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21 - Oyez jeunesse !

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Journées d’étude

Le Temps des médias n°21, Hiver 2013/2014, p. 209-212.

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« Radio & numérique : stabilité, mutations ou nouvel âge ? », Journée d’étude, Telecom Paris Tech, Chaire Innovation & Régulation des Services Numériques, 6 juin 2013.

Nous assistons, avec les technologies numériques, à une évolution continue touchant la plupart des secteurs de l’économie. La radio est l’un des secteurs les plus touchés par cette évolution et ce, à travers une multitude de services numériques visant, d’une part, à assurer la continuité de la radio et, d’autre part, à faciliter son écoute.
Garantir la continuité de la radio « traditionnelle » sous la pression du numérique ?
Certes, la radio reste un média en parfaite santé économique. Néanmoins, plusieurs facteurs motivent l’évolution de ses services numériques : des ressources financières classiques (en particulier la publicité) en baisse, une bande de fréquence FM saturée, des limites techniques manifestes dans l’écoute du média, un environnement médiatique désormais entièrement numérisé, la multiplication des acteurs qui proposent du divertissement « sonore » et enfin un accroissement de l’écoute en mobilité.
Consultant et fondateur de LabRadio et d’Ondes numériques, Albino Pedroia a démontré, à partir d’observations et d’analyses réalisées sur les marchés radiophoniques européens et nord-américains, que la radio traditionnelle n’était plus dans une phase de croissance : elle arrive à maturité. La numérisation des services des médias oblige donc la radio à innover, à évoluer et à diversifier ses services pour stopper le déclin qui la caractérise depuis dix ans. Ce changement sera certes technique, mais l’évolution du modèle économique sera une évolution essentielle pour assurer l’innovation de la radiophonie.
Le Président-Directeur Général de Radio France Jean-Luc Hess a, quant à lui, retracé l’évolution des services numériques en donnant l’exemple des liens entre le site web d’une chaîne et son antenne. Il a rappelé que le public, surtout celui des jeunes, a l’habitude d’aller sur le web avant d’écouter la radio : l’enjeu est alors d’aller y chercher de nouveaux auditeurs. Les services de l’environnement numérique constitueraient donc une incitation à écouter la radio pour ce public en particulier.
Les réseaux sociaux constituent également un acteur principal de l’évolution de la radio. Du statut de concurrents de la radio, il peuvent passer à celui de plateformes complémentaires indispensables aux éditeurs puisqu’ils permettent tout à la fois d’interagir avec l’auditeur, d’influencer le contenu des émissions et de mesurer le degré d’appréciation d’une émission, d’implication et de partage des auditeurs. Le numérique est désormais devenu un élément central du lien entre les services, numériques en l’occurrence, de l’antenne et l’antenne elle-même.
Faciliter l’écoute de la radio à travers le numérique ?
L’évolution technologique a conduit à la numérisation des moyens de production et de diffusion : les radios ont ainsi pu multiplier les modes de diffusion et de réception de leurs programmes.
Selon l’ex-directeur général de Radio Canada Patrick Beauduin, il devient indispensable de recréer de la différence dans les contenus (l’offre) pour faire face à la concurrence et répondre aux nouveaux usages (la demande). La question qui se pose est en somme : comment faire des contenus actuels des contenus exceptionnels ?
Professeur à l’Université catholique de Louvain, Frédéric Antoine a souligné pour sa part l’interaction du numérique avec tous les éléments de l’écosystème radiophonique, de la prise de son à la transmission de l’émission au public. Il affirme qu’en affranchissant la radio des contraintes de la diffusion hertzienne, « Internet est le système par excellence de distribution de la radio ». Les services de l’environnement numérique de l’antenne permettent en effet une transmission par Internet en simulcast ou en webcast. La transmission est en simulcast lorsque le signal numérique est soit diffusé en temps réel (streaming), soit enregistré et laissé à disposition des usagers pendant un temps donné (podcast). La transmission est en webcast lorsqu’elle est faite exclusivement sur Internet à travers les webradios, les audioblogs, les bibliothèques de transmission.
Simon Baldeyrou a mis l’accent sur de nouveaux modèles d’abonnement pour bénéficier de certains services numériques de la radio tels que le modèle d’abonnement freemium, ainsi que sur la nécessité de convertir les consommateurs à ce type de modèle. Néanmoins, reste à convaincre les consommateurs de passer du gratuit au payant dans ce nouveau cadre. Pour ce faire, Simon Baldeyrou a donné en exemple la diversité de l’offre sur Deezer, qui offre trois type d’écoute (la création de playlists, l’écoute passive et les radios intelligentes) et ce, pour répondre à la diversité de l’attente et des goûts des consommateurs. Il a également pointé la nécessité de modèles d’abonnement différents selon les pays (adaptation au niveau du prix, au niveau des goûts musicaux, etc.).

Nessrine Omrani

« Histoire et actualité de l’information infra-nationale », Journée d’étude, Observatoire des Pratiques Socio-numériques Territorialisées et LERASS, Toulouse, 7 juin 2013.

