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Appel "Extension de l’expertise ? Experts et amateurs en communication et culture", 30 avril et 1er mai 2011, Université d’Ottawa, Canada.

Dans un article qui continue d’alimenter un large débat, Collins et Evans (2002) décrivent le « problème de l’extension » comme le problème intellectuel le plus urgent de notre époque. Avec la montée du scepticisme face aux experts et à l’expertise, dans quelle mesure la prise de décision dans la sphère scientifique et technique doit-elle s’ouvrir au public ? Afin d’élargir les critères de participation à la science et la technologie, certains chercheurs se sont penchés sur la capacité d’experts basés sur l’expérience (experience-based experts) – c’est-à-dire des individus ayant de l’expérience pratique dans un champ, à défaut de qualifications formelles – à questionner le statut d’experts certifiés dans des domaines d’intérêt public tels que l’agriculture, la gestion d’énergie nucléaire et la production d’aliments modifiés génétiquement.
Les développements majeurs actuellement en cours en matière de technologies et de pratiques de la communication appellent l’élargissement des débats autour de l’expérience et l’expertise du seul domaine de la science à ceux des medias, de la communication et de la culture – ou la participation du public a d’ores et déjà atteint un point de non retour et les distinctions entre experts et amateurs sont mises à l’épreuve, étirées et rendues caduques. Ces développements sont l’occasion d’explorer sous un nouveau jour une question durable : qui est un(e) participant(e) légitime à la sphère de production culturelle et scientifique, et sur quelles bases ? Ce colloque propose de faire la lumière sur les distinctions entre expert et profane, professionnel et amateur, telles qu’elles s’opèrent dans les champs suivants :

1. Médias de masse et journalisme
L’émergence du réseautage social informatisé (par ex. Facebeook et Twitter), du contenu produit par les usagers (par ex. YouTube) et du journalisme citoyen suscitent un débat sur la légitimité et les contributions de producteurs amateurs, certaines des critiques les plus virulentes du Web 2.0 réclamant le maintien du rôle central des producteurs professionnels – lire : institutionnels – afin d’assurer la fiabilité de l’information et la qualité des contenus de divertissement. Mais quelle est la substance de l’expertise du producteur média ? Quel est le rôle de l’expérience dans le processus de production ? Quel est l’impact du réseautage social et du contenu produit par les usagers sur la forme, la pratique et la réception du journalisme et du divertissement ?

2. Production culturelle
L’émergence et l’amélioration constante des nouvelles technologies contribuent directement à la démocratisation (c’est-à-dire une meilleure accessibilité) du processus de création culturelle. En effet, il n’est plus nécessaire d’être un musicien expérimenté pour composer et diffuser de la musique (le bon logiciel et MySpace peuvent désormais être suffisants), ni d’être un cinéaste professionnel pour produire et distribuer un film : Tarnation (Jonathan Caouette, 2003) en est un bon exemple. Le brouillage de la distinction entre amateur et profane laisse sa marque aussi sur la narration et l’esthétique cinématographiques (pour ne citer que celles-ci) : on ne peut ignorer la place occupée au sein de la culture populaire par de faux home movies tels que Paranormal Activity (Oren Peli, 2009) et de faux documentaires (comme l’illustrent Incident at Lochness (Zak Penn, 2004) et la série The Office), sans oublier l’influence directe des nombreuses images amateurs du 11 septembre 2001 sur des productions cinématographiques à grand budget telles que Cloverfield (Matt Reeves, 2008).

3. Santé
L’érosion rapide des barrières techniques à la diffusion de masse et l’échange d’information, à la connaissance spécialisée et à la mobilisation de groupes d’intérêts attise la volonté du public – ainsi que sa capacité – de questionner les experts en matière de science et de technologie, alors qu’il existait auparavant une confiance aveugle en leur autorité et leur compétence. C’est particulièrement le cas dans le contexte des soins de santé, ou des patients avertis initient un dialogue avec les professionnels de la santé et des citoyens préoccupés remettent en cause les décisions des autorités publiques – les récentes campagnes de vaccination contre la grippe H1N1 en fournissant un exemple saillant. Comment de tels développements affectent-ils les rapports de force entre professionnels de la santé et patients ? Ces derniers sont-ils favorisés, ou assiste-t-on plutôt à une affirmation renouée de l’importance des experts traditionnels dans un contexte marqué par une surcharge de discours et d’information sur la santé ?

4. Le monde du travail
L’impératif de performance et de productivité accrues engendre aussi des tensions au travail : l’exigence de certifications et de formation continue signifie bien souvent le remplacement d’employé(e)s possédant un vaste savoir-faire et des connaissances tacites par des individus plus jeunes et plus ‘éduqués’, mais sans expérience. Le climat économique actuel incite en même temps les retraité(e)s à retourner sur le marché du travail. Par ailleurs, la migration de travailleurs/travailleuses hautement qualifié(e)s soulève la problématique de la reconnaissance, à l’étranger, de la formation, de l’expérience et l’expertise acquises dans leur pays d’origine. Comment le transfert de connaissance et la validation des compétences s’opèrent-ils entre les générations, les disciplines et les cultures ? Comment ces processus sont-ils vécus par les individus ?

Les questions suivantes pourront également être abordées :
Avec la soi-disant démocratisation de la connaissance spécialisée et des outils techniques, peut-on établir des critères fiables pour l’expertise et la participation aux processus décisionnels ?
Lorsqu’il est question des goûts, intérêts et préoccupations du public, est-il possible/pertinent/utile de distinguer entre expert et non-expert ?
Les distinctions convenues entre expert et profane tiennent-elles lorsqu’on se déplace du champ scientifique à celui des médias et de la culture ? Quelles sont les similitudes et différences entre ces domaines ?
Quel est le lien entre connaissance technique et compétence sociale/culturelle ?
Comment les identités sont-elles déplacées, brouillées et combinées ? (producteur/consommateur ; expert basé sur l’expérience ; médecin/patient ; etc.)
Les hiérarchies et les ‘gatekeepers’ disparaissent-ils de la production médiatique et culturelle et du processus de décision scientifique, ou en apparaît-il des nouveaux ?

Nous invitons chercheur(e)s et professionnel(le)s à soumettre une proposition de communication individuelle (en anglais ou en français) avant le vendredi 15 octobre 2010. Veuillez svp envoyer un résumé de 200-300 mots ou adresser toutes questions à Philippe Ross et Florian Grandena à l’adresse : expertise2010@uottawa.ca.

Conférenciers invités :
- Harry Collins, Distinguished Research Professor, Cardiff University (UK) ;
- Pierre Lévy, Chaire de recherche du Canada sur l’intelligence collective, U. d’ Ottawa ;
- Henrik Örnebring, Senior Research Fellow, U. of Oxford (UK) ;
- Rukhsana Ahmed, Professeure adjointe, Département de communication, U. d’Ottawa.

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/Appel-Extension-de-l-expertise.html

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