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Ouvrage : Irène Bessière, Jean A. Gili (dir.), Histoire du cinéma. Problématique des sources (Institut National d’Histoire de l’Art, Maison des Sciences de l’Homme, 2004). Recension par Isabelle Veyrat-Masson.

Ce livre collectif passionnant est le résultat du colloque inaugural du groupe de recherche « Histoire du cinéma, histoire de l’art », dirigé par Irène Bessière et Jean Gili. Ce groupe de recherche créé en 2000 marque l’aboutissement de la rencontre initiée au tout début de ce siècle par la création du Film d’Art en 1908 (cf. texte d’Alain Carou). Mais une chose était pour la profession cinématographique de se proclamer « art » ou « septième art » et autre chose la reconnaissance du cinéma et surtout l’accueil en leur sein de ce domaine par des spécialistes de l’histoire de l’art. En effet « les arts et le cinéma restent le plus souvent dissociés au plan des études historiques, des approches et des méthodologies » comme l’explique François Albera dans sa présentation. En réalité trois disciplines se sont rencontrées au cours de ce colloque dont le livre est tiré : les spécialistes du cinéma, ceux de l’histoire de l’art et les historiens. La problématique des sources était donc tout à fait naturellement au départ de leurs débats.

Le livre s’organise autour de trois thèmes auxquels a été ajoutée une synthèse (traduite spécialement pour ce volume) : « Histoire et Histoire du cinéma » écrite par Gian Piero Brunetta pour son livre Storia del cinema mondiale, écrit de poids, suivi par 4 textes tirés d’une journée d’étude internationale qui s’est déroulée le 22 juin 2001. L’ensemble dépasse donc largement le contenu du colloque de novembre 2002, pour proposer à la fois des textes de présentation, des textes de réflexion et des études de cas. La qualité des intervenants dont l’origine dépassait la France est pour beaucoup évidemment dans l’intérêt de cet ouvrage. Ces auteurs s’interrogent d’abord sur la nature des sources en histoire du cinéma. Après les considérations introductives de François Albera réfléchissant sur « la nécessaire alliance entre chercheurs et archives film et non film » et évoquant les différents « monuments » de l’histoire du cinéma, Edouard Arnoldy, Frédérique Berthet, Leonardo Quaresimo et Martin Barnier s’interrogent sur les différents modes d’appréhension des documents audiovisuels comme source de l’histoire du cinéma. Dans une deuxième partie, Jean A. Gili, Michèle Lagny, Bernard Bastide, Michel Marie, Michel Cadé et François de la Bretèque proposent leur connaissance et leurs expériences directes de chercheurs sur les « lieux et les conditions de l’archivage ». Dans une troisième partie, Christian Delage, Dimitri Vezyroglou, Noël Herpe et Christophe Gauthier abordent la « mise en œuvre des sources » à travers des études de cas : Abel Gance, René Clair, Georges Sadoul et Charles Chézeau. Ces textes montrent les différents rapports à l’archive entretenus par des cinéastes et des historiens.

L’extrait du livre de Gian Piero Brunetta au milieu de l’ouvrage apparaît comme une respiration et une transition entre les textes de deux colloques différents. L’historien italien rappelle dans quelle mesure « l’histoire du cinéma peut fournir des documents très riches et très significatifs à l’histoire événementielle et à l’histoire des mentalités. Lieu de mémoire, elle est en même temps une source, un témoin potentiellement omniprésent, un protagoniste et un agent de l’histoire ». Après avoir rappelé les grandes étapes de l’historiographie du cinéma, Brunetta en vient à parler brièvement de la télévision, ce qui m’a particulièrement intéressé… : pour lui cinéma et télévision ont en commun « des pouvoirs ésotériques et tératologiques : ils constituent la scène potentielle de tous les lieux de la mémoire. La télévision insuffle la vie à ce qui était inerte ». Pour cet auteur « C’est sur le terrain de la mémoire, de la reconstruction, des modes et des symboles grâce auxquels se définit et se transmet une identité collective que se joue l’un des grands défis du travail historique aujourd’hui et de demain ». Le cinéma est requis pour cet objectif. Notons que Brunetta propose 10 programmes de recherche pour les historiens, et que ces programmes pourraient être tout à fait communs aux historiens de la télévision.

Bizarrerie de construction éditoriale, Jean-Louis Bourget lui succède par une conclusion certes tout à fait intéressante mais celle-ci, étrangement, ne suit pas directement les textes auxquels il fait référence. La dernière partie sous le titre « Histoire, Histoire du cinéma, Histoire de l’art » regroupe de textes de Roman Gubern, Alain Carou, Christophe Gauthier et de Léonardo Quaresimo. Ces interventions répondent de manière directe à la question des relations entretenues par l’histoire du cinéma et l’histoire de l’art et elles montrent que la reconnaissance de la valeur culturelle du cinéma qui, on s’en souvient avait été traité de « distraction d’îlotes », a été rapide et généralisée. Ces textes rappellent les principaux « moments » et auteurs de cette prise de conscience. Leonardo Quaresima propose enfin de « relire Kracauer », rappelant comment, il y a plus de 100 ans, alors que le cinéma avait à peine 50 ans, cet auteur avait initié une recherche pionnière et toujours aussi importante sur les rapports entre le cinéma et la société.

On l’aura compris, malgré ses défauts « architecturaux » qui ne rendent pas facile la lecture de cet ouvrage, celui-ci mérite absolument d’être lu, tous les textes apportant ce mélange d’informations et de réflexions, selon un équilibre qui fait les bons écrits.

Isabelle Veyrat-Masson

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 5, automne 2005, p. 231-233.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Irene-Bessiere-Jean-A-Gili.html

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