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03 - Public, cher inconnu !

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Anne-Claude Ambroise-Rendu

Figures de lecteurs, poses de lecture dans la littérature du XIXe siècle

Le Temps des médias n°3, automne 2004, p. 26-38.

La littérature offre un catalogue de postures et de figures de lecteurs qui fournit une typologie utile des représentations de la lecture de la presse forgée par les romanciers. Autonomes et construites, ces représentations nous en apprennent néanmoins autant sur la place qu’occupe le journal dans la société bourgeoise que bien d’autres investigations. Quand Stendhal nous montre des lecteurs d’une presse politique, Flaubert insiste, lui, sur le caractère utilitaire de la lecture de la presse provinciale mais aussi sur le partage entre hommes et femmes, partage également repéré par Balzac, tandis que Jules Verne déploie pour son lecteur tous les mécanismes de la modernité médiatique. Mais tous ou presque s’accordent à considérer que le journal entré dans les habitudes quotidiennes est devenu un moyen de distraction autant que d’information. englishflag

L'ignorance [1] dans laquelle se trouvent les historiens au sujet, non pas seulement des lecteurs des journaux au xixe siècle, mais aussi – et peut-être surtout – de la manière dont ils lisaient et s'appropriaient les contenus de leurs journaux, a un mérite : elle oblige à multiplier les interrogations et les angles d'attaque. Une des perspectives possible consiste à interroger la production romanesque du siècle – elle-même étroitement dépendante du journal et de sa lecture puisqu'elle est très largement diffusée sous forme de feuilleton.

Les contemporains étonnés souvent, émus parfois, des mutations considérables subies par la presse au cours du xixe siècle, conscients presque toujours de l'énorme changement que ce tournant technique et culturel impulsait à la vie quotidienne, nous fournissent plus que des indices sur la manière dont la lecture du journal s'impose dans la vie des individus et sur les fonctions qu'elle remplit. Que ces figures demeurent des représentations, que, autonomes et construites, elles ne soient pas justiciables d'une stricte interprétation en terme de réalité, est entendu. Mais, si l'on reconnaît avec Engels et Louis Chevalier la pertinence de la vision sociale des écrivains du xixe siècle [2], alors on est bien forcé d'admettre que ces mises en scène nous en apprennent plus sur la place qu'occupe le journal dans la société bourgeoise du xixe siècle que toute autre investigation.

La littérature offre un catalogue de postures et de figures de lecteurs qui fournit une typologie utile des représentations de la lecture de la presse forgée par la littérature. Le plus intéressant de cette démarche réside peut-être dans le caractère anodin et comme fortuit des mentions que les uns et les autres font du journal, de ses usages et de son utilité. Souvent rapides, allusives, à peine repérables, ces mentions montrent que, au fil du siècle, la lecture s'impose comme geste quotidien et familier, presque machinal, inscrit de plus en plus profondément dans la trame de la vie de tous les jours. Mais si le fait de se saisir d'un journal relève d'une sorte de mécanique, le contenu du titre, les commentaires qu'il suscite construisent un véritable partage du monde.

Un partage politique et moral

Il est évident au xixe siècle que l'acte de lecture est la marque d'une appartenance, politique, sociale et culturelle. On se souvient que Stendhal raconte dans le Rouge et le Noir comment à Verrières, le juge de paix doit sa réhabilitation politique aux condamnations dont il accable les lecteurs libéraux du Constitutionnel [3]. À l'inverse, Saint-Giraud avoue n'être d'aucun parti et en veut pour preuve qu'il n'est abonné à aucun journal [4]… Quand Octave, le héros de Pot Bouille, croise son concierge lisant le Moniteur, il en conclut qu'il a affaire à un homme très convenable et lorsque, entrant chez son ami Campardon, il trouve dans son salon un exemplaire de la Gazette de France, il comprend que le farceur d'antan a été enterré par l'ami des prêtres [5]… àŠtre lecteur de tel ou tel titre politique reste, tout au long d'un xixe siècle qui ignore les partis, le signe d'une adhésion à un courant politique.

C'est donc un acte qui engage, qui trace des lignes de partage entre les uns et les autres : opposants et soutiens d'un régime, catholiques fidèles et suppôts de la libre pensée. Ainsi dans Armance, en 1827, la mère d'Octave adresse-t-elle une prière à son fils :

« Quand la colère du Tout-puissant contre les livres impies ne serait que la dixième partie de ce qu'annonce M. l'abbé Fay, je pourrais encore trembler de te perdre. Il est un journal abominable que M. L'abbé Fay n'a même pas osé nommer dans son sermon et que tu lis tous les jours, j'en suis sûre.- Oui maman, je le lis, mais je suis fidèle à la promesse que je t'ai faite, je lis immédiatement après le journal dont la doctrine est la plus opposée à la sienne [6]. »

