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Appel à communications Congrès de la SOFEIR "Arrêt sur image : fixer, déformer, reconstruire", 10-11 mars 2011, UBO, Brest.

L’importance de l’image dans la construction de nos représentations du monde n’est plus à démontrer, que ce soit au plan des archives historiques, de l’iconologie politique ou des productions esthétiques et culturelles.
L’effet de loupe généré par la photographie a été abondamment analysé et mis à profit par la presse, mais aussi par les historiens. Il continue de l’être, en particulier en Irlande où les photographies des « Troubles », puis du processus de paix et de réconciliation accompagnent, ponctuent et parfois agissent sur les évolutions d’une histoire immédiate en pleine mutation (Cf. Colin Graham : « ‘Every Passer-By a Culprit’ ? Archive Fever, Photography and the Peace in Belfast », Third Text, Vol. 19, 2005). L’image fixe qui n’est plus prise dans un continuum narratif peut créer des effets spectaculaires, mais le spectateur et l’analyste ont le loisir de s’en distancier, d’en approfondir le dispositif, d’en apprécier la valeur documentaire ‑ trace du passé, témoignage subjectif, reconstruction du réel, censure ‑ et in fine, d’en évaluer l’aura de vérité.
Du cliché de Edward Carson et de l’Ulster Covenant à Belfast en 1912 à ceux de mai 2007 réunissant un Ian Paisley et un Martin McGuiness souriants, les photographies devenues célèbres d’une histoire politique et culturelle mouvementée en désignent les moments de surdétermination. Il appartient au chercheur d’en éclairer le hors champ, d’interroger et éventuellement de déconstruire les usages d’une iconologie officielle ou d’un corpus d’images dont la circulation massive en font des icônes progressivement décontextualisées (clichés de jeunes manifestants républicains portant des masques à gaz, de corps exhumés des tourbières).
Du photojournalisme aux expositions à visée documentaire et/ou artistiques, des reportages touristiques (on se souvient des Carnets d’Irlande de deux françaises commandés par la fondation Kahn en 1913) au désir de fixer une Irlande essentielle (les photos des îles d’Aran de Synge) ou de suggérer l’invisible (les portraits de Beckett par John Minahan, la série Faith de Jackie Nickerson, 2007, les images de Willie Doherty), il s’agit de définir un rapport de vérité entre réel et représentation. On le sait, les frontières entre trace, reconstruction et esthétique sont poreuses et l’image fixe est le site privilégié d’incessantes renégociations entre reproduction mimétique et « extraordinaire piège à fantasmes » (Jean-François Chevrier, Le Monde, 9/7/2010). Le suspens du temps, la fixité de la représentation permettent des explorations et des rencontres transversales dont la littérature et les autres arts visuels ne se sont pas privés. Banville détourne le genre du guide touristique avec Prague Pictures (2003), tandis que Paul Muldoon invente la « phoetry » dans Plan B (2009). Cette démarche intermédiale suscitée par un arrêt sur image, source de saisissement, puis de méditation et de tissage intersémiotique pourrait servir de modèle heuristique. Fixer un instantané du réel, cadrer à l’arrêt pour transmettre, construire une synecdoque iconique, historiciser la trace d’un moment singulier, fabriquer une allégorie de l’événement, encadrer un cliché et le fondre dans un autre système sémiotique, autant de démarches historiques, politiques, culturelles, artistiques qui ont construit les représentations en Irlande.
Les participants au Congrès sont invités à en analyser les productions, à les décoder, à les contextualiser, et ceci dans tous les domaines de l’histoire, de l’art et de la culture irlandais. La diversité des modes de production d’images fixes (du négatif argentique à la photo écranique), l’accélération des productions visuelles, la globalisation des pratiques culturelles favorisent l’hybridation des media (Sean Hillen, Victor Sloan) et modifie en profondeur le principe d’adhérence au réel. Quelles formes l’acte photographique a-t-il pris en Irlande et quelle est sa place dans la culture irlandaise ? Y a-t-il une historicité de la photographie irlandaise ? Quelles en sont les nouvelles frontières géographiques (représentations de l’Irlande sur l’île et hors de l’île) et technologiques (de l’analogique au digital) ?

Les propositions de communication (250-300 mots) accompagnées d’une courte biographie sont à soumettre pour le 15 décembre 2010 à :
Gaïd Girard, Université de Bretagne Occidentale-Brest (gaid.girard@univ-brest.fr)
Anne Goarzin, Université Rennes 2 (anne.goarzin@univ-rennes2.fr)

Les communications se feront en français ou en anglais, et seront d’une durée de 20 m.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Appel-a-communications-Congres-de.html

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