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Appel à contributions, revue RESET "Patrimoine et patrimonialisation numériques"

Date limite : 15 décembre 2014

Numéro coordonné par Francesca Musiani (ISCC - CNRS, Paris-Sorbonne, UPMC) et Valérie Schafer (ISCC - CNRS, Paris-Sorbonne, UPMC)
La notion de « patrimoine numérique » promue par l’Unesco en 2003 dans sa Charte sur la conservation du patrimoine numérique1 désigne aussi bien le patrimoine numérisé que des ressources « d’origine numérique » (« qui existent uniquement sous leur forme numérique initiale »). Cette double acception implique d’emblée de penser le patrimoine numérique autant dans la continuité et la longue durée, que dans la rupture. Elle invite en effet à saisir en quoi le numérique peut faire patrimoine, mais aussi la manière dont le patrimoine est saisi par le numérique, et à prolonger des réflexions en sciences sociales sur la « question patrimoniale » (Amougou, 2004) et sur ce que constituent aujourd’hui la notion de patrimoine elle-même et sa « réinvention » (Bourdin, 1984). La montée en puissance du « patrimoine numérique » appelle des enquêtes empiriques autant sur ses publics, existants ou souhaités, que sur ses instigateurs, ses producteurs, ses conservateurs et ses promoteurs. Celles-ci se doivent également d’interroger les institutions, les politiques publiques et privées, collectives et individuelles, de sauvegarde et d’archivage investies dans ce champ (Mussou, 2012). Les controverses que ces politiques suscitent (par exemple autour du droit à l’oubli et à la mémoire) et les interactions des pouvoirs publics avec les institutions de préservation, ou entre les institutions elles-mêmes, amènent aussi à s’intéresser aux dimensions à la fois sociotechniques et politiques de ce « patrimoine numérique » en cours d’institutionnalisation. Les pratiques et processus qui contribuent à la formation et à la reconnaissance du patrimoine numérique engagent en effet des choix, des mises à l’épreuve, un « travail » social d’acteurs variés et des entrelacements d’échelles, depuis le rôle des associations de professionnels ou celui despassionnés jusqu’au grand public, en passant par les bibliothèques, musées, groupes de recherche qui prennent en charge certains archivages ou initient des politiques de préservation, ou encore des institutions et groupements internationaux qui s’y impliquent, à l’instar de l’Unesco ou de l’International Internet Preservation Consortium.
La création de la Fondation Internet Archive en 1996 puis de sa célèbre Wayback Machine (qui permet de retrouver et fouiller le Web du passé), le projet de son fondateur, Brewster Kahle, d’archiver « le Web mondial », le sauvetage d’espaces en ligne tels que Geocities et Mobileme par l’Archive Team, l’archivage institutionnel du Web depuis 2006 en France par la BnF et l’INA, dans le cadre du dépôt légal, ou encore l’archivage de Twitter par la Library of Congress des Etats-Unis, sont autant de dynamiques qui ont contribué à constituer des documents d’emblée numériques en patrimoine. Elles témoignent toutes de la pluralité d’acteurs, aux motivations et enjeux parfois complémentaires, parfois divergents, engagés dans ce processus.
Si ce patrimoine né numérique (ou nativement numérique) que nous venons d’évoquer, et que les Anglo-Saxons appellent le Born Digital Heritage, a fait l’objet d’une plus faible attention de la part des chercheurs que le patrimoine converti sous forme numérique (Dufrêne, 2013 ; Bachimont, 2014), il doit en outre être associé à une réflexion sur un autre patrimoine, que l’on pourrait qualifier de « patrimoine du numérique ». Celui-ci, conservé et exposé grâce aux efforts d’individus, d’associations, des musées des sciences et techniques ou d’informatique, d’expositions au succès croissant (dédiées par exemple aux jeux vidéo), consiste autant en des documents numériques qu’en matériels, logiciels, documentation diverse. Ces différents versants convergent en une patrimonialisation (Davallon, 2006) du numérique qui mérite également d’être interrogée.
Que nous disent dès lors le patrimoine numérique et la patrimonialisation du numérique sur le rapport de nos sociétés à leur patrimoine et au numérique ? Que se passe-t-il quand on ne se contente plus de « numériser » la culture mais qu’elle est « d’emblée numérique » ? Quelles sont les conséquences sur le patrimoine, et sur ses usages – sociaux, culturels, politiques, économiques et scientifiques ?

