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AAC revue Communiquer," Affects et émotions numériques : matérialité(s) et instrumentalisation(s)"

Cœurs, émoticônes et émojis, « likes » sur Facebook et ailleurs. Les dispositifs numériques permettent à chacun d’énoncer ses émotions via la production de signes spécifiques aujourd’hui inscrits dans nos échanges quotidiens (Allard, 2015). Les organisations et les marques ont su s’emparer de ce phénomène et s’appuient sur ces marqueurs émotionnels dans leurs communications en ligne. Qu’elles soient des médias cherchant à renouveler l’expérience de leurs audiences, des acteurs du financement participatif voulant inciter leurs publics à participer à une campagne, ou encore des sociétés de conseils souhaitant affiner leurs « métriques », de nombreuses organisations semblent avoir intégré ce que nous pourrions qualifier de « tournant affectif du web ».

Si les plateformes dominantes du web, ainsi que les discours propres aux professionnels du marketing et de la communication, emploient la notion « d’émotion », il convient d’en tracer les limites. Les recherches en psychologie inscrivent en effet celle-ci dans le spectre cognitif d’un individu (Scherer, 2005). On peut cependant considérer que dans un contexte d’économie de l’attention, le recours à ces signes émotionnels ne vise pas qu’à partager ce que l’on ressent. La notion d’affect, entendue comme ce qui circule entre les corps, voire les objets et les corps, afin d’avoir un effet sur eux (Ahmed, 2004), est alors pertinente pour observer ce qui circule via les interfaces des plateformes numériques. Ces aspects plus épistémologiques ont été discutés notamment dans un dossier dédié de la Revue Française des Sciences de l’Information et de la Communication (RFSIC n° 11, 2017). Toujours sous l’angle de la communication, il parait maintenant pertinent d’interroger la matérialisation de ces affects souvent désignés par les concepteurs comme émotions. Par exemple, le déploiement des émojis suppose de s’intéresser autant aux mécanismes de standardisation ayant amené à leur insertion dans nos machines connectées (Berard, 2018) qu’à leurs usages dans nos sociabilités ordinaires, ou encore par des leaders d’opinion pour générer de « l’engagement » dans le cadre de campagnes de communication (Ge et Gretzel, 2018). Le lien entre matérialisation des affects numériques et leur instrumentalisation à des fins communicationnelles nous semble dès lors un aspect central à interroger.

Par conséquent, la gestion comme l’expression de nos affects deviennent des leviers de marché autant que des compétences socio-professionnelles (Martin-Juchat, 2014). Dans ce contexte de communication affective numérique, la relation entre les marques, les institutions (ou organisations) et leurs agents d’une part, et de l’autre leurs publics ou clients intègre, voire détourne, ces codes émotionnels et leurs matérialités afin d’optimiser au mieux leur présence numérique et leur réputation.

Plusieurs questions surgissent. En quoi les dispositifs numériques, ainsi que des pratiques professionnelles ou artistiques permettent-ils de « produire » des affects, tout du moins des artefacts les incarnant ? Peut-on dire des dispositifs qui captent et analysent les émotions qu’ils sont « empathiques » (McStay, 2018) au sens où ils cherchent à adapter ou personnaliser les contenus voire « expériences » qu’ils délivrent aux émotions exprimées par leurs usagers ? Comment les organisations s’insèrent-elles dans ce paradigme ? Si elles cherchent à profiter de la circulation des émotions, est-il possible qu’elles en soient aussi affectées, ou à tout le moins ses agents ? Si elles cherchent à en tirer profit, quel cadre éthique posent-elles à l’exploitation des « données affectives » ? Dans quelle mesure ces stratégies produisent-elles de la performance ?

Nous avons regroupé ces questionnements, et bien d’autres, sous deux grandes orientations : matérialité(s) et instrumentalisation(s). Dans cette double perspective, plusieurs axes et questionnements sont proposés, sans restriction :

Axe 1 : matérialiser les affects et les émotions

Ce premier axe appelle des propositions de communication s’intéressant aux différentes modalités de production, qu’elles soient techniques, organisationnelles voire artistiques. Plus précisément, les contributions se pencheront sur la manière dont les affects numériques se manifestent – sur les réseaux, les plateformes, les interfaces, les appareils, les écrans, les objets connectés. Plusieurs pistes de questionnements émergent, notamment : quels sont les signes, les contenus, les interfaces ou encore les fonctionnalités pouvant être interprétés comme des émotions ou participant à la circulation d’affects numériques ? Quelles sont les pratiques professionnelles (design, informatique, management, marketing, psychologie, ergonomie, etc.) permettant de produire ces formes de matérialisation ? En quoi les standards accompagnant la production de ces « émotions et affects » influent sur nos manières de communiquer en ligne ? Quelles ressources sont mobilisées par les différents acteurs ? Quels discours viennent escorter la mise en œuvre de ces matérialisations ?

Axe 2 : instrumentaliser les affects

Le deuxième axe, quant à lui, porte sur l’analyse des différentes modalités de réception dans le but de montrer en quoi les affects sont des vecteurs d’instrumentalisation. Les contributeurs peuvent ici discuter des leviers qui sont mis en œuvre pour affecter les publics. Comment ceux-ci peuvent-ils affecter l’organisation ? Peut-on parler d’un travail émotionnel spécifique chez les médiateurs du web (community managers, modérateurs dans des espaces de discussion, thérapeutes en ligne, télétravailleurs, etc..) ? En quoi ce qui est dénommé « émotion » ou « affects » permet d’analyser ou évaluer les interactions en ligne ? Comment les discours sur la puissance des émotions pour la communication des organisations sont reçus et intégrés par les professionnels de la communication ? Quels effets produit cette instrumenta(lisa)tion quand elle est pensée pour un public mais appliquée par des individus ?

Une attention particulière sera accordée aux propositions reliant description de la circulation des affects numérique et méthodologies de saisie de cette circulation.

https://journals.openedition.org/communiquer/3052#tocfrom1n1

Dates importantes (calendrier prévisionnel)
Soumission des articles : 31 janvier 2019
Retour aux auteurs : 30 avril 2019
Renvoi des révisions par les auteurs : 15 juillet 2019
Parution : 3e trimestre 2019
Conditions de soumission
Les articles complets seront soumis à Communiquer, Revue de communication sociale et publique en sélectionnant le dossier « Article – Sur appel », veuillez préciser dans les notes aux rédacteurs que le dépôt concerne l’appel à articles du dossier « Affects et émotions numériques ».

Le processus et les exigences de soumission sont indiqués à l’adresse : http://communiquer.revues.org/1275

Les consignes de mise en forme d’un article sont consultables sur la page :
http://communiquer.revues.org/1276
Afin d’éviter les conflits d’intérêts potentiels, les personnes qui soumettent des manuscrits peuvent, si elles le souhaitent, transmettre à la revue une liste des personnes évaluatrices ou responsables de manuscrit qui pourraient occasionner de tels conflits.

Les propositions de communication feront l’objet d’une évaluation en « double aveugle » par les membres du comité scientifique.

Coordinateurs du dossier
Camille Alloing, IAE Université de Poitiers, France, calloing@poitiers.iae-france.fr

Julien Pierre, Audencia Business School, France, julienpierre@audencia.com
Comité de rédaction de Communiquer

Citer cet article : http://www.histoiredesmedias.com/AAC-revue-Communiquer-Affects-et.html

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