À en croire les romanciers, les journaux font et défont les carrières politiques, ou à tout le moins les perturbent, ce qu'Anatole France met en scène ironiquement dans l'Orme du mail. Le préfet Worms-Clavelin prend ombrage de sa lecture du Libéral qui l'attaque soudainement à propos du budget départemental. « Il était blâmé par la feuille conservatrice d'avoir fait un virement et dissimulé des dépenses de propagande électorale. M. Le préfet Worms-Clavelin était d'une probité parfaite (…) Son budget était très honnêtement bouclé (…) M. Worms-Clavelin le savait. Il se sentait fort de son intégrité. Mais les polémiques de presse l'impatientaient ». C'est en lisant lui-même un journal qu'il y trouve l'idée qui pourra le sauver : un sinistre survenu en Russie lui fournit l'occasion d'organiser une fête au profit des incendiés afin de détourner l'attention de la presse et de ses concitoyens [7]

Et puis le journal fournit d'inépuisables sujets de conversation à ceux qui en manqueraient. Homais et Charles Bovary, aidés par la mémoire du pharmacien qui lui permet de savoir le journal « presque par cœur (et de le rapporter) presque intégralement, avec les réflexions du journaliste et toutes les histoires des catastrophes individuelles arrivées en France ou à l'étranger », causent chaque soir « de ce qu'il y (a) dans le journal [8] » Et, à Paris, le comte Norbert, vient « étudier » son journal dans la bibliothèque chaque après-midi, « pour pouvoir parler politique le soir [9] »

Un partage sexuel

Lecture d'information politique, le journal est aussi une lecture d'homme. Dans la Peau de chagrin, Pauline, amoureuse de Raphaà« l, rivalise avec le journal qu'il tente assez vainement de lire : « Au moment où (…) Raphaà« l avait oublié son journal, Pauline le saisit, le chiffonna, en fit une boule, le lança dans le jardin, et le chat courut après la politique qui tournait comme toujours sur elle-même. (….) Je suis jalouse du journal dit-elle en essuyant les larmes que son rire d'enfant avait fait couler. N'est-ce pas une félonie, reprit-elle redevenant femme tout à coup, que de lire des proclamations russes en ma présence et de préférer la prose de l'empereur Nicolas à des paroles, à des regards d'amour ? » [10]. En 1825, dans son très édifiant Claire d'Albe, Madame Cottin met en valeur la sagesse d'une jeune épouse refusant de partager avec son mari qui a du « goût pour les nouvelles politiques », cette activité jugée trop masculine. « Chaque soir quand les gazettes et les journaux arrivent, M. d'Albe se hâte d'appeler son ami pour les lire et les discuter avec lui. Comme cette occupation dure toujours près d'une heure, je profite assez souvent de ce moment pour me retirer dans ma chambre, soit pour écrire ou pour être avec mes enfants. Durant les premier jours, Frédéric me demandait où j'allais et voulait que je fusse présente à la lecture ; à la fin, voyant qu'elle était toujours pour moi le signal de ma retraite il m'a grondée de mon indifférence sur les nouvelles publiques, et a prétendu que c'était un tort. Je lui ai répondu que je ne donnais ce nom qu'aux choses d'où il résultait quelque mal pour les autres ; qu'ainsi je ne pouvais pas me reprocher comme tel le peu d'intérêt que je prenais aux événements politiques. » Claire conclut sa défense en arguant du bien supérieur qu'il y a pour une femme à cultiver sa vertu [11]. Renée de l'Estrade ne fait pas autre chose lorsque, écrivant à son amie Louise, elle s'enorgueillit de l'organisation de ses journées : « Quand les journaux arrivent, je disparais pour m'acquitter de mes affaires de ménage ou pour lire car je lis beaucoup [12] ». Serait-ce que la lecture du journal n'est pas de la lecture ?

En tout cas, lorsqu'il s'agit d'un journal de femme, il semble bien que cette activité ressortisse davantage de la distraction que du souci des affaires publiques. Emma Bovary, fraîchement mariée et qui déjà s'ennuie, s'abonne à La Corbeille, « journal des femmes » précise Flaubert, et au Sylphe des Salons. Au vrai, elle ne lit pas ces publications, mais dévore « sans rien en passer, tous les comptes-rendus de premières représentations, de courses et de soirées », s'intéresse « au début d'une chanteuse, à l'ouverture d'un magasin », y apprend « les modes nouvelles, l'adresse des bons tailleurs, les jours de bois ou d'Opéra ». D'autres fois, elle feuillette l'Illustration et, Léon à ses côtés, regarde les gravures [13]. Bref, elle se nourrit des douceurs de la vie mondaine et parisienne dont elle est privée, elle en savoure les délices par l'intermédiaire de son journal devenu l'instrument de ses rêves ; elle vit par lui et à travers lui [14]. Charles, lui, quoique piètre médecin, prend un abonnement à la Ruche médicale, « pour se tenir au courant », nécessité professionnelle oblige. Mais, au grand désespoir de sa femme, il en lit quelques lignes après son dîner puis, la digestion aidant, s'endort… [15]

Un partage social

Les figures de lecteurs qu'incarnent respectivement M. d'Albe et Charles Bovary conspirent à délimiter un autre partage, social celui-ci. Les représentants des classes supérieures cherchent dans le journal de quoi nourrir leurs convictions et leur réflexion politique ou, comme le Raphaà« l de la Peau de chagrin, lecteur du Journal de la Librairie, pour parfaire leur culture [16]. Plus prosaà¯quement, et cette mutation du contenu de la presse et des motifs de sa lecture est fortement soulignée par Jaurès, la nouvelle bourgeoisie d'affaires de la fin du siècle lit la presse financière pour suivre l'état de ses affaires. « Autrefois, avant l'extension des sociétés de commerce, et notamment des sociétés anonymes, les hommes ne recouraient aux journaux que pour s'informer de ce qui n'était pas leur vie. Ils n'achetaient point le journal pour savoir quelle était leur fortune et quels seraient leurs revenus. (…) Maintenant il n'y a guère de possédant bourgeois qui ne soit obligé de lire des journaux spéciaux, des journaux financiers, pour savoir où en est sa propre fortune. La propriété est devenue si étrangère au possédant que c'est par la voie du journal que le possédant a des nouvelles de sa propriété. » [17]

