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03 - Public, cher inconnu !

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Jérôme Bourdon

La triple invention : comment faire l’histoire du public ?

Le Temps des médias n°3, automne 2004, p.12-25

Le public constitue un domaine central et pourtant négligé pour l’historien des médias, qui doit affronter ici trois séries de difficultés. 1. épistémologiques. La notion de public est liée à des débats de philosophie politique et de sociologie, qui réclame une conceptualisation spécifique d’un lien social à distance, sans contact direct (relire Tarde). De surcroît, elle est difficile à manier de façon non axiologique, tant le public est d’emblée à la fois un contre-pouvoir (contre l’àtat) et une tyrannie nouvelle (celle de « l’opinion » ou de la « majorité »). 2. Méthodologique, car il faut reconstituer voire imaginer le public à partir de sources diverses et, pour le public disparu qui ne fit pas l’objet d’enquête, faire flèche de tout bois. Chaque source tend à dessiner un public différent. Pour le contemporanéiste, la prolifération des sources ne facilite pas la corroboration entre méthodes. 3. Matérielles, car souvent les sources à propos de publics passés sont si rares qu’il faut imaginer le public à partir d’un effort d’imagination historique qui doit se détacher du contenu abstrait et statique des médias pour reconstituer un processus dynamique et matériel de réception. englishflag

Beaucoup d'historiens des médias ne font pas l'histoire du public. Un bilan des recherches françaises sur le livre [1] aboutissait à une conclusion semblable à celle d'un historien américain des médias : la réception a été négligée par rapport à la production et aux contenus [2]. Pourtant, il faut relever le défi. Au-delà des domaines de spécialisation parfois étroits qui partagent notre territoire, et qui font de nous des experts de l'évolution de la télévision française, du journalisme belge, voire d'un seul journal imprimé s'il est assez prestigieux, ce qui rend les médias intéressants pour nous, c'est l'horizon du public. La réception des messages peut être difficile à appréhender, mais elle est bien la terre promise, l'aire la plus passionnante, là où les médias atteignent de vastes parties du corps social, influent (ou non) sur leurs usagers, sont lus ou « décodés » (de façon aberrante ou non), affectent l'histoire générale et notre histoire actuelle. Même ceux d'entre nous qui ont travaillé longtemps dans les limites plus rassurantes et mieux circonscrites d'une institution ou d'un corpus thématique d'articles ont eu le public en vue. Tout cela compte, après tout, parce que ces institutions et ces textes souvent oubliés et mal archivés ont eu un immense et mystérieux destinataire, manipulable, libre ou imprévisible : le public, ce « monstre aux millions de têtes », pour parler comme François Mauriac dans une de ses critiques de télévision.

Le défi est considérable. Faire l'histoire du public, c'est affronter trois séries de difficultés étroitement reliées : épistémologiques, méthodologiques, matérielles. Ce qui suppose chaque fois un effort spécifique pour inventer un objet qui se dérobe. Épistémologiques, car la notion nous est venue des débats de philosophie politique. Elle n'est pas une des grandes notions de la « tradition sociologique » [3], même si les sociologues des médias en ont âprement débattu. On ne peut donc s'épargner un détour dans l'abstraction. L'historien d'aujourd'hui n'en a plus peur, me direz-vous : mais c'est que le détour risque d'être long. Méthodologiques, car il faut choisir de reconstituer le public à partir de sources diverses, difficiles à accorder. Déjà , chaque philosophe produirait volontiers son public. Voilà que chaque source en fait autant. Tel feuilleton suggère un public futile, tel article une confrérie de savants, mais parfois, ce sont bien les mêmes qui lisent l'un et voient l'autre. Difficultés matérielles enfin, plus classiques. à remonter dans le temps, on trouve bien peu d'information sur le public des médias, public plus modeste et moins bien représenté que celui des hautes cultures. Il faut donc inférer. On peut interroger le public du présent, ou plus exactement, certains de ses membres, le mettre en chiffres et en mots. Du passé un peu lointain, monte un immense silence. Comment y remédier ?

Définir, au préalable ?

La difficulté épistémologique se manifeste d'emblée, au stade de la définition qu'on voudrait bien préalable, afin de passer au travail. Mais tout travail de terrain engage la définition. Proposons une histoire cursive [4] d'un mot que les dictionnaires avouent difficile à saisir. D'autant plus que le substantif « public » fut précédé d'un adjectif encore plus volatile [5]. Le substantif entre dans les langues française et anglaise au xviie siècle, pour désigner à la fois l'intérêt public (acception disparue), les membres de la communauté « nationale », mais aussi la nation de façon abstraite, en tant que corps politique (acception qu'on retrouvera dans l'Encyclopédie). En même temps, cette communauté est d'emblée liée aux « médias », puisque le public va aussi être l'ensemble des personnes qui reçoivent un message diffusé. En ce sens, le premier « public » des médias est le public littéraire. Ainsi chez Madame de Sévigné, à propos de la publication de son portrait satirique par Bussy-Rabutin [6] : « quand je me vis donnée au public et répandue dans les provinces, je vous avoue que je fus au désespoir » (28 août 1668). Le public littéraire a souvent été analysé comme un prélude (mais gardons-nous de la téléologie) à la constitution du public politique. En parallèle, l'adjectif évolue, notamment dans des syntagmes comme le « bien public » ou l'« intérêt public » : schématiquement, de l'intérêt de l'État (machiavélien, ou hobbesien), on passe à l'intérêt du public, qui peut s'opposer au premier.

