Accueil du site > Ressources > Ouvrages de référence > La guerre des ondes. Histoire des radios de langue française pendant la Deuxième Guerre mondiale

Ouvrages de référence

envoyer l'article par mail title= envoyer par mail Version imprimable de cet article Version imprimable Augmenter taille police Diminuer taille police

ECK Hélène (dir.), La guerre des ondes. Histoire des radios de langue française pendant la Deuxième Guerre mondiale, Paris, Armand Colin, 1985.

Rassemblé à l’initiative de la Communauté des radios publiques de langue française par les soins d’H. Eck, ce livre fait le point pour la première fois sur le rôle des micros francophones dans une guerre où les propagandes eurent une place majeure. Une belle « première » donc, où dénient sagement la France occupée ou libre (J.-L Crémieux-Brilhac, H. Eck et C.-L Foulon) la Belgique (J. Dujardin) la Suisse (G. Billeter) et la province de Québec (G. Laurence) ensemble par le plan adopté, par le disparate des sources aussi, est parfois inégal ou incomplet sur la Belgique, en particulier, pour laquelle les années 1942-1944 sont mal « couvertes ». Malgré ses limites - comment faire histoire des auditeurs ? -, le genre descriptif qui été adopté projette un éclat neuf sur des événements connus et devrait susciter de nouvelles recherches.
C’est bien la guerre, tout abord, comme le souligne Jean-Noël Jeanneney dans sa préface, qui hissé la radio au rang de premier média face à une presse écrite qui réagit moins vite à l’inattendu et qui n’est pas assez souple pour supporter tous les efforts propagandistes. Au cœur des foyers, la voici à la pointe du combat. Et sa langue française, tiraillée entre Vichy, Londres et Paris, débordant sur les Empires, bousculant les neutralités belges ou suisses, ferraillant contre l’anglais au Canada qui hésite à entrer en guerre, est un beau support de nationalismes aux abois. Mais le média a son entêtement propre, qui transgresse les limites que peuvent lui imposer les politiques et les militaires : présence quotidienne la radio fut abord séduction et divertissement. « Restons légers dans le drame ! » fut le mot ordre tacite, le seul qui pût légitimer toutes les batailles et donner leur prix à toutes les libertés reconquises. Bel enseignement sur une entrée en force de la radio à l’épicentre de l’histoire du second 20e siècle, avant la télévision.
Le poids des événements n’a pas permis aux auteurs de développer assez largement ce premier constat, qu’il faudra nuancer et élargir demain. L’unité du livre vient plutôt d’une description précise des règles du jeu radiophonique, des statuts et des personnels, des types émissions et des règles de fer de l’information. Les visages, fort heureusement, ne sont pas oubliés : on notera en particulier un portrait plus que nuancé de la « voix de la liberté » venue de Suisse, celle de René Payot. Et la chronologie ne perd jamais ses droits. Jusqu’en 1941, les radios saisies par la guerre assimilent médiocrement les nouveaux impératifs de la censure et de la propagande ; elles flottent, comme les démocraties dont elles disent la confusion face à Goebbels et Radio-Stuttgart. Mais dès 1941, avec l’extraordinaire campagne des « V » lancée sur une initiative belge, elles sont une arme de guerre si visible en France à propos de la relève et du STO. Et qu’auraient été la France libre et son chef sans micro ? Ce livre désormais indispensable débouche sur une certitude : ces radios francophones ont largement contribué à gagner une guerre qui fut totale. Et sans perdre leur âme.

Recension de Jean-Pierre Rioux
Vingtième siècle. Revue d’histoire, vol. 10, 1986, p. 132.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/La-guerre-des-ondes-Histoire-des.html