La petite bourgeoisie de province, moins instruite et moins impliquée dans la marche du monde économique ou politique, use du journal comme d'un instrument pratique et y cherche les échos des nouvelles locales. Les religieux eux-mêmes n'échappent pas toujours à la séduction toute pratique de l'imprimé quotidien. Dom Ramondoux, maître de chant à Solesme, demande au pharmacien de l'abbaye des pastilles destinées à tonifier les cordes vocales, dont le journal vante les mérites [18].

Et puis il y a tous ceux qui n'ont pas accès au journal pour cause de dénuement intellectuel. C'est le cas de Mouche, le petit héros des Paysans de Balzac, qui, bien qu'ayant appris à lire et à écrire, est incapable de déchiffrer correctement le titre d'un journal, ce qu'il commente amèrement : « Eh ! dam ! vous me faites lire el journiau (…) Mon grand p'pa dit que c'est fait pour les riches, et qu'on sait toujours plus tard ce qu'il y a là -dedans. » [19] Quarante ans plus tard, Nana sait lire. Mais, maltraitée par le journaliste Fauchery dans le Figaro, elle ne doit qu'à son coiffeur de se reconnaître dans l'article intitulé « La mouche d'or ». Encore a-t-elle si mal compris qu'on y raconte l'histoire de sa vie, qu'elle soumet le texte au verdict de son amant, le Comte de Muffat [20]. Le monde du texte, fut-il journalistique, lui est encore si totalement fermé qu'elle est incapable de sentir l'injure qui y gît. En revanche, le Comte, épouvanté par ce qu'il vient de lire, prend conscience de la révolution que cette liaison apporte dans sa vie.

Tiennon, le héros d'Emile Guillaumin, est un bon témoin de la survivance tardive de l'oralité. Ne sachant ni lire ni écrire, il se fait lire le journal par son petit-fils, dans les années 1890. Il avoue son « plaisir à l'entendre, bien qu'il y eût pas mal de choses que nous ne comprenions ni l'un ni l'autre. » [21]

Enfin, mineur en grève, confusément ébranlé par l'injustice du sort fait à ses semblables, Etienne étanche sa soif de savoir en lisant Le Combat, « feuille anarchiste publiée à Genève » que lui prête son ami Souvarine. Curieux et habité par l'instinct de révolte, il se forme progressivement et bientôt s'abonne même au Vengeur, feuille socialiste de Belgique, cette fois. « Et ce journal, le premier qui entrait dans le Coron, lui avait attiré, de la part des camarades, une considération extraordinaire. » [22] Mais ici le journal est devenu une arme de combat.

Le journal, instrument d'éducation ou d'aliénation ?

Si elle a d'évidentes vertus éducatives, l'ouverture sur le monde que procure la lecture du journal peut être aussi vécue par les esprits rêveurs et les enfants comme une brutalité. Charles Bovary tente sans succès d'apprendre à lire à sa petite fille dans son journal de médecine : « l'enfant qui n'étudiait jamais, ne tardait pas à ouvrir de grands yeux tristes et se mettait à pleurer ». [23] Jeune fille, George Sand lit les journaux à sa grand-mère. « Cela m'était particulièrement odieux. Je ne saurais dire pourquoi cette chronique journalière du monde réel m'attristait profondément. Elle me sortait de mes rêves ». [24] George se décrit, il est vrai, comme une jeune personne pleine d'émotion mais ignorante, ayant « jeté un œil distrait sur les journaux et un peu fermé l'oreille à dessein aux entretiens politiques du moment ». [25]

Pour d'autres enfants, la lecture du journal, encore inaccessible, fait figure d'enchantement. En 1918, encore, le Petit Pierre d'Anatole France est de ceux là  : « Tant que je n'ai pas su lire, le journal a exercé sur moi un mystérieux attrait. Quand je voyais mon père déployer ces grandes feuilles couvertes de petits signes noirs, et lorsqu'on en lisait des parties à haute voix, et que de ces signes sortaient des idées, je croyais assister à une opération magique. De cette feuille si mince couverte de lignes si fines, sans aucune signification à mes yeux, s'échappaient des crimes et des désastres, des aventures, des fêtes, Napoléon Bonaparte s'évadant du fort de Ham (…), la duchesse de Praslin assassinée ! Tout cela dans une feuille de papier et mille choses encore, moins solennelles, plus familières, et qui piquaient ma curiosité ». [26] Aussi, dans les bonnes familles, surveille-t-on de très près la lecture des enfants. Dans Pot Bouille, Angèle, âgée de 15 ans, lit la Gazette de France de son père par-dessus son Histoire sainte : « Angèle, dit-il, que fais-tu là  ? Ce matin j'ai barré l'article au crayon rouge. Tu sais bien que tu ne dois pas lire ce qui est barré. – Papa, je lisais à côté, répondit la jeune fille. » [27]