Public littéraire, corps politique : le mot entame sa carrière sous ce double patronage. Ce corps politique, exprimant une volonté, va s'incarner rapidement dans « l'opinion publique », terme qui sera soumis à maintes transformations, et lieu aussi où, très rapidement, le public des Lumières se pervertit dans une masse menaçante. La démocratie s'étend, mais aussi les médias et la consommation : le public devient l'ensemble des individus (non des sujets) récepteurs de messages. L'art va devenir aussi affaire de public, non de commanditaires. De façon croissante, le mot désigne des portions spécifiques du public, attachées à une œuvre, à un auteur (ou du moins on l'imagine ainsi, et la représentation pèse lourd). Goethe est « sûr de gouverner son public », écrit Madame de Staël en 1810. à l'extrême, chez Ruskin (1843) : « There is a separate public for every picture, for every book ». L'affirmation nous poursuit, transposée à tel auteur, animateur, émission de télévision ; sa démonstration demeure à peu près impossible.

à la fin du xixe siècle, les sciences sociales s'emparent de la notion et conceptualisent le public comme entité sociale [7]. Les auteurs insistent à cet égard sur un nouvel aspect du public, au fond présent dès le public littéraire, mais qui pose à la sociologie une question centrale, celle du lien social : le public est un groupe qui peut être soumis au même stimulus, avoir les mêmes intérêts, mais dont les membres n'entrent pas nécessairement en contact. La croissance des technologies de communication comme des loisirs fait proliférer les publics, ainsi chez le Français Gabriel Tarde (1898) [8] ou l'Américain Dewey (1926) [9] jusqu'à l'Encyclopedia Universalis [10] : « Cette mise en perspective historique des différentes catégories de public incite à abandonner le point de vue globalisant sur le public de l'art, pour raisonner en termes de publics socialement différenciés ».

Tarde, cependant, est à mettre à part. Son effort de conceptualisation nous mène rigoureusement à la notion moderne de public des médias, à la nation comme « communauté imaginée », dotée de souveraineté politique conceptualisée par Benedict Anderson, ou aux « publics diasporiques » de Daniel Dayan. On y trouve aussi la première réflexion historique d'ensemble sur l'évolution des publics, d'abord littéraire et scientifique, absorbé par un public politique (xviiie siècle) qui, peu à peu, se détache de la vie en groupe (salons, cafés) pour devenir une « foule à distance », une « collectivité spirituelle », par le truchement des médias. à l'inverse de beaucoup de penseurs, Tarde ne cède pas à la tentation de célébrer la liberté des uns contre l'asservissement des autres, et relativise toujours la « liberté » du membre du public comme de l'homme dans la foule.

Ce bref parcours m'incite à ne pas séparer les publics politiques du (ou des) publics médiatiques (ou même culturels, si on inclut l'art et la littérature). Le français nous y invite bien sûr, qui n'a qu'un seul mot, comme d'autres langues latines. Ce n'est pas tout à fait le cas en anglais ou en allemand. Au xviiie siècle, l'anglais transforme le mot « audience » comme occasion d'écouter (dans l'espace juridique et politique) en assemblée qui écoute, une pièce, une conférence, puis en lecteurs d'un livre, et enfin l'audience devient le public de la radio et de la télévision (« The audience for the daily broadcasts to schools constitutes another special section of the public » [11]). L'allemand dispose aussi du couple à�ffentlichkeit, créé à la fin du xviiie siècle sur l'adjectif à�ffentlich, qui peut signifier à la fois « le public » ou « la publicité » (au sens de caractère public) et publikum, employé aujourd'hui dans le domaine des médias. Pourtant, dans les deux langues, les sciences sociales ne peuvent pas totalement séparer « audience » et « public », pas plus que publikum et à�ffentlichkeit. Dans les deux cas, la notion est profondément politique, et les premiers spécialistes des médias l'ont pensée comme tel. Le public est marqué par son acte de naissance : un ensemble de lecteurs, mais aussi, potentiellement, un contre-pouvoir face au pouvoir de l'État. De même, le public des médias est une entité politique, plus complexe, alternativement dotée d'un immense pouvoir (sur l'art, en particulier, sur la culture, sur l'ensemble des médias) ou manipulable à l'infini à travers des représentations dénoncées comme fausses ou inauthentiques (les sondages sont un exemple parmi d'autres). Politique ou médiatique, le public est aussi affaire de représentation. Chez Tarde, déjà , et au-delà des médias : « chaque public se peint par la nature de la foule qui naît de lui (…), le public pieux par les pèlerinages, le public mondain par les courses de Longchamp, les bals, les fêtes » [12]. Le public des médias n'a pas de foule représentante qu'on puisse clairement établir, il n'est que peu mobilisable (par le courrier de protestation) et ses mobilisations sont aisément dénoncées comme des manipulations. à l'inverse de la foule, le public immense et diasporique est privé de spontanéité. Mais il y a pire : existe-t-il jamais ? A-t-il jamais existé ?

