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01 - Interdits. Tabous, transgressions, censures

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Patrick Eveno

Les médias sont-ils sexués ? Éléments pour une gender history des médias français

Le Temps des médias n°1, automne 2003, p.162-173.

L’analyse des médias doit être confrontée aux apports de la gender history américaine. Il apparaît certain que les hommes dominent la production de l’information et la fabrication des médias. Pourtant les femmes sont d’importantes consommatrices de médias, aussi bien écrits qu’audiovisuels. C’est pour comprendre cette apparente contradiction qu’il faut faire un retour sur l’histoire de la presse et sur la place des femmes dans la publicité. englishflag

[1] Voir Sylvette Giet, Nous Deux, 1947-1997, apprendre la langue du cœur, Peeters Vrin, 1997 ; Anne-Marie Dardigna, Femmes-femmes sur papier glacé, Paris, Maspéro, 1974 ; Evelyne Sullerot, Histoire de la presse féminine en France des origines à 1848, Paris, Armand Colin, 1966 ; Evelyne Sullerot, La presse féminine, Paris, Armand Colin, 1963 ; Samra Bonvoisin et Michèle Maignen, La presse féminine, Paris, PUF, 1986. Image de la femme dans les médias : rapport sur les recherches existant dans l'Union européenne, Commission européenne, Direction générale Emploi, relations industrielles et affaires sociales, Unité V-D.5, [Égalité des chances] Office des publications officielles des Communautés européennes, Luxembourg, 1999. Femmes et médias, Louis Bosshart (éd.), Fribourg, 1991. Femmes et médias : actes du XVe congrès de l'Union professionnelle féminine, Toulon, 4-8 octobre 1995 sous la dir. d'Evelyne Serdjénian, L'Harmattan, 1997. Monique Rémy, Comment les femmes sont vues : images et statuts de femmes dans les médias, Point d'appui Women's studies, Université libre de Bruxelles, 1995.

[2] Je dois remercier ici les étudiantes et les étudiants de mon séminaire de maîtrise sur la presse et les médias de l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne qui ont bien voulu se prêter à des « expériences » de lecture de presse, d'écoute ou de visionnage d'émissions en groupes séparés de femmes et d'hommes.

[3] Bureau international du travail, Les conditions de travail et de vie des journalistes, Études et Documents, Série L n° 2, Genève, 1928.

[4] G. Bohère, Profession : journaliste, Étude sur la condition du journaliste en tant que travailleur, Bureau international du travail, Genève, 1984.

[5] CEREQ, Les journalistes, Étude statistique et sociologique de la profession, Documentation française, 1974 ; CCIJP, Cinquante ans de carte professionnelle, CCIJP, 1986 ; IFP, Les journalistes français en 1990, Radiographie d'une profession, Documentation française, 1991.

[6] Valérie Devillard, Marie-Françoise Lafosse, Christine Leteinturier et Rémy Rieffel, Les journalistes français à l'aube de l'an 2000, profils et parcours, IFP-LGDJ, 2001.

[7] Voir Patrick Eveno, Le Monde, histoire d'une entreprise de presse, 1944-1995, Le Monde Éditions, 1996.

[8] Roger Chartier, Le livre en révolution, Paris, Textuel, 1997.

[9] Voir Laure Adler, À l'aube du féminisme, les premières journalistes (1830-1850), Paris, Payot, 1979.

[10] 22 livres par an contre 19 par an pour les hommes, voir Olivier Donnat, Les pratiques culturelles des Français, enquête 1997, Paris, La Documentation française, 1998.

[11] 223 minutes par jour contre 193 minutes par jour pour les hommes, source Médiamétrie.

[12] 181 minutes par jour pour les femmes, contre 197 minutes par jour pour les hommes, Source Médiamétrie.

[13] Source EuroPQN 2002.

[14] Source AEPM 2002.

[15] Médiamétrie, L'année TV 2001 et 2002 ; avec mes remerciements aux équipes de Médiamétrie.

