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Appel à communications journée d’étude "« Faire campagne » : mobilisations, représentations et contestations", 6 mai 2011, Sciences-po Aix-en-Provence-CHERPA.

Étape déterminante de la séquence électorale dans les régimes compétitifs ou semi compétitifs, la campagne représente un observatoire privilégié des processus de politisation et du travail de représentation. A la croisée de la sociologie électorale, de l’étude des partis et de la sociologie de l’action collective, la campagne électorale est un objet incontournable de la science politique. L’hyper politisation et « l’inflation » militante, caractéristiques de la campagne, nous invitent à nous pencher sur les acteurs qui l’animent. Cela nous conduira à analyser leurs stratégies de conquête du vote et notamment l’outillage symbolique qu’ils mobilisent et les lieux qu’ils investissent. L’étude de cet épisode est alors l’occasion d’appréhender les milieux partisans (candidats, partis et réseaux de sociabilité militants), d’interroger l’émergence de « nouveaux » acteurs et d’identifier des rapports de force.
Les propositions de communications pourront s’articuler autour de quatre axes principaux.

Axe 1 : Normes et règlementations
Comme les élections, la campagne est régie par des normes qui diffèrent d’un pays à l’autre. Cerner l’ensemble de ces règlementations peut d’abord nous renseigner sur le cadre dans lequel la campagne se déroule. Leur caractère plus ou moins souple influe sur la capacité des acteurs à mobiliser, à se mobiliser et à véhiculer le message, parfois même sur la nature de leur projet électoral et/ou de leurs slogans. Sont-ils sanctionnés lorsqu’ils dérogent à une règle ? Le cas échéant, par qui et comment ? Les propositions pourront aussi s’intéresser à la façon dont les acteurs engagés perçoivent et appliquent ces règles. Celles-ci structurent la campagne et l’action des partis mais on peut se demander si elles ne constituent pas également un enjeu en soi, notamment pour les acteurs minoritaires ou contestataires.
Au-delà, il apparaît indispensable de se pencher sur l’organisation politico-institutionnelle du pays étudié. Le financement des partis, les conditions à remplir pour être candidat, le temps de parole dans les médias, le code électoral sont autant d’éléments qui sont directement liés à la campagne et qui découlent de variables macro-logiques. Tous les régimes dans lesquels des élections ont lieu ne garantissent pas un réel pluralisme. Dans quelle mesure l’étude des règles régissant la campagne et celle du système politique en général s’éclairent-elles mutuellement ?

Axe 2 : Battre campagne ou la construction du rapport candidat/électorat
Lors de la campagne, les acteurs politiques ont recours à une large gamme d’instruments afin d’assurer la mobilisation des citoyens autour de la plateforme d’un candidat ou d’un parti. Les propositions pourront notamment s’intéresser à l’étude scénographique du rapport candidat-électeur et des rituels de campagne. Quels sont les lieux investis pendant la campagne ? Comment se construisent les stratégies de présentation de soi des candidats ? Comment et sur quels registres la proximité est-elle mise en scène ? Et dans quelle mesure participe-t-elle de la réactivation de relations personnalistes de type clientéliste ?
Explorer les discours de campagne des candidats pourra constituer un point d’entrée pertinent : Quels sont les thèmes récurrents ? Dans quelle mesure les candidats se réapproprient-ils certains discours « dominants » (e.g. le développement, la réduction de la pauvreté, la thématique sécuritaire ou encore la démocratisation) sur la scène internationale ? Quels types de ressources ces thématiques peuvent-elles générer (capital de légitimité et de confiance, subventions, formations, etc) ?
Enfin, les communications pourront porter sur les transformations et la diversification du matériel de propagande électorale (posters, banderoles, tracts, objets divers) et sur l’usage des médias dans les campagnes (débat télévisé, you-tube, facebook, K7, clips…).

