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Appel à articles « Images de territoires et “travail territorial” des médias », Revue Études de communication n° 37.

Numéro coordonné par Jacques Noyer (GERIICO, Lille 3), Bruno Raoul (GERIICO, Lille 3), Isabelle Pailliart (GRESEC, Grenoble 3).
Ce numéro d’Etudes de Communication envisage de prendre pour objet les images et imaginaires de territoires produits, entretenus, « travaillés » par les médias, locaux et nationaux. La question centralement abordée sera, globalement, la suivante : comment l’information – entendue à partir de la variété de ses supports et de ses formats médiatiques – participe de la construction territoriale, envisagée comme opération symbolique, comme structuration identitaire, comme élaboration collective ? L’intention est ainsi de cerner ce que l’on pourrait identifier comme « travail territorial » des médias – une expression qui s’entend en écho de celle de « travail social » des médias1 –, d’étudier en quoi les médias font médiation dans le rapport au(x) territoire(s). Dans le contexte du déploiement de stratégies de reconfiguration territoriale, d’évolution des formes de l’engagement public et des pratiques culturelles/médiatiques des individus, cette livraison voudrait mettre l’accent tant sur la question du rapport au lieu – c’est-à-dire étudier en quoi et comment les médias parlent des lieux et des espaces, qu’ils contribuent à configurer, dans et par les contenus qu’ils produisent – que sur celle du sens des lieux entretenu et façonné par les médias, et par là sur les images et imaginaires ainsi associés aux lieux.
En France, au cours des trois dernières décennies, différents travaux de recherche en communication ont montré comment, historiquement, les médias ont contribué à différentes formes de « production » des territoires et des identités qui leur sont liées :
- sous l’angle de repères territoriaux quotidiennement réactivés par une presse régionale qui, au-delà de l’activité de traiter et de diffuser de l’information sur un territoire donné, produit « les lecteurs comme sujets d’un territoire » ;
- sous l’angle de leurs « capacités d’unification d’un espace », participant ainsi à « la permanence et à la dynamique » d’une production territoriale où ils contribuent à forger « une communauté d’idées, de valeurs, de pensées » ;
- sous l’angle des médiations dans l’espace public local où peut se lire, derrière les permanences entretenues, le double problème d’une presse régionale échouant à saisir le changement social local et d’une presse des collectivités « obsédée par la construction d’une image publique standardisée » ;
- sous l’angle de l’émergence forte de concurrences, à l’échelle locale, entre des modèles informationnels émergents, liés à la montée en puissance des « nouveaux médias », et les entreprises de presse locale dont le rôle d’institution médiatique et les modes de configuration identitaire territoriale auxquels ils participent sont contestés ;
- sous l’angle des mutations de l’activité journalistique et des formes d’hybridation des pratiques informationnelles dans une optique comparative au sein de différents contextes nationaux.

