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Ouvrage : Daniel Bougnoux, La Crise de la représentation (La découverte, 2006). Recension par Marie Lhérault.

L’accès au symbolique étant le propre de l’homme : qu’implique et laisse présager une crise de la représentation ? Témoin érudit des mutations du vingtième siècle, Daniel Bougnoux, philosophe et professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble s’empare de la question dans son dernier ouvrage. Mêlant sémiotique, psychanalyse et philosophie, l’auteur explore les jeux de substitution entre la chose et son signe et souligne les zones de collision et de collusion entre le monde réel et ses représentations. Il réinterprète ainsi la thèse d’Alain Badiou, développée dans Le Siècle, qui fait du xxe siècle celui de la passion du réel. Dans un dédale impressionnant d’œuvres littéraires, cinématographiques et artistiques, de théories freudiennes et de références à Rousseau, Platon ou Nietzsche, c’est la question des médias qui sert de fil d’Ariane et nous intéresse ici plus particulièrement. Le philosophe explique que l’avènement de la vidéosphère, des nouvelles technologies et surtout du direct ont bouleversé notre perception du monde : le réel fait effraction, le présent s’impose et la mise à distance s’évanouit.

Daniel Bougnoux développe sa pensée dans les dix chapitres que compte l’ouvrage : La présence réelle, On s’empare d’une scène, Indice énergumène : le choc de la photographie, Manifestation, représentation, spectacles, Une communication plus directe, Une presse trop pressée, Le toucher, l’immersion, Effondrements symboliques et Traversées de la terreur.

Dans un premier temps, il nous montre comment les médias modernes s’imposent, brouillent les frontières entre sphère privée et sphère publique et, dans le même temps, se démultiplient, se fragmentent et perdent ainsi de leur force de polarisation. Le deuxième chapitre s’étend longuement sur le cas Berlusconi sous la forme inédite d’une confession écrite à la première personne par le Cavaliere : en lui prêtant ces mots (maux), Daniel Bougnoux souligne les dérives qui guettent les médias modernes. La photographie est au cœur du troisième chapitre : de la technologie à l’art, l’image photographique a fait évoluer la notion même de représentation. Les deux chapitres suivants sont consacrés aux glissements sémantiques et aux mutations liées aux nouvelles technologies et au direct. La question des médias fait à nouveau l’objet du sixième chapitre ; cette fois, c’est la presse et plus largement l’information qui est disséquée par le philosophe : expéditive, manichéenne et subordonnée à la communication et à la rentabilité, elle répond aux attentes d’un public à la fois pluriel, paresseux et ethno-centré… Daniel Bougnoux poursuit sa réflexion dans les trois chapitres qui suivent, s’attardant - entre autres - sur la navigation Internet, Loft Story et le flux télévisuel ou encore les représentations de la Shoah, pour clore son ouvrage sur la question non résolue d’une juste représentation médiatique.

Perdue dans une étude plus large de la coupure sémiotique au vingtième siècle, l’auteur nous livre ainsi une réflexion stimulante sur l’évolution, les significations et les conséquences de la médiatisation contemporaine. Et si le titre de l’ouvrage « La crise de la représentation » renvoie spontanément à la question politique, il faudra attendre un deuxième volume, déjà en écriture, pour connaître la pensée du philosophe.

Marie Lhérault

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 9, hiver 2007-2008, p. 233-234.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Daniel-Bougnoux-La-Crise.html

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