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Ouvrage : Cohen Évelyne, Lévy Marie-Françoise (dir.), La Télévision des Trente Glorieuses. Culture et politique (CNRS Editions, 2007). Recension par Claire Sécail.

Les 22 et 23 janvier 2004, l’Université Denis Diderot (Paris 7) et l’UMR IRICE (CNRS – Universités Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Paris 4) organisaient avec le concours de l’INA un colloque « Télévision, culture et société en France (1945-1975) ». L’ouvrage que viennent de diriger Evelyne Cohen et Marie-Françoise Lévy en reprend quatorze contributions, qui envisagent cette fois sous les notions de « culture et politique » la façon dont se construit et s’entretient au cours des Trente Glorieuses la relation entre un média et son public. Plus qu’un simple téléspectateur, c’est donc un véritable citoyen qui se dessine en creux des programmes télévisés, à la fois interpellé, sollicité, imaginé et façonné bien au-delà des écrans.

La première partie, sans doute la moins novatrice parce qu’elle aborde un sujet ayant déjà mobilisé les historiens, examine la télévision comme « facteur politique » et place au cœur de la réflexion le traitement de l’information en esquissant le profil d’un gouvernement véritable « producteur » d’émissions et scénariste des événements. La question du contrôle et de la censure était bien sûr inévitable à l’heure où les hommes politiques commencent à considérer l’image télévisée comme un moyen puissant et efficace pour faire la promotion de leur personne, de leurs idées et de leurs actions. Pourtant, sur quels modes la prise de contact avec le public-électeur se conçoit-elle ? En examinant la rhétorique des journaux télévisés, Cécile Méadel montre par exemple très clairement comment le ton, le découpage, les dispositifs visent à introduire directement le public au cœur du scénario, davantage cependant pour en faire un complice, un acteur concerné, muet et confiant, que pour en orienter brutalement les convictions.

La deuxième partie recentre plus précisément l’intérêt autour « des apprentissages culturels et des mutations sociales ». L’analyse des politiques de programmes, observées à travers un genre (le théâtre, par Pascale Goetschel ou les feuilletons, par Myriam Tsikounas), un phénomène socio-culturel (le rock, par Gilles Pidard), un style narratif (le conte, par Maryline Crivello), vient clairement rappeler les hautes ambitions pédagogiques et culturelles du petit écran curieux de ses publics, soucieux d’en restituer les attentes et les préoccupations (difficulté d’une jeunesse, reconnaissance des mémoires) autant que de lui élargir l’accès à une culture à la fois populaire et exigeante.

La troisième partie réaffirme la dimension sociologique des images en s’intéressant avec plus de risques aux « rituels, formes et langages ». Pour aborder ces représentations, on regrettera donc particulièrement l’absence d’images sur le sujet des funérailles nationales ou l’articulation rapide entre la couleur des écrans et celles des corps noirs des athlètes. Mais on s’intéressera en revanche à la construction et mise en scène des décors qui inscrivent ces corps et dans lesquels se jouent de nouveaux modes de vie et de nouvelles pratiques : paysages urbains des tours de banlieues ou paysages sportifs des Tours de France. Bien plus que les seules transformations physiques directement perceptibles à l’écran, ce sont bien les mutations des sensibilités et des imaginaires sociaux qui s’esquissent sur ces images adressés aux publics.

Au-delà des parties, l’ouvrage a encore le mérite d’inciter à la réflexion méthodologique sur l’usage et l’exploitation de la télévision comme objet et source d’histoire, de livrer quelques pistes quant à l’utilisation de l’image comme archive, les problématiques qu’elle permet d’envisager. À travers l’exemple de Guerre ou Paix (émission destinée à redorer le blason de la politique nucléaire gouvernementale auprès de l’opinion), Aude Vassallo rappelle ainsi tout l’intérêt de relier l’archive audiovisuelle aux archives écrites. Sur le thème connu des élections présidentielles de décembre 1965, les co-directrices de l’ouvrage confirment la nécessité d’aborder ces images de campagne à la lumière du contexte juridique qui encadre la prise de parole politique. Enfin, autour d’un instructif croisement de regards Paris / Province, Myriam Tsikounas révèle l’indispensable nécessité de manipuler l’archive audiovisuelle à travers des séries. Cet ouvrage est donc bien à l’image de tout travail collectif : une perspective variée et stimulante, dont la thématique, ici, gagnerait en tout cas à être prolongée pour les périodes suivantes.

Claire Sécail

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 9, hiver 2007-2008, p. 239-240.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ouvrage-Cohen-Evelyne-Levy-Marie.html

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