Pistes de recherche

Au moyen d’analyses empiriques, ce numéro souhaite contribuer à éclairer les politiques de construction, de gestion et de développement du patrimoine numérique, les acteurs et enjeux de sa patrimonialisation (Illien, 2011). Nous proposons trois pistes non exhaustives pour traiter de la thématique, au sein desquelles pourront s’inscrire les articles : La fabrique d’un patrimoine numérique (axe1), La patrimonialisation du numérique (axe 2) et Patrimoine numérique et héritage social (axe 3).

1. La fabrique d’un patrimoine numérique
Cet axe a pour vocation d’analyser l’émergence et la « fabrique » d’un patrimoine numérique dont l’urgence de la prise en compte a été avancée dès 2003 dans la Charte sur la conservation du patrimoine numérique de l’UNESCO (voir également Lusenet, 2007).
Des recherches portant sur les enjeux et les stratégies d’appropriation et de légitimation du patrimoine numérique, sur ses périmètres de conservation, des études comparatives des politiques et outils de préservation entre différents pays et/ou acteurs seront utiles dans cette perspective.

2. La patrimonialisation du numérique
L’étude des discours et idéologies qui accompagnent ces initiatives et l’analyse des publics de ces formes culturelles numériques permettront de mieux cerner les contours d’un patrimoine numérique et d’un patrimoine du numérique en cours de formation, de même que leurs dimensions sociales, politiques ou encore économiques. La diversité des acteurs impliqués dans cette patrimonialisation implique aussi des analyses sur leurs motivations, leurs stratégies et leurs interactions.

3. Patrimoine numérique et héritage social
Le patrimoine numérique doit être réinscrit dans la longue durée, celle du rapport des sociétés à leur patrimoine, pour en interroger les continuités (Oury, 2012) et les ruptures. En outre, il appelle à revenir sur la notion de biens communs et celle de patrimoine immatériel (Jadé, 2012) comme sur l’universalité ou la territorialité du patrimoine (Di Méo, 2008), la question de la valeur patrimoniale des documents et le statut social de l’objet (Davallon, 2006). La valeur patrimoniale que des communautés (Derrot et al., 2012) peuvent attacher, par exemple, à la préservation de groupes de discussions (communautés Usenet, Google Groups, etc.) et la volonté de transmission de nouvelles formes de communication et d’expression méritent aussi toute notre attention. Enfin, on ne peut faire abstraction de l’articulation de ces enjeux avec un « marché des données » au sens large, particulièrement foisonnant à l’heure actuelle, et avec les questions juridiques qu’il soulève concernant les libertés individuelles, le droit d’auteur, la conservation des données personnelles, le droit à l’oubli et le droit à la mémoire (Dulong de Rosnay, Musiani, 2012).

Calendrier et informations pratiques
Les résumés des articles (3 000 signes maximum) sont attendus pour le 15 décembre 2014. Ils sont à envoyer à l’adresse suivante : journal.reset@gmail.com
La proposition, rédigée en anglais ou en français, mentionnera la question de recherche, la méthodologie utilisée, et le cadre théorique employé. Elle insistera sur l’intérêt scientifique de l’article proposé au regard de la littérature existante et de l’appel à communication, et pourra être accompagnée d’une courte bibliographie.
Nous attirons également l’attention des auteurs sur une rubrique spécifique, Actualités des classiques, qui revisite des auteurs et des théories classiques des sciences sociales au prisme d’Internet.
Les résumés seront évalués anonymement par les coordinateurs du numéro et les membres du comité de rédaction de la revue. Les auteurs sélectionnés à ce stade devront envoyer leur article sous format électronique avant le 5 mai 2015. La revue Reset est également ouverte, dans sa rubrique varia, à tous les travaux relevant des sciences humaines et sociales, et portant sur Internet comme objet ou méthode de recherche.

Calendrier :
Date limite pour les propositions d’articles (résumé de 3 000 signes) : 15 décembre 2014.
Réponse aux auteurs : 15 janvier 2015.
Date limite de remise des articles (45 000 signes maximum, hors bibliographie) : 5 mai 2015

Contacts : Le comité de rédaction journal.reset@gmail.com Les coordinateurs Francesca Musiani francesca.musiani@cnrs.fr Valérie Schafer valerie.schafer@cnrs.fr

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Appel-a-contributions-revue-RESET,5523.html

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