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03 - Public, cher inconnu !

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Claire Blandin

"Ne quittez pas L’Express"

Le Temps des médias n°3, automne 2004, p. 60-73.

En décembre 1960, Mauriac en appelle à ses lecteurs : doit-il poursuivre son « Bloc-notes » à L’Express ? Des nombreuses lettres reçues en réponse, cent cinquante sont toujours conservées à Malagar. Elles offrent un aperçu de la représentation de l’écrivain Mauriac dans l’imaginaire de ses lecteurs : ils disent leur fidélité à l’écrivain-journaliste, pour lequel ils se mobilisent. Surtout, ces courriers mettent en valeur l’importance de la dimension chrétienne de l’engagement de Mauriac : les lecteurs soutiennent le combat d’un « témoin ». englishflag

Ce que L'Express a de mieux, ce sont ses lecteurs », disait François Mauriac décrivant « son public étendu à tous les milieux, mais où dominaient les universitaires, les instituteurs, les étudiants. » Il confiait aussi : « Je n'ai jamais reçu tant de lettres, ni d'aussi belles. Quelques injures, certes, quelques outrages, des menaces de mort, mais très peu : un grand fleuve d'amitié et d'espérance entraînait à la mer ce qu'y déversaient les égouts [1]. » Il faut dire que l'hebdomadaire ouvrait à l'académicien un public qui le connaissait peu, et que, en quelques années, l'écrivain journaliste noua une relation particulière avec les fidèles de son « Bloc-notes ». L'Express, en effet, permit à Mauriac d'acquérir une audience supérieure à celle des lecteurs du Figaro, ou des journaux chrétiens auxquels il avait pu collaborer auparavant. Jean-Paul Sartre, dans un entretien avec Jean Touzot de 1975, témoigne de l'ampleur de cette audience : « Tous mes amis et moi nous le lisions et nous n'étions pas catholiques. Il atteignait en effet des milieux qui n'étaient pas de sa foi et qui considéraient ce qu'il écrivait non pas en liaison avec sa foi mais simplement avec sa raison [2] ».

Créé en 1952 à La Table ronde, le « Bloc-notes », commentaire-méditation de l'actualité, arrive à L'Express peu après la création de l'hebdomadaire, en novembre 1953. Mauriac s'engage alors, aux côtés de Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud, dans le soutien à Pierre Mendès France. Dans la préface du premier recueil des « Bloc-notes », paru en 1958, l'académicien définit ainsi ce genre journalistique inédit : « Quelqu'un est là , avec ses idées, ses goûts, ses humeurs, les conditions d'une vie ordinaire, et chaque semaine, il réagit à l'histoire telle qu'elle se fait sous son regard. Cet affrontement de l'individuel et de l'universel, c'est tout le Bloc-notes [3] ».

Le 22 mai 1958, L'Express titre : « De Gaulle, oui ou non ? » Les divergences apparaissent au sein de l'équipe des journalistes ; et Mauriac se retrouve rapidement isolé, protestant contre les attaques les plus vives, comme une caricature d'Effel montrant le Général faisant des cornes à Marianne par son V de la victoire [4]. La publication du « Dialogue avec François Mauriac », dans le numéro du 4 octobre 1959, rend publique sa querelle avec Servan-Schreiber [5]. Plus d'une année d'articles contradictoires, de mises au point des dirigeants du journal et du chroniqueur, ont donc été publiés lorsque, dans les derniers « Bloc-notes » de 1960, François Mauriac fait part aux lecteurs de son questionnement, plus moral que politique, sur son avenir à L'Express. Dans le numéro du 22 décembre 1960, il se demande si on ne pourrait pas lui reprocher de « couvrir », par sa participation au journal, la présence dans ses colonnes du « Mal » (comme un dessin trop agressif ou une interview de Pauvert, « éditeur spécialisé dans l'érotisme et le blasphème »).

Et ses lecteurs lui répondent massivement : 134 lettres écrites entre le 22 décembre 1960 et le 30 janvier 1961 ont été conservées dans les archives François Mauriac de Malagar [6]. Ces lettres, écrites pour près de la moitié par des femmes, sont relativement longues : entre une et huit pages, deux pages manuscrites en moyenne. Il faut dire que les lecteurs de L'Express sont habitués à être sollicités : ils s'expriment dans les « Forums régionaux » et les réunions des « Amis » du journal, et l'hebdomadaire publie chaque semaine un abondant courrier.

Cet article se fonde sur l'étude systématique de ce fonds unique de courrier, adressé à un chroniqueur à un moment crucial de l'histoire de la rubrique. Il permet d'analyser l'image qu'ont ces lecteurs de leur hebdomadaire et des rapports entre les journalistes. Il apporte des éléments sur la capacité de mobilisation d'un lectorat et propose des textes intimistes où les lecteurs se confient à un écrivain journaliste dont ils se sentent proches.

