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KRAKOVITCH Odile, Les imprimeurs parisiens sous Napoléon Ier. Edition critique de l’enquête de décembre 1810, Paris Musées, 2008.

L’enquête de 1810, découverte dans un carton du Centre historique des Archives nationales (Fl 2371), se présente sous la forme d’un registre in-4° de quarante pages : elle analyse, sur deux colonnes encadrées, à raison de quatre imprimeurs par page, la situation des cent cinquante-sept propriétaires de presses et d’imprimeries à Paris. Ce long rapport n’est ni daté ni signé. Il est évident cependant qu’il a été dressé, à la demande de l’Empereur, au lendemain du décret de février 1810 qui réorganisa, pour trois générations, jusqu’à la loi de 1881, le monde de l’édition, du livre et de la presse, ainsi que la surveillance de la pensée ; il a obligatoirement été terminé avant ou pendant le mois de décembre 1810, puisqu’il était dit, au titre II du décret du 5 février 1810, en l’article 3, qu’ « à dater du 1er janvier 1811, le nombre...des imprimeurs à Paris serait réduit à soixante ». Ce tableau du monde du livre parisien, dressé au moment de sa réorganisation par Napoléon Ier, présente un intérêt évident pour l’histoire de la profession. Il est également révélateur des mentalités et des critères de ce que devait être et ce que sera un bon citoyen, bon industriel er bon sujet, sous l’Empire comme sous les régimes futurs. L’enquête est en effet composée de cent cinquante-sept mini-rapports passant systématiquement en revue les vies privée et professionnelle de chacun des artisans du livre parisien en ce début du XIXe siècle : e]le précise tour à tour l’époque de l’installation de l’imprimeur (le fait que ce soit avant, pendant ou après la Révolution revêt une certaine importance), puis son origine sociale, si elle est connue (et là encore le fait de savoir s’il s’agit d’un ancien ouvrier qui s’est élevé dans l’échelle professionnelle, ou d’un héritier d’une famille depuis longtemps installée est important) ; son caractère, d’après l’opinion des collègues ; sa moralité ainsi que celle de l’épouse ; ses idées politiques évidemment, sa religion, ses prises de position dans le passé ; sa situation économique, avec la bonne tenue des locaux et l’importance de l’imprimerie, le nombre des presses et des ouvriers ; ses innovations professionnelles et techniques ; l’état financier enfin, le tout commenté de façon très précise à l’aide de chiffres, notamment celui du montant de la patente toujours indiqué. L’enquête se situe à une époque déterminante, à la fin de l’anarchie révolutionnaire marquée à la fois par une liberté trop grande et une censure non dite, d’autant plus féroce qu’elle était exercée par plusieurs pouvoirs à la fois, et au début de la main-mise par le ministère de l’Intérieur et la direction de l’Imprimerie et de la Librairie sur le monde de l’édition, main-mise qui durera jusqu’aux lois de 1871. Le nombre des imprimeurs de Paris fut réduit à soixante, puis relevé à quatre-vingt en 1811, suite aux conseils donnés par les inspecteurs enquêteurs. Les éditeurs devaient désormais être brevetés et assermentés, et, pour ce faire, « justifier d’un certificat de bonne vie et mœurs, et de leur attachement à la patrie et au souverain ». C’est dire toute l’importance des observations inscrites dans l’enquête, puisque ce fut à partir des critères des quatre inspecteurs rapporteurs que se firent les éliminations des imprimeurs ou leurs inscriptions sur la liste de brevetés. Certains des imprimeurs maintenus furent à l’origine des grandes maisons d’édition qui marquèrent le livre jusqu’à nos jours, les Colin, Delalain, Marne, Michaud, Dentu, Didot, assurant ainsi une permanence, une continuité, une profession socialement intégrée, voulue par Napoléon.
En savoir plus : http://www2.uvsq.fr/03246919/0/fiche___actualite/&RH=1183994782492
Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Les-imprimeurs-parisiens-sous.html

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