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Mémoires et thèses

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DANGUY Laurence, « Jugend » et son ange : regards croisés de l’anthropologie religieuse et de l’histoire de l’art sur la figure de l’ange dans la revue « Jugend » (1896-1920), Thèse en co-tutelle entre l’EHESS et l’Université de Constance, 2006
Co-direction de Philippe Boutry et Felix Thürlemann.

Janvier 1896, Munich : l’arrivée sur la scène éditoriale de Jugend, revue illustrée pour l’art et la vie s’apparente à un séisme culturel, esthétique et social affectant l’ensemble de la sphère germanique. D’un genre inédit, mélange de textes et d’images déclinés sur une large palette, de musique aussi, bien que pour peu de temps, elle se dit ouverte à tous les styles, anti-wilhelminienne quoique patriote, libérale donc anticléricale. Le nom-concept que lui a donné Georg Hirth, son patron qui lui prête son génie sa vie durant, lui est aussi un programme : « Jugend », « jeunesse » donc. La gageure est celle de la diffusion d’une esthétique libre et de propos choisis, sous le signe d’un renouvellement perpétuel symbolisé par sa couverture bigarrée, remaniée, réinterprétée chaque semaine. D’emblée, le constat d’une pléthore d’anges, certes d’une occurrence irrégulière et sous des habillages singuliers retient l’attention. Pari est pris que cette figure angélique, qui aura conservé de son référent religieux le caractère ontologique de messager, renseigne plus en avant sur Jugend.
La mise en œuvre d’une approche interdisciplinaire interrogeant dans un premier temps la source en elle-même, de sa naissance jusqu’au terme du premier conflit mondial, portant ensuite la double focale de l’anthropologie religieuse et de l’histoire de l’art sur cette figure angélique a pour ambition de revenir sur les fondements de la revue pour mieux en comprendre la portée phénoménale. Ces deux approches font l’objet de parties distinctes : la première partie évolue sur un corpus fini constitué de coupes synchroniques opérées dans la source, la seconde partie, entendue comme un parcours interprétatif, ménage au contraire des entrées permanentes dans un corpus qui demeura ouvert. Les deux parties entretiennent un dialogue permanent chargé d’instruire des résultats de recherche.
La première partie traite de la dimension physique de la revue, de son contenu et de ses conditions de production, revient sur sa portée phénoménale, examine les stratégies engagées pour assurer son succès, retrace sa généalogie complexe et les conditions historiques de sa genèse, détaille enfin une construction identitaire fortement marquée par l’opposition. Sont ainsi particulièrement mis en relief le rôle essentiel de la technique dans le rendu graphique, le paradoxe entretenu par ses concepteurs élevant ce médium éphémère et bon marché au rang d’objet bibliophile, son déni de tout programme malgré un premier éditorial aux allures de manifeste, les mécanismes rhétoriques, esthétiques et commerciaux révélant l’omniprésence de Georg Hirth, un anticléricalisme forcené dominant les contre-références identitaires, le tout savamment calibré pour renvoyer au bourgeois wilhelminien à la base de son lectorat une image avantageuse qui saura le fidéliser. La seconde partie s’articule autour de l’étude de deux exemplaires angéliques, d’une espèce syncrétique, comme tous ceux s’observant dans Jugend. Agrégés à la figure de Psyché, marqués donc doublement au sceau du sublime, la levée de leurs couches sémantiques en une lecture de l’image librement interprétative met en évidence leur appropriation aux fins d’un culte de l’art et de la jeunesse, ne reniant en rien les héritages du passé. S’esquisse ainsi, sous couvert d’une ironie fallacieuse qui aura conservé à l’ange sa puissance sacralisante en préservant intact son cerne sacral, la volonté de la revue de se poser comme centre d’une modernité aux prétentions avant-gardistes et eschatologiques douteuses, qui laissera une interrogation tenace sur les raisons de son succès dans l’Allemagne wilhelminienne, comme sur celles de son mouvement quasi-éponyme, le Jugendstil.
Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Jugend-et-son-ange-regards-croises.html

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