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Appel à contribution

Appel à contribution dossier "La communication politique : actualités et perspectives", n°5, Revue Signes, discours et sociétés.

La démocratie repose sur le consentement des gouvernés. Son essence même, l’élection au suffrage universel, se joue sur la rencontre entre une "offre" politique et une "demande" citoyenne. Un leader politique peut avoir les meilleures idées du monde, un gouvernement peut décider des mesures les plus nécessaires, mais à défaut d’être capables de convaincre et d’entraîner, ils n’en feront rien. C’est la communication, sous toutes ses formes, qui crée ce lien si particulier entre l’offre politique et la demande citoyenne.
La communication politique se différencie essentiellement des autres espèces de communication par sa finalité. Dans les sociétés démocratiques représentatives, le sujet politique s’exprime dans l’espace public en utilisant la communication politique, qui repose sur l’adhésion de l’émetteur au message (le signifiant) qu’il délivre. Cette démarche se différencie de la publicité politique, utilisée de plus en plus dans nos démocraties modernes : elle véhicule plutôt des "référents" puisés dans l’imaginaire collectif et non la politique stricto sensu. La publicité politique repose en effet sur une disjonction entre l’émetteur (généralement non identifié comme porteur du message) et le destinataire. La publicité politique fait ainsi largement appel à l’imaginaire pour provoquer l’adhésion à une idée. On peut penser que le déclin des "idéologies" dans les démocraties représentatives contemporaines n’est pas étranger à ce mode de communication du politique tendant de plus en plus vers l’usage de la publicité politique.
On assiste ainsi au développement d’un merchandising politique (campagnes téléphoniques, sondages) où un feed-back est réalisé de manière régulière pour déterminer un instantané de l’opinion publique et construire une réponse appropriée. Il en résulte l’usage d’une communication plus "euphémisée" vers les électeurs et le comportement des candidats change en conséquence. Cette pratique se renforce dans certaines démocraties par la préparation de l’opinion publique, en développant des argumentaires sur la base des sondages et de campagnes téléphoniques. A tel point que, depuis les années 80, l’homme politique s’entoure de conseillers en communication, équipés et expérimentés, généralement issus du secteur privé de la publicité ou des médias. Le politique a ainsi résolument quitté son attitude strictement institutionnelle pour devenir un véritable aspirateur d’idées du marketing : les applications vont ainsi du neuromarketing, au transfert d’attitude, à l’utilisation des relais. Au début du 21ème siècle, la tendance dominante est bien à une communication politique euphémisée, légère, rassurante et empathique, comme pour se prémunir de toute "révolte" ou de tout "bouleversement" dans une société de plus en plus envahie par les images d’un monde extérieur en crise.
On en est ainsi arrivé à conditionner l’information et non plus l’électeur : les relais transmettent l’information. Les élus et les électeurs sont disjoints. L’espace public a été ainsi progressivement comme dématérialisé. Cette tendance se poursuit avec le développement de l’usage de la psychologie et affecte, à des degrés divers, toute la sphère de la communication politique, ce qui a pour effet d’induire une acceptation libre ou consentie par des gestes d’adhésion "volontaires" (ex. : pétition électronique). Aujourd’hui, certaines techniques ne sont pas loin des dérives de la communication utilisée dans le marketing que ce soit le marketing viral, ou encore le neuromarketing. En même temps force est de constater que toute communication politique obéit à une politique de communication qui innove au gré des scrutins électoraux. A l’instar d’entreprises, cette communication est sur-mesure. Elle prend en compte une veille informative, l’analyse des "théâtres d’opération", des cibles. Les élections américaines l’ont prouvé, la communication produit à laquelle se confond aujourd’hui souvent la communication politique, est désormais incontournable : le "buzz", les réputations, les blogs sont devenus de vrais outils de campagne. Il ne faut pas pour autant résumer la communication politique à la seule communication produit.
