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Appel à contributions, revue électronique d’études françaises, IIe série, nº4, Imaginaires de guerre et autres conflits", novembre 2015

Date limite : 15 décembre 2014
Depuis La Chanson de Roland (pour ne pas remonter à la mythique Guerre de Troie) jusqu’à l’écriture dramatique de Vinaver, la guerre constitue un thème majeur de la littérature en français : guerre transformée en épopée romanesque (Balzac, Hugo, Stendhal), guerre réfutée au nom de l’idéal pacifiste (Giraudoux) et guerre dépeinte en toute la cruauté de ses détails (Malraux).

Le rapport entre littérature et guerre s’est profondément modifié au fil des siècles, la question de la représentation de la guerre dans la littérature étant corrélative de celle de la participation de la littérature à la guerre, de la fidélité à la tradition épique et du culte de l’idéal héroïque jusqu’à l’objection de conscience (Aragon, Martin du Gard).

L’inauguration de la littérature en langue vulgaire par la chanson de geste, avec ses récits de batailles et conquêtes territoriales, l’investit dès l’origine d’un imaginaire épique qui contamine d’autres genres et formes littéraires même après que le genre fondateur s’est épuisé. À l’autre bout de la chaîne chronologique, nombreux sont les récits – littéraires mais aussi filmiques et bédéesques - qui choisissent la guerre comme thématique centrale ou dont l’histoire s’inscrit dans un cadre de guerre. Les deux guerres mondiales du XXe siècle (la période de l’entre-deux-guerres et de l’après-guerre revisitée par Charles Maurras et Georges Valois), ainsi que des conflits régionaux dont l’un des plus emblématiques est sans doute la guerre d’Algérie (Stora), sont à l’origine d’archives et de fictions avec leurs figures de persécutés, de résistants, de prisonniers, de survivants, de réfugiés, de migrants, d’exilés, et ont inspiré des écrivains (Céline, Apollinaire, Proust, Giono, Bernanos, Char, Simon, Duras, Kourouma, Djebar, Boudjedra), tout comme des cinéastes (Renoir, Resnais, Truffaut, Lelouch, Bouchareb, Rajaonarivelo) et des auteurs de bande dessinée (Tardi, Satrapi, Appollo et Huo-Chao-Si).

Par ailleurs, guerres et conflits modernes se trouvent étroitement associés au développement de catégories comme la littérature de témoignage (Duhamel), la littérature de la Shoah (Perec, Modiano, Semprun, Wiesel, Littell) ou la littérature de la diaspora, celle-ci étant une forme privilégiée de la littérature dite postcoloniale (Beyala, Diome, Waberi, Mabanckou, Tadjo). Inversant l’éclat et la cohérence épiques de la guerre chantée et célébrée, les textes contemporains exhibent l’impuissance de la langue à dire l’horreur. Plutôt que représenter la guerre, ces textes la présentent comme un réel irreprésentable contre lequel bute l’écriture.

La guerre n’est pas que conflit armé.

C’est aussi la guerre prise au sens plus diffus et métaphorique des conflits de prestige et des rivalités mimétiques qui s’incarnent dans certaines formations à forte prégnance imaginaire, tel le motif des frères ennemis ou la figure du double, l’alter ego. La persistance et la vitalité de ces formations se manifestent dans leur reprise incessante dans la fiction sous des morphologies et des régimes diversifiés. Leur théorisation au sein des études sur l’imaginaire ou chez René Girard, dont l’analyse des textes mythologiques et bibliques prolonge sur le terrain anthropologique une théorie littéraire fondée sur la notion de désir mimétique et l’expression narrative de la rivalité (le snobisme proustien, par exemple), confirme la saillance des images de l’antagonisme des équivalences dans notre mémoire culturelle.

C’est aussi la guerre verbale, le conflit parfois sans merci où les mots font office d’armes : les mots qui polémiquent, punissent, blessent, tranchent, massacrent et tuent, mais qui simultanément peuvent défendre, protéger, juger et décider. Guerres et autres conflits foisonnent dans diverses pratiques orales et écrites, tant dans notre quotidien (interactions verbales), que dans les discours polémiques ou antagoniques « institutionnels » issus de multiples domaines d’activité (politiques, juridiques, militaires, scientifiques, médiatiques, etc.).

C’est aussi la séparation linguistique, accompagnée d’une division culturelle, voire économique de communautés dotées ou pas d’une même nationalité ; là où la scission et la lutte des langues est simultanément contrôlée et fomentée par les politiques linguistiques.

Ce sont les nombreux conflits linguistiques d’ordinaire doublés d’autres intérêts, en somme de véritables « pièces de guerre » objets de la linguistique dans certains de ses domaines de la recherche psycholinguistique, jurilinguistique, sociolinguistique, pragmatique et discursive, entre autres.

Les articles soumis à l’évaluation du comité scientifique de la revue Carnets peuvent s’inscrire dans l’un des axes suivants :

Guerre et trauma.
Histoires d’amour en contexte de guerre.
La guerre dans les débats des intellectuels.
La plume et l’épée – genre ou registre épiques.
Littérature et propagande.
Littérature, histoire, mémoire culturelle.
Témoignage et renouvellement de la perception du littéraire.
Satire et parodie des récits de guerre (situations caricaturales, épisodes humoristiques).
Voyages en temps de guerre (le naufrage du Lusitania).
La « mouvance » artistique de la guerre (la chanson, la musique, la peinture, le théâtre, le cinéma, la BD).
Dynamiques de conflit (tensions, rivalités, antagonismes). Polémique et argumentation.
Les mots du pouvoir (militaire, politique, juridique, médiatique, scientifique, etc). Diglossie et conflit linguistique / politique.

Modalités de soumission
Les propositions d’articles (300 mots maximum) doivent être envoyées, à l’adresse carnetsapef@gmail.com

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Appel-a-contributions-revue,5359.html

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