Mauriac, Siné, Pauvert et les autres

Le « Bloc-notes » du 22 décembre 1960 exprime tout le malaise de Mauriac à L'Express. À l'intérieur de la rédaction, c'est aux dessinateurs qu'il adresse ses attaques les plus directes : « Que Tim, que Siné, que Jean Effel se soulagent enfin de toute la haine dont ils débordent [7]. » Pour Jean Lacouture, c'est avant tout Siné qui souhaite le départ de Mauriac [8]. Et c'est bien sur lui que se concentrent les attaques des lecteurs :

« Vous avez vu l'été dernier, ce qu'on a fait de votre page – Siné ! C'était une faute de la part de L'Express. Tant que Siné dessinait des chats, c'était parfait. Mais dans votre page, quelle honte ! – et de plus c'était d'un stupide inouà¯, sans rien de drôle malgré ce que certains y ont vu. »

Dans ses commentaires, les lecteurs rebondissent sur les termes employés par Mauriac. Celui de « haine » est le plus couramment repris [9], et Pauvert associé aux dessinateurs : « L'on n'y peut rien, il y aura toujours des Pauvert, des Effel, des Siné et des Tim. Croyez que je respecte les incroyants et les personnes des autres confessions mais pas ceux-là . La haine est l'inspiratrice de leurs écrits et de leurs dessins, quand ce n'est pas une immoralité déprimante. » Mais certains développent aussi une analyse personnelle des dangers qui menacent les dessinateurs de L'Express. Pour un autre lecteur, c'est « l'intellectualisme », c'est-à -dire « l'anticléricalisme et l'antimilitarisme », qui menace Tim et Siné ; ils pourraient « tomber aussi bas » que leurs confrères du Canard enchaîné. Quelques lecteurs, enfin, cherchent à modérer l'envolée de Mauriac : dans les dessins de Siné, il ne faut peut-être pas voir une « haine de l'idéal chrétien » mais l'attaque du « conformisme de façade », de ce « pharisaà¯sme, particulièrement haà¯ssable pour un chrétien ».

Leur perception du travail des journalistes de L'Express est, bien entendu, elle aussi induite par les réflexions de Mauriac. Pour ces lecteurs, L'Express est le journal qui accepte le débat et vit de la controverse : « Il y a les journaux qui ne pensent rien, ceux dont les réactions sont connues d'avance, enfin ceux qui admettent un débat, parfois douloureux, en vue de rechercher la vérité. L'Express essaie d'appartenir à cette dernière catégorie, de beaucoup la plus réduite. » Ce lecteur propose ainsi sa perception du paysage de la presse française. En ce début des années 1960, alors que la presse de divertissement (« les journaux qui ne pensent rien ») se développe, il s'agit de chercher une alternative à l'effondrement, continu depuis la Libération, de la presse d'opinion (les journaux « dont les réactions sont connues d'avance »). Cette ouverture, cette liberté de ton semblent être l'atout principal de L'Express et fondent la fidélité des lecteurs. Leur journal est celui des signatures prestigieuses et ils en sont fiers : « Ne trouvez-vous pas que les signatures de François Mauriac, François Mitterrand, Jules Roy, Morvan-Lebesque s'honorent l'une l'autre ? » Transparaît alors le sentiment d'appartenir à une « élite » :

« Mais nous lisons L'Express pour la lettre de Jules Roy à Ferhat Abbas, pour les articles de G. Tillon, parce que Saint John Perse pense que ce journal est le mieux qualifié pour publier son discours de réception du prix Nobel, pour toute cette élite démocratique de notre pays, aussi bien politique que littéraire qui pense à L'Express lorsqu'elle veut s'exprimer librement. »

À l'intérieur de L'Express, une image de la vie de l'équipe de journalistes se forme. Deux pôles s'affronteraient au sein de la rédaction, l'un conduit par Mauriac, l'autre par Jean-Jacques Servan-Schreiber. L'éditorial du directeur, publié au début du journal, est le pendant du « Bloc-notes » qui le termine. Ce sont les deux textes repères dans lesquels les mêmes événements sont souvent traités du point de vue différent des deux protagonistes. Et ce sont les analyses politiques et les opinions antigaullistes de « JJSS » que les lecteurs malmènent. Enfin, parmi les lettres étudiées, deux sont signées de collaborateurs de L'Express. Elles évoquent elles aussi la vie de l'équipe des journalistes, et l'une d'elles voit dans l'absence de Françoise Giroud l'explication de toutes les difficultés : « Nous savons qu'elle seule l'empêchait de ne devenir qu'une basse entreprise commerciale au service des délires érotiques de l'une et des petites combinaisons de l'autre. »

Pour les lecteurs, dans la diversité de cette équipe, Mauriac doit tenir sa place : « Mais L'Express est tout de même la seule publication où l'éventail des opinions soit aussi ouvert. Si vous en partiez, qui vous remplacerait ? » En bouleversant l'équilibre de la rédaction, le départ de Mauriac changerait la nature même du journal. Même les lecteurs qui lui sont plutôt hostiles estiment que la présence de François Mauriac assure le pluralisme de l'hebdomadaire : « Vous faites le poids, à vous tout seul, votre départ risque de faire de L'Express un journal sectaire. » Le départ de Mauriac signerait un « abaissement » du niveau de L'Express. Dans une lettre adressée à Jean-Jacques Servan-Schreiber, et jointe à celle qu'il envoie à Mauriac, un lecteur explique ainsi :

« Jusqu'ici L'Express avait conservé une tenue élevée, un standard unique, qui lui a valu la fidélité de lecteurs de toutes opinions ou croyances. Mais si votre intention est, désormais, d'abaisser ce standard pour le réduire au niveau de certaines feuilles à sensation, hebdomadaires scatologiques ou « bouffeurs de curé », alors là , cela est, bien entendu, affaire qui vous concerne seul. »

C'est un changement d'âge, la fin des premiers temps d'une équipe ambitieuse que redoutent les lecteurs. Ils parlent au passé d'une situation encore actuelle : « Ce qui, à mon avis, était un des grands attraits de L'Express c'était d'y lire côte à côte des articles de personnes aux opinions très différentes. » À cette interrogation, une autre fait écho : où Mauriac pourrait-il retrouver une telle tribune ? Signée « une vieille huguenote de 94 ans », une courte lettre résume le diagnostic général : « Nulle part vous n'aurez une telle tribune. Nulle part vous n'atteindrez un tel public ». Tous ont conscience de l'exceptionnelle audience ouverte à Mauriac par le journal de Jean-Jacques Servan-Schreiber.