Épistémologie : le public mort-né

Ce que l'enquête lexicologique nous a révélé, si brève soit-t-elle, c'est que le public est une notion mort-née. L'emploi du pluriel par les sociologues n'est pas qu'affaire de commodité. Il révèle un malaise profond. La pensée du public part d'une définition politique qui obéit à un idéal, et, comme toute définition de ce type, aucune enquête sociologique ou historique ne peut la corroborer pleinement. Habermas propose ce qui devient pour plusieurs disciplines la plus célèbre définition du public, avec la notion de « publicité », à�ffentlichkeit, (que la traduction française « espace » et anglaise « sphère », spatialise bizarrement, alors que la notion est plus abstraite). Le public est défini comme une « communauté de sujets » capable de débattre rationnellement de « l'intérêt d'ordre public » et de soumettre l'autorité politique à la critique [13]. Ce public serait né au xviie et xviiie siècle, en Angleterre d'abord. La naissance s'est mal passée, aux dires de Habermas lui-même, prompt à souligner les imperfections de la « publicité » (à�ffentlichkeit) originelle.

Car, sitôt né, le public est imparfait. Les uns ont réclamé l'extension de la notion : un véritable public n'aurait de sens qu'étendu au-delà des élites où le sentiment de faire public s'est formé. D'où l'enjeu de la réforme électorale tout au long du xixe siècle et bien au-delà : c'est la définition du public qui est sans cesse remise sur la table. Quant aux libéraux, ils ont craint que la réforme électorale ne mène à la « tyrannie de la majorité » (Tocqueville), à la « dictature de l'opinion » (J.S. Mills). Des auteurs américains, qu'Habermas cite peu, poursuivent ce débat entre partisans d'un public « étendu » (mais alors, trop vulgaire ?) ou « élitaire » (mais alors, trop restreint). En 1925, le publiciste Walter Lippman manifeste dans un ouvrage, dont le titre pourrait dater d'aujourd'hui [14], un immense pessimisme sur la possibilité de faire vraiment participer aux décisions « the random collection of bystanders who constitute the public ». En 1927, John Dewey [15] lui répond sur la nécessité de donner au public, sinon le savoir, du moins la possibilité de juger les décisions. Lui aussi souligne les difficultés et constate, au sein d'un chapitre intitulé : « L'Éclipse du Public », dans un pluriel pour lui inquiétant, qu'il y a bien « des publics », des communautés liées par des intérêts, mais pas de public national américain. Habermas lui-même voit dans le passage de l'État constitutionnel libéral à l'État social et la démocratie de masse (qu'il ne date pas précisément) une « reféodalisation » [16] de la sphère publique bourgeoise, une transformation de la culture « discutée » en culture « consommée ». Sennett [17] date l'acte de décès plus tôt que ne le fait Habermas. Il voit dans la culture théâtrale baroque du xviiie siècle, la capacité à une présentation de soi distancée et cérémoniale, l'essence du public, alors qu'Habermas en fait une culture des apparences qui aurait précédé la constitution d'une sphère publique autonome. Sennett suggère que ce sont « les tyrannies de l'intimité » (titre du dernier chapitre de son livre, et de la traduction française) qui s'imposeraient depuis la fin du xixe siècle, l'obsession de l'intériorité qui briserait la possibilité du débat public en faisant de chacun l'esclave de l'introspection et du souci du soi révélé en public. Plus près de nous, Bourdieu date la détérioration de l'espace public rationnel de l'irruption de la télévision, sans que l'on sache toujours s'il s'agit du média visuel, commercial ou de masse. Mais le résultat est le même, le public se dissout, « l'opinion publique » n'est qu'un artefact manipulé par les puissants et faussement reflété dans les sondages, machines à « imposer des problématiques » [18]. Bref, le public n'en finit pas de mourir ou de se transformer en fantôme.

Si les sociologues déplorent la mort du public, ils le restaurent aussi souvent à l'occasion d'enquêtes sur la réception, qui, dans une large mesure, du fait d'un artefact méthodologique, découvre que « le public » est fait d'individus qui ont à dire sur les œuvres, s'en emparent, les interprètent. Comment pourrait-il en être autrement ? L'enjeu réside moins dans la découverte qu'il y a interprétation (car il y a toujours interprétation, si minime soit-elle) que dans les marges de manœuvre dont disposent les sujets qui s'emparent des œuvres, ce qui tient à la fois à l'offre et à l'histoire sociale des sujets en question. La restauration d'un public authentique, chez des chercheurs de champs divers, passe trop souvent par la remise en jeu, entre les lignes, de la vieille opposition sociologique entre communauté et société. Ils célèbrent, comme Habermas, les associations d'individus lisant, et commentant leurs lectures, dans la sphère privée, au plus près d'elle, tandis que la déploration des publics abstraits, éparpillés, soumis à l'emprise des bureaucraties de la communication, rappelle la grande crainte de sociologues classiques devant l'évolution des sociétés contemporaines. Ce n'est pas un hasard si c'est d'une communauté de femmes lectrices qu'il est question dans un « classique » de la sociologie de la réception [19]. La communication serait-elle plus « authentique » dans ce petit groupe, discutant de l'écrit (un écho du Salon ou des Sociétés de pensée du xviiie siècle ?), que dans la dispersion froide et fascinée de la réception télévisuelle ? Ce schème axiologique nous guette tous, quitte à le renverser en célébrant la liberté que donne la réception anonyme dans les grands espaces urbains, sans le contrôle social qui s'exercerait (plus facilement ?) au sein des petites communautés.