Des travaux étatsuniens récents se sont intéressés à la part réservée à la question des lieux dans l’information diffusée par des journaux régionaux pour s’attacher à dessiner une « géographie sémantique du discours des médias locaux », le contenu délivré par les mass média fournissant aux individus les bases « pour construire des images des lieux et leurs propres cartes mentales ». Cette préoccupation pour l’analyse du rapport médias/territoires se repère également dans les travaux, plus anciens, de chercheurs britanniques, notamment de géographes intéressés par les problématiques de géographie régionale et qui témoignent, dans le contexte de la globalisation, d’une sensibilité à l’évolution du sens des lieux dans laquelle les médias jouent un rôle de médiation essentiel.
Il importe, certes, d’éviter l’écueil d’une vision déterministe du rapport médias/territoires, de se détacher de l’idée que les moyens d’information auraient une capacité en eux-mêmes à construire une homogénéité culturelle, qu’ils seraient un moyen d’unification des identités. O. Baisnée et D. Marchetti ont montré la difficulté d’une chaîne comme Euronews à « favoriser l’émergence d’une identité véritablement européenne ». A l’heure de la « mondialisation de la communication », explique, de son côté, T. Mattelart10, c’est aussi bien souvent en termes de tension entre phénomènes de déterritorialisation et de reterritorialisation que sont appréhendées les interactions entre les logiques de flux culturels transnationaux et celles de relocalisation.
Le numéro envisagé sur la thématique du rapport médias/territoires voudrait explorer ce rapport à différents niveaux, à partir de différents objets d’étude (saisis par le biais de corpus et/ou d’enquêtes, de perspectives d’approfondissement théorique…) et entend étudier selon différents angles d’approche le « travail territorial » des médias :
Les médias locaux et régionaux (médias d’entreprises de presse, médias de collectivités territoriales, médias associatifs de territoire…) dans leur rapport à l’espace public (local et régional). Il s’agirait ici d’explorer le « débat » porté par ces médias dans un espace de diffusion bien délimité (celui d’un territoire donné), d’appréhender le territoire comme objet et enjeu politique, de saisir en quoi le traitement médiatique d’une question sociale, d’une controverse (renouvellement urbain, risques industriels, environnementaux, sanitaires…), est aussi un traitement « territorial » de cette question, configuré par rapport aux enjeux qui traversent l’espace de « diffusion/circulation » du média et des identités différenciées qui le composent.
Les médias dans leur rapport aux habitants, citoyens, usagers, administrés d’un territoire. Il s’agirait ici d’étudier le rôle de « liant », de « lien social », de « lien territorial » que peut avoir un média, d’analyser le rôle de médiation qu’il peut jouer, le rapport aux lecteurs-habitants-citoyens qu’il entretient, l’interpellation de ceux-ci….
La contribution de ces médias à la « production » dudit territoire (quartier, ville, « pays », région…). Il s’agirait d’étudier en quoi ces médias, tant par leur contenu et leur configuration que par les pratiques professionnelles qui s’y exercent, réactivent au quotidien – tout au moins régulièrement – des repères territoriaux, des repères d’appartenance (le registre de l’identité, au-delà du contenu manifeste). Un autre volet de ce point d’étude pourrait considérer le rapport médias/territoires tel qu’il est « matérialisé » par l’aire de distribution/diffusion (presse, télévision, radio…) ou « dématérialisé » dans l’éclatement des logiques de diffusion de la communication électronique (quels nouveaux espaces de territorialité les formes dématérialisées de communication contribuent-elles à installer ?).
L’évolution de l’image et des imaginaires de la ville : il s’agira ici de considérer les représentations des territoires co-construites par les médias mais on pourra également s’intéresser aux images associées à un territoire telles qu’elles sont envisagées et gérées par les institutions locales qui, en matière de communication, se professionnalisent toujours plus. En ce sens, la question du rapport de l’image ainsi définie aux différentes formes de stratégies et d’enjeux institutionnels, symboliques… pourra être interrogée à partir des problématiques de l’« image de marque territoriale » dans un contexte de concurrence territoriale et de construction de valeur(s) locale(s) reliable(s) aux atouts locaux (sites, « activités traditionnelles »…), au patrimoine (historique, architectural, culturel…), à « l’humain » et au lien social (modes de relation, d’accueil…)... Sur ce plan, on pourra s’interroger sur les intérêts et les limites d’un questionnement en termes de « marketing territorial », appréhendant la dimension spatiale à partir de cadres économiques, promotionnels internes à une sorte de marché de (valorisation des) territoires.

Procédure de sélection des propositions d’articles
La sélection des articles se fera en deux phases :
1. Sur la base d’un résumé d’environ 6000 signes (Times New Roman 12, interligne simple) qui présentera clairement les objectifs, l’argumentation et l’originalité de la proposition ainsi que quelques orientations bibliographiques.
2. Pour les résumés retenus, une évaluation s’effectuera sur la base des articles définitifs (30 à 35 000 signes, espaces compris).

La langue de communication est le français.
L’évaluation sera assurée de manière anonyme par au moins deux relecteurs du comité de lecture international.
Les instructions aux auteurs sont sur le site de la revue :
http://edc.revues.org/

L’envoi des résumés se fera aux trois adresses suivantes :
jacques.noyer@univ-lille3.fr
bruno.raoul@univ-lille3.fr
isabelle.pailliart@u-grenoble3.fr

Calendrier
1er décembre 2010 : soumission du résumé
15 janvier 2011 : notification de l’acceptation ou du refus du comité de lecture aux auteurs
15 mai 2011 : remise de la version complète des articles
15 septembre 2011 : réception des versions définitives
Fin décembre 2011 : publication du numéro (version papier et version électronique)

Comité de lecture
Robert Boure (LERASS, université Toulouse 3)
Jean-François Côté (GIRA/INRS, université de Québec)
Bernard Delforce (GERiiCO, université Lille 3)
Michèle Gellereau (GERiiCO, université Lille 3)
Benoît Lafon (GRESEC, université Grenoble 3)
Pina Lalli (SPCC, université de Bologne)
Marc Lits (ORM, université de Louvain-la-Neuve)
Tristan Mattelart (CEMTI, université Paris 8)
Kevin Robins (City university London)
Will Straw (Mc Gill university)
Jean-François Tétu (ELICO, université Lyon 2)

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Appel-a-articles-Images-de.html

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