Pour ces lecteurs, la mutation de L'Express le rapproche de titres plus grand public. Paris-Match est le plus couramment cité, mais on trouve aussi mention de Elle. C'est d'une baisse de la « qualité » générale de L'Express dont il est question. Pour plusieurs lecteurs, le départ de Mauriac serait une dernière étape dans la chute de « cet hebdomadaire brillant, plaisant, excitant pour l'esprit, mais dont je sais profondément qu'il est de mauvaise qualité ». Un seul lecteur conclut que Mauriac doit partir : « Bien qu'écrivant rarement aux journalistes, je tiens à vous remercier pour votre « Bloc-notes » des 18 et 19 décembre, au sujet de l'évolution de L'Express. Que faites-vous encore dans cette galère ? »

Cette évolution du magazine correspond à une plus grande ouverture du journal, vers une société et une modernité dont les lecteurs se défient. Comme Mauriac lui-même, c'est sur le terrain de la moralité qu'ils évaluent l'hebdomadaire. L'interview donnée par Jean-Jacques Pauvert dans le numéro du 7 décembre 1960 constitue l'argument principal du raisonnement de Mauriac à ce sujet. Écrire dans L'Express risquerait de laisser penser qu'il « couvre » de son « pavillon » les propos (et derrière eux l'action) de cet « éditeur spécialisé dans l'érotisme et dans le blasphème [10] ». C'est ce reproche que lui feraient ses « frères » et c'est là -dessus qu'il entend que ses lecteurs se prononcent. Or, l'article de Pauvert est rarement évoqué de manière directe. Un jeune lecteur explique quand même qu'il a sauté les deux pages en question : « La photo de ce type m'avait semblé si repoussante que je n'avais pas eu envie de lire l'article ».

Dans ce domaine du respect de la « morale », François Mauriac s'en prend également, dans son « Bloc-notes » du 22 décembre 1960, à Christine de Rivoyre : la journaliste a qualifié la jeune reine Fabiola de « petite fille modèle » dans le numéro précédent. Il s'offusque du « complexe de supériorité d'une romancière de la Nouvelle Vague devant une jeune fille espagnole qui croit ce que Thérèse d'Avila a cru [11] ». Ce sujet termine la rubrique hebdomadaire, mais peu de lecteurs font référence à Fabiola. Un lecteur explique même que L'Express est excusable de s'être ainsi attaqué à Fabiola, parce que les qualités chrétiennes et morales de la jeune reine ne sont que la façade d'une bonne éducation espagnole, et parce que le traitement d'autres journaux (comme Paris-Match) a pu provoquer un énervement légitime chez les journalistes de L'Express. Les lecteurs ne suivent donc pas aveuglément Mauriac ; leurs discours sont beaucoup plus modérés sur ce terrain. L'hebdomadaire a peut-être d'autres travers : Madame A.P. dit qu'elle n'est pas surprise des « scrupules à continuer le « Bloc-notes » » de Mauriac mais s'étonne « que vous ne les appuyiez que sur le côté amoral, mondain, « parisien » et à vrai dire si vide et superficiel de certaines pages ».

L'attachement au « Bloc-notes » de l'« écrivain-journaliste »

Dans les considérations des lecteurs sur L'Express en général, se détachent celles qui portent sur le « Bloc-notes ». La rubrique apparaît comme une entité à part au sein du journal. Il faut dire que la personnalité de Mauriac et l'emplacement de ses articles, en dernière page, contribuent à cette individualisation. Il faut dire aussi que c'est à un appel lancé dans cette chronique que réagissent les lecteurs ; elle joue donc dans ce courrier un rôle central. Le « Bloc-notes » est ainsi, tour à tour, présenté comme une motivation de l'achat du magazine (« Savez-vous qu'un de mes amis professeur de faculté athé et sa femme protestante n'achètent L'Express que pour vous et ne lisent que vos Bloc-notes ? ») et le texte de référence de la semaine (« … mais surtout et avant toute chose, quelle joie, quel réconfort que votre bloc-notes en dernière page… »). L'usage de la parole de Mauriac pour ces lecteurs, souvent chrétiens, nous y reviendrons, est alors proche de celui d'un prêche. Il faut dire que la chronique suit l'année liturgique et multiplie les références au Nouveau Testament. La dernière lectrice citée ajoute : « si un doute m'assaille vite je m'en réfère à vos lignes et me voilà réconfortée ». Dans le même esprit, la lecture de L'Express devient pour certains une activité dominicale : « Je garde toujours ce journal pour mon dimanche après-midi pour le lire en paix ». D'autres habitudes de lecture transparaissent. Plusieurs lecteurs précisent qu'ils commencent par la dernière page : « Combien de lecteurs de L'Express se précipitent comme moi, d'abord sur sa dernière page, pour lire votre Bloc-notes ! ». L'idée de l'autonomie de la chronique est, enfin, renforcée par la parution des recueils : « Et avant de terminer, puis-je vous dire que votre style m'enchante et que je serai heureuse, puisque vous allez publier un recueil de vos « Bloc-notes » de retrouver tel passage incisif où vous réduisiez en poudre certains de vos critiques et de relire tel autre particulièrement lumineux ».