A cette réalité s’ajoute le fait que, par exemple en France, tous les grands journaux sont passés sous le contrôle de groupes industriels dont la presse n’est pas le métier. Se construit ainsi un "capitalisme de la connivence et de l’influence" pour mieux produire une "pensée unique". L’imbrication s’effectue de manière quasi naturelle et à trois niveaux : d’abord la proximité avec les journalistes politiques que l’homme politique entoure d’attentions. L’empathie est devenue la règle. La plupart des journalistes accrédités auprès de la présidence "tutoient" les membres du cabinet, connaissent toutes les intrigues quotidiennes bien qu’ils ne les évoquent que très rarement dans leurs papiers. Ensuite, la proximité avec les rédacteurs en chef et éditorialistes qui font l’opinion. Il s’agit ici d’imposer son agenda médiatique en alimentant sans cesse les médias, leur fournissant ce qu’ils attendent pour occuper le terrain. Enfin, la complicité avec les patrons de presse. Le rapport entre la communication et l’action politique est ainsi inversé : avant on communiquait pour expliquer son action. Aujourd’hui la communication devient l’action politique elle-même, mais une action totalement détachée du réel. Agir politiquement c’est désormais "mettre en scène". La communication politique est alors devenue une stratégie consistant à coproduire l’agenda médiatique. L’homme politique produit des informations, donne des scoops, s’informe sans relâche de l’état des rédactions et du travail des journalistes, les associe à ses actions et réflexions.
Ce qui précède ne sont que des pistes de réflexion sur des phénomènes qui nous semblent être au cœur de l’interrogation sur le politique aujourd’hui. Nous proposons donc dans ce numéro 5 de la revue Signes, Discours et Sociétés une réflexion sur la "communication politique" propre à chacun de nos pays. Nous vous invitons à réfléchir sur les évolutions significatives que vous pouvez noter et qui sont à l’œuvre dans les pratiques des médias et des acteurs politiques pour adresser des messages à l’opinion publique.
S’agissant des médias, ces évolutions peuvent concerner la façon dont ils peuvent couvrir telle ou telle campagne pour l’élection présidentielle par exemple. Le développement du multi-canal, c’est-à-dire de dispositifs qui permettent aux médias d’éditer sur différents canaux (radio, presse écrite, web, tv) contribue à n’en pas douter à une évolution que l’on peut penser significative.
Parmi ces médias, comme il est notoire, l’Internet et les réseaux câblés ont progressé comme source d’information politique, même si à nouveau, lors des campagnes électorales, c’est encore et souvent à la télévision que la partie se joue principalement. Essentiellement parce que la télévision offre des programmes dans lesquels les candidats et leurs soutiens trouvent à s’exprimer, et surtout parce qu’ils permettent de toucher ceux que les informations politiques n’atteignent généralement pas.
Les formats d’information qui relèvent du "journalisme politique" continuent de jouer un rôle important dans les campagnes, en raison de la nature de ces programmes qui permettent d’éclairer les enjeux de l’élection. En réalité, ce que les campagnes modernes permettent d’observer, c’est la manière dont les candidats ont cherché à piloter le travail des médias, et comment, en conséquence, les médias ont essayé d’échapper au contrôle des conseillers en communication. Voici une liste non exhaustive des thèmes et des problématiques sur lesquels vous êtes invités à nous adresser des contributions :
- Dans quelle mesure la nouvelle communication politique appelle une nouvelle information politique ?
- Qu’est ce qui, dans la communication politique, pèse le plus sur ce que le citoyen peut voir, entendre et lire, et, comment ?
- Comment faire pour que l’électeur qui s’intéresse de temps à autre, sans plus à la politique, entende et comprenne ?
- L’omniprésence médiatique traduit-elle une continuité dans la communication politique ? S’agit-il là d’un impératif structurel de la nouvelle rhétorique politique ou bien d’une règle de base désormais quasi-immuable de la stratégie politique dans les démocraties dites "d’opinion" ?
- Au-delà des problèmes évidents en matière de respect du pluralisme d’expression, dans quelles mesures ces évolutions dans la façon d’adresser des messages politiques engagent elles une réflexion sur les conditions de l’échange politique dans les démocraties gouvernées ?

Calendrier
Remise des propositions d’articles : 1er mars 2010
Avis du comité de lecture : 15 mars 2010
Remise des articles proposés : 15 avril 2010
Remise des articles corrigés : 1er Juin 2010
Mise en ligne des articles : 30 juin 2010

Les propositions d’articles (3500 signes environ, titre et résumé compris) seront envoyées à l’adresse suivante : mbourse@gmail.com

Michel Bourse, responsable-coordonnateur du numéro 5, Université de Nantes, France Université Galatasaray, Istanbul, Turquie South East European University (SEEU), Macédoine, mbourse@gmail.com

La revue :
http://www.revue-signes.info/

En savoir plus : http://www.revue-signes.info/
Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Appel-a-contribution-dossier-La.html

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