Bref, on peut tuer le public ou le restaurer à l'infini. Il n'est pas sûr qu'il s'agisse d'un débat historique, puisqu'on traite d'un idéal. Cette discussion en rappelle d'autres, où les historiens se perdent. Ainsi lorsqu'on cherche à dater la fin de la culture populaire « authentique » désormais manipulée par les élites, le curseur peut varier : xiiie ? xviiie ? xixe siècle [20] ?, alors que le contemporanéiste en fera spontanément une affaire de télévision. C'est donc qu'un public authentique, comme une culture populaire authentique, sont d'abord affaire de regard. C'est de cette façon qu'Habermas, après beaucoup d'autres, parcourt l'histoire. Remontant à la Grèce antique, il note que deux choses « font défaut » au public grec : la domination du maître de maison dans la sphère privée et la capacité de s'opposer à son propre gouvernement. Le privé, comme l'a noté Hannah Arendt, s'y oppose en tout point au politique, et le politique n'entre pas dans le foyer [21]. Bizarrement, Habermas nous invite à nouer depuis le xxe siècle un dialogue avec le xviiie siècle, comme le xviiie siècle le fit avec l'Antiquité, redoublant ainsi une idéalisation ancienne [22].

Pourtant, rendons justice à Habermas : il va fertiliser le travail des historiens, et les pousser à enquêter plus avant sur ce moment idéal. Ils redécouvrent, alors, des sphères publiques partielles, limitées. Ils pluralisent son modèle. Non seulement, comme l'ont pensé les sociologues, il y a plusieurs publics dans la même société, mais il faut cesser de faire tourner l'histoire du public autour d'un moment idéal dont on se rapproche et s'éloigne. Hélène Merlin montre notamment l'importance de la scène théâtrale comme lieu « d'expérimentation », d'action par la représentation et par la parole, dans un système politique qui interdit la participation mais qui est désormais fissuré entre une « communauté des particuliers écartés de la décision politique » et « des hommes politiques écartés de la sphère intime du particulier » [23]. Il n'est de public que représenté, et les débats sur les publics sont des querelles de représentation. De ce point de vue, la querelle du Cid, et la façon dont Corneille fait scandale en fondant son autorité sur sa seule renommée, celle de « son public », non de ses pairs, a une résonance très actuelle.

Ces historiens paraissent suivre l'exemple de Tarde : ils procèdent par comparaisons entre publics, entre notions du public, en se gardant des axiologies hâtives ou trop radicales. Même à celui qui ne veut pas faire le détour philosophique, il faut être conscient de l'horizon mental de notre réflexion : en quelque sorte, que le public des historiens réfléchisse à ce qui le constitue comme public, pour mieux étudier la question d'autres publics. Il n'y a pas de repli rassurant possible sur une enquête historique qui mettrait ces questions entre parenthèses, en se concentrant sur un public bien délimité. Car derrière toute enquête sur le public, il y a une théorie du zoon politikon. Le fait est clair en sociologie où des pages d'enquêtes n'ont jamais permis de trancher entre les deux grandes visions du public, « actif », rationnel, capable de débattre et d'interpréter les messages à sa façon, et un public (plus « foule », plus « masse ») plus enclin à l'émotion, manipulable. Le choix de l'époque, du support, la discipline d'origine, l'orientation politique et théorique, permettent souvent de prévoir les résultats de recherches qui devraient, en principe, ne jamais en préjuger. L'historien n'est pas ici différent du sociologue « prisonnier de grands récits » [24] d'émancipation ou d'aliénation. Ces grands récits ont peu à voir avec les sciences sociales : ils sont d'abord prophétiques. On a trop utilisé des auteurs divers, le Français Michel de Certeau ou l'Anglais Richard Hoggart, pour célébrer, respectivement le « braconnage » ou « l'attention à éclipses » des dominés. Le constat qu'il y a des marges de manœuvre à étudier et comprendre ne doit pas autoriser la célébration populiste de l'autonomie du public. L'historien, au mieux, peut comparer, époque et médias, suggérer des moments où le public se resserre autour d'une zone de sens restreinte, et penser à ces deux moments extrêmes, dépeints par Hannah Arendt, où le public « disparaît » : la tyrannie et l'hystérie de masse, où tous les hommes « deviennent entièrement privés, c'est-à -dire mis dans l'incapacité de voir et d'entendre les autres, d'être vus et entendus par eux. Ils se retrouvent emprisonnés dans la subjectivité de leur expérience singulière [25] ». En dehors des situations extrêmes, dont le diagnostic n'est d'ailleurs pas facile à établir, y compris pour la seule époque contemporaine, à laquelle s'arrête cette réflexion de Hannah Arendt, l'historien trouvera le plus souvent un entre-deux : à lui de restituer « l'outillage mental », pour citer Lucien Febvre, qui donne au public d'une époque, d'un média, tout à la fois ses limites et ses libertés.