L'autonomie du « Bloc-notes » au sein de L'Express fonde, et reflète à la fois, le style si particulier de Mauriac journaliste. Pour Jean-Paul Sartre, Mauriac a su être un écrivain journaliste en créant un espace et un ton : « Le « Bloc-notes » de Mauriac, par exemple, survole toujours et tire des conclusions là où le journaliste ne les tire pas ou les tire prudemment, à la fin de son reportage. Lui, Mauriac, prend des reportages déjà faits par d'autres ou des faits décrits par d'autres et il tire des conclusions qu'il croit qu'on peut en tirer. Il est surtout conclusif [12]. »

De nombreux lecteurs font référence à ce statut spécifique de l'écrivain journaliste. Ils le reconnaissent comme journaliste, mais connaissent, et le plus souvent apprécient, son œuvre littéraire. Chez le journaliste, ce sont les talents de polémiste qui sont mis en avant : « Vous avez un talent de polémiste comme Paul-Louis Courier, je vous l'ai écrit dès le début de L'Express. Vous agissez en écrivant. Vous êtes né pour cela [13] ». Après les raisons matérielles (le journalisme lui aurait directement permis de nourrir ses enfants), c'est bien pour défendre ses idées que Mauriac lui-même dit avoir voulu prendre la plume dans la presse : « J'ai toujours eu des idées à défendre si je n'ai pas toujours eu des enfants à élever ; et avec le sens des réalités qui ne m'a jamais non plus manqué, et qui fait de moi (à mon idée !) un observateur politique très sagace, je me suis toujours efforcé de faire coà¯ncider ces idées que je défendais avec les articles substantiels (je veux dire nourrissants) dont j'ai parlé [14] ».

Analysant le « pacte journalistique » de François Mauriac, Marie-Chantal Praicheux, souligne sa faculté d'être « un pied dans le passé, un pied dans le futur [15] ». Sa fonction est pour elle à un « confluent », que les lecteurs relèvent bien en s'adressant dans la même phrase à l'écrivain et au journaliste : « Vous êtes l'écrivain que je préfère à tous les autres et c'est pour vous lire surtout que j'achète L'Express, bien que les autres rubriques de ce journal m'intéressent aussi ». Les lecteurs ont l'intuition de l'émergence d'une œuvre décrite aujourd'hui par les chercheurs mauriaciens :

« On pourrait certes s'étonner que cette œuvre journalistique, liée par son essence même au présent et à l'éphémère, puisse être présentée comme un « monument », qui par définition, évoque la durée, sinon l'éternité. La contradiction y est en effet contenue : l'écrivain quand il se fait journaliste doit se plier aux contraintes de l'actualité, en subit les accès de fièvre, la courbe sinusoà¯dale des coups de projecteur médiatiques, et l'oubli qui s'ensuit [16] ».

Adressées au journaliste, les lettres font souvent référence à d'autres versants de l'œuvre de Mauriac. Cette polyphonie souligne l'unité d'une écriture, qui, pour les lecteurs, correspond à l'unité d'un engagement. Par la force de son écriture, et l'audience de sa tribune de L'Express, Mauriac incarne, pour certains, la figure de l'intellectuel : « Une des causes de la crise morale des temps présents, c'est l'isolement des intellectuels qui ont refusé le combat de crainte de se salir les mains. Quelle erreur ! » Les encouragements enthousiastes de ce lecteur correspondent à ce qu'observe Jean-François Sirinelli : Mauriac tire le meilleur rendement de la première des trois armes qui définissent l'intellectuel influent, la tribune de presse [17]. Et c'est pour cet engagement que les lecteurs vont à leur tour se mobiliser, à l'appel de Mauriac. L'importance de la vague de courrier reçu après les premières alertes sur l'arrêt du « Bloc-notes » veut pousser encore l'écrivain au combat.

Les lecteurs autour de Mauriac

Ce sont les « fidèles » de Mauriac qui se mobilisent. Les formules d'adresse qu'ils utilisent montrent à la fois leur estime pour Mauriac (16% utilisent le terme de « maître ») et comme ils se sentent proches de lui (l'adjectif « cher » figure dans la première ligne d'un tiers des lettres). Certains rappellent de précédents envois, mais la plupart semblent être de nouveaux « correspondants ». Ils se présentent donc, mettant en avant différents éléments de leur curriculum vitae ou de leur parcours spirituel (« Je suis un chrétien anonyme de moins de trente ans »), ou déclinent leurs titres militaires. Ces références veulent apporter un crédit supplémentaire à leur raisonnement : « Je crois qu'il est non seulement bon de signer mais de dire aussi que je suis : petit-fils d'émigré alsacien de 1871, fils de tué, lieutenant de réserve de Chars d'Assaut, professeur agrégé d'Histoire et de Géographie au grand Lycée de Nice depuis 24 ans, médaille de la Reconnaissance Française ». Ce même lecteur est représentatif d'un autre phénomène : en se définissant, les lecteurs montrent leur proximité, leur empathie, et cherchent à s'identifier à Mauriac :

« Comme vous, j'ai été attiré par Mendès France.Comme vous, je voudrais tant que le Général résolve le problème algérien.Comme vous, je repousse le nihilisme, le scepticisme “jusqu'auboutiste†qui règne dans trop de pages. »

