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Ouvrages de référence

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DELPORTE Christian, Les crayons de la propagande. Dessinateurs et dessin politique sous l’Occupation, Paris, CNRS-Editions, 1993.

L’ouvrage de C. Delporte présente un intérêt particulier pour historien comme pour le lecteur éclairé. Son travail qui couvre la période allant des années 1930 jusqu’à l’épuration, s’attache à décrypter des sources trop souvent négligées par l’historien du contemporain : les images et, plus précisément ici, le dessin de presse, notion qu’il élargit quelque peu au-delà de la caricature. Si la radio restitue au Français moyen une part de l’identité de ses dirigeants, il lui manque encore la télévision pour une véritable appréhension de leur physique, allure autant que physionomie. Ils ne sont certes pas flattés par un Sennep ou un Charlet mais ils sont ressemblants et c’est l’essentiel pour le lecteur qui pas toujours recours à la presse illustrée. L’auteur montre bien comment de Gaulle resta longtemps seulement une voix pour ceux qui captaient la BBC et, dans la caricature, une silhouette de militaire sans rapport avec le physique du général.
Le dessin de presse est une arme, le plus souvent présentée en première page, et permet la mémorisation rendue plus aisée par le graphisme. Comme le dit auteur : "Le dessin de presse est la vitrine des journaux sous l’Occupation". Après avoir assumé, dans l’avant-guerre et surtout dans les années 1930, les controverses qui ont opposé les Français, souvent avec une violence qui étonne, avant et après le 6 février 1934, pendant le Front populaire et au moment de Munich, le dessin de presse devient le vecteur de la propagande, celle de Vichy pour ceux qui se sont repliés en zone sud et qui continuent à publier, mais plus encore pour ceux établis en zone nord, qui se font, plus ou moins selon les personnalités les "collaborateurs" de la presse favorable à l’occupant.
C. Delporte s’attache aussi étude précise du groupe des dessinateurs de presse et aux portraits de certains entre eux, menés d’une plume alerte. On voit ainsi campés les itinéraires de Sennep, de Soupault, non seulement individualités marquantes, mais un groupe qui conquiert sa place au sein des métiers du journalisme.
Enfin, l’étude des contenus des images, démarche novatrice, nous livre des analyses ponctuelles fines et des tableaux statistiques des thèmes, des symboles, des personnages et des attitudes qui illustrent de façon significative le texte lui-même. Le livre marie ainsi la démarche quantitative et l’approche qualitative, et ce n’est pas un des moindres mérites que d’offrir la reproduction de 160 dessins : le texte est constamment lu en regard de l’illustration qui lui correspond. L’éditeur a fait un effort qui donne à l’ouvrage le poids de la démonstration.

Recension d’Hélène Duccini
Vingtième siècle. Revue d’histoire, vol. 41, 1994, p. 116-117.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Les-crayons-de-la-propagande.html