Méthodologie et matériaux : quelques chantiers

Comment faire cette histoire au plan méthodologique ? Quels matériaux utiliser, au nom de quelles notions du public ? On retrouve ici la proximité du public politique et du public médiatique. Car après avoir pensé le public théoriquement (il s'agit bien sûr de moments logiques inséparables dans la chronologie du travail), il faut le penser méthodologiquement, c'est-à -dire trouver le moyen de l'interroger, qu'il s'agisse de médias ou de politiques : « Si les études de réception prétendent étudier un public, elles doivent commencer par l'inventer ; si elles prétendent étudier sa parole, elles doivent commencer par la produire, car le public n'est pas plus doué de parole que des allégories classiques comme la liberté ou l'égalité. Le public n'est pas susceptible de parole, mais seulement de “prosopopée†» [26]. Mieux, ou pire, l'historien doit inventer deux fois le public, parce que le public n'est pas une entité dotée de porte-parole, et aussi parce que, pour l'historien, les porte-parole auront le plus souvent disparus.

Mais revenons à la première difficulté, méthodologique. Où trouver le public ? D'abord, dans les textes qui le conceptualisent comme représentation : pour faire, bien sûr, l'histoire de la représentation (voir supra), mais aussi, l'histoire des effets de la représentation. D'abord, il faut se tourner vers les auteurs et des créateurs des « textes » médiatiques, soucieux de se constituer un public en rassurant, et fidèles miroirs. Avant tel animateur ou metteur en scène, les premiers auteurs, journalistes, chroniqueurs, ont dit avoir « leur public ». Il n'y a peut-être pas de « public de Goethe », comme l'écrivait Madame de Staël, mais on croit qu'il y en a un, et l'intéressé sans doute y crut au premier chef. Le public est ici un fantôme nécessaire à la survie des auteurs, et on le voit surgir dans les textes mélancoliques à l'approche d'une grande guerre qui les privera de l'attention de « leur public », par exemple dans le journal de Virginia Woolf.

Mais les représentations ne produisent pas des effets que chez les producteurs. Un des champs les plus passionnants de l'étude des publics, qu'il faut historiciser, est l'étude des représentations du public au sein du public lui-même. En matière de télévision généraliste, il est vrai qu'il n'y a pas de public du média (il se dissout dans la nation tout entière). Mais à certains moments, dont les « media events » sont devenus l'exemple canonique [27], autour de certaines émissions, voire de certaines chaînes, certains individus peuvent se penser en tant que membres d'une communauté imaginée, qui, comme celle de Benedict Anderson, produit des effets, parfois sur la durée. Que serait donc, pour l'historien, faire l'histoire du public du Monde, au-delà des lecteurs concrets, qui ont bien eu leurs caractéristiques ? C'est faire l'histoire des représentations de la collectivité des lecteurs, qui ont circulé, du média aux lecteurs (notamment à travers le texte, ce qui suppose une certaine façon de lire, on y reviendra), et qui ont influé sur la perception et l'appréhension du journal. Le risque est double, réifier (imaginer « le lectorat du Monde » comme les membres d'un seul club, facilement identifiable), mais aussi nier la force de la représentation, qui peut aussi se transmettre historiquement (continuer la lecture de ses parents, ou au contraire, rejoindre « les lecteurs du Monde » pour s'opposer à son milieu d'origine). Comme dans l'espace politique, les représentations ont une efficacité qui dépasse le champ de la théorie pure. Il faut faire en même temps l'histoire de la représentation et de ceux qui, aspirant à être représentés, la transforme en prophétie créatrice.

Mais il y a aussi au sein du public, pour ceux auxquels cette relative abstraction déplairait, de véritables groupes, et des groupes institutionnalisés en sociétés de lecteurs, en fans clubs, en ciné-clubs. De ce point de vue, les recherches sociologiques récentes comme les recherches historiques sur la réception contredisent le pessimisme de Habermas, lorsqu'il affirmait (il a depuis nuancé) : « Les occupations dont le public consommateur de culture meuble ses loisirs se déroulent au contraire au sein d'un climat social, sans qu'elles aient aucunement besoin de se poursuivre sous forme de discussions » Ainsi Dominique Pasquier [28] a-t-elle reconstitué, à travers des matériaux différents (les journaux lycéens, les lettres de fan) la diversité des réceptions et des publics de la série Hélène et les Garçons. Mais on n'a pas toujours des archives de ces groupements : les matériaux écrits sont éphémères, les conversations inobservables. Pour l'historien, la méthode des récits de vie, appliquée au cinéma [29] comme à la télévision [30], permet de restituer des façons de recevoir le message et donc de « faire public », infiniment variées : visites familiales hebdomadaires au cinéma, soirées télévisées régulières autour d'une série culte, consommation solitaire d'un journal télévisé que l'on sait regardé par des milliers d'autres en direct.