L'accumulation de ces comparaisons, si elle force un peu le trait de certains engagements mauriaciens, montre que le courrier veut participer au combat intellectuel et politique de l'écrivain. La perspective de l'abandon de la chronique, et par là de son lectorat fournit une autre série de comparaisons. Une institutrice retraitée lui écrit par exemple : « â€œQui, sans vous, nous parlera vraiment ?†me dirent mes élèves, petites filles très pauvres, quand il me fallut renoncer. Ce soir, c'est à vous-même que je me permets de dire : “Qui nous parlera ?†» Individuels, le sentiment d'identification et l'empathie des lecteurs sont aussi collectifs. De fait, plusieurs courriers témoignent de ce que leurs auteurs ont conscience d'appartenir à un groupe bien défini, celui des lecteurs du « Bloc-notes » de François Mauriac. L'écrivain devient alors une sorte de porte-parole :

« Vous exprimez ce que nous ressentons et c'est un régal de lire votre “Bloc-notes†et de voir là , en noir sur blanc et dans un style inimitable nos pensées, nos réactions et nos espoirs ».

Ce phénomène correspond à l'analyse de Marie-Chantal Praicheux pour qui Mauriac s'adresse à « son groupe » [18]. Et la conscience de l'existence de ce groupe, dispersé mais uni, des lecteurs de Mauriac, transparaît aussi dans les lettres de ceux qui s'en veulent éloignés : « Si j'ose vous écrire c'est parce qu'étant ni française (sauf par mon propre choix), ni catholique (ou plutôt pas encore) je n'ai peut-être pas les mêmes passions et partis pris que ceux qui doivent vous écrire actuellement à propos de vos deux derniers Bloc-notes ».

C'est en vertu de cette empathie et pour répondre à ses sollicitations, que les lecteurs somment Mauriac de poursuivre sa collaboration à L'Express. La plupart lui envoient de véritables injonctions dont « Ne quittez pas L'Express » apparaît comme la formule emblématique. La demande, individuelle, est formulée au nom du groupe de lecteurs imaginé dont nous avons parlé : « Et vous parlez de vous en aller, de quitter L'Express – ah, non, je vous en supplie, n'en faites rien. Ma lettre sera une parmi toutes celles que vous avez reçues – mais autour de moi, parmi tous vos lecteurs, tous sont unanimes – restez ». Les lecteurs se placent donc dans la perspective d'une relation avec le journaliste : « Ne nous abandonnez pas, Monsieur », lui demande une lectrice.

Dominique Pasquier, dans son étude du courrier adressé aux acteurs de la série télévisée Hélène et les garçons, note : « Derrière la plupart des courriers, perce le souci d'écrire la lettre qui convient (…). Écrire une lettre est un acte qui n'a rien de routinier pour ces jeunes correspondantes, elles s'y sont préparées en cherchant les mots qu'il fallait et en s'appliquant de leur mieux [19] ». C'est ce même souci que nous trouvons chez les lecteurs de François Mauriac. Pour les uns, il s'agit de convaincre, pour les autres d'être percutants. Si les injonctions sont aussi fortes, c'est que les lecteurs ont la conviction que leur parole influencera la décision. Les lettres déclinent, de fait, l'injonction faite à Mauriac : « Non, François Mauriac, il ne faut pas quitter L'Express », « Ne quittez pas L'Express, monsieur Mauriac », « Ne partez pas de L'Express », « Non par pitié, ne quittez pas L'Express ! », « Ne quittez pas L'Express, je vous en conjure à deux genoux », « Restez à L'Express », « vous devez rester à L'Express, au poste de combat ! »…

Après ce registre de l'injonction, plusieurs lettres passent à celui des menaces. La principale est celle de ne plus lire L'Express, ou de mettre fin à un abonnement : « Or donc, si vous désertez la dernière page du journal, je vous dis que j'abandonnerais tout de suite mon abonnement ». La menace peut être précise : « Alors si vous partez – si vous n'êtes plus là pour faire le contrepoids j'abandonne un abonnement que j'ai pris le jour où L'Express est devenu quotidien et que j'ai gardé depuis : j'en avertirai M. Servan-Schreiber la semaine même de votre départ ». Et puisque ces lecteurs pensent faire partie d'un groupe, ils anticipent une réaction collective au départ de Mauriac : « Que je vous dise tout d'abord combien j'ai de plaisir à lire chaque semaine votre « Bloc-notes » dans L'Express. Et aussi combien je suis consternée que vous ayez l'intention de le quitter. Je crois pouvoir prédire que beaucoup de lecteurs vous suivront ».

Mobilisés, sûrs de leur démarche, les lecteurs de Mauriac cherchent à établir une relation personnelle avec l'écrivain. Cette intention est souvent perceptible dans les formules finales des lettres. Elles marquent le respect (« Je vous prie de croire, cher Maître, à mon profond respect et à ma constante fidélité ») et adoptent le ton de la confidence pour évoquer la vie spirituelle des lecteurs. C'est « dans la foi » qu'ils se sentent proches de Mauriac, « fraternellement unis dans le Seigneur », conclut l'un d'eux. Deux lectrices développent cette idée : « Nous prions pour vous. Veuillez agréer L'Expression de notre communion en Christ » quand d'autres joignent une prière à leur envoi.

Poursuivre la mission

Car c'est en faveur d'un chrétien que les lecteurs se mobilisent. Certes les motivations politiques, c'est-à -dire le soutien à l'action de De Gaulle apparaissent parfois, mais elles sont numériquement et quantitativement bien inférieures au registre du « témoignage », au sens chrétien du terme, demandé à Mauriac. Face aux autres articles, le « Bloc-notes » doit « faire le poids », et manifester la foi de Mauriac dans les colonnes de L'Express.

