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Comptes rendus

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Article paru dans L’Humanité du 1er avril 2004

Entretien. Histoire d’un journal pas comme les autres

L’Humanité de Jaurès à nos jours : aujourd’hui et demain, des historiens vont confronter l’état de leurs recherches.Christian Delporte, historien du journalisme, professeur à l’université de Versailles, a coorganisé le colloque sur l’Humanité qui se tient à la Bibliothèque nationale de France.

Vous ouvrez à la BNF un colloque sur l’histoire du journal l’Humanité. Cela représente cent ans d’un journal qui, par sa position singulière dans le paysage médiatique français, touche à des disciplines diverses : histoire sociale, histoire de la presse, science politique. Comment vous êtes-vous organisés et quelles sont les lignes directrices de ce colloque ?

Christian Delporte : Peut-être puis-je commencer par dire ce que nous ne désirions pas faire. Nous ne voulions pas d’un énième colloque sur l’histoire du Parti communiste, avec cette seule particularité qu’elle aurait été considérée du point de vue de l’Humanité. Des colloques sur l’histoire du PCF, ce n’est pas ce qui manque. En revanche, rien n’avait été fait encore, en termes de colloque, sur l’histoire de ce journal dans sa qualité de journal. D’abord parce que l’histoire d’un journal appelle une consultation d’archives, qui étaient encore récemment indisponibles. Ensuite parce que beaucoup ont considéré jusqu’alors que l’Humanité était la voix de son maître et qu’en conséquence il n’y avait pas d’intérêt à l’étudier singulièrement. Cela dit, le champ de connaissances à couvrir afin d’évoquer scientifiquement l’histoire de ce journal est si vaste qu’à quatre laboratoires nous n’étions pas trop pour coorganiser le colloque. Nous avons défini ensemble les perspectives générales que nous souhaitions voir développer. Elles touchent tout à la fois l’histoire générale de la presse, la place qui a pris l’Humanité, l’histoire des interactions entre le Parti communiste et le journal qui lui était lié, enfin celle des relations de ce média particulier avec ses lecteurs. Ensuite, nous avons lancé un appel à contributions. Le colloque, en lui-même, s’est bâti à partir des retours que nous avons reçus. Ils ont été nombreux. Je ne dis pas que nous avons pu couvrir toutes les questions qui se posent historiquement à propos de l’Humanité : nous manquions de temps et, sur certains questionnements, il n’y a pas eu encore de recherche. Mais nous avons essayé d’en embrasser le maximum d’aspects.

Les réponses reçues à votre appel à communications proviennent-elles uniquement d’historiens ?

Christian Delporte : À ma grande satisfaction, non. Les participants sont issus d’horizons différents et leurs préoccupations sont diverses. Certains sont des historiens de la presse, comme Alexandre Courban, qui s’est attaché au passage effectué par l’Humanité entre le socialisme de ses origines et le communisme ; Sylvain Bouloque et Laurent Martin, qui vont nous expliquer les rapports que l’Humanité a entretenus avec le Canard enchaîné et la presse syndicale. D’autres, comme Yolène Dilas, de l’université Paris-X, qui a étudié les almanachs de l’Humanité, sont sociologues. Il y a encore des spécialistes des médias de la période contemporaine : Béatrice Fleury-Vilatte et Jacques Walter nous ont proposé de dire quelque chose de la transmission de la mémoire de l’Humanité par le biais des familles. Enfin, l’économie est, elle aussi, présente grâce à Patrick Eveno, spécialiste d’histoire économique de la presse, qui a choisi d’exposer l’entreprise Humanité.

Tant de points de vue, pas de fil d’Ariane qui traverserait cette diversité de contributions ?

Christian Delporte : Il y a une grande question derrière tout cela : est-ce que l’Humanité est un journal comme les autres ? A priori, ce n’est pas exactement un journal comme les autres. L’Humanité est le seul journal à avoir traversé le siècle avec tant de persévérance rédactionnelle et éditoriale. Le Figaro, en comparaison, seul à arborer à peu près le même âge, n’offre pas la même constance. Plus impliqué dans l’économie de marché, il a été racheté de nombreuses fois et le journal du début de siècle n’a rien à voir avec celui des années trente, qui lui-même est sans rapport avec le Figaro des années cinquante. Idem entre celui-ci et le journal que nous connaissons sous ce nom aujourd’hui. L’Humanité est donc un incomparable journal d’opinion. Et pourtant il y est, comme partout ailleurs, question de fabrique d’information, de lecteurs, de journalistes.

Qu’attendez-vous au final de ce colloque ?

Christian Delporte : De trois choses l’une : si vous faites l’inventaire, vous constaterez l’indigence quantitative de ce qui a déjà été fait sur le sujet, j’attends donc d’abord un apport d’information scientifique non négligeable û nous publierons les actes de ce colloque assez rapidement, dans l’année. Au-delà du cas d’espèce, j’espère aussi que nous pourrons approfondir deux thèmes qui sont aujourd’hui d’importance : comment fonctionne un outil organisateur de masses û du coup, quelles ont été les marges, les négociations possibles entre la rédaction de l’Humanité et la Parti communiste ? Et ce qu’a pu être, ce que peut être aujourd’hui un journalisme militant ? Enfin, nous n’avons pas négligé le temps du dialogue avec la salle. Il était hors de question que ce colloque soit ressenti comme un long tunnel de communications. Nous attendons tous beaucoup du débat.

Entretien réalisé par Jérôme-Alexandre Nielsberg. © Journal l’Humanité

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Entretien-Histoire-d-un-journal.html