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Ouvrage : Jacques Blociszewski, Le match de football télévisé (Éditions Apogée, 2007). Recension par Patrick Clastres.

L’auteur défend ici une thèse : le football est mis en danger par la télévision qui n’en saisirait plus l’esprit et la beauté. C’est d’abord le ralenti qui exerce une impitoyable dictature (actuellement 60 à 120 par match télévisé contre 12 lors du Saint-Etienne-Kiev de 1976), en ce qu’il transforme le spectateur en juge et l’arbitre en accusé. D’autant que ce ne sont plus seulement les actions de jeu mais les fautes qui sont reproduites à l’envi sur les écrans. Des écrans, justement, qui sont devenus géants et ornent dorénavant les grands stades européens (stade communal de Florence en 1990, Arsenal de Londres, Karlsruhe, Brême et Madrid 1993, Glasgow Rangers et Barcelone en 1997) au point de semer le trouble entre réel et représentation du réel. Et puis il y a les commentateurs et autres consultants qui vendent de l’émotion sans guère de recul critique. Enfin, les pressions exercées sur les règles mêmes du football par les médias. Le paroxysme serait atteint avec le film Zidane, un portrait du xxie siècle (2006) : les 17 caméras centrées exclusivement sur le joueur français lors du match Real Madrid-Villareal de 2005 empêchent de prendre la mesure du jeu en accroissant au maximum le hors-champ.

Il est un eldorado perdu : les matchs du Real, de la Hongrie de Puskas ou du Brésil de Pelé retransmis avec sobriété et distance dans les années 1950 et 1960. Et un défi : éduquer les téléspectateurs de football, notamment les jeunes, non pas seulement pour qu’ils déjouent les manipulations de l’image sportive, mais surtout pour qu’ils apprennent à résister à la déréalisation du monde qui est également à l’œuvre hors du sport. Ainsi, à la pédagogie par le sport, inventée par les clergymen et les sportsmen du xixe siècle, l’auteur voudrait généreusement ajouter une pédagogie par l’image sportive télévisée pour combattre, par exemple, les effets néfastes du « coup de boule » du 9 juillet 2006.

Réduire cet ouvrage à une dénonciation du spectacle sportif, qui n’est pas neuve si l’on songe aux Scènes de la vie future de Georges Duhamel (1930), serait lui faire injustice. On y trouve une foule d’informations et d’analyses sur le placement des caméras dans le stade et leur présence dans les vestiaires, la prise de son au plus près des joueurs, le travail du réalisateur, la langue du sport et des journalistes sportifs, les ressorts de l’émotion, l’inflation du temps sportif télévisé, les liens et les tensions entre médias et pouvoir sportif, les usages de l’écran par les athlètes eux-mêmes. On regrettera simplement que l’auteur, en focalisant sur les années récentes du football, n’ait pas pris la mesure historique d’un phénomène qui est non seulement apparu avec le sport mais qui lui est consubstantiellement lié. Le sport-spectacle est bel et bien l’enfant des médias, et cette naissance remonte aux années 1880.

Patrick Clastres

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 11, hiver 2008-2009, p. 267-268.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Jacques-Blociszewski-Le.html