Dans les romans, les lecteurs ont aussi leurs exigences et les formulent parfois en termes abrupts et clairs. Ainsi, le M. Mouton des scènes de la vie de bohème, exprime-t-il nettement ses vœux : « Savez-vous ce que je voudrais, moi, Monsieur Rodolphe ? Eh, bien, une supposition… je voudrais un bon journal… ah ! Pas grand… bon ! Et qui ne ferait pas de phrases… là  ! – Vous êtes exigeant, interrompit Rodolphe, un journal sans phrase ! (…) – Un journal qui dirait tout simplement la santé du roi et les biens de la terre. Car, enfin, à quoi cela sert-il, toutes vos gazettes, qu'on n'y comprend rien ? » [28]

Cependant, nombreux sont ceux qui, au lendemain de la révolution commerciale opérée par le Petit Journal sous le Second Empire, révolution qui semble pouvoir répondre partiellement aux attentes de M. Mouton, méditent amèrement sur les conséquences funestes que ne manquera pas d'avoir cette lecture facile à la portée de tous : « Quant au bon peuple l'instruction « gratuite et obligatoire » l'achèvera ! Quand tout le monde pourra lire le Petit Journal et le Figaro, on ne lira pas autre chose, puisque le bourgeois, le monsieur riche ne lit rien de plus. La presse est une école d'abrutissement, parce qu'elle dispense de penser [29] » gronde Flaubert. Tandis que Villiers de l'Isle Adam met en présence un directeur de journal et un jeune homme sans talent pour un dialogue, improbable mais cocasse, duquel il ressort que les journalistes doivent écrire ce qui leur passe par la tête, sans se relire, car réfléchir serait une perte de temps… « Il faut bien que l'abonné se figure qu'il lit quelque chose, vous comprenez. Et si vous saviez comme le reste, au fond, lui est égal ! (…) Le public ne lit pas un journal pour penser ou réfléchir, que diable ! On lit comme on mange ». Dans cet effondrement général du contenu intellectuel des journaux que notent les esprits chagrins, rédacteurs et lecteurs ont donc des responsabilités égales. Les gens de lettres invoquant inlassablement, dès les premières décennies du siècle, le goût déplorable d'un lectorat ignare et vicieux pour les ragots en tous genres, arguent qu'au fond la presse ne fait que « ressasser ce que la cohue en démence veut qu'on lui dise ». [30]

Loin de ce cynisme inquiet, tous ceux qui croient aux vertus éducatives et formatrices de la presse professent, au contraire, le plus grand respect pour leurs lecteurs. Jaurès, avant même de fonder l'Humanité assure à Péguy qu'il n'a « jamais considéré l'article de journal comme une œuvre hâtive et superficielle (mais qu'il y) met, par respect pour le prolétariat qui lit les journaux socialistes, toute (sa) conscience d'écrivain ». [31]

S'informer

De l'ouverture au monde aux nouvelles locales…

Le journal est perçu et lu comme une source d'information non seulement incontournable mais dont l'autorité même confère à ce qu'il publie le sacrement du véridique. Certains soulignent, en souriant, cette dimension si impressionnante pour les plus naà¯fs. Dans un des contes donné en 1831 au journal le Temps par Alfred de Musset, un paysan apprend par ses voisins deux nouvelles affreuses : la mort du préfet et celle du curé. Mais le pire est à venir, et c'est par le journal que lui vient l'annonce de la mort du roi, annonce si incroyable que le voisin martèle : « c'est dans le journal ! ». [32]

La lecture du journal est donc le moyen de se sentir en communication avec le monde. Dès le début du siècle, il semble entré dans les mœurs d'une très modeste bourgeoisie. En 1836, les deux amis inséparables du Cousin Pons, soignés par leur portière, qui chaque matin monte le lait et le journal à ses locataires, ont ainsi accès gratuitement aux journaux « du premier et du troisième étage, dont les locataires se levaient tard et à qui l'on eût dit, au besoin que les journaux n'étaient pas arrivés. » [33] Flaubert, quant à lui, lors de ses accès de misanthropie, avoue bien souvent, dans sa correspondance, son refus de lire aucun journal, ce qui n'est qu'une manière de dire son dégoût du monde et des affaires humaines [34]. À l'inverse, l'exilé Hugo se nourrit de la presse et y suit non seulement les tribulations politiques de Napoléon le petit mais aussi les péripéties de la vie intellectuelle et artistique parisienne. Ainsi il peut écrire à ses amis et leur parler de leurs succès et de leurs déboires. À Paul Meurice : « Savez-vous cela ? Le bruit de votre succès arrive jusqu'à Marine-Terrace. Le vacarme de la mer qui cogne notre jardin ne nous empêche pas d'entendre les salons de Paris qui applaudissent votre beau et charmant livre. Nous continuons à le lire en nous disputant à qui aura le premier le journal [35] ».