C'est là qu'elle résonnerait le mieux. Et Mauriac lui-même doit porter son témoignage auprès des journalistes : « Qui sait si un jour Tim, Siné, Jean Effel et tant d'autres ne seront pas eux-mêmes plus profondément touchés par cette grâce, parce que vous aurez milité avec eux, serrant les rangs fraternellement et levant, vous aussi, l'étendard d'une Délivrance ? ». D'autres lettres vont dans ce sens, en écrivant que c'est Dieu qui a placé Mauriac à L'Express, pour montrer « le Vrai Visage de Celui qu'ils contestent » à « certains collaborateurs » du journal.

C'est aussi parce que Dieu lui en a donné le talent que Mauriac se doit de poursuivre. Cette confiance divine lui donne, pour ces lecteurs, une responsabilité spécifique : « Les dons et la grâce que le Seigneur vous donnent ne peuvent être mis sous le boisseau – vous le savez mieux que moi ». Certains décèlent une claire volonté divine dans la présence de Mauriac à L'Express : « Vous semez là où il a plu au maître Très Doux et Tout Puissant de vous appeler. Ce sera peut-être votre ultime sacerdoce jusqu'à ce qu'il plaise au maître de vous rappeler. C'est ainsi que j'entrevois votre tâche en ce pays de Mission journalistique que constitue L'Express ».

Pour cette mission, la tribune de L'Express apparaît comme une des plus enviables. Pour les lecteurs, elle permet, en effet, à Mauriac de toucher un public « qu'une parole chrétienne ne pourrait atteindre, si vous n'écriviez pas dans leur journal », de propager la foi dans les « milieux athées ». Ils l'encouragent donc, et lui reprochent sa frilosité : « Quand on veut lutter pour une cause, on ne peut être approuvé par tous, s'il n'y avait pas d'obstacles, il ne serait pas utile de se jeter dans le combat ». Or c'est bien pour porter largement son message au monde que Mauriac a fait le choix du journalisme. Pour Laurence Granger, c'est parce que « cet engagement chrétien en faveur de son prochain ne saurait chez lui être limité au seul cercle de ses intimes ou à l'étroit territoire de la République des lettres » que Mauriac choisit une large tribune de presse [20].

Les lecteurs chrétiens se sentiraient trahis par un abandon de Mauriac : « Croyez-vous qu'il serait honnête de se retirer, de laisser en somme tomber tous ceux qui ont confiance en vous ? » Quelques années plus tard, Mauriac souligne que cette volonté de convaincre « le plus de gens possible (…) que ce que je pense de Dieu est ce qu'il faut penser » est « la grande affaire de [sa] vie [21] ». Et c'est bien pour la poursuite de ce « travail d'apostolat » que militent, en nombre, ses correspondants des derniers jours de l'année 1960. Malcom Scott parle de la prégnance du « critère évangélique » dans les choix de Mauriac [22]. Le mobile spirituel de l'engagement est, en tout état de cause, clair : « Que la passion politique m'entraîne ou m'égare, il n'en reste pas moins que je me suis engagé sur ces problèmes d'en-bas pour des raisons d'en-haut » [23] ; la foi alimente l'écriture journalistique.

Ceux qui ne sont pas chrétiens proposent des variantes de cette admiration du « témoignage ». Athée, d'origine juive, un lecteur admire en lui : « Moins un Dieu inconnu et sa morale » qu'une « certaine grandeur de l'homme capable d'approcher de la perfection que lui propose cette morale ». Un autre lecteur parle du « rassemblement de tous les hommes de bonne volonté », prenant l'engagement de Mauriac dans un large sens philosophique et sans faire intervenir la notion de foi. Celle-ci n'est d'ailleurs pas indispensable pour que les lecteurs admirent la démarche de l'écrivain, perçue comme un lien entre croyants et incroyants.

« Oui, sans doute, certains milieux catholiques peuvent formuler à votre égard de sévères critiques. Qu'importe. Nous sommes de l'Église et devons descendre dans la cité. Vous avez eu le courage de le faire. Merci.L'Express est un journal intelligent, bien fait, mais qui prend, souvent, des positions difficiles à soutenir, pour nous chrétiens. Précisément, à cause de cela, votre « Bloc-notes » est précieux. »

Ces lignes montrent comment les lettres cernent la confrontation des chrétiens à la société contemporaine. Les chrétiens qui écrivent à Mauriac pour lui demander de poursuivre son témoignage à la tribune de L'Express se qualifient eux-mêmes de « progressistes » et de « militants ». Pour eux, le journaliste représente un « certain catholicisme, à la fois ouvert à toutes les initiatives, à toutes les nouveautés, et ferme sur ses intangibles principes ». Riches sur le versant de l'histoire de la presse, de l'histoire culturelle du milieu du xxe siècle, ces lettres apportent donc, enfin, des éléments précieux pour l'appréhension de l'état d'esprit des catholiques progressistes, peu avant le concile Vatican II. Jean XXIII a, en effet, annoncé dès le début de l'année 1959 la convocation de cette réunion, mais les travaux du concile ne commencent qu'à la fin de 1962. L'appel de Mauriac à ses frères chrétiens, au sujet de ses liens avec L'Express, symbole des évolutions contemporaines de la société, se situe donc entre ces deux temps. Or, les lettres laissent apparaître la mobilisation des « catholiques d'avant-garde » pour que Mauriac « homme d'Église » ne refuse pas de se confronter au monde. L'isolement de ces catholiques, ayant eux aussi fait le choix de l'engagement, est frappant :

« Nous autres catholiques d'avant-garde (ou simplement catholiques nous efforçant d'être plus chrétiens que beaucoup d'autres) sommes en butte aux critiques des incroyants sectaires et des croyants (souvent plus dangereux) qui voudraient nous renvoyer aux ghettos catholiques d'où nous sommes sortis depuis un peu plus d'un demi-siècle. Moi-même je suis considéré à mon foyer comme un mauvais chrétien, un complice des communistes parce que je suis abonné fidèle de Témoignage chrétien (depuis la Libération) et de L'Express (depuis 1956) ».