Mais, paradoxalement, c'est l'existence même de textes diffusés qui constitue la meilleure garantie de l'existence de son public. Entendons bien : il ne s'agit pas de faire jaillir le public du texte, comme beaucoup d'études ont été tentées de le faire, notamment pour trouver dans le texte (typiquement, le feuilleton télévisé) une médiocre idéologie qui se transporterait tout droit dans la cervelle du lecteur. Est-ce la stabilité des documents (par rapport à l'audiovisuel ou même à la presse), leur relative accessibilité, la première distance historique qui réduit l'urgence de l'axiologie (ce qui fut scandaleux devient rapidement étranger, la curiosité pour un passé devenu exotique le cède à la panique morale des contemporains [31]) ? Les recherches sur l'histoire de la réception ont été peut-être plus fructueuses avec un vieux média, le livre, qu'avec des médias plus modernes. Certes, les progrès sont, somme toute, récents : comme une certaine sociologie critique des médias a déduit un public aliéné de textes supposés aliénant, l'histoire littéraire s'est longtemps contentée d'imaginer un public éclairé par autant de chef-d'œuvre. Depuis une trentaine d'années, les choses ont changé.

En Allemagne, le travail de Jauss a été décisif. L'intérêt essentiel, pour l'historien, est de briser les vieilles hiérarchies culturelles qui sont autant de découpages disciplinaires, et nous entraîner à penser l'histoire des médias et l'histoire culturelle ensemble. En utilisant les outils de l'analyse structurale, Jauss a proposé d'analyser « la réception des œuvres comme appropriation active, qui en modifie la valeur et le sens au cours des générations, jusqu'au moment présent où nous nous trouvons, face à ces œuvres dans notre horizon propre, en situation de lecteurs (ou d'historiens) » [32]. Analysant par exemple le thème de la douceur du foyer en 1857, Jauss prend en compte poèmes et romans, effaçant les hiérarchies pour restituer les façons de concevoir la vie quotidienne. Il faut ici resituer « l'horizon d'attente » du lecteur d'un texte, par rapport aux traditions sur lesquelles ce texte se détache. Cette méthode, qui relie les chefs-d'œuvre aux œuvres basses, et « le public cultivé » (fantôme ou réalité) au public populaire, est immédiatement transposable au champ des médias. La notion de genre, qui nous est familière, y occupe d'ailleurs une place centrale.

Cette reconstruction structurale de la réception a cependant laissé sceptiques des historiens du texte [33]. Ceci au nom d'un principe : un texte n'existe que parce qu'un lecteur lui donne un sens, et d'un constat : le texte ne peut être réduit à son contenu sémantique, il est aussi matière, mots lus, entendus, vite, lentement, seul, en groupe, sur la page, sur le parchemin, après un voyage de plusieurs mois jusqu'au monastère isolé ou immédiatement et en grande quantité dans un kiosque de gare. La lecture est toujours spécifiée dans des lieux, des habitudes, des matériaux. Ici, le mot de public ne convient pas nécessairement, au contraire de réception et de pratiques.

Les historiens du livre, comme Jauss, retrouvent la notion d'appropriation mais au-delà des textes, en cherchant à identifier des caractéristiques sociales et des usages des lecteurs. L'appropriation permet « d'éviter d'identifier les différents niveaux culturels à partir de la seule description des objets qui leur seraient supposés propres. Même dans les sociétés d'Ancien Régime, nombreux sont ceux (les objets imprimés) qui se trouvent partagés par différents groupes sociaux, mais partagés sans que pour autant leurs usages soient identiques » [34]. L'histoire sociale a montré ainsi que les contenus nobles ont été adaptés et rendus lisibles à des lecteurs extrêmement divers. Le noble d'une époque est le vulgaire d'une autre ou, plus subtilement, le noble devient accessible au vulgaire [35], devenant vulgaire pour le noble, et peut-être noble pour le vulgaire. La notion d'appropriation diversifiée est depuis devenue banale, mais elle n'est pas toujours facile à mettre en œuvre, surtout avec des objets culturels qui nous sont proches.

Si différents médias posent différents problèmes, le passage d'un média à un autre, d'une époque à une autre, permet aussi de mieux poser les problèmes. Le « sémantisme » peut guetter aujourd'hui l'historien qui travaille dans les archives de la télévision, et lui faire oublier que, tout comme le livre et plus encore peut-être, l'œuvre radiodiffusée est reçue au moment et aux lieux de sa diffusion et réception (moment très spécifique) dans un contexte socioculturel donné. Seule une profonde connaissance du contexte permet d'éviter les projections rétrospectives. Nous sommes, en principe, sensibles aux pièges de l'anachronisme. Mais l'anachronisme, en matière d'histoire des médias et notamment des pratiques de réception, est un danger permanent : les genres, les conventions textuelles, la connaissance même de ses conventions, ont évolué très vite. Ainsi qui voudrait faire l'histoire des tabous télévisuels devrait fréquenter longuement le contexte, c'est-à -dire de très nombreux textes, y compris non-télévisuels.