En province comme en exil la lecture du journal apporte de précieuses nouvelles de Paris, mais la chronique locale semble être la plus attentivement suivie. C'est par elle que le pharmacien Homais apprend que les comices agricoles de la Seine-inférieure se tiendront à Yonville-l'Abbaye [36]. C'est dans ses colonnes que le même Homais publie l'article vantant l'opération réalisée par Charles Bovary [37], c'est sur elle aussi qu'Emma compte pour servir de tremplin à la notoriété de son mari.

Dans le Plassans imaginé par Zola, Pierre Rougon et Félicité lisent avec avidité la Gazette publiée malgré le soulèvement de décembre 1851, journal dans lequel, lisant entre les lignes, ils cherchent non pas le récit d'événements qu'ils connaissent mais les signes de leur déchéance ou de leur fortune [38].

… l'information dans tous ses états

Les informations personnelles que la presse est susceptible de publier deviennent, au xixe siècle, des ressorts fondamentaux des intrigues romanesques. Les exemples de personnages de la littérature découvrant tout ou partie de leur passé dans la presse abondent pour le premier xixe siècle. Dans Le Comte de Monte-Cristo, c'est le jeune Albert de Morcerf qui apprend le passé de son père en lisant son journal [39] ; dans les Misérables, Marius découvre celui du sien en consultant la collection du Moniteur [40]. Eugène Sue, dans Atar Gull, narre la manière dont le comte de… découvre, en lisant les faits divers « de l'honnête Journal de Paris », qu'il a été joué par sa femme. Celle-ci lui ayant proposé de mourir avec lui, l'a empoisonné mais ne l'a pas suivi et a fui avec un autre. Le comte, ayant échappé à la mort, découvre la supercherie par voie de presse… [41]

Dans Eugénie Grandet, le « Grandet de Saumur » apprend le suicide de son frère en lisant le journal [42] et dans le Père Goriot, Rastignac découvre dans le Pilote, feuille radicale, le duel qui fait de Victorine la jeune fille qui l'aime, un des plus riches partis de Paris [43]. Le journal est même assez respectable pour servir de preuve ; Thénardier, découvrant à Marius le passé de Jean Valjean, appuie ses dires sur ces preuves irréfutables que constituent deux journaux : « Marius lut. Il y avait évidence, date certaine, preuve irréfragable, ces deux journaux n'avaient pas été imprimés exprès pour appuyer les dires de Thénardier ; la note publiée dans le Moniteur était communiquée administrativement par la préfecture de police. Marius ne pouvait plus douter. [44] » Et c'est en lisant le journal que Frédéric, le héros de l'Education sentimentale apprend que son ami Dussardier fait partie des blessés des émeutes de juin. [45] D'une manière générale, la rubrique des faits divers – pilier de la nouvelle presse commerciale avec le feuilleton et la réclame –, est une source inépuisable d'informations personnelles. Du même coup les figures de lecteurs préoccupés de politique reculent au profit d'autres visages. Dans Les 500 millions de la Bégum, c'est par elle que le professeur Schultze comprend qu'il peut lui aussi prétendre à l'héritage. L'information, recopiée par la presse allemande, l'atteint ainsi, via la Gazette du Nord, à Iéna. Le chapitre dans lequel ce digne défenseur de la supériorité germanique fait cette découverte est particulièrement intéressant quant à la manière dont le contenu d'un journal peut être reçu. Le professeur, homme d'habitude, lit son journal le soir dans son lit et, malgré tout son sérieux, parcourt la colonne des faits divers. Frappé par un nom, il fouille en vain ses souvenirs. C'est en se réveillant, le lendemain matin, et après avoir relu l'article qui le tourmente, que la mémoire lui revient.

Du reste, c'est toute l'intrigue du roman qui est soumise à la lecture des journaux : tout commence avec celle de la presse anglaise dans laquelle le docteur Sarrasin cherche le compte rendu du mémoire qu'il a présenté la veille au grand congrès international d'hygiène publique. Ravi par la précision et l'exactitude de ces articles, le docteur ignore encore qu'un autre lecteur va, grâce à eux, l'identifier comme héritier de la Bégum. Mais c'est aussi par les journaux que ses confrères apprennent son bonheur ; et ce sont encore les journaux qui vont arbitrer le duel Shultze / Sarrasin et révéler au monde entier les noirs desseins du « roi de l'acier ». [46] En faisant de la lecture des journaux et des flux médiatiques internationaux un des moteurs de l'intrigue, Jules Verne semble intégrer un des éléments de cette modernité qu'il s'efforce de dépeindre avec minutie dans chacun de ses romans, jusque dans ses excès et ses fautes. Ainsi dans le Tour du monde en 80 jours, Phileas Fogg est-il abusé par les journaux. Allant en chemin de fer de Bombay à Calcutta, il est forcé de s'arrêter car le chemin de fer n'est pas achevé. Son ami sir Francis s'étonne : « les journaux ont pourtant annoncé l'ouverture complète du railway ! »

« Que voulez-vous mon officier, réplique l'employé, les journaux se sont trompés. (…) Les journaux sont comme certaines montres qui ont la manie d'avancer, et ils avaient prématurément annoncé l'achèvement de la ligne. [47] »

Et, tout à fait à la fin du siècle, c'est encore par le journal que parviennent bonnes et mauvaises nouvelles personnelles. Ainsi, le grand-père provençal de Jean dans Matelot de Pierre Loti, apprend-il par l'Officiel que son petit fils est admissible à l'École navale, puis, deux mois plus tard, refusé à l'admission. [48]