Et Mauriac est présenté comme le seul écrivain s'adressant à ces nouveaux chrétiens progressistes. Sa participation à L'Express montrerait l'exemple : ils peuvent, sans crainte, se mêler au monde ; en allant lire ses chroniques, ils découvrent les autres rubriques du journal, et s'ouvrent aux évolutions de la société. Politiquement engagés, ces chrétiens soulignent l'importance de la participation de Mauriac à « la presse de gauche ».

Les lecteurs se retrouvent aussi dans un appel à un comportement plus ouvert du clergé. Monsieur A.K. cite ainsi en exemple le père Couturier qui avait protesté contre l'expulsion de Picasso, parce qu'il était communiste, par la mairie de Paris. Les termes employés soulignent cette rupture avec les cadres de l'Église. « Je ne suis pas pour autant cléricale mais catholique », précise une lectrice. Et c'est Mauriac qui devient pour eux le représentant d'un clergé différent, un « homme d'Église ».

L'aggiornamento de l'Église et sa volonté d'ouverture au monde moderne sont les principales conclusions du concile Vatican II, en 1965. La tradition historique présente, bien souvent, ces réformes comme issues de la volonté seule de Jean XXIII, créant la surprise avec le concile. La réaction des lecteurs de Mauriac apporte une pierre à l'historiographie contemporaine, qui estime que ces décisions répondaient aussi à un appel des catholiques [24].

à‚gé, Mauriac semble avoir acquis une proximité avec la mort qui fait de lui une forme d'intermédiaire divin. Pour ces lecteurs chrétiens progressistes, Mauriac, par la force et l'ampleur de son témoignage, devient une figure christique : « Je me contente donc de vous dire « restez ». Le Christ aussi a été critiqué pour ses relations peu recommandables… ». Leurs encouragements pour la poursuite de sa participation à L'Express sont enthousiastes et ne manquent pas d'humour :

« À ma connaissance, ni Siné, ni Tim, ni J. Effel, ni une certaine dame de L'Express, n'ont parlé de quitter le Journal à cause du Bloc notes… En vrai chrétien, supportez-les donc cher François Mauriac, comme ils vous supportent eux-mêmes ! De toute façon, vous savez bien que votre article hebdomadaire est un des principaux attraits de L'Express… »

Mauriac y est sensible et, en post-scriptum de sa chronique, dans le n°499 du 4 janvier 1961, précise : « Mes derniers « Bloc-notes » m'ont valu trop de lettres pour que je puisse répondre à toutes. J'exprime à mes correspondants ma gratitude émue ». Sans doute sur l'insistance de ses lecteurs, Mauriac poursuit donc quelques semaines encore sa collaboration à L'Express. Il estime que l'éditorial publié dans le n°513, du 13 avril 1961, et intitulé « Un homme dans l'espace » offense trop de Gaulle pour qu'il accepte de continuer. Il faut dire que, dans le même temps, Mauriac vient de conseiller à Pierre Brisson de prendre le jeune gaulliste Michel Droit comme nouveau rédacteur en chef du Figaro littéraire [25]. C'est dans la nouvelle formule de cet hebdomadaire que la publication du « Bloc-notes » reprend, le 21 octobre 1961. Alors que Mauriac ne parlait que de transfert vers Témoignage chrétien, un de ses lecteurs citait spontanément, dès le 10 janvier 1961, Le Figaro comme lieu d'accueil possible du « Bloc-notes »…

[1] François Mauriac, Bloc-notes, 1952-1957, tome I, feuillet du vendredi 9 mars 1956, édition présentée et annotée par Jean Touzot, Paris, Points Seuil, 1993, p. 324.

[2] « Mauriac vu par Sartre », entretien de Jean Touzot avec Jean-Paul Sartre, avril 1975, in Jean Touzot (dir.), L'Herne. François Mauriac, Paris, Fayard, 2000, p. 46. Pierre Daix rend compte, lui aussi, de l'écho des « Bloc-notes » : « Les Bloc-notes de L'Express, y compris ceux qui fustigeaient certaines attitudes de mon parti, allaient à mes yeux dans le bon sens. Et ceux qui fouaillaient les mœurs de la IVe m'enthousiasmaient franchement. Il m'arrivait, dans mes éditoriaux des Lettres françaises, de m'y référer indirectement, par contrebande, car à l'époque la quasi-totalité de mes camarades n'aurait pas supporté ce qui leur eût paru à l'éloge d'un adversaire à qui ils ne pardonnaient pas ses coups de poignard durant la guerre froide », in Pierre Daix, « Mes souvenirs sur Mauriac polémiste », Jean Touzot (dir.), François Mauriac, ibid., p. 378.

[3] François Mauriac, Bloc-notes, tome I, op. cit., p. 37. Pour Jacques Monférier, sa chronique relève à la fois du journal et des mémoires : elle est, tour à tour, « mémoires politiques, confidences voilées, brutales envolées et discrètes psalmodies, comptes rendus de l'instant qui passe et vue d'ensemble de l'Histoire qui se fait, autobiographie sans aveux et professions de foi », in Jacques Monférier (dir.), François Mauriac 5 de mémoire en Mémoires, La Revue des lettres modernes, Paris, 1995, « Introduction », p. 5.