L’information infra-nationale est restée, malgré quelques études marquantes, un objet plutôt marginal pour tous les observateurs de la société française, chercheurs en sciences sociales aussi bien que journalistes ou intellectuels. Pourtant, son importance, sociale comme économique, à travers notamment les groupes de la Presse Quotidienne Régionale, et les liens qui l’unissent à la démocratie locale, obligent à questionner cet objet aux contours demeurés flous. C’est dans une perspective pluridisciplinaire, par la confrontation des approches de chercheurs en histoire, sociologie et sciences de l’information et de la communication, que les responsables de cette journée d’étude ont choisi d’interroger les définitions de l’information infra-nationale dans le temps, ainsi que les logiques sociales, politiques et économiques de sa fabrication et de sa diffusion. Ce parti pris s’explique par leur volonté d’inscrire l’information infra-nationale dans le temps long pour en comprendre les logiques de sédimentation et être capable d’en identifier les changements comme les continuités.
Dans un premier temps, Gilles Feyel (CARISM) a apporté un éclairage sur la généalogie de la presse locale sous l’Ancien Régime. À l’instar des Intelligenzblätter, publiés à partir de 1722 en Allemagne, des feuilles d’annonces sont apparues à Paris en 1751 et se sont diffusées sur l’ensemble du territoire à partir de 1752 ; jusqu’à la Révolution, quarante-quatre villes de France ont ainsi connu des Affiches. Néanmoins, a précisé Gilles Feyel, si la presse locale est née dans l’annonce, elle ne saurait s’y réduire. En effet, à partir de 1770, la mise en place d’un « système rubrical » de plus en plus élaboré et diversifié dans ces Affiches a permis l’émergence d’articles proprement rédactionnels. Bien sûr, la politique au sens strict était absente de ce contenu rédactionnel, car interdite de traitement par le pouvoir royal. Néanmoins, un nouveau type d’article, écrit dans l’esprit des Lumières avec un objectif d’utilité, est apparu dans de nombreuses Affiches et suggérait des améliorations sociales, des prescriptions hygiénistes ou bien encore des conseils sur le fonctionnement des cités par le biais des enseignements à tirer des faits divers. Une forme indirecte de traitement de la politique a ainsi vu le jour. Ensuite, avec la Révolution, les titres de journaux ont fleuri en Province comme à Paris, avec un intérêt prépondérant pour la politique nationale.
Dans la continuité de cette généalogie de la presse locale et de son rapport avec les questions politiques, Cégolène Frisque (CRAPE) a interrogé, dans une perspective sociologique et plus contemporaine, les rapports entre informations locales et pouvoirs publics. Elle a ainsi dégagé trois modèles de relation au politique, caractérisés par des modes de gestion et de recrutement des journalistes différents, évoluant en fonction du temps et des régions. Premièrement, un positionnement politique explicite (soutien à des candidats, avis sur les questions socio-économiques) est lié à un mode de recrutement endogène et militant. Un positionnement éditorial, où la couleur politique est secondaire par rapport à la fonction d’information, est, quant à lui, caractérisé par un mode de gestion plus professionnalisé, légal-rationnel mais construite sur un idéal-type du journaliste au service de la société. Enfin, un troisième type de presse, fortement représenté par les gratuits locaux, est régi par des visées purement commerciales. Ici, le management est celui de grands groupes et le contenu dicté par des impératifs de marketing.
C’est aussi l’analyse de ces logiques commerciales qui a permis à Franck Bousquet (LERASS) de présenter les évolutions éditoriales liées au passage en ligne de La Dépêche du Midi. Après une étude socio-historique de ce titre de presse à partir de laquelle il a souligné la complexité de la construction de son discours éditorial, il a analysé le site Ladépêche.fr et ses modes de fonctionnement particuliers (travail sur le référencement, maximalisation du nombre des contenus…), et a démontré que la position éditoriale de l’institution journalistique s’éloignait de plus en plus de l’enchâssement territorial qui lui était propre et lui donnait sa cohérence. Ces évolutions ont non seulement pour conséquence une désorientation des journalistes mais également un brouillage de l’identité éditoriale du titre.
En outre, comme l’a montré Nikos Smyrnaios (LERASS), les marges de manœuvre de Ladépêche.fr se trouvant au sein de publics extra-locaux, le lectorat recherché devient évanescent et sans attaches avec la région. En même temps, de nouveaux acteurs de l’information locale se sont multipliés sur Internet, tentant de combler la partielle désertion territoriale de La Dépêche. Et, bien qu’ils ne puissent renverser la domination (économique mais aussi socio-symbolique) du titre radical, certains (par exemple, Ariege News et Carré d’info) proposent un journalisme indépendant et de terrain, assurant ainsi une fonction politique locale renouvelée.
Cette journée d’étude a donc permis de construire une approche de l’information infra-nationale construite sur l’analyse de son lien avec les sociétés locales. Le cadre interdisciplinaire a rendu visible l’indispensable prise en compte des logiques sociales et historiques pour comprendre le fonctionnement des configurations médiatiques les plus contemporaines. Par exemple, la figure du rédacteur animateur d’une communauté de lecteurs invités à contribuer se rencontre aussi bien dans certaines Affiches du xviie siècle, que chez le journaliste de PQR inscrit dans un tissu local ou encore chez les web-journalistes de Carré d’info. Les différentes approches ont ainsi pu s’éclairer mutuellement.

Jean-Marie Bodt

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Journees-d-etude.html