Lire son nom dans le journal

À en croire les romanciers, peut être particulièrement bien placés pour évoquer ce point, les personnalités publiques et les artistes lisent aussi les journaux pour y trouver leur nom et s'assurer de l'écho qu'a rencontré leur dernière prestation. La lecture des journaux devient ainsi au xixe siècle un moyen fondamental pour maintenir les liens à l'intérieur de la communauté littéraire. La correspondance de Flaubert, de George Sand et de Victor Hugo abonde en témoignages allant dans ce sens. On se cherche et on se trouve dans les colonnes des journaux. Ou on fuit à dessein la lecture des titres que l'on sait hostiles. Ainsi fait George Sand, hélas rattrapée par l'étrange manie de sa mère qui aime à « lire les critiques malveillantes de certains journaux et leurs insinuations perfides sur (ses) principes et sur (ses) mœurs. » puis lui envoie ce « ramassis d'injures, qui, sans elle, en fussent jamais arrivées jusqu'à moi [49] ». De même, Dussardier, troublé par le rôle qu'il a joué dans la répression de l'insurrection de juin, éprouve-t-il quelque embarras à lire dans les journaux les récits exaltant « sa belle action [50] ». En revanche, Nana se fait lire le Figaro, apporté par son coiffeur, au saut du lit. La chronique théâtrale qui éreinte l'artiste en elle la ravit. L'important n'est-il pas, qu'au fond, on parle d'elle ? Et Francis le coiffeur lui assure avant de partir qu'il aura « l'œil sur les journaux du soir [51] ».

Avec ses rubriques mondaines, la presse du début du siècle sert également de lien aux individus de la haute société. Louise de Macumer, écrivant à son amie la comtesse de l'Estorade, sait que la presse aura utilement suppléé à sa défaillance épistolaire pour l'informer du deuil qui la frappe : « les journaux t'auront appris, ma bonne et tendre Renée, l'horrible malheur qui a fondu sur moi ; je n'ai pu t'écrire un seul mot [52] ».

Passer le temps

Décrivant l'intérieur fort modeste de la famille Topinard, Balzac évoque « la pièce où se tenaient les enfants (…), bariolée d'affiches de spectacles et de gravures prises dans des journaux ou provenant des prospectus de livres illustrés. [53] » Le journal est, selon lui, entré si bien dans les mœurs qu'il constitue désormais un objet de décoration à l'usage de milieux populaires. On retrouve, du reste, cet usage des périodiques dans la Vie d'un simple. Francis, le petit fils du narrateur devenu grand, achète chaque dimanche « une manière de journal avec des histoires et des gravures coloriées. On y voyait des têtes d'hommes célèbres, des généraux empanachés, des soldats avec le sac et le fusil, des accidents et des crimes. Et Francis de coller à tous les espaces libres des murailles celles de ces illustrations qu'il préférait. [54] »

Dans la bonne société anglaise vue par Jules Verne, la lecture du journal est, avec la partie de whist, l'activité essentielle des hommes qui se retrouvent à leur club. Phileas Fogg, homme de culture, n'avoue pas d'autre « passe-temps [55] ». Mais, devenue machinale, cette activité perd du même coup beaucoup de son sens. On a vu comment Charles Bovary s'endormait en lisant son journal professionnel ; Passereau, lui, le héros de Champavert de Petrus Borrel, se promenant en forêt, s'ennuie, et pour tuer l'attente, « pâture deux ou trois grands journaux fort indigestes [56] ». Car même quand elle est un pur divertissement, la lecture du journal exige une certaine concentration.

Aussi bien n'est-ce pas toujours le contenu qui importe que la posture de lecteur de journal. On lit au café, pour se donner une contenance, pour feindre une occupation, alors qu'on est tout entier absorbé dans ses pensées. Le héros de Huysmans dans En route « s'use » devant un journal, selon ses mots, en attendant l'heure du déjeuner et remarque pour lui-même qu'il est coutumier du fait : « ce qu'il en avait tenu des journaux ainsi, sans jamais les lire ! Que de soirs il s'était attardé dans des cafés, en pensant à autre chose, le nez sur un article ! » [57]. On s'abrite aussi derrière un journal, comme derrière un paravent, pour observer les autres. Hugo, en voyage, curieux d'un jeune homme qui partage sa table d'hôte, n'en use pas autrement : il prend un journal, s'assied dans l'embrasure d'une fenêtre pour observer tout à loisir l'objet de son intérêt [58].

Madame de Rénal trouve, elle aussi, dans la lecture du journal, un refuge et une occasion de méditer. Après un moment d'émotion qui a failli la perdre, elle retrouve son sang froid en écoutant sa femme de chambre lui lire la Quotidienne et prend, à la faveur de cet instant de répit, la résolution toute provisoire de traiter Julien avec froideur [59].

Machinale ou pas la lecture du journal semble devenue dans la deuxième moitié du siècle une habitude si répandue qu'elle peut apparaître comme un signe de santé mentale ou à tout le moins sociale. Lethierry, dans Les Travailleurs de la mer, durement frappé par le sort, est tenu pour convalescent lorsqu'on le voit défaire la bande d'un journal [60].