Les problèmes de méthodologie et de matériaux sont étroitement reliés. C'est aussi parce qu'on ne pouvait pas interroger les lecteurs que l'histoire littéraire a créé son public au forceps, dans le texte et l'intertexte. Paradoxalement, l'historien des médias contemporains, jusqu'aux débuts du cinéma et de la radio, et peut-être au-delà , peut apprendre beaucoup du moderniste. Il ne sert à rien de regretter les interviews impossibles, les courriers des lecteurs perdus, les sondages pas encore pratiqués : il faut peut-être au contraire s'en féliciter, car ils forceront à la troisième invention du public, à sa découverte oblique, dans les descriptions des pratiques de lecture dans le roman (on lit beaucoup chez Dickens, chez Jane Austen, mais très différemment), dans la caricature, dans le tableau. Étouffé entre les sources proliférantes qui élargissent à l'infini les interprétations et les sommations politiques à créer des publics-Ubu tour à tour libres et enchaînés, l'historien du contemporain s'inspirera donc du moderniste pour suspendre les jugements, faire le constat des diversités, et, nourri d'histoire sociale, ne pas s'interdire l'évaluation, mais en la rapportant toujours aux caractéristiques de l'époque considérée, et en évitant les assertions générales sur la vertu politique, dans l'absolu, des reality shows, des cafés littéraires ou des media events.

Éloge des publics lointains

J'invite donc à nous éloigner des médias pour mieux y revenir, à visiter le politique (mais nous y sommes d'emblée, autant en être conscients), à faire l'archéologie de la notion de public, à la des-idéaliser comme à la pluraliser. En un mot, à ne pas avoir peur des comparaisons, à quitter l'horizon occidental et contemporain des médias. Ainsi, avec l'Antiquité, qui nous est proche et lointaine, pour faire l'archéologie de la notion, non pour souligner des déficits, mais pour comprendre comment nous ne pensons plus. Deux exemples : on pourra s'interroger sur la communication à Rome, et trouver dans les Acta Diurna les premières traces de nos journaux, et dans les délibérations de la capitale latine une première forme d'espace public. Ce serait oublier que la notion même de citoyen est conçue de façon très différente. Le patriotisme romain est, nous dit Pierre Grimal, « la conscience d'une hiérarchie qui subordonne strictement l'individu aux différents groupes sociaux, et ces groupes eux-mêmes les uns aux autres. Les impératifs les plus contraignants émanent de la cité ; les plus immédiats de la famille. L'individu ne compte guère en dehors de son groupe » [36]. Dans cette citation, il y a tout un écart entre deux mondes, et des notions du public très différentes, au point que le même mot nous trompe. Lire les premiers « médias » romains était peut-être un acte politique, pour une première forme de public. Mais qu'était « l'espace public », la lecture, le débat, tous mots d'origine latine ?

Pensons aussi aux débats sur le public de la poésie chez Platon et Aristote. On peut y trouver, avec les écarts signalés par Arendt, un public constitué en audience, et, qui sait ? capable de débattre. Mais le « média » est violemment pris à partie par Platon, dont on connaît la condamnation de la poésie dans La République, ou plutôt d'une certaine poésie, celle qui encourage une imitation. L'imitation poétique nourrit en nous des émotions que nous devrions contrôler. « En bref, Platon accuse la poésie de pervertir son public. La poésie chez Platon est essentiellement apte à reproduire des sujets vulgaires et des personnages inférieurs, faciles à imiter et que la foule, qui est d'emblée une entité pervertie, est prête à voir pour en éprouver du plaisir. Mais le problème est que nous avons tous un peu de foule en chacun de nous » [37]. Ici encore, une notion du public distant (car il n'est qu'un fragment du peuple, dans un espace public qui ne s'oppose ni au « privé », ni à l'État comme dans les démocraties modernes), mais aussi un singulier sentiment de proximité : les « classiques » grecs sont ici renvoyés par le Platon de la République, à peu près, au prime time de TF1. Voici donc notre objet éclairé, sa complexité restituée, son caractère tour à tour trop sacré (l'Assemblée délibérante de 1789 ?) ou trop futile (les ménagères devant le soap opera ?) dissipé, et voici donc une nouvelle lumière sur notre objet, projetant de nouvelles ombres.

[1] Jean-Yves Mollier et Patricia Sorel. « L'histoire de l'édition, du livre et de la lecture en France aux xixe et xxe siècles. Approche bibliographique », Actes de la recherche en sciences sociales, n°126/127, 1999, p. 39-59.

[2] Michael Schudson, « Historical Approaches to Communication Studies », in Klaus B. Jensen and Nicholas W. Jankowski, eds., A Handbook of Qualitative Methodologies for Mass Communication Research, London and New York, Sage, 1991, p.176, écrit : « if the study of communication is taken to be a three-part study analysing the production of messages, interpreting the messages or texts themselves, and examining the reception of messages by audiences, the history of reception is by far the most elusive of the three »

[3] Robert A. Nisbet, The Sociological Tradition, New Brunswick, N.J., Transaction Publishers, 1993

[4] Pour les citations, en dehors de ma pêche propre, j'ai puisé dans le Trésor de la Langue Française, dans l'Oxford English Dictionnary.

