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HALÉVY Ludovic

L’invasion : souvenirs et récits

Paris, Editions Mercure de France, 2014, 288 p., 19,80 euros. Édition présentée et annotée par Jean-Claude Yon

À l’été 1870, en quelques semaines, la France est défaite par la Prusse, le Second Empire s’effondre, le pays est envahi. De cette humiliante déroute, Ludovic Halévy se fait le chroniqueur, plutôt le reporter de guerre, au sens moderne du terme, publiant dans Le Temps les récits de l’invasion, repris en un recueil en avril 1872 sous ce titre, L’Invasion, souvenirs et récits. Le livre est un immense succès, plusieurs dizaines de fois réédité en une trentaine d’années, comparable aux minutes traumatisantes d’une conscience nationale meurtrie. En 1870, Ludovic Halévy est célèbre. À 36 ans, il a déjà écrit, avec son compère Henri Meilhac, la plupart des opérettes triomphales de Jacques Offenbach, dont La Belle Hélène (1864), La Vie parisienne (1866), La Grande-duchesse de Gérolstein (1867) ou La Périchole (1869). Son esprit, son goût, son raffinement, son sens du loufoque ont fait merveille et émerveilleront encore bientôt dans le livret de Carmen de Bizet, ou dans le salon qu’il anime avec sa cousine Geneviève Bizet, recevant le Tout-Paris artistique et littéraire lors des fameux « jeudi de Ludovic » dans son appartement 22 rue de Douai. Dans L’Invasion, si les récits sont enlevés, captivants mêmes, c’est un autre écrivain qui apparaît, mêlant profondeur et humanité, modeste également, comme le sont les grands journalistes en tant de guerre : il fait parler les autres, ceux qui souffrent au front, battus, épuisés, humiliés, parfois héroïques, souvent simples soldats égarés dans la défaite et la retraite. Comme il le dit : « J’ai fait office de sténographe, rien de plus. » Mais Ludovic Halévy a vécu cette campagne perdue, et ses impressions personnelles forment une part des récits. Pour le reste, il a recueilli de nombreux témoignages de soldats, il a consulté et copié agendas, carnets, notes prises au soir des batailles, dans les bivouacs de Frœschwiller, de Gravelotte ou de Sedan, en restituant l’aspect vivant, émouvant, rude, parfois heurté, brusque, paniqué. Voici un grand texte car le journalisme dans ce qu’il a de plus vif rencontre l’histoire dans ce qu’elle peut avoir de plus pathétique.

En savoir plus : http://www.mercuredefrance.fr/livre-L_invasion-9782715234710-1-1-0-1.html
Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/L-invasion-souvenirs-et-recits.html

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