Les romanciers, sociologues de leur temps

Le plus étonnant n'est pas que des écrivains lecteurs de journaux, s'inspirent du contenu de leurs gazettes pour construire des intrigues et y puiser le nom de leurs personnages [61], mais qu'ils y trouvent un écho de leur prose… Ainsi Flaubert lit-il avec une stupéfaction teintée de jubilation – dont on ne sait pas si elle est due au bonheur d'avoir écrit juste ou à l'ironie qu'il y a à être plus vrai que le vrai quand on est romancier et plus bête que la bêtise quand on s'appelle Flaubert – dans le discours du maire publié par le Journal de Rouen, la phrase qu'il avait la veille, « écrite textuellement dans la Bovary (dans un discours de préfet, à des comices agricoles). Non seulement c'était la même idée, les mêmes mots, mais les mêmes assonances de style. [62] »

Excessives, caricaturales, reconstruites, fictives, ces figures littéraires de lecteurs du xixe siècle qui émergent des quelque trente-cinq textes examinés ici, n'ont pas pour seul mérite leur caractère comique. Si elles doivent beaucoup à l'imagination de leur créateur et nous renseignent utilement sur la personnalité de chaque auteur (l'attention portée par Stendhal aux manipulations politiques, le sombre attachement de Balzac aux efforts fournis par une bourgeoisie petite et grande en vue d'« arriver », celui de Flaubert pour tous les signes de la bêtise bourgeoise, le scepticisme réactionnaire de Villiers de l'Isle Adam, la fascination de Zola pour les tares, les perversions et les révoltes, celle de Jules Verne pour les manifestations de la modernité, etc.), elles nous disent aussi que le journal est entré dans les mœurs, que sa lecture régulière est devenue un des moments incontournables de la vie domestique autant que de la vie publique. D'ailleurs, les peintres, de plus en plus intéressés par les scènes de la vie quotidienne, font eux aussi une place croissante aux lecteurs de journaux [63]. Mais, mieux que les peintres, les romanciers nous montrent que la lecture du journal, quoiqu'elle appartienne désormais à la famille des gestes anodins – et anodins parce qu'habituels et par là même largement dépourvus d'enjeu romanesque –, permet d'apercevoir les lignes de partage plus ou moins subtiles qui séparent hommes et femmes, riches et pauvres, citadins et paysans, crédules et sceptiques, lettrés et ignorants. Autant dire que, progressivement généralisée à l'ensemble de société, elle entre désormais dans le système de représentations par lesquelles se définissent les groupes sociaux et culturels qui composent cette société.

[1] Cette ignorance n'est pas totale grâce, notamment, aux travaux de R. Chartier, et G. Cavallo, (dir.), Histoire de la lecture dans le monde occidental, Paris, Seuil, 1997 ; R. Chartier (dir.), Pratiques de la lecture, (Colloque tenu au couvent royal de Saint-Maximin), Marseille, Rivages, 1985 ; A.-M. Thiesse, Le Roman du quotidien : lecteurs et lectures populaires à la Belle Époque, Paris, Le Chemin vert, 1984.

[2] Cf. J-J Chevallier, Histoire de la pensée politique, Paris, Payot, 1984, vol 3 : La Grande transition : 1789-1848, p. 94.

[3] Stendhal, Le Rouge et le Noir, 1830 ; édition de Marseille, Club du livre, 1947, vol 1, p. 29.

[4] Stendhal, Le Rouge et le Noir, op. cit., vol 2, p. 8.

[5] E. Zola, Pot Bouille, 1882, édition de Paris, Gallimard, Pléà¯ade, 1965, vol III des Rougon Macquart, p. 4 et 10.

[6] Stendhal, Armance, 1827, édition de La Guilde du Livre, Lausanne, 1967, p. 18.

[7] A. France, L'Orme du mail, 1897, édition de Paris, Calmann-Lévy, 1927, p. 216 à 219.

[8] G. Flaubert, Madame Bovary, 1857, édition de Paris, Fasquelle, 194 ?, p. 106.

[9] Stendhal, Le Rouge et le Noir, op. cit., vol 2, p. 27.

[10] H. de Balzac, La Peau de chagrin, 1831, édition de Paris, Larousse, 1909, p. 166.

[11] Mme Cottin, Claire d'Albe, Paris, Rapilly, 1825.

[12] H. de Balzac, Mémoires de deux jeunes mariées, 1840, édition de Paris Albin Michel, 1950, p. 163-164.

[13] G. Flaubert, Madame Bovary, op. cit., p. 108.

[14] Ibid., p. 62.

[15] Ibid., p. 68.

[16] H. de Balzac, La Peau de chagrin, op. cit., p. 147.

[17] J. Jaurès, Études socialistes, Paris, Ollendorff, 1902, p. 260-261 Le passage en italiques est souligné par l'auteur.

[18] J-K. Huysmans, L'Oblat, 1903, édition de Paris, Cres, 1934, p. 97.

[19] H. de Balzac, Les Paysans, 1844, édition de Paris, Gallimard, la Pléiade, 1949, vol VIII de la Comédie humaine, p. 75.

[20] E. Zola, Nana, 1879, édition de Paris, Folio, 1994, p. 224.

[21] E. Guillaumin, La Vie d'un simple, 1904, édition de Paris, Stock, 1974, p. 223.