[5] On lira bien sûr ici Hannah Arendt, « The Public and the Private Realm », in The Human Condition, University of Chicago Press, 1958.

[6] On notera le poids de ce que Gabriel Tarde appelle « la pensée du regard d'autrui ».

[7] Pierre Sorlin, « Le mirage du public », Revue d'histoire moderne et contemporaine, n°39, 1992.

[8] Gabriel Tarde, « Le public et la foule », (1898) repris in L'opinion et la foule, Paris, PUF, 1989.

[9] John Dewey, The Public and Its Problems, Denver, A. Swallow, 1957 (3e édition).

[10] 1998, article « public et art ».

[11] BBC Annals, 1936.

[12] Gabriel Tarde, op. cit., p. 48.

[13] Jurgen Habermas, L'espace public. Archéologie de la Publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot, 1993 (première édition 1978, première édition en allemand 1962).

[14] Walter Lippman, The Phantom Public, A Sequel to « Public Opinion », New York, Macmillan, 1927 [c1925]. Lui fait écho un ouvrage paru en 1993, actes d'un colloque consacré à Habermas : Bruce Robbins (ed.), The Phantom Public Sphere, Mineapolis, University of Minesota Press, 1993.

[15] Op. cit.

[16] Jurgen Habermas, op. cit., p. 241.

[17] Richard Sennett, The Fall of Public Man. On the Social Psychology of Capitalism, New York, Vintage, 1978. (Trad. fr : Les Tyrannies de l'Intimité, Paris, Seuil, 1979).

[18] On aura reconnu : Pierre Bourdieu, « L'opinion publique n'existe pas », Les Temps Modernes, n°318, janvier 1973.

[19] Janice Radway, Reading the Romance. Women, Patriarchy and Popular Litterature, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1984.

[20] Roger Chartier, « Popular Appropriations : the Readers and Their Books » in Forms and Meanings, Texts, Performances and Audiences from Codex to Computer, p. 83-97, University of Pennsylvania Press, 1995.

[21] H. Arendt, op. cit., p. 31.

[22] Voir sur ce point Marcel Detienne, Comparer l'incomparable, Seuil, 2000, p. 105, qui ne critique nommément personne mais Habermas vient à l'esprit, avec beaucoup d'autres

[23] Hélène Merlin, Public et Littérature en France au xviie siècle, Les Belles Lettres, 1994, p. 304. On lira aussi, qui paraît la même année, et imbrique tout aussi intelligemment histoire et théorie, Daniel Gordon, Citizens Without Sovereignty. Equality and Sociability in French Thought, 1670-1789, Princeton, Princeton University Press.

[24] Daniel Dayan, « Les mystères de la réception », Le Débat, n°71, Gallimard, 1992.

[25] H. Arendt, op. cit., p.58, Elle utilise dans le même sens la notion de masse dans Le Système totalitaire. Plus tard, C. Wright Mills (The Power Elite, Oxford, Oxford University Press, 1956) opposera les masses soumises aux systèmes de communication du capitalisme, au public plus autonome, communiquant par des canaux plus ouverts (opposition dont l'historien a du mal à faire son miel).

[26] D. Dayan, op. cit., p. 120.

[27] Daniel Dayan et Elihu Katz, Media Events. The Live Broadcasting of History, Harvard, Harvard University Press, 1992.

[28] Dominique Pasquier, La culture des sentiments, la culture télévisuelle des adolescents, Paris, Editions de l'EHESS, 2000.

[29] Jackie Stacey, Star Gazing. Hollywood Cinema and Female Spectatorship, London, Routledge, 1994.

[30] Jérôme Bourdon, « Some Sense of Time. Remembering Television », History and Memory, 15/2, 2003, p. 5-35.

[31] Le fait-divers du xixe siècle est ainsi devenu un terrain historique fertile. On peut imaginer Loft Story et la « télé-réalité » ainsi revisités par les historiens quand les passions se seront effacées.

[32] Jean Starobinski, Préface à Hans Robert Jauss, Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard, Tel, 1967, p. 30.

[33] Gugliemo Cavallo et Roger Chartier, Préface à History of Reading in the West, Wambridge, Polity Press, 1999.

[34] Roger Chartier, Lectures et lecteurs dans la France d'Ancien Régime, Paris, Seuil, 1987, p. 27.

[35] Pour un exemple, Lawrence L. Levine, « William Shakespeare and the American People ; A Study in Cultural Transformation », p. 157-198, in Chandra Mukerji & Michael Schudson, Rethinking Popular Culture, Contemporary Perspectives in Cultural Studies, Berkeley, University of California Press, 1991.

[36] Pierre Grimal, La civilisation romaine, Paris, Arthaud, 1968, p. 84.

[37] La République, 580d2-581a1, commenté par Alexander Nehamas, « Plato and the Mass Media », in Virtues of Authenticity, Essays on Platon and Socrates, Princeton, Princeton University Press, 1999, p. 282.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/La-triple-invention-comment-faire.html