[16] Le chercheur doit prendre des précautions avec les résultats d'audience qui tendent à dissimuler le poids des seniors dans l'audience générale. Les chiffres sur les plus de 60 ans, voire sur les plus de 50 ans, sont distillés avec parcimonie, alors qu'ils font considérablement monter les moyennes d'audience. Ainsi en 2002, les femmes, tous âges confondus, regardent la télévision 225 minutes par jour, mais les ménagères de moins de 50 ans 203 minutes, les ménagères 25-59 ans 210 minutes, les ménagères avec enfants 212 minutes, les femmes actives 192 minutes, les femmes 15-34 ans 173 minutes et les femmes 15-24 ans 137 minutes. Il faut bien que les femmes âgées de 60 ans et plus regardent la télévision beaucoup plus longtemps que celles des autres âges pour que la moyenne générale s'accroisse autant (les plus de 60 ans constituent 31% de l'audience totale des chaînes). Mais les publicitaires et les annonceurs n'aiment pas communiquer sur les seniors. Sur les 15 ans et plus (45 660 000), les hommes, avec 21 750 000 individus représentent 47,6% du total, contre 52,4% pour les femmes (23 910 000 d'individus).

[17] Le panel Médiamétrie pose d'autres problèmes : les enfants sont faiblement sexués. De 4 à 14 ans, la population de sexe féminin est incluse dans l'ensemble des « enfants de 4 à 14 ans », qui compte 7,66 millions d'individus, dont 3,92 millions de garçons, soit seulement 3,72 millions de filles. À partir de 15 ans, la population féminine est divisée en sous-catégories, par tranches d'âges, par fonctions sociales (ménagères, femmes actives) qui ne se recoupent pas.

[18] Sans même réaliser de gros scores d'audience, dans la mesure où les grands événements sportifs « fédérateurs » (la coupe du monde de football, les matchs de l'équipe de France de football, les Jeux olympiques ou le Tour de France) sont retransmis par TF1, France 2 ou France 3.

[19] Anne-Marie Thiesse, Le roman du quotidien, Lecteurs et lectures populaires à la Belle Époque, Paris, Seuil, 2000. Benoît Lenoble, Presse, feuilleton et publicité au début du xxe siècle, les campagnes de lancement du Journal, mémoire de maîtrise sous la direction de Dominique Kalifa, Université Paris VII, 2000.

[20] Voir Marc Martin, La presse régionale, des Affiches aux grands quotidiens, Paris, Fayard, 2002.

[21] Jean-Pierre Kintz, « La diffusion des Dernières nouvelles d'Alsace pendant les années 1970 », in Gilles Feyel (dir.), La distribution et la diffusion de la presse du xviiie siècle au IIIe millénaire, Paris, Éditions Panthéon Assas, 2002.

[22] Sylvie Debras, Lectrices au quotidien, des femmes, des hommes et des journaux, Paris, L'Harmattan, 2003.

[23] Virginie Barré, Sylvie Debras, Natacha Henry, in Michèle Cohen (dir.), Dites-le avec des femmes le sexisme ordinaire dans les médias, CFD Association des femmes journalistes, 1999.

[24] Les femmes dans la publicité, Rapport à la secrétaire d'État aux droits des femmes, 2001.

[25] Au début du xxe siècle, Gabriel Tarde suscite un ample débat médiatique en accusant la presse, par ses récits de crimes, de développer la criminalité. Voir Anne-Claude Ambroise-Rendu, Peurs privées, angoisses publiques, un siècle de violences en France, Paris, Larousse, 2001.

[26] Florence Amalou, Le livre noir de la pub, Paris, Stock, 2001.

[27] Pascale Weil, L'image des femmes dans la publicité, Paris, Publicis, 2001.

[28] Voir les slogans : « j'assure en Rodier », « Lesieur, je veux tout », « Printemps, le style moi », « Lady, plus je m'aime plus je m'aime ».

[29] Voir Catherine Mallaval, « La pub fait du sentiment », Libération du 20 juin 2003.

[30] C'est du moins ce que certains tentent de faire accroire, mais un comptage précis permettrait peut-être de nuancer l'analyse : les femmes mises en scène par les publicitaires sont sans doute plus « voyantes » que les hommes, mais il n'est pas sûr qu'elles soient plus nombreuses.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Les-medias-sont-ils-sexues.html

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