[22] E. Zola, Germinal, 1885, édition de Paris, Gallimard, La Pléà¯ade, 1965, vol III des Rougon Macquart, p. 1257.

[23] G. Flaubert, Madame Bovary, op. cit., p. 319.

[24] G. Sand, Histoire de ma vie, 1855, édition de Paris, Calmann-Lévy, 1879, p. 274.

[25] Ibid., p. 68.

[26] A. France, Le Petit Pierre, 1918, édition de Paris, Calmann-Lévy, 1932, p. 27.

[27] E. Zola, Pot Bouille, op. cit., p. 180.

[28] H. Murger, Scènes de la vie de bohème, Paris, M. Lévy, 1869, p. 35.

[29] G. Flaubert, Correspondance, 1869-1872, Paris, L. Conard, 1930. Lettre à George Sand, 8 septembre 1871, p. 282.

[30] Villiers de l'Isle Adam, Contes cruels, « Deux augures », 1883, édition de Paris, Mercure de France, 1922, p. 50, 53 et 45.

[31] J. Jaurès, Études socialistes, Lettre à Péguy du 17 novembre 1901, Paris, Ollendorff, 1902, p. VII.

[32] A. de Musset, « Revue fantastique », in Le Temps, 21/01/1831.

[33] H. de Balzac, Le Cousin Pons, 1848, édition de Paris, rééd. Albin Michel, 1953, p. 69.

[34] G. Flaubert, Correspondance, 1852-1854, Paris, L. Conard, 1926, par exemple le 2 septembre 1853 dans une lettre à Louise Collet à propos de la Revue de Paris, « la vue d'un journal maintenant, et de celui-là entre autres, me cause presque un dégoût physique », p. 330.

[35] V. Hugo, Correspondances, T2, Paris, Ollendorff, 1950, p. 174.

[36] G. Flaubert, Madame Bovary, op. cit., p. 135.

[37] Ibid., p. 196.

[38] E. Zola, La Fortune des Rougon, 1871, édition de Paris, Folio, 1981 p. 317-319.

[39] A. Dumas, Le Comte de Monte-Cristo, 1844, édition de Paris, Le livre de poche, T 3, p. 72.

[40] V. Hugo, Les Misérables, 1862, édition de Paris, Le Livre de Poche, 1965, Vol. II, p. 156.

[41] E. Sue, Atar Gull, 1831, édition de Paris, Impr Schneider, 18- ?, p. 11 et 12.

[42] H. de Balzac, Eugénie Grandet, 1832, édition de Paris, Bordas, 1983.

[43] H. de Balzac, Le Père Goriot, 1834, édition de Paris, Gallimard, La Pléiade, 1966, vol II de la Comédie Humaine, p. 1010.

[44] V. Hugo, Les Misérables, op. cit., p. 487.

[45] G. Flaubert, L'Education sentimentale, 1869, édition de Paris, Garnier, 1947, vol II, p. 177.

[46] J. Verne, Les 500 millions de la Begum, 1878, édition de Paris, Hachette, 1929, p. 45 à 47 ; p. 35 ; p. 176.

[47] J. Verne, Le Tour du monde en 80 jours, 1873, édition de Paris, Hetzel, 187 ?, p. 52.

[48] P. Loti, Matelot, 1893, édition de Morsang-sur-Orge, Safrat, 1990, p. 15 et 19.

[49] G. Sand, op. cit., p. 408-409.

[50] G. Flaubert, L'Éducation sentimentale, op. cit., p. 183.

[51] E. Zola, Nana, op. cit., p. 57.

[52] H de Balzac, Mémoire de deux jeunes mariées, op. cit., p. 256.

[53] H. de Balzac, Le Cousin Pons, op. cit., p. 420.

[54] E. Guillaumin, La Vie d'un simple, op. cit., p. 224.

[55] J. Verne, Le Tour du monde en 80 jours, op. cit., p. 3.

[56] P. Borrel, Contes immoraux, Champavert, 1833, édition de Paris, éd. Montbrun, 1947, p. 208.

[57] J-K. Huysmans, En route, 1895, édition de Paris, G. Crès, 1930, p. 279.

[58] V. Hugo, Le Rhin, Lettre à un ami, Paris, Ollendorff, Imprimerie nationale, 1906, p. 236.

[59] Stendhal, Le Rouge et le noir, op. cit., vol 1, p. 78.

[60] V. Hugo, Les Travailleurs de la mer, 1866, édition de Paris, Ollendorff, 1911, p. 402.

[61] E. Zola, Lettre à E. de Cyon, in Le Gaulois, 30/01/1882.

[62] G. Flaubert, Correspondance, 1852-1854, Paris, L. Conard, 1926, p. 285.

[63] A.-M. Chartier et J. Hébrard font remarquer que la lecture masculine en peinture est le plus souvent celle du journal et évoquent Claude Monet lisant peint par Renoir en 1872, Roussel lisant le journal peint par Vuillard en 1894, un portrait du père de Cézanne lisant le journal en 1866 et, pour la même année, le tableau de Renoir intitulé l'Événement représentant un groupe d'amis réunis autour d'un journal (A.-M. Chartier, J. Hébrard, Discours sur la lecture (1880-2000), Paris, Fayard, 2e éd., 2000, p. 536 et s.

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