[4] Dessin publié dans le n°377 du 4 septembre 1958. La protestation de Mauriac se trouve dans le « Bloc-notes » du n°379, 18 septembre 1958.

[5] Sur ce point, voir Malcom Scott, Mauriac et de Gaulle, Paris, 1999, 265 p., p. 193-194 et Jean Lacouture, François Mauriac, Paris, Le Seuil, 1980, p. 519.

[6] Elles appartiennent à un fonds de plusieurs centaines de lettres de lecteurs qui ont récemment été inventoriées et classées. L'ensemble des citations de courriers de lecteurs sont issues de ces courriers cotés CL 193 à CL 310. Merci à Merryl Moneghetti qui, dans le cadre de ses recherches sur François Mauriac, a repéré et réuni ce corpus, et accordé sa relecture attentive à cet article. L'exceptionnelle concentration dans le temps des envois conservés donne un aperçu intéressant des réactions des lecteurs de François Mauriac à son « Bloc-notes », mais ne permet pas d'évaluer la quantité totale de lettres reçues. Les lettres sont décrites lors de leur première citation, seule la cote est ensuite mentionnée. Plusieurs lecteurs demandant l'anonymat, celui-ci a été respecté pour l'ensemble des courriers.

[7] François Mauriac, Bloc-notes, tome II (1958-1960), Paris, Le Seuil, coll. « Points. Essais », p. 522.

[8] « Je déteste de plus en plus François Mauriac, et si je pouvais être cause de son départ, j'en serais content… » aurait-il déclaré à ce moment-là , in Jean Lacouture, François Mauriac, Paris, Le Seuil, 1980, p. 519-520.

[9] Par exemple : « Un dessin de Siné, par ce qu'il révèle justement d'odieuse haine (cet amour déçu) », ou « C'est par respect pour eux qu'ils ne donneront pas libre cours à leur « haine », que vous restiez ou non ». Elle est parfois atténuée en « hargne » : « Nous sommes abonnés à L'Express et, comme vos conseilleurs, je n'apprécie pas la hargne de Tim, Siné et, certaines fois, Effel ».

[10] François Mauriac, Bloc-notes, op. cit., p. 517.

[11] Ibid.

[12] Jean Touzot (dir.), L'Herne. François Mauriac, Paris, Fayard, 2000, « Mauriac vu par Sartre », entretien de Jean Touzot avec Jean-Paul Sartre, avril 1975, p. 44.

[13] Les textes de Paul-Louis Courier étaient, pour Sainte-Beuve, de « merveilleuses petites pièces de guerre ». Ce pamphlétaire du début du xixe siècle y défendait une bourgeoisie libérale et anticléricale.

[14] François Mauriac, « L'Écrivain journaliste », texte paru dans Le Figaro, supplément gratuit du 16 novembre 1966, Archives Figaro, IMEC.

[15] Marie-Chantal Praicheux, « À propos des Mémoires politiques. Le « pacte journalistique » de François Mauriac », in Jacques Monférier (dir.), François Mauriac 5 de mémoire en Mémoires, La Revue des lettres modernes, Paris, 1995, p. 29.

[16] Bernard Cocula, « Le « Bloc-notes » lieu de mémoire », in Jacques Monférier (dir.), François Mauriac 5 de mémoire en Mémoires, La Revue des lettres modernes, Paris, 1995, 176 p., p. 61.

[17] « Mauriac, un intellectuel engagé sous la IVe République », Mauriac entre la gauche et la droite, Klincksieck, 1995, p. 151.

[18] Marie-Chantal Praicheux, op. cit., p. 31.

[19] Dominique Pasquier, La Culture des sentiments, L'expérience télévisuelle des adolescents, Paris, Editions de la Maison des sciences de l'homme, 1999, p. 10.

[20] Laurence Granger, « Lettres d'une vie et Nouvelles Lettres d'une vie. Contribution à l'autobiographie mauriacienne. Mauriac le solitaire », in Jacques Monférier (dir.), François Mauriac 5 de mémoire en Mémoires, La Revue des lettres modernes, Paris, 1995, p. 147.

[21] François Mauriac, « L'Écrivain journaliste », texte paru dans Le Figaro, supplément gratuit du 16 novembre 1966, IMEC, Archives Figaro.

[22] Malcom Scott, « Mauriac et « l'équivoque » algérienne 1958-1962 » in Philippe Baudorre (dir.), La Plume dans la plaie. Les écrivains journalistes et la guerre d'Algérie, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2003., p. 114.

[23] François Mauriac cité par Jean Lacouture, François Mauriac, Paris, Le Seuil, 1980, p. 497. Sur ce point, voir aussi Cécile Guérard, François Mauriac : cohérence de l'engagement politique, mémoire de DEA dirigé par Marc Sadoun, IEP, 1995.

[24] Sur ce point, voir Paul Poupard, Le Concile Vatican II, Paris, PUF, 1983, et le témoignage du journaliste Noà« l Copin, Vatican II retrouvé, Paris, Desclée de Brouwer, 2003.

[25] Voir Claire Blandin, « Le Figaro littéraire (1946-1971). Vie d'un hebdomadaire politique et littéraire », thèse de doctorat en histoire sous la direction de Jean-François Sirinelli, IEP de Paris, 2002.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Ne-quittez-pas-L-Express.html