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Soutenances de thèses

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SOUANEF Karim : Le journalisme sportif pris au jeu. Sociologie des principes de légitimité professionnelle

Thèse de science politique (Université Paris-Dauphine). Soutenance le vendredi 22 novembre à 14h à l’Université Paris-Dauphine (salle des thèses, D520, 5ème étage).

Membres du jury :
M. Stéphane BEAUD, Professeur des universités, Ecole Normale Supérieure Ulm (rapporteur)
M. Choukri HMED, Maître de conférences, Université Paris-Dauphine (encadrant)
Mme Brigitte LE GRIGNOU, Professeure des Universités, Université Paris-Dauphine (directrice de thèse)
M. Dominique MARCHETTI, Chargé de recherche HDR, Centre Jacques Berque (CNRS, MAEE) (rapporteur)
Mme Christine MENNESSON, Professeure des universités, Université Paul Sabatier Toulouse III
M. Denis RUELLAN, Professeur des Universités, Université Rennes I

Si l’on se fie aux représentations communes, le journaliste sportif renverrait à un « journaliste-supporter », sous l’emprise de ses émotions, loin du principe pur de distanciation au fondement de l’excellence professionnelle. En croisant les matériaux (archives, entretiens, ethnographie, analyse de contenu), la thèse montre, à rebours de cette image réductrice, que l’histoire de la spécialité, de longue date imbriquée dans celle du sport-spectacle, est celle de la légitimation d’un journalisme de marché qui s’accommode d’une proximité, plus ou moins critique, avec l’objet social dont il traite. La perspective historique rend compte du rôle central des premiers reporters du début du XXe siècle dans la construction d’un marché du sport, par la création des premiers grands événements sportifs, comme le Tour de France, organisé par le quotidien L’Auto. À partir de 1958, l’Union Syndicale des Journalistes Sportifs de France (USJSF) dessine les contours d’une identité collective. Ces porte-parole revendiquent l’appellation de « journaliste de sport » pour mettre à distance le stigmate du « journaliste sportif ». Paradoxalement, ils conçoivent la transmission de l’ethos sportif comme une dimension constitutive de leur rôle professionnel. Ce paradoxe les maintient à l’écart d’un mouvement de professionnalisation qui traverse le monde journalistique, et dans une proximité, symbolique et économique, avec le monde sportif. Cette forme de dépendance est visiblement renforcée, dans les années 1980, par un sport télévisé dont les ressorts reposent sur la promotion de spectacles vendeurs. Cependant, l’analyse approfondie du fonctionnement du quotidien L’Equipe, dont la tradition repose sur l’exaltation des champions, ainsi que l’observation du travail ordinaire des professionnels, à toutes les étapes de la fabrication du contenu, donnent à voir deux mouvements contradictoires à l’origine d’une double modalité de l’information sportive. D’un côté, on constate une conformation relative des pratiques aux idéaux du journalisme. Influencés notamment par la manière dont la presse de référence (Libération, Le Monde) appréhende le sport comme un « fait social total », les producteurs de l’information sportive dominante valorisent de plus en plus l’enquête. La mobilisation de ressources journalistiques est aussi favorisée par le renouvellement du personnel des rédactions et surtout par mise à l’écart de la « grande famille du sport » par des sources de plus en plus actives, notamment dans le football. De l’autre, les logiques économiques contraignent les journalistes à privilégier les sports les plus populaires, présentés dans une information positive, mêlée de sensationnalisme, pour continuer à vendre dans un contexte de crise de la presse. La reproduction de cette conception de l’information sportive sur le modèle promu par les médias de masse se réalise aussi via les écoles de journalisme. Cette reproduction est d’autant plus efficace que le contenu de la formation est ajusté à la réalité économique et aux représentations des acteurs qui envisagent leur métier comme un « univers de consolation », pour vivre leur passion du sport. Considérée comme un journalisme « d’en bas » au nom d’un légitimisme culturel, la spécialité occupe aujourd’hui une place centrale dans la hiérarchie professionnelle, invitant à repenser les normes dominantes du journalisme.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Le-journalisme-sportif-pris-au-jeu.html