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Appel à contributions revue Mots "Le geste emblème politique"

Date limite : 1er mars 2015

La revue Mots. Les langages du politique souhaite publier en mars 2016 un dossier consacré au geste en tant qu’élément non discursif de langage, d’expression et de communication politiques. « Mouvement du corps […] visant à exprimer quelque chose » (Le Petit Robert, 1982, p. 865), le geste visé ici n’est pas celui des études sur la « gestuelle » des personnalités politiques ni celui, coverbal, qui accompagne la parole (cf. les travaux de G. Calbris) ou se substitue au message verbal dans une interaction (le geste dit « emblématique » ou « quasi-linguistique », marqué culturellement et compréhensible sans la parole). La gestualité qui retient notre attention s’apparente à ce que les auteurs de l’ouvrage Des gestes en politique… (Ambroise-Rendu, D’Almeida et Edelman, 2006, p. 11) appellent les « gestiques » (« ces gestes considérés comme moyens délibérés et organisés d’expression, sorte de langage possédant sa grammaire propre »). Ce sont par conséquent des gestes conscients, volontaires, intentionnels, démonstratifs, revendiqués, conventionnels, appris, repris, ritualisés, et qui, effectués individuellement ou collectivement, dans une mise en scène ou une forme de théâtralité, permettent une expression militante, marquent une identité ou affirment une appartenance à un groupe ou à une communauté ; ceux qui constituent des signes visibles, ostentatoires de ralliement, d’engagement ou de reconnaissance, disent une cause, expriment une allégeance, appellent à la mobilisation ou servent à résister ou à protester. Généralement dotés d’une forte charge symbolique ou émotionnelle, ces gestes identitaires traduisent l’incorporation d’une discipline et portent souvent la marque d’une codification. On pense en tout premier lieu à des gestes de protestation ou de salut, comme le poing levé fermé utilisé par les communistes allemands à partir de la République de Weimar (Vergnon, 2005), signe opposé au bras levé et à la main tendue des fascistes, puis des nazis ; aux gestes de victoire (index et majeur en V, paume vers l’avant) ou aux gestes d’allégeance, comme le serment politique – celui du jeu de Paume en 1789 (Duccini, 2006). Pour n’en retenir que quelques-uns, ces gestes rituels font l’objet d’appropriations et d’usages différents, connaissent des variantes, des évolutions, et suscitent des controverses.

* Le lever du poing, accaparé par les mouvements de gauche dans l’Europe des années trente, est aussi adopté par les Black Panthers aux Etats-Unis dans les années 1960, par les athlètes noirs américains victorieux aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968, par les manifestants (et repris par les affiches) de mai 68. Le geste, souvent associé au combat de Nelson Mandela, est aussi apparu, entre autres, incrusté dans l’Etoile de David – dans le logo du parti sioniste Kach, interdit dans les années 1990 en Israël, mais aussi lors des récentes révolutions arabes et il a été observé à l’occasion de la protestation du Mouvement Occupy Wall Street en 2011[1]. * Le salut nazi, inspiré par le bras tendu des fascistes italiens, a connu des formes différentes : Hitler salue avec le bras replié, paume vers le haut, les troupes défilent bras tendus, les néo-nazis peuvent écarter les doigts pour échapper à l’interdiction légale de ce geste en Allemagne depuis 1947. Les ressemblances ou distinctions entre « salut romain », salut olympique et saluts fascistes méritent d’être interrogées : on sait que les Nazis ont entretenu la confusion entre saluts « allemand » et olympique aux J.O. de Berlin en 1936. * Le V de la victoire, lancé par l’ancien ministre belge Victor de Laveleye depuis Londres en 1941, pour s’opposer à l’occupant, a été popularisé par Winston Churchill, comme par Charles de Gaulle : bras pliés à la Libération (cf. Caradec, p. 143) ou tendus (en 1958, le geste symbolisant aussi le V de Vème République). Il a été utilisé, entre autres, tant par Jacques Chirac lors de la campagne législative de 1986 que par Lionel Jospin pendant la présidentielle de 1995 ou par Jean-Marie Le Pen dans ses meetings. Geste des militants du parti victorieux, il est aussi celui de femmes irakiennes sortant des bureaux de vote après les premières élections libres en 2005, mais aussi celui des nationalistes flamands aujourd’hui[2], des foules libérées en 1944, du sportif vainqueur et de ses supporters, comme des motards se croisant sur la route…