Axe 3 : Le parti à l’épreuve de la campagne
La campagne représente un moment critique pour les organisations partisanes qui doivent assurer la mobilisation de leurs réseaux aux échelons nationaux et locaux ainsi que leur cohésion interne. En période électorale différents acteurs se mobilisent autour des partis : qui sont-ils et comment s’insèrent-ils dans les structures partisanes ? Quels sont leurs modes et leurs logiques d’action et comment s’accommodent-ils des règles du jeu électoral ?
Les communications pourront s’intéresser ici au milieu partisan et à ses transformations en cette période « d’inflation » militante. Quels sont les dynamiques et les rapports de force que l’on observe alors ? Dans quelle mesure la campagne peut-elle renforcer ou au contraire diviser un parti ? De quelle(s) façon(s) les stratégies adoptées par les leaders sont elles mises à l’épreuve par les membres du parti au quotidien ? En offrant à des acteurs minoritaires au sein du parti la possibilité de faire émerger de nouvelles thématiques, dans quelle mesure la campagne permet-elle de tester, voire de renverser les hiérarchies intra-partisanes ? Quelles sont les stratégies des dominants pour maintenir leur leadership face aux contestations internes et aux possibles éclatements de leur organisation ?

Axe 4 : La campagne comme espace de mobilisation pour les outsiders
Dans cet axe, nous nous intéresserons aux campagnes comme espaces de mobilisation et de contestation pour des groupes sociaux marginalisés voire exclus de l’arène politique instituée. En effet, dans tous les régimes à élections (qu’elles soient concurrentielles ou pas), des partis politiques (minoritaires, interdits ou non reconnus), des candidats indépendants, des organisations sociales ou des groupes d’intérêt font campagne alors même qu’ils ne disposent pas de réelles possibilités d’accéder au pouvoir. Qu’ils concourent à l’élection ou qu’ils la boycottent, nous analyserons comment ces acteurs minoritaires ou contestataires font campagne. Dans quelle mesure peuvent-ils être considérés comme des « outsiders » ? Quels sont les répertoires d’action qu’ils adoptent ? De quelles ressources disposent-ils et comment sont-elles reconverties au moment de la campagne ? On pourra notamment s’intéresser aux stratégies de différenciation mises en œuvre par les acteurs.
En outre, cet axe sera l’occasion d’analyser les impacts de l’entrée en campagne de ces acteurs sur le champ partisan traditionnel. En quoi leur participation permet-elle d’introduire de nouvelles thématiques dans la campagne ? Remet-elle en cause la position des professionnels de la politique ? Dans quelle mesure cela peut-il conduire à un renversement des règles du jeu politique ? D’autre part, on se demandera comment l’action de faire campagne peut façonner le groupe, le faire exister publiquement voire participer de son institutionnalisation.

Nous chercherons lors de cette journée d’étude à définir et construire l’objet « campagne » en adoptant délibérément une démarche comparative qui nous permette de dépasser le raisonnement en termes d’aires culturelles. A partir de situations fortement contextualisées et évolutives, notre objectif sera d’identifier des similarités dans les logiques d’action et les pratiques de mobilisation de l’électorat, tout en mettant en évidence les variations et les modalités originales de la campagne. Cette rencontre sera enfin l’occasion de débattre de nos approches et de nos outils méthodologiques, et de les faire voyager. Dans cette perspective, les communications qui s’appuieront sur des données empiriques et qui proposeront une réflexion sur la méthodologie de l’observation lors de la campagne seront privilégiées.

Le comité organisateur
Layla Baamara, doctorante CHERPA-CEVIPOL : layla.baamara@gmail.com
Elodie Bordat, doctorante CHERPA : bordat.elodie@gmail.com
Camille Floderer, doctorante CHERPA : camilflo@yahoo.fr
Marine Poirier, doctorante CHERPA-IREMAM : poiriermarine@gmail.com
Stéphanie Dechezelles, maître de conférences CHERPA : sdechezelles@wanadoo.fr

Date limite d’envoi des propositions : 30 janvier 2011.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Appel-a-communications-journee-d.html

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