrage : Jean-Jacques Ledos, L’Âge d’or de la télévision 1945-1975 (Ed. L’harmattan, 2008). Recension par Marie Lhérault.

Le mythe de l’ORTF est tenace. Avec la question de la fin de la publicité sur le service public, chacun s’interroge sur un éventuel retour aux premiers temps de la télévision, présentés par certains comme l’âge d’or du petit écran. On nous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : un passé cathodique prospère qui précède la décadence, un temps heureux qui suit celui de la création de la télévision. Une télévision des programmes, faite de figures mythiques - journalistes, speakerines, réalisateurs -, cette race d’or qui vit dans la proximité des dieux. Or, les dieux de l’ORTF sont alors les gouvernants et la télévision, la voix de la France…

Suite à l’annonce du président Sarkozy visant à supprimer la publicité sur le service public, le mythe de l’ORTF est agité tel un étendard et les interrogations sont nombreuses. Parmi ces réflexions riches d’enseignements, la revue de communication, Quaderni, dans son numéro 65, revient ainsi sur « l’ambivalence du mythe de l’ORTF » avec des articles visant à resituer l’ORTF dans son contexte et à étudier les représentations qui y sont associées : « les racines du mythe » de Jérôme Bourdon ou celui de Pierre Musso « l’éternel « non-retour » à l’ORTF ». Outre ce regain d’intérêt lié à l’actualité, les travaux concernant les premiers temps de la télévision française sont aujourd’hui nombreux, initiés chez les historiens à la fin des années 1970 par Jean-Noël Jeanneney.

Jean-Jacques Ledos, l’auteur de « L’âge d’or de la télévision 1945-1975 », fait partie de ceux qui ont participé aux débuts du petit écran. Chef opérateur de prises de vue à la RTF, l’ORTF et la SFP, il a été l’un des témoins privilégiés de cette époque. À l’origine de plusieurs ouvrages et articles consacrés aux premières heures de la télévision française, il revient dans ce livre sur les grands moments qui ont marqué cette période de trente ans. L’ouvrage est ainsi essentiellement consacré à la première moitié de la vie de la télévision française d’après guerre. La période qui précède ne fait l’objet que d’une courte partie introductive intitulée « Les fondations » : il y évoque, rapidement, les premières expérimentations pour transmettre des images à distance, et revient sur Fernsehsender Paris et la diffusion des programmes pendant l’occupation allemande.

L’ouvrage ne commence réellement qu’avec ce qu’il nomme « La deuxième naissance ». Des évolutions techniques aux innovations en matière de programmes en passant par l’apparition de nouveaux métiers et le rôle de l’Etat, le petit monde de la télévision d’alors est passé en revue. Une troisième partie est consacrée à « L’âge adulte » qui commence avec la Ve République et le retour du Général de Gaulle au pouvoir. Enfin, « L’âge d’or de la télévision » se conclu sur une dernière partie, intitulée « Avatar », et dans laquelle il revient sur la fin de cet âge d’or : l’introduction de la publicité, la logique commerciale ou encore la pression de l’audience.

L’ouvrage est un bon outil de vulgarisation : il est agréablement documenté, nourri de l’expérience, du vécu et des analyses de Jean-Jacques Ledos. Mais si la quatrième de couverture s’en défend, « L’âge d’or de la télévision » est marqué par une nostalgie profonde de cette période et des valeurs qui lui sont associées : non seulement « satisfaire les besoins d’information, de culture, d’éducation et de distraction du public » mais surtout un sentiment de liberté – plus ou moins réel – ressenti par ces pionniers du petit écran.

Pour les utopistes du xixe, il fallait inverser le sens du temps : l’âge d’or ne serait pas au commencement mais à la fin. Le mythe de l’ORTF a donc de beaux jours devant lui puisque certains présagent aujourd’hui « la fin de la télévision »…

Marie Lhérault

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 11, hiver 2008-2009, p. 268-269.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Jean-Jacques-Ledos-L-Age-d.html

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