C’est donc bien le geste « militant » lui-même, ses usages, ses interprétations, ses variations et les commentaires qu’il suscite, qui retiennent l’attention dans ce dossier, plutôt que les actes individuels, éphémères, isolés, de tel acteur politique, même s’ils sont devenus « symboliques » : comme la poignée de main de Valéry Giscard d’Estaing à un détenu de la prison Saint-Paul en 1974, la main dans la main de François Mitterrand et Helmut Kohl à Verdun en 1989, la gifle médiatisée de François Bayrou à un enfant lui faisant les poches pendant la campagne présidentielle de 2007, ou le bras d’honneur de Gérard Longuet surPublic Sénat en 2012.
On retiendra bien entendu des gestes dotés d’un sens politique, sans négliger leur polysémie, le fait qu’ils puissent avoir aussi une signification dans d’autres domaines, religieux, idéologique, militaire, sportif, dans des contextes culturels différents ou dans des groupes sociaux spécifiques. On s’intéressera donc particulièrement aux variations de ces gestes dans le temps et l’espace, à leurs origines réelles ou supposées, aux télescopages ou amalgames sémiotiques (qui peuvent déboucher sur l’abandon d’un geste par une organisation, comme pour le mouvement olympique après-guerre), aux formes de détournement ou de parodie des gestes de l’adversaire, mais aussi, au-delà des gestes en eux-mêmes, aux commentaires, gloses et controverses auxquels leur usage donne lieu. On pense par exemple à des gestes politiques faisant polémique (comme la « quenelle » de Dieudonné en 2013[3]) ou à d’autres gestes émergents, comme celui censé signifier le changement (mouvements de va-et-vient des avant-bras, les mains se croisant à l’horizontale devant la poitrine) que tente de populariser le clip de campagne de François Hollande en 2012[4]. Ou bien à l’index dressé verticalement, doté de multiples significations (Caradec, p. 238 s.), un geste rituel accompagnant la profession de foi musulmane pour souligner l’unicité d’Allah, abondamment repris en 2014 sur les réseaux sociaux par les combattants et sympathisants de l’Etat islamique[5]. Ou encore les trois doigts centraux levés vers le haut, pouce et auriculaire liés, en signe de protestation contre la junte militaire et le coup d’Etat du 22 mai 2014 en Thaïlande[6]. Ou enfin les quatre doigts (pouce plié) brandis par les partisans d’Erdogan en Turquie[7]. On s’attachera spécialement aux interprétations (plus ou moins « autorisées ») de ce que « veulent dire » ces gestes et ceux qui les font[8], aux luttes politiques par gestes interposés[9], mais aussi aux éventuels processus de fabrication et de codification des gestes par les organisations (description du « bon » geste, consignes données aux militants, dans les règlements intérieurs notamment) et bien sûr aux conditions de diffusion de ces signes : l’évolution des supports médiatiques a donné au geste une importance croissante dans la production de sens politique (d’Almeida, 2006, p. 156). Tout comme le développement de la presse illustrée et du reportage photographique dans les années 1920-30 a contribué à la popularisation du poing levé, celui de la télévision et du cinéma (les opposants thaïlandais empruntent leur signe de révolte au soulèvement populaire fictif de la série et film à succès The Hunger Games) puis d’Internet, avec les sites de partage de vidéos en ligne et les « selfies », utilisés notamment par les djihadistes, donne aux images et au geste une portée à la fois personnelle (affirmation de soi et de son camp) et « mondialisée ». Les combinaisons des gestes entre eux (le salut nazi avec le claquement des talons) ou avec d’autres signes, par exemple les chants ou les slogans (le poing levé avec l’Internationale ou les cris « Rotfront ! » ou « Freiheit ! »), mais aussi leur reprise dans les logos des organisations (comme la paume de la main du mouvement « Touche pas à mon pote »), méritent enfin d’être analysées.

Modalités de soumission

Les contributions pourront prendre la forme d’articles (maximum 40 000 signes tout compris) ou de notes de recherche (maximum 15 000 signes tout compris).
Les auteurs devront soumettre aux deux coordinateurs, avant le 1er mars 2015, un avant-projet (3 000 signes maximum tout compris), dont l’acceptation vaudra encouragement mais non pas engagement de publication.
Les contributions devront être proposées aux deux coordinateurs avant le 1er juin 2015.
Conformément aux règles habituelles de la revue, elles seront préalablement examinées par les coordinateurs du dossier, puis soumises à l’évaluation doublement anonyme de trois lecteurs français ou étrangers de différentes disciplines.
Les réponses aux propositions de contributions seront données à leurs auteurs au plus tard en octobre 2015, après délibération du Comité éditorial.
Les références bibliographiques devront figurer en fin d’article et être mentionnées dans le corps du texte sous la forme : (Machin, 1983). L’usage des caractères italiques sera réservé aux mots et expressions cités en tant que tels, et les guillemets aux énoncés dûment attribués à un auteur, ou à la glose d’un syntagme. Un résumé de cinq lignes et cinq mots-clés seront joints à l’article, en français et si possible en anglais et en espagnol.

Coordination du dossier

Denis Barbet, UMR Triangle denis.barbet@sciencespo-lyon.fr Hugues Constantin de Chanay, UMR ICAR huguesconstantindechanay@yahoo.fr

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Appel-a-contributions-revue-Mots.html

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